02/03/2024
Annoncer le Christ Jésus, Troisième dimanche du Temps de Carême, Année B.
Textes : Ex 20, 1-17 ; Ps 18b (19), 8.9.10.11; 1 Cor 1, 22-25 ; Jn 2, 13-25
Thème : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai »
Bien aimés dans le Christ Jésus, dans ce temps de Carême, les textes liturgiques, nous racontent l’histoire de l’humanité, des alliances de Dieu avec les hommes, avec son peuple : Noé, Abraham et Moise aujourd’hui au mont Sinaï. L'alliance avec Noé était l'alliance cosmique (l’arc-en-ciel), celle d'Abraham était la famille de la promesse dans la foi et celle de Moïse était le don de la loi nationale d’Israël. Noé, Abraham et Moïse sont des figures très importantes dans la vie d’Israël tout comme nous grands parents qui ont manifesté la gloire, la fidélité, l’image de nos pays, de nos clans et de nos familles. Comment devons-nous comprendre ces récits ? Devons-nous vraiment continuer à les comprendre comme des personnages légendaires, mythiques ? L'histoire « sacrée » qui raconte la vie et les miracles de ces personnages a été écrite vers 7ème Siècle avant J.-C. Ce sont des expériences vitales qui répondent aux catégories religieuses de chaque époque. Entre Dieu et nous, son peuple qui utilise qui pour faire quoi ou pour justifier quoi dans la vie ? Voici l’évidence de la vie : une chose est que l’expérience de Dieu que les hommes ont se mesure et se vérifie selon leur niveau, leur époque mais une autre chose c’est que Dieu reste Dieu, il est ce qui est méconnaissable dans la finitude des humains.
Bien aimés dans le Christ Jésus, aussi dans le NT, les évangiles, et précisément à travers celui d’aujourd’hui, Jésus nous enseigne sur le Dieu de « l’Alliance Eternelle ». Il nous montre que Dieu agit de manière unilatérale et à partir de l'Amour inconditionnel, il se donne totalement au monde et en chacun/chacune de nous, car « se donner est son essence, son être ». Alors, en ce Dieu, il n'y a pas de place pour les alliances ». Tout ce qu'il attend de nous c'est que nous découvrions le don total de lui-même, sa présence permanente, sa nuée qui nous enveloppe et nous protège dans ce monde.
En effet, nous estimons qu’il ne s'agissait pas de purifier le temple mais de le remplacer : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 19). En bon Juif, Jésus a développé sa vie spirituelle autour du temple et connait très bien le rôle du celui dans la vie politique, culturelle, sociale et la religion juive. Mais Sa fidélité à Dieu le Père, lui a fait comprendre que ce qui y était fait ou cuisiné n'était pas ce que Dieu attendait. C'est le culte d'hier et d'aujourd'hui, surtout la façon, les manières de le faire qui doivent être purifiés.
Bien aimés dans le Christ Jésus, Jésus voulait manifester par son acte prophétique que cette façon de faire le culte à Dieu n'était pas la meilleure. Au temps de pèlerinage, vu la construction du temple, il nous est impensable qu'un seul homme avec des cordes puisse jeter tant de gens du temple. Le temple avait sa propre garde, qui s'occupait du maintien de l'ordre, voire la garde romaine.
Ainsi, pour comprendre la pensée ou l’acte de Jésus, prenons appui sur les prophètes Isaïe, Jérémie et Zacharie comme clés pour interpréter les faits qui font allusion à tout le contexte. Les synoptiques citent « ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples » et « mais vous en avez fait une grotte de bandits » (Jr 7,8-11). Isaïe fait référence aux « étrangers et aux eunuques », et dit : «je les conduirai à ma montagne sainte je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,3-7). À l'époque Messianique, les étrangers et les eunuques pourront adorer Dieu. Maintenant ils ne peuvent pas passer de la cour des Gentils.
Ensuite, écoutons le texte Jérémie : « Mais voici, vous faites confiance à des paroles de mensonge qui ne servent à rien. Quoi ! Vous pouvez voler, tuer, commettre l’adultère, faire des faux serments, brûler de l’encens pour le dieu Baal, suivre d’autres dieux que vous ne connaissez pas ; et ensuite, dans cette Maison sur laquelle mon nom est invoqué, vous pouvez vous présenter devant moi, en disant : « Nous sommes sauvés » ; et vous faites toutes ces abominations ! Est-elle à vos yeux une caverne de bandits, cette Maison sur laquelle mon nom est invoqué ? Pour moi, c’est ainsi que je la vois (Jr 7,8-11). Alors, à la lumière de ces prophètes, il est clair que les bandits ne sont pas les vendeurs, mais ceux qui font les offrandes sans conversion. Ce sont des bandits, non pas pour aller prier, mais parce qu'ils cherchaient juste la sécurité. Ce que Jésus critique c'est qu'avec les sacrifices, on essaie d'acheter Dieu, comme font les bandits qui se cachent dans les grottes, en sécurité jusqu'à ce que le moment soit venu de voler et tuer à nouveau. Ceci reflète notre société, nos communautés chrétiennes aujourd’hui : Dieu est devenu une enveloppe, mais le contenu de celle-ci ; de nos adorations, prières, célébrations reflètent bien autre chose dans notre agir humain en société. Qui trompe qui ? Dieu ? Où l’homme lui-même ? Malheur à nous-mêmes.
Enfin, Saint Jean cite un texte : « Ce jour-là, les grelots des chevaux porteront l’inscription « Consacré au Seigneur » ; les marmites, dans la Maison du Seigneur, seront comme des coupes d’aspersion devant l’autel. Toute marmite, à Jérusalem et en Juda, sera consacrée au Seigneur de l’univers ; tous ceux qui offrent un sacrifice viendront les prendre pour cuire ce qu’ils présentent. Il n’y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur de l’univers, en ce jour-là » (Za 14,20-21). L'inscription « consacrée au Seigneur » était portée par les clochettes des sandales des prêtres et les casseroles où la viande consacrée était cuite. Dans les jours Messianiques, il n'y aura pas de distinction entre chose sacrée et profane. L’Evangile de Jésus est la vie et non une profession, carrière. « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les hommes, mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu » (1 Cor 1, 25). Bons temps de Carême et bonne préparation à nos catéchumènes.
Que devant la Lumière du Verbe et l'Esprit de Grâce se dissipent les ténèbres du péché et la Nuit de l'incroyance. Et que l'Amour de Jésus habite dans nos cœurs. Amen !
P. Roméo Yémso, Svd