23/04/2026
...Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »
Jean 6 35
Homélie de Mgr César Essayan lors du 40e de notre chère Sœur Marina, le mardi 21 avril 2026
Transcription de l'homélie
Frères et sœurs, familles et amis de Sœur Marina.
Quand les sœurs m'ont demandé de célébrer cette messe, elles se sont posées la question si on devait choisir des lectures, et puis on a décidé de garder les lectures du jour que l'Église nous parle à travers ces lectures, et que ces lectures nous rappellent aussi quelque chose de Sœur Marina.
On évite là de parler de nos expériences personnelles, parce que quand les expériences sont personnelles, elles le sont.
Et à chacun d'entre nous ensuite, dans un temps de silence, de reprendre les bons moments vécus avec Sœur Marina. Mais qu'il me soit permis de dire au début que Sœur Marina a toujours fait le bon choix dans sa vie. Elle a su choisir, elle a su discerner ce qui est bon, et de faire ce qui est bon.
Et les lectures d'aujourd'hui, lues d'une certaine optique, nous disent qu'est-ce que c'est une Clarisse, et qu'est-ce que Sœur Marina s'y a vécu. Parce que Clarisse ressemble à ce que Étienne est en train de vivre. Clarisse se retire du monde justement, et Sœur Marina aussi pour contempler les cieux qui sont clairs.
Pour que dans sa prière, elle contemple continuellement le visage du Seigneur. Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est sa seule raison d'être, son seul amour, ‘’et voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu’’.
Sœur Marina durant toute sa vie, elle était vouée à cette contemplation. Cette contemplation du Christ debout à la droite de Dieu, mais justement parce qu'il a donné sa vie pour chacun d'entre nous, sans oublier que ce Fils de Dieu s'est incarné pour nous, sans oublier que ce Fils de Dieu a partagé notre condition humaine, sans oublier la croix et le visage défigurés du Christ, sans oublier que justement contempler le visage de Dieu, c'est-à-dire se mettre en question pour devenir toujours plus conforme à ce visage, à cette vérité du Seigneur. Ce regard vers le Christ a toujours tourné Sœur Marina vers le monde, et aucune place dans le monde n'était étrangère à Sœur Marina comme à nos sœurs Clarisses, c'est-à-dire vivant dans un pays en guerre, elle contemplait aussi le monde entier, et aucune guerre dans le monde n'est étrangère à nos sœurs qui vivent cloîtrées, enfermées loin du monde, mais qui connaissent les biens du monde et le péché du monde. C'est elle qui encore tous les jours, comme Saint Étienne, « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ». A l'image de François d'Assise qui pleurait le péché du monde, Sœur Marina et les Sœurs Clarisses, elles sont là pour prier pour nos péchés et pour les péchés du monde entier.
Nous oublions souvent cette dimension de la vie démoniale, de la vie des cloîtrées, de la vie de Sainte Claire. Et continuellement, en offrant devant ce péché de l'humanité, il y a le don de soi. Seigneur Jésus, reçois mon esprit.
C'est une vie qui se donne continuellement, à travers tout moment, à travers tout instant, parce que Sœur Marina et nos Sœurs Clarisses, ne s'appartiennent plus. Elles appartiennent au Seigneur, mais elles appartiennent à chacun d'entre nous, dans le sens que leur vie n'a de sens que pour le salut de chacun d'entre nous. Ce salut dans lequel elles rejoignent le Christ lui-même, qui se donne sur la croix.
C'est ainsi que le psaume qu’on vient de chanter ensemble en son refrain ‘’En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit’’ prend tout son sens. Et aussi l'Évangile. L'Évangile, qui nous parle du Pain venu du Ciel, et donc est de la parole de Dieu, qui est la nourriture essentielle, et de Sœur Marina et des Sœurs Clarisses, la parole de Dieu, l'Évangile.
Parce que la vie des Sœurs Clarisses, comme celle de tous les franciscains, est d'observer le Saint Évangile de notre Seigneur Jésus. L'observer en toute pauvreté, c'est-à-dire de n'avoir d'autre richesse que d'accomplir la parole de Dieu. L'observer en toute obéissance, c'est-à-dire de n'obéir qu'à la parole de Dieu. L'observer en toute chasteté, c'est-à-dire n'aimer que cette parole, et donner de l'espace en notre vie, en notre corps, à cette parole pour qu'elle puisse prendre vraiment chère en nous. Et c'est ainsi qu'on peut accueillir justement ce pain vivant venu du Ciel, à l'image de la Vierge Marie, dans l'eucharistie quotidienne. À ce moment-là, tout se transforme pour donner toute la place en nous au Seigneur Jésus.
En quelques mots, frères et sœurs, nous venons de le dire, peut-être, probablement, ce que le Seigneur, à travers Sœur Marina, veut nous rappeler aujourd'hui, à travers les lectures d'aujourd'hui. Il est vrai que nous ne sommes pas des Sœurs Clarisses, mais si Sœur Marina veut nous dire quelque chose à travers les paroles d'aujourd'hui, c'est un retour à une prière de contemplation. Une prière de contemplation qui devient une prière d'offrande de soi.
Non pas une prière tellement de demande, ni une prière de plainte ou de complainte, ni une prière de lamentation, mais une prière d'offrande de soi de recevoir le Seigneur Jésus sur sa propre croix, pour que justement nous puissions, ensemble avec lui, vaincre le péché du monde, vaincre le mal dans le monde, vaincre la violence dans le monde, parce que c'est elle, cette violence qui nous tue, c'est ce péché qui nous tue. Savoir, et nous le rappelle Sœur Marina, que remettre notre esprit continuellement dans les mains de Dieu, c'est-à-dire nous nous nourrir uniquement de ça alors, quand le monde veut nous nourrir des idéologies, il veut nous nourrir des tas de mots qui ne viennent pas de Dieu, et de nous nourrir du seul pain qui nous fait vivre, et qui a fait vivre Sœur Marina toute sa vie, celui de l'Eucharistie. Comme je l'ai dit au début, Sœur Marina a su faire le bon choix, et c'est probablement la paix à chacun d'entre nous, devant tout ce que le monde est en train de nous offrir, de nous mettre devant nous, devant les yeux, là où le monde voudrait nous attirer, Sœur Marina nous le rappelle, il y a un seul choix, un seul bon choix, il s'appelle Jésus-Christ et sa paix.
Demandons à Sœur Marina qui est déjà auprès de Dieu, et qui porte chacun d'entre nous qui l'avons connu, devant le Seigneur, parce qu'elle n'est pas allée toute seule, elle emmène toutes les personnes qu'elle a aimées, toutes les personnes pour qui elle a prié, toutes les personnes aussi qui ont pu lui faire du mal, par les mauvais choix qu'elles ont fait dans leur vie, elle en porte chacun et chacune devant le Seigneur, et elle, qui a prié pour nous et pour chacun, durant toute sa vie sur cette terre, continue à nous présenter au Dieu de la vie, pour que nous ayons la vie en nous. C'est pourquoi le moins que nous puissions faire, c'est de correspondre à cette prière, et que les paroles, les exhortations, les désirs de Sœur Marina, puissent prendre un petit peu, au moins un petit peu, chaire en nous, pour que nous puissions, comme elle, vivre la vie de Dieu, déjà sur cette terre.
Amen.