30/05/2016
La théorie du baptême de sang ─ une tradition d'homme
(Ch. 14 du livre Hors de l’Église catholique il n’y a absolument pas de salut)
Par Frère Peter Dimond, O.S.B.
Très peu sont les pères ─ approximativement 8 sur une centaine au total ─ à être cités en faveur de ce qu'on appelle le « baptême de sang, » l'idée qu'un catéchumène (c’est-à-dire une personne se préparant à recevoir le baptême catholique) qui a versé son sang pour le Christ pourrait être sauvé sans avoir reçu le Baptême. En premier lieu, il est crucial de noter qu'aucun Père ne considérait une personne autre qu’un catéchumène comme exception possible à la réception du sacrement du baptême : tous les Pères condamneraient et rejetteraient comme hérétique et étranger à l'enseignement du Christ l’hérésie moderne de l’ « ignorance invincible, » qui dit que ceux qui meurent non-catholiques peuvent être sauvés. Donc, chez les Pères, approximativement 8 sont cités en faveur du baptême de sang pour les catéchumènes. Et 1 seul Père sur des centaines, saint Augustin, peut être cité comme enseignant clairement ce qui est aujourd'hui appelé « baptême de désir : » l'idée qu'un catéchumène pourrait être sauvé par son désir explicite pour le baptême d'eau. Cela signifie qu'à l'exception de saint Augustin, les quelques Pères qui croyaient au baptême de sang rejetaient toutefois le concept du baptême de désir.
Prenez saint Cyrille de Jérusalem, par exemple.
St. Cyrille de Jérusalem ; 350 A.D. : « Si quelqu’un ne reçoit pas le baptême, pas de salut pour lui ; il n’y a d’exception que pour les martyrs... » [40]
Ici, nous voyons que saint Cyrille de Jérusalem croyait au baptême de sang, mais rejetait le baptême du désir. Saint Fulgence exprimait la même chose.
St Fulgence ; 523 A.D. : « Du moment que notre Sauveur a dit : “Si un homme ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu,” personne ne peut entrer au royaume des cieux, ni recevoir la vie éternelle, sans le sacrement du baptême, exceptés ceux qui, sans baptême, ont répandu leur sang pour le Christ dans l'Église catholique... » [41]
Nous voyons ici que saint Fulgence croyait au baptême de sang mais rejetait l'idée du baptême de désir. Et, ce qui est ironique et particulièrement malhonnête, c'est que les apologistes du baptême de désir (tels les prêtres de la Fraternité saint Pie X) citeront ces textes patristiques (comme les deux cités ci-dessus) dans des livres voulant prouver le baptême de désir, sans pour autant indiquer à leurs lecteurs que ces passages renient le baptême de désir ; car nous pouvons voir que saint Fulgence, tout en exprimant sa conviction dans le baptême de sang, rejette le baptême de désir, autorisant uniquement les martyrs comme exception possible pour recevoir le baptême. (Que dirait saint Fulgence à propos de la version moderne de l'hérésie du baptême de désir, enseignée par ces prêtres de la FSSPX, de la SSPV, de la CMRI, etc., qui disent que des juifs, des musulmans, des hindous et des païens peuvent être sauvés sans Baptême ?)
St. Fulgence, sur le pardon des péchés ; 512 A.D. : « Quiconque est en dehors de cette Église, qui reçut les clefs du royaume des cieux, marche sur un chemin ne menant pas au ciel mais en Enfer. Il ne se rapproche pas de la demeure de la vie éternelle ; il accourt vers le tourment de la mort éternelle. » [42]
St. Fulgence, La Règle de foi ; 526 A.D. : « Ceci, tenez le ferme et n’en doutez jamais : non seulement tous les païens, mais aussi tous les Juifs et tous les hérétiques et schismatiques qui terminent leur vie présente en se trouvant en dehors de l'Église catholique, sont en route pour le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. » [43]
On peut voir que saint Fulgence aurait ─ comme tous les autres Pères ─ sévèrement condamné les hérétiques modernes qui soutiennent que ceux qui meurent non-catholiques peuvent être sauvés.
Mais, ce qui est le plus intéressant à ce sujet, c’est que dans le même document où saint Fulgence commet l’erreur en parlant du baptême de sang (déjà cité), il commet une autre erreur d’importance.
St. Fulgence ; 523 A.D. : « Ceci, tenez le ferme et n’en doutez jamais : non seulement les hommes ayant l'usage de raison, mais aussi les petits enfants qui... quittent ce monde sans le sacrement du saint baptême... seront punis dans le tourment perpétuel du feu éternel. » [44]
Saint Fulgence dit « Ceci, tenez le ferme et n’en doutez jamais » que les petits enfants qui meurent sans baptême « seront punis dans le tourment perpétuel du feu éternel. » C’est faux. Les petits enfants mourant sans baptême descendent en Enfer, mais dans un lieu en Enfer où il n’y a pas de feu (Pape Pie VI, Auctorem Fidei). [45]
Saint Fulgence montre, par conséquent, que son opinion en faveur du baptême de sang est tout à fait faillible en commettant une autre erreur dans le même document. En réalité, il est remarquable de constater que presque à chaque fois qu’un Père de l'Église ou quelqu'un d'autre exprime son erreur sur le baptême de sang ou le baptême de désir, cette même personne commet dans le même ouvrage une autre erreur significative, comme nous le verrons.
Il est également important de souligner que certains Pères utilisent le terme « baptême de sang » pour décrire le martyre catholique de quelqu’un déjà baptisé, non pas comme un remplacement possible au baptême d'eau. C'est la seule utilisation légitime du terme.
St. Jean Chrysostome, Panégyrique de St. Lucien ; 7 jan. 387 A.D. : « Et ne vous étonnez pas que j'appelle le martyre un baptême, puisque le Saint-Esprit descend alors avec l'abondance de ses grâces; puisque c'est la rémission des péchés, l'âme purifiée d'une manière merveilleuse, étonnante; et, de même que ceux qu'on baptise sont lavés dans l'eau, de même les martyrs sont lavés dans leur propre sang. » [46]
Saint Jean décrit ici le martyre d'un prêtre, saint Lucien, une personne déjà baptisée. Il ne dit pas que le martyre remplace le Baptême. Saint Jean Damascène le décrit de la même manière:
St. Jean Damascène : « Ces choses étaient bien comprises par nos Pères, saints et inspirés ─ ils s’efforçaient donc, après le saint baptême, de garder... sans tache et inviolé. D'où que certain d’entre eux pensaient justement recevoir un autre baptême : je veux dire ce qui est par le sang et le martyre. » [47]
C’est important, car de nos jours beaucoup d’érudits malhonnêtes (tels les prêtres de la FSSPX) déforment l'enseignement sur ce point ; ils citent un passage sur le « baptême de sang, » où saint Jean parle simplement du baptême de sang en tant que martyre catholique d’une personne déjà baptisée, et le présentent comme si la personne enseignait que le martyre pouvait remplacer le baptême ─ alors que ce n’est mentionné nulle part.
Certains peuvent se demander pourquoi le terme baptême de sang fut utilisé. Je crois que la raison pour laquelle le terme « baptême de sang » fut utilisé par certains des Pères s’explique du fait que Notre-Seigneur a décrit Sa Passion à venir comme un baptême, dans Marc 10:38-39.
Marc 10:38-39 - « Mais Jésus leur dit : Vous ne savez ce que vous demandez : pouvez-vous boire le calice que je bois, ou être baptisés du baptême dont je suis baptisé ? Ils lui répondirent : Nous le pouvons. Mais Jésus leur dit: À la vérité, le calice que je bois, vous le boirez, et vous serez baptisés du baptême dont je suis baptisé. »
Nous voyons dans le passage susmentionné que Notre-Seigneur, bien que déjà baptisé par saint Jean-Baptiste dans le Jourdain, se réfère à un autre baptême qu’Il doit recevoir. C'est son martyre sur la croix, non pas un substitut quelconque au baptême d'eau. C’est son « second baptême » si vous voulez, pas son premier. Ainsi, le baptême de sang est décrit par Notre-Seigneur de la même manière que saint Jean Damascène, non pas pour signifier un substitut au Baptême pour une personne non-baptisée, mais plutôt un martyre catholique qui remet toutes les fautes et les peines due au péché.
Le terme baptême est utilisé dans les Écritures et chez les Pères de l'Église de façon variée. Les baptêmes : d'eau, de sang, de l'esprit, de Moïse et du feu sont tous des termes employés par les Pères de l'Église pour caractériser certaines choses, mais pas nécessairement pour décrire qu'un martyr non-baptisé puisse obtenir le salut. Lisez le verset de l’Écriture où le terme « baptisés » est utilisé pour décrire les ancêtres de l'Ancien Testament :
1 Cor. 10:2-4 : « Qu’ils ont tous été BAPTISÉS sous Moïse, dans la nuée et dans la mer ; Qu’ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle, Et qu’ils ont tous bu le même breuvage spirituel (car ils buvaient de l’eau de la pierre spirituelle qui les suivait ; or cette pierre était le Christ). »
Je crois que ceci explique pourquoi certains Pères ont commis une erreur en croyant que le baptême de sang peut suppléer le baptême d'eau. Ils reconnaissaient que Notre-Seigneur se référait à Son propre martyre en tant qu’un baptême, et ils concluaient à tort que le martyre pour la vraie foi peut servir de substitut au fait de renaître de nouveau de l’eau et de l’Esprit-Saint. Mais la réalité est qu'il n'y a pas d'exceptions aux paroles de Notre-Seigneur dans Jean 3:5, comme le confirme l’enseignement infaillible de l'Église catholique. Toute personne de bonne volonté qui est disposée à répandre son sang pour la vraie foi, ne sera pas abandonnée à la mort sans recevoir, avant, ces eaux salvifiques. Ce n'est pas notre sang, mais le sang du Christ sur la Croix, communiqué à nous dans le sacrement du baptême, qui nous libère de l'état de péché et nous permet l'entrée dans le royaume des Cieux (davantage sur ce point ultérieurement).
Pape Eugène IV, Concile de Florence, « Cantate Domino, » ex cathedra : « ... personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s'il verse son sang pour le nom du Christ, s'il n'est pas demeuré dans le sein et dans l'unité de l'Église catholique. » [48]
Notes :
[40] The Faith of the Early Fathers, Vol. 1, n° 811.
[41] Le Sel de la Terre, Intelligence de la Foi, n° 12, Avrillé, printemps 1995, p. 122.
The Faith of the Early Fathers, Vol. 3, n° 2269.
[42] The Faith of the Early Fathers, Vol. 3, n° 2251a.
[43] The Faith of the Early Fathers, Vol. 3, n° 2275.
[44] The Faith of the Early Fathers, Vol. 3, n° 2271.
[45] Denzinger, Éd. du Cerf, n° 2626.
[46] Internet., St. Jean Chrysostome, Œuvres complètes, Homélies T. II-III, Homélie sur Saint Lucien, L. Guérin et Cie éditeurs, Bar-le-Duc, 1864, num. Abbaye Saint Benoît de Port-Valais, n° 2.
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/homt3/lucien.htm
The Faith of the Early Fathers, Vol. 2, n° 1139.
[47] Barlam and Josaphat, Woodward and Heineman, trand., pp. 169-171.
[48] Les Conciles Œcuméniques, Les Décrets, T. II-1, p. 1183.
Denzinger, Éd. du Cerf, n° 1351.