13/01/2020
Le 13 janvier marque la commémoration de saint Hilaire, premier évêque attesté de la cité berrichonne de Poitiers. Né vers 315 dans l'antique Lemonum, il est vraisemblablement issu d'une famille de l'aristocratie gallo-romaine restée attachée aux traditions païennes. La ville de Poitiers étant alors un centre intellectuel régional d'importance Hilaire pu y recevoir une éducation classique complète, étudiant notamment, la philosophie, la rhétorique & le grec.
Devenu adulte il se maria et devint père de famille, on lui connait une fille, la future sainte Abra.
Sa conversion à la foi chrétienne vers 350, période à laquelle il reçut le baptême, marqua le début des ses incessantes activités de prêcheur, sa formation aux humanités l'ayant bien préparé à l'art de la polémique et du débat contradictoire.
Lorsque vers 352 l'évêque de Poitiers, un nommé Paixent, décéda, Hilaire, déjà fameux au sein de la communauté locale des croyants, fut désigné par acclamation comme son successeur.
Soucieux d'instruire ses ouailles l'évêque poitevin entama alors la rédaction d'ouvrages exégétiques, dont, dès le début de son ministère, un Commentaire sur l'Évangile de Matthieu.
Contemporain de saint Grégoire de Nazianze, il participa comme ce dernier, à la résistance contre les différents hérésies qui déchiraient l'Église tant en Occident qu'en Orient.
Ainsi Hilaire s'opposa vigoureusement à l'arianisme, doctrine défendue par Arius un prêtre d'Alexandrie, selon laquelle Jésus était de nature inférieure à celle de Dieu.
Ce courant de pensée théologique fit de nombreux disciples et thuriféraires, tant au sein du pouvoir impérial romain, que chez les évêques, si bien qu'Hilaire, résistant isolé au sein d'une Église gauloise acquise à l'arianisme, fut condamné, par le Concile de Béziers en 356, à l'exil en Phrygie, région au nord-est de l'actuelle Turquie.
Alors au contact des penseurs orientaux il rédigea deux traités relatifs à la Trinité tout en restant fermement opposé à la foi arienne, qui avait été pourtant promulguée seule doctrine officiellement reconnue en 359, par le Concile tenu à Séleucie en Isaurie, région du sud de la Turquie
Vers 360-361 Hilaire regagna Poitiers dans ces circonstances mal déterminées : était-il rentré sans autorisation, avait-il été chassé d'Orient où son activité de “perturbateur” devenait gênante ou est-ce par la grâce de l'empereur Julien qu'il recouvrit son siège épiscopal ?
Il avait conservé alors toute sa fougue et ne se résigna pas à voir l'arianisme dominer en Gaule. En 361 au Synode de Paris il obtint l'excommunciation de Saturnin, évêque d'Arles et premier de cordée des hérésiarques ariens gaulois.
Hilaire fut aussi intimement lié au destin de saint Martin de Tours, qu'il forma et soutint dans l'établissement d'un ermitage en lui donnant un domaine agricole à Ligugé, cité proche de Poitiers. Transformé en véritable monastère cet établissement pieux deviendra l'abbaye Saint-Martin de Ligugé, reconnu comme le plus ancien établissement monastique d'Occident.
L'évêque de Poitiers s'éteindra dans sa ville le 13 janvier 368 et sera inhumé dans l'oratoire Saints Jean & Paul, qu'il avait fondé. Le culte de ses reliques allant croissant cette modeste fondation deviendra au fil des siècles l'église Saint-Hilaire de Poitier.
Le saint est aujourd'hui illustré par une sculpture ornant l'église Saint-Étienne du Mont à Paris, œuvre de la main de Jean Valette, peintre et sculpteur, né le le 30 mai 1825 à Ainay-le-Vieil dans le Cher et mort à Paris le 4 mai 1878.
Ce petit-maître français formé à l'École des Beaux Arts de Paris participera dès 1847 au Salon de peinture et de sculpture de Paris, prestigieuse manifestation artistique crée en 1692 exposant des artistes agrées par l'Académie des beaux-arts.
Pour l'anecdote sa première œuvre présentée est une sculpture figurant Jacques Cujas, juriste toulousain du XVIème siècle, le même ayant d'ailleurs donné son nom à une prestigieuse bibliothèque de l'Université de droit de Paris, située sur la Montagne Sainte-Geneviève, à deux pas de l'église Saint-Étienne du Mont.
Jean Valette fera commerce de son art en remportant des commandes publiques dont des sculptures d'ornementation pour des églises, dont un saint Pierre pour Notre-Dame-de-la-Nativité à Bercy, ancienne commune intégrée au douzième arrondissement de Paris en 1859.
Le sculpteur a su ciseler un saint Hilaire, canonique, au visage grave et à la barbe élégante qui, levant ses sourcils, semble marquer avec son front ridé un intense temps de réflexion.
L'évêque tenant une plume de la main droite et un ouvrage relié de la gauche semble plongé dans une calme réflexion. Jean Valette n'ayant évidemment pas pu s'inspirer des traits réels du saint (aucune représentation d'époque n'ayant miraculeusement survécue) il a figé Hilaire en un beau portrait équilibré, aux traits saillants, rendant hommage aux qualités du théologien humaniste.
En sa qualité d'évêque de Poitiers, le saint porte les attributs traditionnels de cette fonction écclesiastique, notamment une mitre, couvre chef constitué d'une sorte de bonnet dont les faces antérieures et postérieurs, appelées cornes, sont hautes et pointues, avec deux fanons en étoffe retombant à l'arrière de la tête. Hilaire porte aussi une crosse, dont malheureusement le crosseron, la partie sommitale enroulée, a disparu, ne subsiste qu'un bâton pastoral orné d'une douille.
Ce bâton symbolise la houlette du pasteur qui veille sur son troupeau et lorsqu'elle était complète cette crosse aurait été tournée en direction du public des fidèles de l'église.