Les petits du perpétuel secours

Les petits du perpétuel secours Ecole Maternelle Le Collectif AnbaZanmann pose sa première pierre à Ravine Normande, une section Communale de Cayes-Jacmel. La tâche est immense.

L’un des objectifs majeurs que le Collectif AnbaZanmann place au centre de son agenda général est l’intégration du « pays en dehors » - selon la pertinente appellation de Gérard Barthélemy - dans le processus crucial du développement national. Nous savons que depuis le lendemain des réjouissances de l’indépendance, la paysannerie haïtienne est livrée à elle-même par l’Etat qui en fait une Haïti pa

rallèle, étrangère à « l’autre Haïti », qui, urbaine a seule le droit de bénéficier des services de l’Etat aussi précaires que ces derniers puissent être. Le monde rural est livré à l’instinct de survie individuelle, selon le principe pourtant étranger à l’esprit africain traditionnel et originaire du « chak kokoukouj klere pou je’w ». Le monde paysan était, dès 1804, condamné à la dissolution, aux initiatives morcelées. Dépourvu des lumières de l’éducation et de l’encadrement salutaire d’une instance unificatrice, le pays en dehors était condamné à rester en dehors même de tout projet national émancipateur même si ce dernier a rarement existé même pour l’Haïti urbaine qui en aurait le privilège. Bref, pour l’Etat haïtien, le paysan n’existe pas. Or, ce sont pourtant les esclaves bossales, marrons pour la plupart, dont les paysans actuels sont les descendants, qui ont jeté les bases de l’émancipation des Nègres de Saint-Domingue, donnant héroïquement naissance à cette nation qui s’érigera sur le double fondement de la liberté et de l’égalité. Ils sont ceux qui ont radicalement refusé et l’esclavage et le monde blanc pour créer une nation libre et égalitaire. Or dès le lendemain de 1804, l’Etat haïtien fait de ces bossales une sous-classe dans une structure sociale cruellement hiérarchique qui parce qu’elle reproduit la structure esclavagiste va à l’encontre même des idéaux sacrés pour lesquels ces bossales se sont battus. Le paysan haïtien ne s’est pas pour autant laissé prendre au piège de l’Etat haïtien : celui du « chak koukouj klere pou je’w ». Parce que l’esprit véritablement africain est celui du coumbite et du lakou, ils se sont toujours organisés tant bien que mal pour résister à la logique de dissolution, pour exister comme hommes d’honneur et de respect en face du mépris que les hommes de la ville manifestent systématiquement à leur égard. Mais ils n’ont pas cessé d’être pour autant des Nègres et des Négresses en dehors. Le projet

Le Collectif AnbaZanmann ne veut rien d’autre qu’une intégration multilatérale : celle qui devrait abolir la différence de statut qui existe entre l’Haïtien des villes et l’Haïtien des zones rurales. Celle qui devrait faire de Haïti un seul pays. Mais il faut bien la commencer. C’est dans cet esprit que nous avons décidé de tendre la main à la population de Ravine Normande. Cette section communale de Cayes-Jacmel (département du Sud-est) est une zone enclavée. Ce qui la met dans une situation géostratégique très défavorable en ce qui a trait à la répartition éventuelle tant des richesses nationales que des services dont la population devrait bénéficier. Environ 1000 familles réparties sur plus de 11 communautés (ou habitations) y vivent dans un manque total d'accès aux services de santé, d'éducation et d'assainissement de l’eau pour la simple et bonne raison que ces services sont, dans l’ensemble, concentrés dans les zones urbaines selon la logique séculaire de l’exclusion du paysan considéré comme étant en dehors. Après avoir effectué des évaluations minutieuses sur le terrain, en vue d'apporter une réponse concrète et efficace aux besoins de la population, le Collectif Anbazanmann a décidé de rédiger un projet pour appuyer en priorité les secteurs éducatif et sanitaire. La finalité du projet est donc double : il s’agit de réhabiliter une école communautaire facilitant l'accès à l'éducation mais aussi à des soins médicaux à 80(quatre-vingts) enfants de moins de 5 ans à Ravine Normande. Nous avons déjà à notre actif la prise en charge de l’écolage des enfants à 90% ainsi que celle du salaire annuel d’un professeur qui s’est engagé à assurer l’instruction des enfants. De plus, nous avons déjà fourni le matériel (livres, chaises, etc.) indispensable au bon fonctionnement de la petite institution. Dans le court terme, nous comptons engager plus d’enseignants tout en assurant bien sûr la disponibilité des soins de santé. A moyen terme, nous espérons achever la construction en cours d'un bâtiment répondant aux normes exigées en matière éducative. Le dernier point du projet, qui n’en est pas pour autant le moindre, consistera à ériger un dispensaire pouvant desservir aussi bien les élèves que la population en général. Notre Credo

Ce projet, réponse urgente et substantielle à une situation que nous jugeons critique, s'inscrit dans notre démarche générale qui consiste à soutenir les populations vulnérables et les couches défavorisées. Tout ceci n'est qu'un début, car une fois que ce projet à volets multiples sera terminé, nous avons en perspective d'autres idées qui ne demandent qu'à prendre racine. Car, le Collectif AnbaZanmann partage entièrement le credo d’Anténor Firmin :

« Dans tous les pays, dans toutes les races, le progrès ne s’effectue, ne se réalise, ne devient tangible que lorsque les couches sociales inférieures, qui forment toujours la majorité, tendent à monter, en intelligence, en puissance, en dignité et en bien-être. Là où la politique, dite éclairée, ne consisterait qu’à perpétuer l’infériorité de ces couches, formant l’assise de la nation, en exploitant leur ignorance, il n’y a point de progrès possible. »

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Cayes Jacmel

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