13/03/2026
Réflexions sur Saint Joseph, composées il y a quelques années pour la fête de Saint Joseph qui est proche.
Le « OUI » de JOSEPH, le premier « chrétien »
qui dit OUI à la nouvelle alliance
Evangile selon St Matthieu (1 ; 18-25)
Joseph nous offre, dans ce seul récit, un merveilleux témoignage de foi. Il n’est que justice d’exalter cette adhésion totale à la volonté de Dieu et de lui rendre hommage, lui, l’oublié, le délaissé du nouveau testament.
L’évangéliste n’évoque pas le sentiment éprouvé par Joseph quand il eut connaissance de l’état de Marie : est-ce une confiance absolue en elle ? ou une grande déception ? sinon un doute douloureux, blessé par ce qu’il apprend de la conduite, supposée, de celle qu’il épouse ?
Alors qu’il eût pu le faire dans le contexte de la société juive de l’époque, « Joseph, son mari, qui était un homme juste … ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit» (1)
Evitant ainsi de livrer la réputation de Marie au jugement de la réprobation publique, il choisit de ne pas la répudier en public, ce qui est déjà un acte de charité. C’est-à-dire qu’il renonce à juger, à la condamner, et à la faire condamner par la société de son temps. Il manifeste ainsi le respect due à la personne de Marie. En même temps, il refuse l’application littérale et systématique de la loi juive à cette époque, la loi de l’ancienne alliance, celle de Moïse – décrite dans le Deutéronome.
Mais Dieu lui demande plus. Dieu va lui demander plus qu’un acte de charité. II lui demande par l’intermédiaire de l’ange qui lui apparait en songe un engagement plus radical, un acte de foi, celui dans lequel la foi et la réponse à un appel sont indissociables.
Notons qu’il n’est pas relaté un dialogue entre l’ange et Joseph, comme nous le voyons dans l’annonciation à Marie. Joseph est, en quelque sorte, privé de droit de réponse. La grandeur de sa réponse à Dieu n’en est que plus éloquente.
« Une fois réveillé, Joseph fit comme l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme ». Cette phrase lapidaire de l’évangéliste donne une force particulière à la décision de Joseph: Ici, point d’hésitation, c’est le OUI total. Pas de OUI mais, pas de OUI peut-être, pas de OUI demain ; pas de : « je vais réfléchir »
Ce OUI, donné chaque jour, est sans doute le premier pas à franchir pour quiconque veut avancer sur le chemin étroit de la sainteté.
Dieu a voulu associer Joseph à ce mystère de l’incarnation de son Fils en lui confiant cette charge de père nourricier. Certes, il fallait à Jésus une famille, un père et une mère, une « sainte famille ». Mais après le OUI de Marie, il fallait non seulement un « père » mais aussi et surtout un homme qui adhère au dessein de Dieu en prononçant, lui aussi, un OUI radical. Pour qu’advienne son règne, Dieu ne peut se passer de la coopération de l’humanité qu’IL a créée. Or, qui d’autre que le couple formé par l’union d’un homme et d’une femme, indissociables dans la création (« Homme et Femme, Il les créa ») symbolise le mieux l’Humanité ? Au-delà de Marie et de Joseph, même s’ils sont choisis au sein du « Peuple élu », c’est à chacun de nous mais aussi à l’Humanité entière que Dieu lance son appel à le suivre. Jésus, dans son enseignement, élargira à « toutes les nations », donc à l’humanité entière, cet appel à écouter sa parole et à la mettre en pratique.
Proposant ces réflexions à un prêtre ami, à la retraite, celui-ci me fit la remarque suivante : « Vous oubliez, dans votre commentaire, la liberté que Dieu laisse aux hommes et aux femmes de le suivre ou de ne pas le suivre, et il a laissé Joseph libre de son choix »
Je me penchais alors à nouveau sur cet évangile de Saint Matthieu pour y déceler cette liberté laissée à Joseph, qui m’avait sans doute échappée. Je lus alors plus attentivement les mots prononcés par l’ange : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme ; car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint …….. »
En effet, Dieu, qui parle à travers l’ange, ne donne pas un ordre impératif à Joseph. C’est plutôt une invitation, une exhortation à ne pas craindre, et Il lui en donne aussi les raisons : « ….car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint …. » Dieu connait les pensées de Joseph, son trouble, son doute, mais aussi sa connaissance de la prescription souvent reprise dans le Deutéronome : «Tu feras disparaître le mal du milieu de toi ». Dieu ne lui impose pas un choix ; Il lui accorde pleine liberté de croire ou de ne pas croire en les paroles de l’ange, donc de poser ou de ne pas poser un acte de foi.
Cette formulation de l’ange nous éclaire d’ailleurs sur la motivation première de Joseph de répudier Marie, certes en secret, mais de la répudier quand même: La crainte, la peur, la peur de prendre en conscience une décision à contre -courant des convictions bibliques de son peuple, sans doute préférant se conformer à la loi juive en vigueur, même atténuée par la confidentialité du renvoi qu’il avait envisagé.
Mais tout change après le songe : Sa foi lui donne la force d’agir en vérité, à contre-courant des codes formels et rigides de l’ancienne alliance, où la lettre prend le pas sur l’esprit. Après Marie, Joseph est le premier homme qui dit OUI à la nouvelle alliance du Christ, pourtant non encore annoncée.
Ne suis-je pas moi- même, ne sommes-nous pas timides, voire timorés ou lâches, pour ne pas oser penser, parler, et agir, 2000 ans après Joseph, à contre-courant des idéologies déicides de notre société, dans nos choix de vie pour suivre le Christ ?
Dans cette période d’incertitude où des vies de personnes fragiles sont brutalement menacées, où les valeurs du Christianisme sont abandonnées, voire combattues, où nos églises sont désertées, pourquoi ne pas prier plus intensément Saint Joseph, pour qu’il guide nos gestes de fraternité et nous apprenne à dire OUI à DIEU, à dire OUI à SA volonté. ?
En ce 19 mars, fête de Saint Joseph
Pierre Mériadec
(1)Bible de Jérusalem , édition de 1998 ; Une autre bible propose : « ll décida de la renvoyer en secret »