25/04/2021
Communiqué de Presse du 6 avril 2021
par le collectif
« La Grande Mosquée de Strasbourg : une mosquée pour tous les strasbourgeois. »
Strasbourg, le 6 avril 2021
Quel constat et quel destin pour la Grande Mosquée de Strasbourg : une gestion opaque entre-soi sans tenir compte des fidèles ? ou bien, une volonté démocratique et d’inspiration républicaine ?
Les usagers de la Grande Mosquée de Strasbourg, ont-ils leur mot à dire sur la manière dont est géré leur patrimoine cultuel et socio-culturel ? En effet, depuis les dernières élections qui ont eu lieu en janvier 2020 dans des conditions de participation contestées, les actes de l’équipe gestionnaire actuelle suscitent la consternation et l’inquiétude d’une grande partie des fidèles. La question du futur de la GMS se pose ainsi entre la continuité d’une gestion actuelle, opaque entre-soi et sans tenir compte des fidèles ; ou bien, un projet de renouveau porté par des responsables expérimentés, légitimes, plus jeunes et compétents, animés par une volonté démocratique d’inspiration républicaine. Le collectif qui porte ce projet de renouveau souhaite se faire entendre dans un esprit d’ouverture et de participation positive. C’est une main tendue vers les gestionnaires actuels : sauront-ils la saisir ? Le calendrier de cette communication et de cet appel fraternel en ce mois d’avril 2021 semble particulièrement bien choisi : entre les fêtes qui commémorent la Pâque chrétienne et le début du jeun musulman du mois sacré de Ramadan.
La Grande Mosquée de Strasbourg ne se résume pas à la construction d’un édifice aussi beau soit-il sur le plan architectural. Elle constitue surtout le fruit d’un travail de longue haleine débuté en 1992, soit près de trente années, et porté par la communauté strasbourgeoise dans son ensemble, musulmane et non musulmane, sans oublier la contribution des collectivités locales. Tous ces efforts et ces sacrifices font de ce lieu un symbole, un patrimoine qui appartient à tous les Strasbourgeois. Seul un projet dont les finalités sont claires et précises, animé par une gestion démocratique et transparente, est en mesure de concrétiser des solutions satisfaisant les besoins des musulmans de Strasbourg et de ses environs.
Or ce n’est pas le cas de la gestion actuelle telle que conduite par le bureau exécutif en place et dont la légitimité est fortement discutable. Ainsi, et sans être exhaustif, il faut souligner plusieurs actes de gestion inacceptables qui sont à déplorer.
Le premier est l’opacité dans la gestion actuelle de la Grande Mosquée de Strasbourg. Il faut rappeler que la majorité en âge des membres de l’assemblée générale avoisine les 70 ans, car les usagers plus jeunes en sont systématiquement exclus, contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire. Nos anciens sont bien sûr légitimes, mais les plus jeunes doivent l’être tout autant. Ce manque de transparence et la barrière abusive à la qualité de membre est clairement apparue dans l’organisation des dernières élections de janvier 2020, dont une grande partie de l’AG a été exclue du scrutin.
La gestion financière mal maîtrisée démontre également l’incompétence relative de l’équipe gestionnaire actuelle, et a eu pour conséquence un coût final de construction de la mosquée s’élevant à douze millions d’euros au lieu des huit millions prévus ; soit un écart de 50%. À cela s’ajoute l’éviction sans aucun égard de l’imam pourtant si apprécié de tous et confirmé après douze années de service : sans aucune consultation ni concertation avec les fidèles de la mosquée, tout au contraire. Car en effet, une pétition signée par 450 fidèles plaidait pour son maintien, soit plus du double de la totalité des membres de l’AG (environ deux cents adhérents « admis »). Et là encore, l’équipe gestionnaire n’en a absolument pas tenu compte. Pour justifier sa mise à l’écart et son remplacement, des carences prétendument linguistiques ont été évoquées. L’imam a pourtant été muté à Ensisheim, et donc, avec toutes les qualifications requises en la matière.
A cet égard, nous soulignons en marge, que s’il faut se réjouir des dispositions du Droit local qui permet la participation financière des collectivités à hauteur de 10% du budget de construction d’édifices religieux - une disposition élargie aux cultes non concordataires depuis 1999, il reste à faire évoluer ces dispositions de la même manière en ce qui concerne la rémunération des ministres des cultes non concordataires, et notamment celui de l’Islam, la seconde religion de France.
Enfin, et cela constitue l’acte de gestion le plus consternant : il s’agit de la cession pour un euro symbolique de 70% des parts de la SCI GMS, soit 70% de la valeur du patrimoine immobilier de la Grande Mosquée au profit du Royaume du Maroc. Cette disposition, qui ne met pas en cause le Maroc en tant que partenaire et important donateur n’ayant jamais posé une quelconque condition d’ingérence dans la gestion de la GMS, a été décidée abusivement en fait sous la pression de certains intermédiaires zélés et soucieux de leur intérêt personnel en profitant de manière malveillante de leur position de représentant ; et bien sûr, sans aucune consultation des membres de l’AG, ni celui des fidèles sur cette question extrêmement importante. Car il faut relever ici l’absence voulue de transmission et de validation du procès-verbal du Conseil d’administration ; lequel faisait judicieusement état, sur ce point précis de l’ordre du jour, de la nécessité impérative de consulter l’AG et les fidèles au préalable. Ainsi, l’intolérable transfert de propriété à un État étranger pour la valeur d’un simple euro symbolique s’est réalisé sans aucune consultation sérieuse mais au contraire, sur un débat fortement disputé au sein du CA. Et pourtant, la GMS a été financée principalement par l’argent et les efforts ajoutés du contribuable strasbourgeois pour l’essentiel ; lesquels en sont donc les propriétaires légitimes et de manière inaliénable. Tous les partenaires-donateurs et/ou facilitateurs, passé ou à venir, dont le Royaume du Maroc, sont les bienvenus et sincèrement remerciés comme tels ; à la condition expresse qu’ils respectent l’autonomie de gestion par les fidèles et qu’ils ne manifestent aucune velléité, ni forme d’ingérence.
En conclusion, ce mode de gestion marqué par l’entre-soi exclusif n’est pas acceptable. Nous pensons qu’il est temps d’informer la communauté locale, musulmane ou pas, de ces manipulations opaques et de ces pratiques hasardeuses, a fortiori dans un lieu réputé incarner une morale universelle. Il y a en effet urgence à restituer la Grande Mosquée de Strasbourg à ses véritables propriétaires.
Pour le bien à venir de tous, nous tendons néanmoins une main amicale et fraternelle vers l’équipe gestionnaire actuelle, sans ressentiment ni rancœur pour le passé, afin de relever ensemble, dans la concertation et dans la transparence, les défis nombreux, économiques et sociaux, actuels et futurs, et sur les deux plans qui doivent focaliser notre attention et notre implication commune : le plan cultuel et le plan culturel ; au service de tous les strasbourgeois, et en premier lieu, les fidèles de la mosquée.
Strasbourg, le 6 avril 2021.
Par le collectif « La Grande Mosquée de Strasbourg : une mosquée pour tous les strasbourgeois. »