25/05/2024
Merci à Mathieu Jung qui a mené un entretien avec Serge Núñez Tolin à propos de L'Immobilité et un brin d'herbe.
Extrait :
Mathieu Jung — Tu viens de publier un ouvrage au Cadran Ligné, intitulé "L’Immobilité et un brin d’herbe". Celui-ci me semble faire suite à "L’Exercice du silence", toujours au Cadran Ligné (2020). Je dirais que ces recueils œuvrent tous deux — chacun, ou alors ensemble — autour d’un noyau, peut-être « infracassable » et de « nuit », comme dirait André Breton. "L’immobilité et un brin d’herbe" est placé sous l’égide de Joe Bousquet. De fait, la formule « traduit du silence » me semble idéalement convenir à ton travail poétique, explicitement dans "L’Exercice du silence", mais de manière peut-être un peu différente dans "L’immobilité et un brin d’herbe". Ma question veut donc porter sur la continuité ou, au contraire, sur la rupture d’un livre à l’autre.
Serge Núñez Tolin — "L’exercice du silence" (10 août 2004 – 02 juin 2005) précède en effet "L’immobilité et un brin d’herbe" (22 décembre 2005 – 27 juillet 2006). Entre les deux : "Sur le fil de la présence" (02 juin 2005 – 22 décembre 2005) qui paraîtra, au plus t**d, avant juin 2024 aux éditions Le Taillis pré. L’écriture est donc sans rupture entre le 10 août 2004 et le 27 juillet 2006 enchaînant sans discontinuer entre ces trois titres.
À vrai dire, il en est ainsi, au moins de façon attestée, depuis février 2001 jusqu’à ce jour de 2024. Soit depuis la rédaction de "Silo II" et "Silo III" parus aux éditions Le Cormier (2002 et 2003). Actuellement, un tiers de mes livres est paru. (C’est bien la première fois que je livre ceci publiquement.)
Il y a bien, ici et là, entre un titre et le suivant, des périodes de crise durant lesquelles l’écriture s’absente, sans toujours décider si la crise provient du fait du retrait des mots ou découle d’un retrait de vitalité dû à la chiennerie de la vie (dont, à ce jour, je serais malhonnête de me plaindre).
Toujours est-il que comme Jacques Vandenschrick (Le Cheyne éditeur) a parfaitement qualifié les choses, je serais un diariste. L’écriture accompagne la vie. Dans ce pas-à-pas, l’une va de pair avec l’autre. La vie précède. L’écriture suit et tente d’élucider celle-ci. Toutefois, bien que je ne puisse m’en défaire, les mots m’apparaissent si souvent impuissants ou insuffisants.
Par ailleurs, bien qu’à se retourner sur l’œuvre, il n’y paraisse pas, j’avance sans intention préalable, du premier mot à ce jour. Le noyau « infracassable » des choses et la « nuit » dans laquelle nous sommes circonscrivent pour moi les données de notre présence au monde. Aussi, tout auteur et créateur que je serais, je décide peu. Tout s’écrit depuis un lieu que j’ignore, qui est la vie, mon corps et le monde. Ici et maintenant, sans transcendance aucune. Dans un tel contexte, je ne crois pas davantage que l’écriture soit la dernière transcendance restante. Ce serait dérisoire !
Rien dans tout cela pour rendre malheureux. Il y a les autres, le tutoiement choisi, à ses divers degrés d’incandescence. Il y a la nature et ses paysages, la marche. La vie qui nous est échue, le monde sous nos sens. Il y a aussi la lutte sociale, la lutte pour la vie, celles pour la justice et l’équité et la splendeur incroyable de quelques-unes de nos réalisations, matérielles ou dans l’ordre des idées. L’humain est un producteur de sens, quand bien même il voudrait n’en pas produire. Et nous en aurions des raisons de ne rien produire…
Nous pourrions revenir ultérieurement à Joe Bousquet, aux Surréalistes … (26 mars 2024)
Merci à Mathieu Jung qui a mené un entretien avec Serge Núñez Tolin à propos de L’Immobilité et un brin d’herbe. Extrait : Mathieu Jung — Tu viens de publier un ouvrage au Cadran Ligné,…