24/08/2024
On m'interroge souvent sur ma 𝐦𝐚 𝐦𝐞́𝐭𝐡𝐨𝐝𝐞 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞, et je ne réponds que rarement. En un temps où tant de collègues ne se préoccupent que des questions de méthode, mon intérêt se porte vers les contenus théologiques, leur révision et leur innovation. Il y a à cela, entre autres choses, une raison personnelle : ma socialisation chrétienne n'a pas été particulièrement profonde, et j'ai grandi avec les poètes et les philosophes de l'idéalisme allemand. Lorsque, à la fin de 1944, pour mon malheur, j'ai dû devenir encore un soldat, j'ai emporté les poésies de Goethe et son Faust, ainsi que le Zarathoustra de Nietzsche. C'est un aumônier militaire allemand qui m'offrira une Bible, dans un camp de prisonniers en Belgique, et c'est là seulement que je commencerai à la lire. Depuis que j'ai commencé à étudier la théologie – tout d'abord en 1947, dans le camp de prisonniers de Norton- Camp près de Nottingham, puis à Göttingen à partir de 1948 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐞𝐬𝐭 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐨𝐢 𝐦𝐞𝐫𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐮𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮. 𝐈𝐥 𝐦𝐞 𝐟𝐚𝐮𝐭 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐝'𝐚𝐛𝐨𝐫𝐝 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐝𝐞́𝐜𝐨𝐮𝐯𝐫𝐢𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐨𝐢-𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐞𝐭 𝐦𝐞 𝐥'𝐚𝐩𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐢𝐞𝐫 𝐞𝐧 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐞𝐧𝐚𝐧𝐭. 𝐉𝐮𝐬𝐪𝐮'𝐚̀ 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝'𝐡𝐮𝐢 𝐥𝐚 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐨𝐢 𝐮𝐧𝐞 𝐚𝐯𝐞𝐧𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐢𝐦𝐦𝐞𝐧𝐬𝐞, 𝐮𝐧 𝐝𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐭 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫, 𝐮𝐧 𝐯𝐨𝐲𝐚𝐠𝐞 𝐝'𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞́𝐞 𝐢𝐧𝐜𝐨𝐧𝐧𝐮𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐨𝐢, 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐛𝐞𝐚𝐮𝐜𝐨𝐮𝐩 𝐝𝐞 𝐬𝐮𝐫𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐧𝐨𝐧 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐝𝐞́𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬. 𝐒𝐢 𝐣'𝐚𝐢 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐜'𝐞𝐧 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐣𝐮𝐬𝐪𝐮’𝐢𝐜𝐢 𝐧'𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐫𝐞𝐜𝐨𝐧𝐧𝐮𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 : 𝐥𝐚 𝐜𝐮𝐫𝐢𝐨𝐬𝐢𝐭𝐞́. 𝐋𝐚 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐣𝐞 𝐥'𝐚𝐢 𝐩𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞́𝐞 𝐧'𝐚 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐝𝐨𝐜𝐭𝐫𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐜𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞𝐬 𝐨𝐮 𝐝𝐞 𝐝𝐨𝐠𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥'𝐄𝐠𝐥𝐢𝐬𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐮𝐧 𝐯𝐨𝐲𝐚𝐠𝐞 𝐝'𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧. 𝐂'𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐦𝐨𝐧 𝐬𝐭𝐲𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐞́𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐞𝐱𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥 : une aventure des idées, et mon style de communication prend la forme de la proposition. Je ne défends pas des dogmes impersonnels, et je n'exprime pas non plus mon opinion personnelle seulement : je fais des propositions au sein d'une communauté. C'est pourquoi les phrases que j'écris ne sont pas munies de sécurités, et certains les tiennent pour aventureuses. Elles doivent susciter la réflexion personnelle, et naturellement aussi la contradiction motivée. Les théologiens font partie eux aussi de la 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑢𝑛𝑖𝑜 𝑠𝑎𝑛𝑐𝑡𝑜𝑟𝑢𝑚, dès lors que les saints véritables ne sont pas seulement les pécheurs justifiés, mais également ceux qui doutent et qui ont été acceptés, et qui appartiennent donc tout autant au monde qu'à Dieu.
La théologie est une tâche à mener en commun : il en résulte que la vérité théologique a la forme du dialogue – et cela de façon constitutive, et non pas seulement lorsqu'elle est matière à conversation. Il existe des systèmes théologiques qui ne visent pas seulement à être sans contradictions internes, mais aussi à n'être jamais contredits. Ils sont comme des forteresses qui ne peuvent pas être prises, dont on ne peut pas non plus s'échapper, et qu'on va donc affamer. Je ne souhaite pas du tout me construire une telle forteresse. Mon image est celle de l'exode du peuple, et j'attends des miracles théologiques de la mer des Roseaux. 𝐋𝐚 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐧'𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐨𝐢 𝐮𝐧𝐞 𝐝𝐨𝐠𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐜𝐜𝐥𝐞́𝐬𝐢𝐚𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐧𝐢 𝐮𝐧𝐞 𝐝𝐨𝐜𝐭𝐫𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐟𝐨𝐢, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐢𝐦𝐚𝐠𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐫𝐨𝐲𝐚𝐮𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐃𝐢𝐞𝐮 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞, 𝐞𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐫𝐨𝐲𝐚𝐮𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐃𝐢𝐞𝐮, 𝐞𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐜𝐞𝐥𝐚 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐞𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 ; 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐞𝐭 𝐧𝐮𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭, 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐧'𝐞𝐬𝐭 𝐥'𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐞𝐮𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐛𝐨𝐮𝐫𝐠𝐞𝐨𝐢𝐬𝐞 𝐞𝐭 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐩𝐚𝐬 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐞 𝐪𝐮'𝐨𝐧 𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ « 𝐜𝐡𝐫𝐞́𝐭𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞 ». Certains ont estimé que j'en disais théologiquement trop et plus au sujet de Dieu ce qu'on peut savoir. J'éprouve une profonde humilité devant le mystère que nous ne pouvons pas saisir par notre savoir, et c'est pourquoi je dis tout ce que je pense en moi-même.
𝐶𝑓. Jürgen MOLTMANN