25/08/2026
Homélie du 23 août 2026, Père Basile Tegamba
Pour vous, qui suis-je ?
Cette scène de l’Évangile, appelée « la profession de foi de Pierre », pose une question dont la résonance demeure toujours actuelle : celle de l’identité de Jésus. « Que disent les gens ? Qui suis-je ? » « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Jésus veut conduire ses disciples à une prise de position à son égard. Il commence par un « sondage d’opinion » collectif : « Pour les gens... ». Il passe ainsi en r***e ce que « les gens disent de lui », ce que les disciples entendent dire à son sujet. Les avis sont divers : tantôt Jean-Baptiste, tantôt Élie, tantôt Jérémie ou l’un des prophètes. Les réponses sont, en quelque sorte, hésitantes, incertaines, vagues, sans ferme conviction. C’est d’ailleurs le propre des « on-dit ». Toutefois, on perçoit en Jésus un homme extraordinaire, sans jamais réussir à saisir pleinement qui il est. Mais cette réponse n’engage personne.
Après avoir recueilli l’opinion commune ou populaire à son sujet, Jésus s’adresse directement à ceux qui marchent avec lui : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Il s’ensuit d’abord un silence. Il ne s’agit plus de rapporter les rumeurs des autres : il s’agit de se prononcer, de dire ce qu’ils croient de lui. La question exige non seulement une réponse exacte, précise, sans détour, mais aussi une prise de position personnelle : il s’agit de professer sa foi, de se déclarer ouvertement pour Jésus. Face à sa personne, la neutralité n’a pas sa place. Quand il s’agit de répondre du point de vue de la foi, personne ne peut le faire à la place d’un autre.
Derrière cette question se pose celle de la divinité de Jésus. Il n’est pas seulement un maître inspirant ni un prophète parmi d’autres : il est « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Mais reconnaître la divinité de Jésus n’est pas une simple adhésion intellectuelle, ni un savoir théorique que l’on apprendrait dans un manuel ou par ouï-dire. Cela relève d’une expérience personnelle avec lui. La foi n’est pas seulement affaire de savoir ; elle est aussi affaire de saveur, de goût. Il faut avoir goûté pour pouvoir en parler et prendre position. Les disciples ont vécu avec lui ; c’est pourquoi ils sont capables de répondre personnellement.
Aujourd’hui, Jésus fait l’objet d’importantes études qui cherchent à approfondir le mystère de sa personne. Dans les résultats de ces recherches, il apparaît sous plusieurs aspects : comme un grand maître à penser ou un prophète – un sage, un philosophe, un réformateur social d’exception ou un prophète respecté ; comme une figure d’inspiration éthique – son Évangile étant considéré comme un beau texte littéraire ou comme un code moral prônant la paix, le pardon et la solidarité ; ou encore comme un mythe ou un personnage historique – l’homme de Nazareth, situé dans le contexte politique de la Judée du Ier siècle, mais sans dimension divine.
Mais, aussi scientifiques que puissent être les études sur Jésus, elles ne peuvent à elles seules nourrir notre foi. D’ailleurs, elles ont souvent tendance à relativiser la personne de celui en qui nous avons mis notre foi. Alors, n’y a-t-il pas là un appel à réaffirmer notre engagement à la suite du Christ, au milieu des portraits et des représentations que l’on dresse de lui aujourd’hui ? Que nous révèle notre expérience de relation avec ce Jésus sur son identité ? Nous qui le côtoyons chaque jour dans l’Eucharistie, que pouvons-nous dire de lui ? Sommes-nous capables, comme Pierre, de nous déclarer publiquement pour lui ? Ce que nous disons de lui nous engage-t-il ?
Amen
Diocèse de Paris Consacrées de Regnum Christi Religieuses de l'Assomption-Province de France