01/09/2025
Jouer avec la mort
Le charlatan au pied du mur ?
Plantons les personnages et les décors !
Attention, nous serons loin du classique « madame, votre mari va mourir », qui relève le niveau de certaines voyances à deux ou trois réalités de l’efficacité.
Une consultante
Elle m’apparait dans un très bel ensemble blanc légèrement crémeux, image de l’agnelle d’un sacrifice. Sa légèreté m’impose de ne pas la faire souffler, ni souffler moi-même incertain que je suis de ne pas la voir flotter au vent. Tout de suite, je ressens la présence d’une incohérence entre le soin qu’elle a mis pour venir consulter à la demande d’une docteure et ce que je perçois autour d’elle.
L’ombre est présente. La lumière existe encore.
Le charlatan
Il se prétend capable de vivre le ba**er de la mort, tant il aime la vie. Mais il ne sait pas accepter l’instant fatal dans toute sa beauté. Douce ou violente, il se suppose prêt au combat pour que celle qui vient le voir puisse continuer à vivre.
La médecine a condamné l’agnelle par sa relation avec la dénutrition . Elle en est arrivée au stade où sa lumière intérieure produit un flamboiement comme ceux que l’on obtient quand une bougie arrive à sa fin.
Sa docteure me l’envoie parce qu’elle a déjà vu fonctionner le charlatan en recherche sur une personne qui vit des personnages.
Dès le départ, le charlatan a perçu que la voie médicale si elle est annoncée ne sera pas suivie.
Il perçoit aussi que les autres voies seraient mises en charpie dans une série de défis.
Lui-même est conscient que toute orientation proposée serait mise en fonction dans un sens contraire. L’absence de proposition jouera aussi à contresens. Il reste donc à lui offrir un cadeau qu’elle ouvrirait ou pas volontairement dans le respect total d’une décision qui deviendra la sienne et nulle autre.
Le monde des ombres.
Des ombres se pressent autour de l’agnelle. L’épée que cache le charlatan flamboie de courts instants pour les éloigner.
Elle, dans toute sa splendeur : La Mort !
Elle pose ses décrets. En un lieu, en un jour, en une seconde, elle décide qui quand où comment...
Rares sont les décrets qu’elle marque du signe d’une contrainte en suspension.
Elle, la Mort se laisse voir en ses plus profonds secrets. Sa puissance s’extériorise par une faux et une apparence décharnée. Les os seront lourds ou légers certes pas à sa fantaisie, mais aux nécessités. Ainsi, les dieux anciens optent pour une double apparence. Horus, l’égyptien apparait aux humains comme un crocodile ou comme un faucon. Kali est l’aspect puissant et énergique de Durga. Elles détruisent l’illusion.
La mort symbolise le changement profond que subit l’être vivant par l’effet de l’initiation aux épreuves. Une horloge, un corbeau, une dague peuvent accompagner la symbolique.
Pourtant, la cliente ne semble pas venue déposer ses cartons d’inutilités, encore moins construire un rapport adapté à notre société.
La mort, vécue sous forme d’épreuve, autorise l’abandon des cartons d’inutilités, de poser des attachements, de démonter le scénario à multiples facettes, par le rapport modifié à la réalité se remettre à l’ouvrage et parfois atteindre l’œuvre.
Quelques échanges
- Ainsi, vous n’avez pas le droit de me dire qui vous envoie, mais je devine la personne qui est à l’origine puisque vous lui faites confiance.
- C’est surtout parce qu’elle veut éviter que vous soyez en colère.
- Très bien, je ne jouerais pas le colérique. Que désirez-vous ?
- Savoir si je serai encore vivante dans trois mois. Ils me disent que je dois me faire hospitaliser sinon que je serai morte par dénutrition.
- Qui sont-ils ces ils ?
- Les médecins
- Vous ne faites pas confiance à la médecine ?
Elle hausse les épaules et sourit.
- Pour désirer de quoi ai-je besoin ?
- L’amour ?
Son sourire s’élargit, elle va jouer une scène de joueuse aux échecs.
Elle avance son cavalier comme poussé à l’action, je joue un cavalier. Le désir par la Reine du Ciel rencontre l’enjeu fondamental : la mort, comme reine de la terre.
Elle a lié la force du désir à la conscience de la mort.
Elle ne veut ni la mort psychologique ni sociologique, c’est donc son corps qui devra s’effacer. Elle abandonne l’échiquier et joue avec une épée. Je n’utilise pas le poignard, mais je sors mon vieux sabre.
Je reconnais bien là le personnage en déni de capacité à mourir. J’ai joué au déni d’un glaucome. La colère a vécu un temps long. J’accepte mieux de faire une passe d’armes avec elle. Qu’allons-nous marchander, un mari, des enfants, d’autres êtres aimés ?
Elle a passé ce stade et ne sait pas vivre en dépression. Quant à l’acceptation, elle n’ose pas la caresser.
Il me parait difficile de supposer que son corps ne manifeste plus de besoins !
Ni faim ni soif !
La flamme qui brule en elle flamboie encore ! Elle semble pourtant attendre un passage. Peut-elle expérimenter une mort médicale ou irait-elle plus loin que la mort pour reprendre gout à la vie ?
L’horloge, symbole de la mort, sonne l’heure, elle ne sonne pas le lieu ce n’est pas sa fonction. Pour la cliente comme pour le charlatan, les cavaliers de l’échiquier nous permettent de les monter. Prochain coup, le sacrifice d’un pion. Je lui tends la main pour la reconduire.
Difficile d’être un charlatan, le décret sera publié.