31/12/2019
Homélie pour le 1er janvier - Sainte Mère de Dieu
Depuis la Nativité du Seigneur, nos regards se sont tournés vers l’enfant de la crèche. Aujourd’hui, pour conclure l’octave de cette solennité, nous nous tournons davantage vers Marie. Nous regardions le fruit, aujourd’hui nous regardons l’arbre d’où provient ce fruit. Un fruit excellent ne pouvant provenir que d’un arbre excellent lui aussi. Jésus n’est pas tombé directement du Ciel, Il a pris chair de la Vierge Marie.
Dans son épître aux Galates, la 2ème lecture, Paul disait : « lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse ». Chacun des trois grands patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, fondateurs du peuple Hébreu, avaient épousé une femme stérile. Et chacune d’elles pourtant enfantera à l’heure de Dieu. À bien d’autres étapes de l’histoire d’Israël, comme au temps des Juges avec Samson, puis avec Samuel et ainsi jusqu’à Jean-Baptiste lui même issu d’un couple âgé, une descendance promise et bénie n’existe que par la grâce de Dieu. La fécondité humaine n’est véritablement efficace qu’avec l’intervention du Seigneur. Ainsi, à la plénitude des temps, au moment où le Messie entre dans le monde pour vivre parmi les hommes, Marie devient l’héritière de toutes ces fécondités, les récapitule et les mène à leur perfection en sa virginité par une fécondité inouïe et une maternité plus que jamais dépendante de la grâce du Saint Esprit, une maternité divine : Jésus étant le Fils de Dieu de même nature que le Père, Marie est vraiment en son humanité, « Mère de Dieu » tout en étant l’une de ses créatures.
Ce titre de « Mère de Dieu » nous dit avant tout quelque chose de l’Humilité de Dieu qui accepte de naître et de dépendre d’une créature humaine. Mais il nous dit aussi la considération que le Seigneur a pour Marie et la confiance qu’Il met en elle pour une telle mission. Cette solennité de Marie, « Mère de Dieu », est la plus grande des fêtes en son honneur et le fondement de toutes les autres :
Si Marie est Immaculée dès sa Conception, c’est bien en vue de sa mission de « Mère de Dieu ». Dieu n’est que Bien, Lumière et Vérité, Il ne connaît pas le mal ni le mensonge. Son être est incompatible avec le péché. Il ne pouvait donc s’incarner en s’unissant de manière si infime soit-elle avec le mal. L’Immaculée Conception de Marie apparaît comme une nécessité à l’Incarnation du Fils de Dieu. Et si nous fêtons l’Assomption de Marie, c’est bien parce qu’elle a accompli sa mission de Mère jusqu’au bout à la perfection, sans ombre de péché, sans s’écarter infiniment soit-il du projet bienveillant du Père.
Ce mystère de la Maternité divine de Marie est grand : Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie. Lui qui a tout créé à partir de rien, n’a rien voulu recréer sans Marie. Dieu est donc bien le Père de toutes les choses créées dont Marie fait partie. Mais elle est aussi la mère de toutes les choses recréées. Dieu est le Père de la Création toute entière, et Marie la Mère de la Rédemption, Jésus notre Sauveur : Dieu a engendré Celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté Celui par qui tout a été sauvé.
Nous comprenons alors l’étonnement de ceux qui écoutent les bergers, comme le précise l’évangéliste Luc : « tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers ». Mais alors que les bergers glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, Marie, elle, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Elle demeure dans un silence d’adoration. Elle contemple déjà ce mystère du Christ vrai Dieu devenu en sa chair vrai homme, non pas pour elle seule, mais pour tout le genre humain. Elle comprend certainement déjà que son enfant ne lui appartient pas, mais qu’Il est venu pour sauver tous les hommes, comme son Nom « Jésus » le signifie et comme cela lui a été confirmé par la venue des bergers et un peu plus t**d lors de la visite des Mages. La Bénédiction de Dieu promise dans la Livre des Nombres, la 1ère lecture, au petit peuple d’Israël va s’étendre désormais à toutes les nations.
Jésus est bien son enfant, mais elle sait déjà qu’Il est offert au monde. Et peut-être pressent-elle déjà aussi qu’il en est de même pour elle. Sa maternité l’engage beaucoup plus profondément que d’être seulement la Mère de Jésus : Elle est la Mère de tous les vivants. Marie n’est pas seulement un modèle à imiter pour mieux vivre de la vie de Dieu. Elle est une Mère, notre Mère avec qui nous sommes invités à entrer en relation. La grâce immense de sa maternité divine rejaillit sur nous tous en grâce d’adoption divine en Jésus. Dans la mesure où nous laissons Marie accomplir auprès de nous son rôle de Mère, par la grâce du Seigneur, elle pourra former en nous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus. Marie est comme la porte par laquelle Dieu entre dans notre humanité. Elle est aussi comme la porte par laquelle nous pouvons entrer dans le mystère de Dieu.
Pour commencer cette nouvelle année, prions avec Marie, notre Mère, pour que Jésus, le Fils de Dieu, s’incarne en nos vies et en nos cœurs. Ainsi la bénédiction que le Seigneur a inspiré à Moïse, entendue dans la première lecture, s’étendra à tous ses enfants bien-aimés : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Qu’il t’apporte la paix ! »
Fr Laurent