Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle Ocso

Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle Ocso Abbaye cistercienne vivante du 12ème siècles en Drôme Provençale
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05/12/2023

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11/12/2021

Homélie 2ème dimanche de l'Avent - Année C

Dans le livre de Baruc, la première lecture, l’auteur, certainement un sage du 2ème siècle avant notre ère, pressent que Jérusalem va se libérer du joug des étrangers. En s’adressant alors à ses compatriotes dispersés en tous lieux, il réécrit l’un des grands poèmes du prophète Isaïe sur le retour des exilés de Babylone. Un retour déjà perçu comme un nouvel Exode, une nouvelle libération. A l’image donc de la sortie d’Egypte, puis du retour d’Exil, l’auteur annonce un retour massif des exilés dans une Jérusalem qui aura retrouvé toute sa splendeur et revêtue du diadème de la gloire de l’Eternel :
Jérusalem était une épouse répudiée. Elle pleurait ses enfants déportés et dispersés. Mais le Seigneur n’allait pas t**der à lui rendre sa parure grandiose de reine, celle de la gloire et de la justice de Dieu. Ses enfants allaient revenir en cortège joyeux dans un paysage tout aplani pour faciliter leur marche. Ce ne sera plus à travers le désert sec et aride, ni même sur les routes sinueuses du retour de Babylone, mais sur un chemin de triomphe, ombragé et orné de forêts et d’arbres.

Jean Baptiste, sera le dernier prophète avant que cette annonce se réalise. Sa mission se situera d’ailleurs dans la région du Jourdain, c’est-à-dire symboliquement, au seuil de la Terre Promise. Il aura pour mission de désigner Celui en qui toutes les annonces progressives et prophétiques se réaliseront en plénitude. De la sécheresse du chemin, puis de sa sinuosité et enfin à son aplanissement, Jean-Baptiste nous mène au seuil du Chemin nouveau qui dépassera bien largement l’annonce du livre de Baruc. Plus qu’un chemin de justice, de sécurité, de joie et de gloire, il annoncera le Chemin de l’Agneau de Dieu, Jésus, Dieu-qui-sauve parmi les hommes. Le Fils de Dieu viendra lui-même être notre Chemin vers la Terre Promise, la demeure du Père.

Comment répondre à cet appel de Jean-Baptiste afin de nous retrouver, nous aussi, au seuil du Chemin que Jésus nous ouvrira lorsqu’Il naîtra parmi nous dans quelques semaines ? Ces annonces prophétiques nous en donnent la réponse :
Les hautes montagnes doivent être abaissées. L’orgueil qui nous élève illusoirement au-dessus des autres doit faire place à l’humilité. Car ce n’est qu’en nous faisant le plus humble que nous pourrons accueillir l’Enfant Jésus et que nous comprendrons que Dieu est Humilité au plus profond de sa Gloire. Il faut peu de puissance pour se juger plus grand que les autres et il en faut beaucoup plus pour s’effacer devant un plus petit. Le Chemin que Jésus nous ouvrira est Celui qui nous permettra de progresser à la rencontre de l’Humilité sans limite du Père.

Et quand un plus grand s’abaisse devant un plus petit cela signifie que le plus grand est mut par l’amour. Car ce que nous ne voyons pas tout de suite dans l’amour, c’est l’humilité. Si nous voulons que les vallées et les ravins de nos vies soient comblés, nous devons remplir nos cœurs vides et creux de l’Amour de Dieu. Le Seigneur est plus grand que l’homme parce que par amour, Il se donne à nous. Il est plus grand parce que par l’Amour, qu’Il est Lui-même, Il est plus humble que l’homme. Le Chemin que nous ouvrira Jésus est celui de l’Amour. C’est sous une Loi nouvelle que nous serons appelés à vivre, celle du Christ doux et humble de cœur. Une Loi de l’Amour qui doit aussi renouveler toutes nos relations humaines.

Jean-Baptiste ajoute deux autres conditions à celles du livre de Baruc : les passages tortueux doivent devenir droits et les chemins rocailleux aplanis. Notre vie est loin d’être une ligne droite vers le Père. Nos doutes, nos retours en arrière, nos infidélités, nous donnent de tracer un chemin bien sinueux. Mais sachons garder notre regard tourner droit vers Celui qui nous attend. Et cela par la vertu d’espérance. La vie chrétienne est une marche fidèle et patiente vers un avenir. Elle est une attente tendue vers la pleine réalisation de notre Bonheur en Dieu où nous serons revêtus nous aussi de la parure de la gloire de Dieu pour toujours.
Enfin pour que notre chemin rocailleux soit aplani, débarrassons-nous de toutes ces petites pierres qui nous promettent de multiples bonheurs, mais qui est fin de compte sont éphémères et illusoires. De toutes ces petites idoles qui nous promettent une joie immédiate, un avenir joyeux et qui en fin de compte nous font trébucher lamentablement. Le seul roc sur lequel nous devons nous appuyer est celui de la foi au Christ. Comme le dit Saint Paul dans sa première épître aux corinthiens en relisant justement le livre de l’Exode où il est dit que Dieu fit jaillir de l’eau du rocher : « ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était le Christ ».

Jean-Baptiste ne reprendra pas, par contre, l’annonce d’un chemin ombragé par des forêts et des arbres odoriférants. Car Il lui fallait encore pour le comprendre, vivre le mystère du Baptême du Seigneur où il verra l’Esprit descendre sur Jésus, le Fils bien-aimé du Père. C’est effectivement sous l’ombre de l’Esprit que nous sommes désormais appelés à avancer sur le Chemin. C’est seulement aux bonnes odeurs du Christ, c’est-à-dire grâce aux vertus et aux dons de l’Esprit que nous pourrons progresser.
Ainsi, dans l’humilité, guidés par la foi, l’espérance et la charité, et sous l’ombre de l’Esprit, nous serons prêts à laisser le Christ naître en nos vies afin d’avancer avec Lui sur le Chemin qui nous conduit au Père.

Fr Laurent

15/08/2020

Homélie pour le 20ème dimanche du T.O. - Année A

Selon les Promesses faites aux Patriarches et aux Prophètes d’Israël, le Messie devait venir pour sauver son peuple. Il devait, entre autre, rétablir la royauté de David et la souveraineté du peuple d’Israël sur la Terre Promise. Ainsi Jésus envoyé par le Père s’adresse d’abord, conformément à ces Promesses, aux enfants d’Israël et opère des miracles seulement parmi eux. Cela explique son silence au premier cri de la Cananéenne venue d’un territoire étranger et sa réponse à la demande des ses disciples de la renvoyer : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Etant païenne, elle ne pouvait prétendre aux privilèges accordés par Dieu au peuple élu.
Cependant, comme l’avait aussi annoncé certains prophètes, Israël devait être le tronc sur lequel se grefferaient les nations qui accueilleront leur Dieu et Lui resteront fidèles. Il devait être la Vigne du Seigneur sur laquelle viendront grappiller les autres nations afin de bénéficier elles aussi de la Bénédiction qui repose sur les enfants d’Israël.

C’est ce que nous dit explicitement le prophète Isaïe dans la première lecture : « les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs… je les comblerai de joie dans ma maison de prière… car ma maison s’appellera "Maison de prière pour tous les peules" ».
Jésus deviendrait irrémédiablement le Sauveur de tous, le Médiateur unique entre Dieu et les hommes, car tous nous avons péché, comme le dit Saint Paul dans son épître aux Romains, la deuxième lecture. Car tous nous avons besoin qu’il nous soit fait miséricorde pour être sauvés. Mais cette annonce de l’universalité de Salut et sa transmission à toutes les nations seraient du ressors des Apôtres et des disciples. En attendant, Jésus accompli ce Salut selon les Promesses.

Cette Cananéenne, bien qu’elle soit païenne, semble pourtant faire sienne la foi d’Israël. Elle interpelle tout d’abord Jésus, « fils de David », un titre donné par certaines annonces prophétiques du Messie et utilisé que par ceux du peuple d’Israël. La première réponse de Jésus aurait pu la décourager. Au contraire, elle va plus loin en se prosternant devant Lui. Si elle ne pouvait se présenter à Jésus comme fille d’Israël, elle pouvait au moins L’approcher comme une créature devant son Seigneur.
Mais là encore, Jésus lui répond négativement : « il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Le terme de « chien », plutôt péjoratif, était utilisé par le Juifs pour désigner les païens. Eux qui, comme les chiens errants dans l’ignorance, rodaient dans les rues à la recherche de restes de nourriture spirituelle et de bénédiction dont bénéficiaient largement les enfants d’Israël par le don de la Loi fait à Moïse, par les annonces et les écrits des Prophètes, par la longue réflexion des Sages au court des siècles.
Notons que Jésus adouci ce terme en utilisant un mot plus rare qui se traduit plutôt par « petit chien ». Cette petite ouverture suffira à la Cananéenne pour se montrer entreprenante en retournant à son avantage cette image utilisée par Jésus lui-même. Elle ne nie rien de la foi des enfants d’Israël et des privilèges qui leur reviennent. Les dons de Dieu sont sans appel ni repentance. Païenne, elle comprend et accepte qu’elle n’est en effet qu’un petit chien mendiant sa nourriture. Mais au court d’un repas, des miettes tombent de la table de leurs maîtres, fait-elle remarquer. Et c’est l’une de ces petites miettes qu’elle quémande dans la foi.

Alors Jésus admire sa foi. Tandis que certains enfants incrédules d’Israël méprisaient le pain de la Vie surabondante qu’Il venait leur apporter, elle, cette païenne L'implorait pour en avoir ne serait-ce qu’une miette. Sa foi est ainsi récompensée par un don de Vie, la guérison instantanée de sa fille. Jésus ne se contente jamais de ne donner que des miettes.

A l’exemple de cette Cananéenne, sommes-nous capables de nous nourrir et de nous contenter des miettes qui tombent de la table du festin du Royaume des cieux ? Sommes-nous vraiment à l’écoute de toutes les miettes de la Parole du Seigneur pour la mettre aussitôt en pratique dans notre vie ? Sommes-nous attentifs à toutes les miettes de sa Présence qui se révèle par une circonstance inattendue ou inespérée, un sentiment de joie inhabituelle ? Sommes-nous ouvert à toutes les miettes de son Amour qui se manifeste par une parole, un geste, un regard qui dilate notre cœur et renouvelle notre espérance ? Sommes-nous réceptifs à toutes les miettes de sa Grâce qui, accueillie dans la foi, fructifie au centuple et deviennent source de Vie nouvelle ?
Même les petits chiens savent se réjouir, parfois de manière très agitée, de la moindre nourriture qui leur est offert. Alors renouvelons notre foi, convertissons notre regard sur nos frères, notre monde et notre vie parfois difficile et manifestons notre joie de faire partis des enfants de Dieu.

Fr Laurent

05/07/2020

14ème dimanche du T.O. - Année A

Juste avant l’évangile que nous venons d’entendre, Jésus pleure sur les villes de Corazine, de Bethsaïde et de Capharnaüm, parce que les miracles qu’Il a accomplit chez elles n’ont pas suffit à ce que leurs habitants se convertissent.
Se tournant maintenant vers le Père, Il aurait pu s’apitoyer sur son sort, être tenter d’abandonner sa mission. Il aurait pu s’en prendre aux habitants de ces villes, les rejetant et quittant définitivement la région. Il aurait pu encore demander compte au Père de la stérilité de son action et de sa prédication, malgré sa fidélité et sa docilité à sa Volonté. Bien au contraire, Jésus se met à louer le Père. Il se met à rendre grâce pour tous ceux qui L’accueillent et découvrent les mystères du Royaume. Attitude inverse en effet à ce que nous aurions pu attendre.

Cependant, cette attitude de Jésus doit aussi devenir la nôtre. Nous nous attristons facilement sur notre sort. Nous nous plaignons de ne pas être suffisamment soutenus par le Seigneur. De ne pas voir nos prières exaucées. Pourtant Dieu est Amour. Le Seigneur ne nous veut jamais du mal, malgré que notre vie soit dure. Malgré les épreuves injustes qui entravent de temps à autre notre marche sur le chemin de l’Evangile. Nos yeux et notre coeur sont encore trop fermés par notre manque de foi pour voir, malgré les apparences trompeuses, le Seigneur agissant. Le Seigneur
bienveillant qui ordonne tout selon les désirs de Bonheur et de Vérité qui habitent nos coeurs. A l’exemple de Jésus, une foi et une confiance inébranlable au Dieu Père Bien Aimant sont les remèdes qui nous apporterons la Lumière nécessaire pour voir à l’oeuvre la Providence du Père qui jamais ne se trompe en ces desseins d’amour.

Jésus loue donc le Père d’avoir révélé aux tout-petits ce qui est resté caché aux sages et aux savants. Il s’adresse au Seigneur du ciel et de la terre, non pas pour louer la Grandeur, la Toute-puissance ou la Souveraineté du Dieu Créateur, mais pour la préférence que Celui-ci accorde aux tout-petits et aux humbles, en opposition aux orgueilleux, fiers d’eux-mêmes et de leur savoir. Ce choix faisant éclater
merveilleusement l’absolue gratuité du don de Dieu. Personne ne peut se sauver par soi-même. C’est un don à accueillir humblement et pauvrement. Ce qui par conséquence donne à tous, sans exception, de pouvoir être sauvés, quelques soient nos blessures, nos incapacités, nos maladies, notre insignifiance aux yeux des hommes. Bien au contraire, c’est la reconnaissance de nos faiblesses, à l’exemple des tout-petits attendant tout de leurs parents, qui nous permet de nous ouvrir au Don de Dieu.

Ayant accumulé beaucoup de savoir ou de capacités personnelles, nous pourrions nous imaginer nous suffire à nous-mêmes. Nous complaire dans nos exploits ou nos compétences individuels sans rien attendre du Seigneur. Et donc de nous fermer à la Révélation de son mystère et de son oeuvre de Salut. Mystère et Salut que l’intelligence humaine seule ne peut pleinement découvrir. Rien donc ne
sert d’être sage ou savant, si notre savoir ne descend pas dans notre coeur pour que celui-ci s’ouvre au don de Dieu. Si notre science ne nous sert pas à mieux vivre l’Evangile à la suite de Jésus. Si notre intelligence ne nous sert pas à éclairer et à guider notre foi dans la vie de l’Esprit.

Pour connaître vraiment le Seigneur afin de mieux L’aimer et de mettre en pratique ses commandements, il nous faut en effet de nouveau naître avec Lui. C’est-à-dire Le laisser répandre en nos coeurs son Esprit filial pour qu’Il demeure et vive en nous, comme nous y invite Paul dans la deuxième lecture. Pour qu’Il nous donne de Lui devenir semblable. Pour qu’Il nous apprenne à vivre comme Lui, c’est-à-dire à
devenir un tout-petit, enfant de Dieu le Père.

Car le Tout-petit par excellence, c’est bien Jésus lui-même à qui le Père peut se révéler en plénitude : « personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler ». Jésus, comme un tout-petit enfant bien-aimé, est Humilité et Accueil. Il est doux et humble de coeur, comme ce roi de la première lecture qui, de part sa pauvreté de coeur et son humilité, désarme les forts et apporte la paix. Il est le Tout-Petit, totalement et volontairement dépendant du Père, de qui Il reçoit tout. Et Il est heureux de se savoir ainsi. Il en loue le Père. Car de la sorte, Il participe à la Source même de la Vie, du Bonheur, de la Lumière et de l’Amour. Une relation unique entre le Père et le Fils, mais dans laquelle
nous sommes tous appelés à entrer, en nous faisant comme Jésus, tout-petit.

Allons donc à Lui sans crainte. Surtout si nous peinons sous le poids du fardeau, car nous trouverons en Lui le repos, nous dit-Il. Puisque son joug et son fardeau consistent avant tout à ce que nous Le laissions les porter pour nous. A ce que nous nous laissions aimer de Lui.

Fr Laurent

La communauté au grand complet
13/06/2020

La communauté au grand complet

31/05/2020

Homélie pour la Pentecôte - Année A

Les disciples sont rassemblés dans un même lieu. Les portes de leur demeure sont bien verrouillées car, sous la menace des Grands Prêtres, ils craignent pour leur vie. Jésus vient au milieu d’eux et souffle sur eux pour qu’ils soient tous remplis de l’Esprit Saint. Puis Il les envoie en mission. Alors les disciples se mettent à parler en d’autres langues et chacun de ceux qui se s’étaient rassemblés autour d’eux, intrigués par la voix qui retentissait, les entendent parler dans son propre dialecte.
En résumant ce récit dont nous venons d’être témoins, nous pourrions presque dire que la Pentecôte est la fête par excellence du « déconfinement ». Un « déconfinement » que nous sommes aussi appelés à vivre dans les conditions d’aujourd’hui. Mais de quel « déconfinement » s’agit-il ? Il ne s’agit pas pour les disciples de reprendre leur vie d’avant, de la même manière qu’ils l’avaient fait après la Résurrection. Il ne s’agit pas non plus de retrouver une totale liberté dans une imprudente insouciance face à la menace des Grands Prêtres toujours présente. Ils savent que leur vie est en danger et ne veulent en aucun cas la perdre. Ils prendront les mesures pour cela. Mais l’amour du Christ les presse plus encore.

Le « déconfinement » des disciples au jour de la Pentecôte est avant tout une transformation profonde de leur cœur. Ils sont invités tout d’abord à accueillir la Paix de Jésus ressuscité. Il est bien Celui qui a souffert et est mort sur la Croix puisqu’Il leur montre ses mains et son côté. Mais Il est désormais Celui qui a vaincu le Mal et le Mort de manière définitive, même s’ils restent encore présents dans notre vie. Rien désormais ne peut nous séparer du Christ. Aucune épreuve de ce temps d’ici-bas ne sera victorieuse. Se « déconfiner », c’est donc dans un premier temps ne plus avoir peur en se laissant envahir par la Paix que Jésus nous apporte, Lui le Vivant à jamais, à l’exemple des disciples qui furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

C’est ensuite, cesser de se replier sur soi-même, comme les disciples qui avaient verrouillé leurs portes. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », dit Jésus. L’égoïsme et le repli sur soi sont illusoires. Ils ne nous protègent en aucun cas du mal, bien au contraire. Nous avons tous besoin des uns des autres et surtout du Seigneur. C’est seulement ensemble, dans la grâce de l’Esprit, que nous pourrons repousser le mal et hâter l’établissement du Royaume de Dieu. Lorsque Jésus envoie ses disciples, Il le fait pour qu’ils annoncent et transmettent la rémission des péchés qu’Il a acquise par sa Mort et sa Résurrection. Il nous est impossible de nous sauver par nous-mêmes, mais si nous ouvrons les portes de notre cœur à l’Esprit de Jésus, alors seulement nous pourrons accueillir le pardon de nos péchés et avancer humblement et résolument tous ensemble vers la Vie éternelle.

Par la tour de Babel, les hommes cherchaient à monter jusqu’au ciel pour prendre la place du Seigneur. La conséquence immédiate a été la diversité des langues, c’est-à-dire l’impossibilité des hommes de se comprendre entre eux. Par un mouvement inverse, en ouvrant les portes de leur cœur et en laissant l’Esprit de Dieu se répandre en eux, cette diversité de langues n’était plus pour les disciples un obstacle à ce que les gens présents de toutes origines les comprennent. Car alors ils parlaient tous le même langage, celui des langues de feu de l’Esprit, c’est-à-dire celui de l’Amour.
En accueillant l’Esprit, nous apprenons par la même occasion à nous ouvrir à l’autre. A accueillir nos différences non comme une menace mais comme une richesse. Dans l’Esprit d’Amour, les différents langages permettent désormais au Mystère de Dieu et à l’annonce de la Bonne Nouvelle d’être exprimés de nombreuses manières et sous différents aspects afin que tous puissent être touchés par la Parole du Seigneur, comprenne et accueille son Message et son Salut.

Durant ce temps de « déconfinement », nous reprendrons petit à petit les activités que nous avions laissées de côté, mais nous ne devons pas les reprendre exactement de la même manière. A l’exemple des Apôtres, envoyés témoigner de l’Evangile, chacune de nos activités doivent être des ateliers où nous apprenons à chercher le Seigneur et à aimer en vérité, but ultime de la vie humaine. Chacune de nos activités doivent témoigner de l’Evangile et de l’Amour du Seigneur afin de construire tous ensemble un monde plus solidaire et fraternel.
Au final, c’est en recevant la Paix de Jésus. En laissant son Esprit d’Amour se répandre en leur cœur pour qu’il soit aéré, oxygéné pour son Souffle. En faisant le choix délibéré de la Vie en abondance et en la transmettant tout autour d’eux que les disciples se sont « déconfinés ». Que cette Pentecôte soit aussi la nôtre aujourd’hui.

Fr Laurent

24/03/2020

Comment vivre le confinement ? Les moines ont-ils des réponses à donner ?

Il est sûr que, de part le choix que nous avons fait de la séparation du monde, la situation actuelle de confinement ne change pas grand chose à nos habitudes...
La différence est l'accueil des hôtes et des visiteurs. Mais les mails et même skype ont pris le relai pour l'accompagnement spirituel des habitués.
Notre séparation du monde n'est certainement pas un rejet ou mépris du monde, mais il nous sert à prendre suffisamment de recul pour mieux apprécier les besoins réels de notre monde et de nous tourner vers l'Essentiel pour y répondre. Notre relation au monde est toujours bien réelle. Nous l'avons à l'aimer comme le Christ l'a aimé, mais notre réponse et notre action "passe par le ciel" afin que notre aide soit plus efficace et plus appropriée sans en voir véritablement les fruits. Nous sommes donc appelé à poser un acte de foi.

Notre vie est organisée de telle sorte que nous puissions vivre en un même lieu afin de nous concentrer sur l'essentiel de la vie humaine. Un lieu plus spacieux que les appartements urbains, c'est certain... Pour cela chacun d'entre nous a sa charge et ses tâches propres au service de la communauté. Se sont nos temps de travail.

Les autres moments de la journée sont principalement occupés par la prière en commun car "Je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux." (Mt 18,20).
Il y aussi de longs temps de lecture, surtout de Lectio divina (lecture de la Bible).
Le but étant toujours de faire de toutes nos activités, même nos tâches les plus banales, un moyen de chercher le Seigneur en les accomplissant avec amour afin de les remplir de Dieu...

Le climat habituel de silence, n'a pas pour but de se priver de paroles, mais surtout d'être mieux à l'écoute afin de mieux répondre aux appels du Seigneur et aux besoins de nos frères. Toutes nos activités quotidiennes deviennent ainsi des ateliers où l'on apprend à aimer en vérité, but ultime de la vie humaine.

31/12/2019

Homélie pour le 1er janvier - Sainte Mère de Dieu

Depuis la Nativité du Seigneur, nos regards se sont tournés vers l’enfant de la crèche. Aujourd’hui, pour conclure l’octave de cette solennité, nous nous tournons davantage vers Marie. Nous regardions le fruit, aujourd’hui nous regardons l’arbre d’où provient ce fruit. Un fruit excellent ne pouvant provenir que d’un arbre excellent lui aussi. Jésus n’est pas tombé directement du Ciel, Il a pris chair de la Vierge Marie.

Dans son épître aux Galates, la 2ème lecture, Paul disait : « lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse ». Chacun des trois grands patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, fondateurs du peuple Hébreu, avaient épousé une femme stérile. Et chacune d’elles pourtant enfantera à l’heure de Dieu. À bien d’autres étapes de l’histoire d’Israël, comme au temps des Juges avec Samson, puis avec Samuel et ainsi jusqu’à Jean-Baptiste lui même issu d’un couple âgé, une descendance promise et bénie n’existe que par la grâce de Dieu. La fécondité humaine n’est véritablement efficace qu’avec l’intervention du Seigneur. Ainsi, à la plénitude des temps, au moment où le Messie entre dans le monde pour vivre parmi les hommes, Marie devient l’héritière de toutes ces fécondités, les récapitule et les mène à leur perfection en sa virginité par une fécondité inouïe et une maternité plus que jamais dépendante de la grâce du Saint Esprit, une maternité divine : Jésus étant le Fils de Dieu de même nature que le Père, Marie est vraiment en son humanité, « Mère de Dieu » tout en étant l’une de ses créatures.

Ce titre de « Mère de Dieu » nous dit avant tout quelque chose de l’Humilité de Dieu qui accepte de naître et de dépendre d’une créature humaine. Mais il nous dit aussi la considération que le Seigneur a pour Marie et la confiance qu’Il met en elle pour une telle mission. Cette solennité de Marie, « Mère de Dieu », est la plus grande des fêtes en son honneur et le fondement de toutes les autres :
Si Marie est Immaculée dès sa Conception, c’est bien en vue de sa mission de « Mère de Dieu ». Dieu n’est que Bien, Lumière et Vérité, Il ne connaît pas le mal ni le mensonge. Son être est incompatible avec le péché. Il ne pouvait donc s’incarner en s’unissant de manière si infime soit-elle avec le mal. L’Immaculée Conception de Marie apparaît comme une nécessité à l’Incarnation du Fils de Dieu. Et si nous fêtons l’Assomption de Marie, c’est bien parce qu’elle a accompli sa mission de Mère jusqu’au bout à la perfection, sans ombre de péché, sans s’écarter infiniment soit-il du projet bienveillant du Père.

Ce mystère de la Maternité divine de Marie est grand : Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie. Lui qui a tout créé à partir de rien, n’a rien voulu recréer sans Marie. Dieu est donc bien le Père de toutes les choses créées dont Marie fait partie. Mais elle est aussi la mère de toutes les choses recréées. Dieu est le Père de la Création toute entière, et Marie la Mère de la Rédemption, Jésus notre Sauveur : Dieu a engendré Celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté Celui par qui tout a été sauvé.
Nous comprenons alors l’étonnement de ceux qui écoutent les bergers, comme le précise l’évangéliste Luc : « tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers ». Mais alors que les bergers glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, Marie, elle, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Elle demeure dans un silence d’adoration. Elle contemple déjà ce mystère du Christ vrai Dieu devenu en sa chair vrai homme, non pas pour elle seule, mais pour tout le genre humain. Elle comprend certainement déjà que son enfant ne lui appartient pas, mais qu’Il est venu pour sauver tous les hommes, comme son Nom « Jésus » le signifie et comme cela lui a été confirmé par la venue des bergers et un peu plus t**d lors de la visite des Mages. La Bénédiction de Dieu promise dans la Livre des Nombres, la 1ère lecture, au petit peuple d’Israël va s’étendre désormais à toutes les nations.

Jésus est bien son enfant, mais elle sait déjà qu’Il est offert au monde. Et peut-être pressent-elle déjà aussi qu’il en est de même pour elle. Sa maternité l’engage beaucoup plus profondément que d’être seulement la Mère de Jésus : Elle est la Mère de tous les vivants. Marie n’est pas seulement un modèle à imiter pour mieux vivre de la vie de Dieu. Elle est une Mère, notre Mère avec qui nous sommes invités à entrer en relation. La grâce immense de sa maternité divine rejaillit sur nous tous en grâce d’adoption divine en Jésus. Dans la mesure où nous laissons Marie accomplir auprès de nous son rôle de Mère, par la grâce du Seigneur, elle pourra former en nous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus. Marie est comme la porte par laquelle Dieu entre dans notre humanité. Elle est aussi comme la porte par laquelle nous pouvons entrer dans le mystère de Dieu.
Pour commencer cette nouvelle année, prions avec Marie, notre Mère, pour que Jésus, le Fils de Dieu, s’incarne en nos vies et en nos cœurs. Ainsi la bénédiction que le Seigneur a inspiré à Moïse, entendue dans la première lecture, s’étendra à tous ses enfants bien-aimés : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Qu’il t’apporte la paix ! »

Fr Laurent

22/12/2019

Homélie pour le 4ème dimanche de l'Avent - Année A

Alors que Luc présente les récits de l’enfance de Jésus du point de vue de Marie, Matthieu le fait du point de vue de Joseph. Un homme juste qui accompli en silence la mission qu’il a reçu de l’Ange du Seigneur. Un rôle peut-être plus effacé que celui de Marie, mais un rôle qui a toute son importance. Le récit du songe de Joseph que nous venons d’entendre, nous le révèle dans ses grandes lignes et nous invite ainsi à imiter Joseph.

Matthieu ouvre son évangile par une généalogie. Les générations s’enchaînent les unes après les autres, de patriarche en patriarche, jusqu’à une sorte de rupture où ce n’est pas Joseph qui est désigné comme celui qui a engendré Jésus, mais Marie : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ ». Le récit que nous venons d’entendre rend compte de cette rupture inattendue et l’explique en révélant la naissance virginale de Jésus. Le Christ Jésus est bien fils de David, fils d’Abraham, mais Marie se trouve enceinte par l’action du Saint Esprit.

Dans la première lecture, les rois de Damas et de Samarie veulent entraîner Achaz, roi de Jérusalem, à faire alliance avec eux contre le roi d’Assyrie qui les menace. Pourtant Acaz préfère se tourner vers l’Assyrie et s’y soumettre, faisant surtout confiance à la puissance militaire de ce peuple. Alors le Seigneur lui envoie son messager, non pas l’Ange du Seigneur comme pour Joseph, mais le prophète Isaïe, pour qu’Acaz retrouve ses esprits. Pour qu’il se rappelle que Damas et la Samarie, et même l’Assyrie, ne sont rien devant Dieu. Il doit retrouver la foi. Pour cela, le Seigneur lui propose même de lui donner un signe afin de lui prouver qu’Il est toujours là avec son peuple, qu’Il est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, et qui le protège. Mais Acaz s’obstine et refuse. Alors le Seigneur lui-même lui donne un signe, celui d’une vierge qui enfante, c’est-à-dire celui d’une descendance qui perdure malgré la menace présente et selon les Promesses faites à David à jamais.

Ce signe de la Vierge qui enfante, Joseph a su, au contraire d’Acaz, l’accueillir dans la foi. Il savait son épouse enceinte avant qu’ils aient habité ensemble. Il cherchait alors une solution de foi à cette situation délicate. Il décide donc de renvoyer Marie « en secret » pour ne pas la dénoncer publiquement, contrairement à ce que demandait d’ailleurs la Loi. Pourtant Joseph était un « homme juste », nous dit l’évangile. C’est-à-dire un homme qui cherche à s’ajuster à la volonté de Dieu. Un homme donc, fidèle à la Loi et aux commandements du Seigneur. Joseph a certainement accepté dans la foi que l’enfant de son épouse relevait d’un mystère qui le dépassait. Et en aucun cas, il n’aurait voulu s’opposer au dessein de Dieu. Alors humblement, il cherche à s’effacer et de faire en sorte que la situation ne devienne pas catastrophique pour Marie. Par cette décision, certainement difficile à prendre pour lui, Joseph prouve d’une part sa foi concrète et sa fidélité au Seigneur et d’autre part tout son amour pour Marie.

Mais contrairement à ce qu’il aurait pu s’attendre, et comme il en est aussi bien souvent le cas pour chacun d’entre nous, le Seigneur a pour lui un autre projet que le sien. L’Ange du Seigneur lui demande en effet de prendre sous sa protection Marie et l’enfant, comme doit le faire tout époux envers son épouse.
Alors, de nouveau Joseph s’exécute immédiatement. Et par cette obéissance immédiate, tout comme Marie, il offre sa vie au Seigneur et se met aussitôt au service de son dessein de Salut. Joseph a bien été choisi par le Seigneur pour assurer une présence sponsale auprès de Marie et une présence paternelle auprès de Jésus. C’est par lui que Jésus sera reconnu comme appartenant à la descendance de David : « Joseph, fils de David » l’interpelle l’Ange. Et c’est lui qui Lui donnera son nom : « Tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire ‘le-Seigneur-sauve’ ».
Joseph a su faire preuve d’humilité et d’une fidèle obéissance à la foi. Il a su accueillir la mission reçue du Seigneur. Il a accepté d’être conduit pas à pas dans un mystère qui le dépasse. Au sein de la Sainte Famille, il s’est fait le serviteur en y apportant sa complémentarité et ses talents propres afin d’entrer avec Jésus et Marie, par un soutien mutuel, dans le dessein bienveillant de Dieu le Père. Et ce sont ces attitudes que nous devrons avoir lorsque nous nous approcherons de la crèche pour nous offrir à Jésus.
En fin de compte, même si la mission de Joseph a été d’une importance capitale dans l’œuvre du Salut, il n’a rien fait d’extraordinaire, à part de vivre pleinement et fidèlement son rôle d’époux et de père, fidèle au dessein du Seigneur. Mais par sa foi et son humilité, il a permis au Seigneur, d’être présent avec nous dans tous les aspects les plus ordinaires de la vie humaine. Qu’il nous aide et nous apprenne à remplir notre quotidien ordinaire d’extraordinaire, c’est-à-dire de l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.

Fr Laurent

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