12/05/2026
Attention à l'impureté du ministère dans l'église !
Ce que Dieu pense de vos sermons… J’ai encore reçu hier un témoignage écrasant, co-signé par d'anciens membres d’une grande église évangélique française… Appelons là l’église des frères Rapetou…!!!
Je dis témoignage écrasant avec soin, parce que c'est exactement le mot juste. Il y a des textes que l'on pose après quelques lignes, non parce qu'ils sont ennuyeux, mais parce qu'ils pèsent trop pour être lus d'une traite. Celui-là est de ceux-là. Des voix multiples, des prénoms réels derrière les pseudonymes, des détails qui ne s'inventent pas… le genre de récit qui vous force à regarder quelque chose que vous préféreriez continuer à ignorer.
Mais voici ce qui m'a peut-être frappé encore plus que le contenu lui-même : je l'ai déjà lu.
Pas ce texte précis. Mais cette histoire. Ces mécanismes. Ces mots… contrôle, silence imposé, soumission comme arme, honte portée seule. Je les ai lus dans des dizaines de témoignages que j'ai reçus au fil des mois, venant de contextes différents, de pays différents, de dénominations différentes. Les noms changent. Les communautés changent. La géographie change. Mais la structure de la blessure, elle, reste d'une constance qui devrait nous alarmer profondément.
Quand un seul témoignage parle, on peut parler d'accident. Quand des dizaines parlent avec la même voix, on doit parler de système.
Et un système, contrairement à un accident, ne se règle pas avec des excuses de façade et un séminaire de formation pastorale.
C'est pourquoi j'écris ce texte. Non pas pour accabler des croyants sincères… ils sont nombreux, je le sais. Mais parce que le silence des gens bien est précisément ce qui permet aux abus de prospérer. Et parce que l'Évangile, celui de Jésus de Nazareth, mérite mieux que ce qu'on en a fait dans ces assemblées.
👉 Je vais dire quelque chose que l'on dit rarement dans les cercles évangéliques, par peur de paraître irrespectueux envers le « ministère » : Certains pasteurs ont trahi leurs brebis. Délibérément. Systématiquement. Et l'Église, trop souvent, les a couverts.
Voilà. C'est dit.
👉 La colère que Jésus aurait :
Il y a une scène des Évangiles que nous citons volontiers dans les sermons sur la passion de Jésus : celle où il entre dans le Temple, renverse les tables des changeurs, et chasse les marchands à coups de fouet. Nous l'admirons de loin, cette colère-là. Nous l'appelons « sainte ». Nous disons qu'elle était justifiée, parce que la maison de Dieu avait été profanée.
Mais voici ce que nous n'osons pas dire ensuite : cette même colère s'appliquerait aujourd'hui.
Quand un pasteur interroge un jeune couple sur les détails de leur vie sexuelle au nom de la « pureté », il profane la maison de Dieu.
Quand une femme se fait dire en réunion communautaire qu'elle doit obéissance conjugale à un mari violent, et que les pasteurs appellent cela de la théologie, ils profanent la maison de Dieu.
Quand une victime de viol conjugal rentre chez elle avec pour seul viatique pastoral une injonction au silence et à la soumission, et que personne autour de la table ne se lève pour la défendre… ils profanent la maison de Dieu.
Je voudrais voir Jésus renverser ces tables-là aussi.
👉 Arrêtons les euphémismes :
Nous avons un talent redoutable, dans les milieux chrétiens, pour habiller les réalités les plus sombres dans un langage qui les rend acceptables. On ne dit pas contrôle, on dit discernement pastoral. On ne dit pas emprise, on dit encadrement spirituel. On ne dit pas domination des femmes, on dit leadership masculin serviteur.
Permettez-moi de ne pas jouer à ce jeu.
Ce que décrivent Heliena, Laurie, Hugo, c'est de l'abus. Pas une « maladresse pastorale ». Pas un « excès de zèle ». Pas une « dérive isolée ». De l'abus… psychologique, spirituel, parfois sexuel… exercé par des hommes qui se tiennent derrière une chaire, une Bible à la main, et la confiance d'une communauté comme armure.
La Miviludes, organisme gouvernemental, a recensé près de 200 signalements visant la mouvance évangélique en une seule année. Ce chiffre ne représente qu'une infime fraction de ceux qui n'ont jamais osé parler… parce qu'on leur a appris que parler, c’est trahir Dieu.
Voilà le comble de la manipulation : utiliser le nom de Dieu pour bâillonner ceux que Dieu lui-même défend.
👉 Une théologie au service des bourreaux :
Ce qui me met en colère et je choisis ce mot consciemment, parce que je crois que certaines colères sont des actes de fidélité à l'Évangile… c'est que les abus décrits n'ont pas eu lieu malgré la théologie enseignée dans ces assemblées. Ils ont eu lieu grâce à elle.
Une théologie de la soumission absolue de la femme à son mari, sans clause de protection, sans espace pour la conscience individuelle, sans recours possible, n'est pas une lecture maladroite de Paul. C'est une arme. Et quand elle est maniée par un homme qui détient simultanément l'autorité spirituelle, sociale et morale sur sa communauté, elle devient une arme redoutable.
Paul lui-même… celui qu'on convoque si volontiers pour justifier la hiérarchie… a écrit que l'amour « ne fait pas ce qui est inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne soupçonne pas le mal ». Je cherche cet amour-là dans les témoignages recueillis. Je ne le trouve pas. Je trouve son exact opposé, sanctifié par un verset sorti de son contexte.
Jésus a dit que l'on connaîtrait les faux prophètes à leurs fruits. Alors regardons les fruits : des femmes brisées, des consciences écrasées, des jeunes gens dont on a fouillé l'intimité comme on inspecte une marchandise. Ce ne sont pas les fruits de l'Esprit. Ce sont les fruits de la peur et du pouvoir.
👉 Aux victimes : vous n'avez pas trahi Dieu en parlant :
Je veux m'adresser directement à ceux et celles qui portent ces blessures.
On vous a peut-être dit que votre souffrance était un manque de foi. Que votre résistance était de l'orgueil. Que parler, c'était « nuire au témoignage de l'Église ». Que le pardon exigeait le silence.
C'est faux. Profondément, dangereusement faux.
Le Dieu des Psaumes est celui qui entend le cri des opprimés. Pas celui qui leur demande de se taire pour protéger l'institution. Le prophète Amos fulmine contre ceux qui « vendent le juste pour de l'argent et l'indigent pour une paire de sandales ». Isaïe annonce la colère divine contre ceux qui « oppriment mon peuple » et « broient le visage des pauvres ». Ces textes ne parlent pas de pécheurs ordinaires. Ils parlent de leaders religieux qui ont utilisé leur position pour écraser.
Vous n'avez pas trahi Dieu en nommant ce qui vous a été fait.
Vous avez peut-être, au contraire, fait quelque chose de profondément prophétique.
👉 Aux responsables d'Église : l'heure du confort est passée
Et maintenant, j'ai quelque chose à dire aux leaders évangéliques français qui liront ces lignes en se disant qu'ils ne sont « pas concernés ».
Peut-être. Mais voici la question que je vous pose : que faites-vous de ce que vous savez ?
Car la plupart d'entre vous savent. Vous entendez des rumeurs. Vous recevez des confidences. Vous voyez des gens partir sans explication. Vous croisez des collègues dont le comportement vous trouble, et vous vous dites que ce n'est pas votre rôle d'intervenir, que vous ne savez pas tout, que cela pourrait créer des divisions.
Permettez-moi de vous citer Dietrich Bonhoeffer, pasteur évangélique lui-même, qui a compris à ses dépens ce que coûte le silence devant l'injustice : « Ne pas agir, c'est agir. Ne pas parler, c'est parler. »
Votre silence ne vous rend pas neutre. Il vous rend complice.
Les grandes fédérations ont la légitimité et la responsabilité d'agir. Non pas simplement pour protéger leur réputation institutionnelle, mais parce que des êtres humains créés à l'image de Dieu ont été blessés sous leur toit commun. Si votre première réaction est de calculer l'impact médiatique, vous avez déjà choisi votre camp et ce n'est pas celui des victimes.
👉 L’Évangile ou le pouvoir : choisissez
Il n'existe pas de troisième voie.
Une Église peut choisir d'être un espace où la puissance de Dieu se manifeste dans la vulnérabilité, le service, la protection des faibles ou elle peut choisir d'être une structure de pouvoir humain, hiérarchique et auto-protectrice, avec un vernis évangélique.
Mais elle ne peut pas être les deux.
Jésus a dit quelque chose de scandaleux à ses disciples qui se disputaient les premières places : « Celui qui voudra être le plus grand parmi vous sera votre serviteur. » Ce n'était pas une métaphore polie sur le leadership humble. C'était une inversion radicale de toute logique de pouvoir. Le plus grand est celui qui sert… pas celui qui scrute, contrôle, impose le silence et se protège.
Toute assemblée, tout pasteur, tout responsable devrait se poser régulièrement cette question brutale : est-ce que je sers les gens qui me font confiance, ou est-ce que je me sers d'eux ?
La réponse honnête à cette question pourrait changer des vies. Elle pourrait aussi, enfin, rendre à l'Évangile la crédibilité que certains lui ont volée.
👉 Ce que j'attends :
J'attends des excuses publiques… non pas des communiqués policés rédigés par des juristes, mais des reconnaissances humaines, nommées, adressées à des personnes réelles.
J'attends des mécanismes de protection indépendants, où les victimes peuvent parler sans craindre d'être jugées par ceux-là mêmes qu'elles accusent.
J'attends que les Églises cessent de traiter la MIVILUDES comme un ennemi et commencent à la traiter comme ce qu'elle est : un signal d'alarme que nous aurions dû déclencher nous-mêmes.
Et j'attends que chaque pasteur, chaque ancien, chaque responsable de maison de prière comprenne que son autorité n'est pas un privilège à protéger. C'est une responsabilité devant Dieu… celui qui a dit, sans ambiguïté possible : « Malheur au berger qui abandonne le troupeau. »
👉 La grâce existe. Elle est réelle. Elle est puissante.
Mais elle ne ressemble pas au silence.
Elle ressemble à quelqu'un qui se lève, qui nomme l'injustice, et qui dit aux blessés : Je vous crois. Et vous comptez.
« Défendez le faible et l'orphelin, rendez justice au malheureux et au pauvre, délivrez le faible et l'indigent, arrachez-les de la main des méchants. » Psaume 82, 3-4
Philippe Tarabon