30/07/2026
170ème anniversaire du décès d'Adolphe Monod.
PARMI LES LIVRES ...
Etienne Tissot : ADOLPHE MONOD (1802-1856). Un artisan paradoxal du Réveil protestant français, Olivétan, 2018, 199 p.
"Cet ouvrage est un condensé de la thèse de doctorat en théologie du chirurgien et professeur en médecine Etienne Tissot, qui a réuni une vaste documentation sur une personnalité attachante et présente ici une bonne biographie.
Brillant prédicateur et pasteur éminent du protestantisme français renaissant au XIXe siècle, Adolphe Monod a été peut-être surtout connu pour l'ouvrage intitulé Les adieux qui regroupe les méditations devant ses amis durant les derniers mois de sa douloureuse maladie. Ce recueil a connu de nombreuses rééditions, y compris deux récentes, après une période où l'on s'intéressa moins à la pensée et à la prédication de Monod.
Il est homme de son siècle où le protestantisme est profondément divisé en France par le conflit entre l'Église officielle concordataire (telle que Napoléon l'avait établie en reconnaissant et rétribuant les ministres des divers cultes) et le mouvement du Réveil, venu de l'étranger, mouvement plus évangélique, qui met tout l'accent sur la Parole de Dieu dans la Bible, sur la conversion et la piété personnelle. Ce pasteur est controversé précisément parce qu'il n'a pas rompu avec l'Église nationale, tout en partageant, non sans critiques, la plupart des convictions des gens du Réveil.
Dès l'enfance il fait preuve d'une vive intelligence, de grandes facilités. Il a deux frères aînés et il est particulièrement lié à Billy. Leur père Jean Monod est pasteur et les trois garçons vont avoir, Adolphe très jeune, la conviction d'une vocation pastorale. Avant la fin de l'année 1820, tout juste bachelier, Adolphe est inscrit à la Faculté de théologie de Genève, où il passera quatre ans. Le jeune homme est en recherche, il hésite, ne se sent pas prêt pour le ministère, est angoissé, parfois dépressif ; il n'a « pas encore trouvé sa voie ». C'est à Naples, où il exerce un certain service de prédicateur auprès de la population de langue française, qu'il connaît brusquement, en été 1827, l'expérience mystique, la « conversion, selon le modèle du Réveil », qui lui rend la paix et le convainc de pouvoir devenir pasteur.
Il le sera d'abord à Lyon (temple du Change) dès l'hiver 1827. À certains, la prédication du jeune ministre déplait. Il est jugé trop revivaliste et comme il reste en relation étroite avec des pasteurs qui ont quitté l'Église nationale et créé une Église libre, comme il envisage de ne pas donner la Sainte Cène à tous ceux qui s'y présentent, le Consistoire de Lyon en vient à lui demander de démissionner... Le conflit dure et finalement Adolphe Monod est officiellement destitué de son poste par ordonnance royale.
Il devient, au printemps 1832, le pasteur d'une petite communauté dissidente lyonnaise, qui se compose surtout de gens pauvres, et qui grandit très vite. Il organise une petite école, puis une école de filles. Son oeuvre s'étoffe. Monod s'intéresse de plus en plus à l'évangélisation ; il dialogue avec des catholiques, n'hésite pas à faire du prosélytisme : il y a de nombreuses conversions. Il favorise les colporteurs. La Société évangélique de France est créée en 1833. Mais il ne voudrait pas agir dans un esprit congrégationaliste. Il écrit à son frère aîné : « Ce n'est pas une Église dissidente que je cherche à fonder, mais une Église indépendante (...) sans esprit de séparation et d'exclusivisme ». C'est en étant nommé professeur à la Faculté de théologie de Montauban qu'il pourra réintégrer l'Église Nationale où il aurait souhaité rester : « Nous ne sommes pas séparés, nous avons été séparés ».
La Faculté de Montauban ouverte par ordre impérial dès 1808, reçoit Adolphe Monod en 1836, alors qu'il n'a pas de doctorat. Il y passera onze ans, successivement chargé d'enseigner " la Morale évangélique et l'éloquence sacrée", puis l'hébreu, enfin l'exégèse du Nouveau Testament. Période importante pour lui : il espère "gagner par le dedans l'Église nationale aux doctrines évangéliques, former (...) un corps pastoral gagné aux idées du Réveil ". Il travaille beaucoup et devient un bon professeur de théologie pratique. Il est aussi lui-même prédicateur au talent oratoire reconnu et évangéliste accueilli et zélé. Mais la fatigue n'arrange pas ses problèmes de santé.
Il participe activement en 1846 à Londres à la réunion constitutive de l'Alliance évangélique mondiale, où les Anglo-saxons sont les plus nombreux.
Le dernier poste pastoral d'Adolphe Monod sera à Paris, de 1848 (au moment de la révolution) à 1857 dans l’ « Église établie ». Il meurt, ayant rendu son agonie publique, d'un douloureux cancer du foie, dans la confiance et la paix.
Cette vie « brève mais intense » fut riche d'un grand nombre de publications, la pensée très exigeante de Monod ayant besoin de s'exprimer. Etienne Tissot, au fil de la chronologie, analyse cette œuvre, ainsi que de nombreux sermons. Les aspects paradoxaux s'expliquent, pense-t-il, par la personnalité complexe du personnage. Il se demande pour conclure si le message d'Adolphe Monod n'a pas toujours une actualité dans la situation actuelle de nos Églises.
La bibliographie et les annexes sont abondantes (c'est une thèse !) Ce livre est cependant très facile à lire !"
Compte-rendu de Marjolaine Chevallier, pour Le CPED/LibreSens