16/05/2020
Homélie du samedi 16 mai 2020
Lisons d’abord la première lecture du jour : Ac 16,1-10
Pendant le temps pascal, nous parcourons au fil des jours le livre des Actes des Apôtres. On y voir les péripéties de l’Eglise naissante, après la Résurrection du Christ. On y voit le dynamisme des premiers chrétiens, leur zèle missionnaire, leur courage, leur joie, leurs épreuves et les fruits abondants qu’ils portent. Saint Paul en particulier parcourt infatigablement terre et mer en missionnaire zélé. C’est une figure sur laquelle il est bon de méditer en ce temps pascal. Comment est-ce possible qu’un ancien persécuteur ait pu devenir un si grand saint, un amoureux du Christ -alors qu’il ne l’a jamais vu-, un missionnaire qui a changé la face du monde et largement contribué à l’expansion fulgurante du christianisme au premier siècle ? Quel est son secret ? La première lecture d’aujourd’hui nous donne des réponses.
Le premier élément que nous pouvons remarquer dans cette lecture, c’est l’attitude de Paul avec Timothée. Il décide de partir en mission avec un disciple qui a une mère juive et un père païen, qui n’est pas circoncis. Saint Paul est convaincu, et il le prêche avec fougue auprès des apôtres, qu’il ne faut pas obliger les païens à être circoncis, il sait que ce n’est pas nécessaire au Salut. Et pourtant, il fait circoncire Timothée « à cause des Juifs de la région » nous dit le texte. Il fait cela pour ne pas les scandaliser, et déclencher des querelles superflues. Paul est un personnage bien paradoxal ! A certains moments il fustige avec virulence les Juifs qui rejettent l’Evangile, il va même jusqu’à s’opposer publiquement à Saint Pierre quand il refuse de manger avec les païens, et à d’autres, le voici qui agit avec diplomatie et délicatesse. Comment le comprendre ? La question se pose aussi pour nous : comment savoir quoi dire et comment agir dans telle ou telle situation, avec tel ou tel interlocuteur ? Nous allons le comprendre.
La vie de Saint Paul est si trépidante qu’elle semble avoir été une mission impossible : il a parcouru à pied des milliers de kilomètres, il a prêché courageusement, il a été battu, lapidé, emprisonné, il a converti des foules et déclenché des conflits… Quel est son secret ? Il y a en fait un grand acteur qui rend tout cela possible, un grand acteur dont on parle très souvent dans ce livre, il est cité une fois dans l’extrait d’hier et deux fois dans celui d’aujourd’hui. Ce grand acteur, c’est l’Esprit-Saint. Le secret de Saint Paul, c’est l’abandon à l’Esprit-Saint ! C’est Lui qui lui permet de traverser les épreuves et de porter tant de fruit. Et nous voyons aujourd’hui l’Esprit qui travaille comme « à rebours » des plans de Saint Paul. Lui qui n’avait qu’une idée en tête : marcher vers l’Est, vers le Levant, mais ce n’est pas le plan de Dieu ! (Regardez la carte) Dieu détourne son chemin vers l’Ouest, et l’invite à traverser la Mer Egée pour mettre le pied en Europe.
Cette traversée de Saint Paul vers l’Europe est un moment charnière de l’histoire du monde. En effet, à l’Ouest de cette mer se trouve la Grèce et ses penseurs, qui depuis quelques siècles ont donné naissance à la philosophie, en cherchant la vérité avec l’usage de la rationalité. Ils cherchaient le sens de la vie, de la mort, de Dieu. Socrate par exemple, trois siècles avant Saint Paul, avait montré qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul Dieu. Ces hommes avaient soif de la vérité.
Et voici que la Vérité vint à eux, par Saint Paul. Cette traversée marque une étape supplémentaire de la rencontre providentielle entre le questionnement philosophique grec et la foi biblique. Elle constitue, selon les propos de Benoit XVI, la « naissance de l’Europe », le fondement de notre civilisation. La philosophie permet en effet la naissance de la théologie, elle donne des outils précieux aux Chrétiens pour comprendre et expliquer les mystères chrétiens, et la foi biblique répond aux questionnements profonds des Grecs sur Dieu et le sens de la vie.
Pour conclure, Saint Paul est un missionnaire qui dépend totalement de l’Esprit Saint dans une grande docilité. Voilà son secret ! C’est cette docilité qui lui permet d’agir avec diplomatie et délicatesse à certains moments, puis avec fougue à d’autres. C’est bien cette docilité dont nous avons besoin, en ces temps de préparation à la Pentecôte, en ces temps où nos plans se trouvent bousculés ! Si l’Esprit-Saint devient l’acteur principal de notre vie, si nous le prions régulièrement, alors nous pouvons être remplis d’Espérance, nous porterons des fruits comme Saint Paul, et par nous l’Evangile progressera ! Amen.
Don Louis-Gabriel
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