02/05/2020
Homélie du samedi 2 mai 2020
Lisons d’abord le psaume du jour : Ps 116,12-17
(Une fois n’est pas coutume, c’est dans le psaume du jour que j’ai puisé mon inspiration, tant il m’a paru un écho de la grande catéchèse eucharistique que nous avons eu toute la semaine par le Christ lui-même dans le chapitre 6 de St Jean et dont l’évangile du jour est la conclusion)
Pourquoi la messe nous manque ? Pourquoi sommes-nous impatients de pouvoir y participer de nouveau ? Pourquoi vivons-nous comme une souffrance cette privation eucharistique ?
Ce n’est pas une question de « sentiment » religieux, de « sensibilité spirituelle ».
Poser la question en termes de sensation ou de sentiment est une erreur. L’Eucharistie – nous le savons depuis l’évangile et St Paul, et le concile Vatican II le répète avec force – est « la source et le sommet de toute la vie de l’Église et de sa mission ». Cela est objectif, c’est le don du Christ à son Église.
Ce qui nous manque, ce n’est pas seulement un culte commun, un rassemblement fédérateur. Bien sûr, l’Église ne cesse de proclamer que l’on n’est pas chrétien tout seul, et que le terme même d’«église» qui signifie en grec la convocation du peuple est suffisamment parlant. Mais si ce n’était que cela, nous pourrions nous contenter, hors de ces périodes de pandémie, de nous rassembler sous tout prétexte, sans mettre au centre comme un cœur battant, la célébration de l’Eucharistie.
Ce qui nous manque, ce n’est pas seulement le rite de « la communion ». Bien sûr, celle-ci est un acte de participation majeur au mystère de l’Eucharistie, et l’Église n’a eu de cesse depuis les premiers temps, de tout faire pour pouvoir porter la communion à ceux qui en était privés (Tarcissius). Mais si ce n’était que cela, nous pourrions nous contenter de consacrer toutes les hosties nécessaires à être (pardonnez-moi l’expression) livrées à domicile.
Ce qui nous manque, ce n’est pas seulement l’expression et l’approfondissement de la foi. Bien sûr, il n’est pas de foi véritablement vivante qui ne nécessite une écoute régulière et méditée de ses sources révélées. Mais si ce n’était que cela, nous pourrions nous contenter d’étudier quotidiennement la Bible, d’écouter un enseignement vidéo, ou tout autre moyen de grand profit…
Non, ce qui nous manque, dans la privation de messe, c’est tout simplement… la messe ! L’Eucharistie !
C’est-à-dire :
- 1 Bien sûr l’assemblée, mais en tant que corps ecclésial du Christ réuni pour accomplir en son nom ce qu’il nous a dit de faire en mémoire de Lui.
- 2 Bien sûr la proclamation de la Parole, mais en tant qu’elle a un poids et une grâce particulière dans le cadre liturgique qui accomplit ce qu’il proclame. La proclamation de la Parole révélée, donc, et son écho dans notre vie que souligne l’homélie, la profession de foi et les intercessions…
- 3 Bien sûr, au cœur, la Consécration ; cela beaucoup de catholiques même n’en ont pas toujours conscience : Jésus n’a pas inventé la messe pour nous donner la communion, mais pour que son Offrande soit actualisée en tout lieu et en tout temps, car cette Offrande est le salut du monde. « Faites cela en mémoire de moi ». (En ce sens, même célébrée privément, chaque messe est une grâce pour le monde).
- 4 Alors oui, aussi, bien sûr la communion, mais la communion spirituelle d’abord qui prépare et accompagne la communion sacramentelle, qui sinon serait un rite sans valeur. La communion, c’est-à-dire l’union à ce que nous recevons : la vie offerte du Christ. Alors oui, nous manque aussi la communion sacramentelle qui incarne cette communion spirituelle (mais notez que même en temps ordinaire, une partie non négligeable de l’assemblée, à commencer par les enfants, trouve profit de grâce à la messe où elle ne communie pas forcément sacramentellement)
- 5 Bien sûr, enfin, l’envoi pour nous faire porter la grâce eucharistique dans toute notre vie et dans le monde qui nous entoure.
La messe, c’est tout cela ! C’est cet ensemble qui nous manque ! Non pas l’un ou l’autre des points.
L’Église déploie aujourd’hui tous les moyens qui sont en son pouvoir pour transmettre autant qu’il est possible les grâce de l’Eucharistie à ceux qui n’y peuvent venir. Mais cela ne remplace pas la messe. Elle manque aux chrétiens. Puisse ce manque creuser en chacun un désir qui fera grandir leur communion lorsqu’ils pourront enfin s’y rendre.
Puisse ce manque être offert à Dieu comme une intercession pour tous les chrétiens persécutés dont c’est le quotidien. Puisse ce manque être offert à Dieu comme un sacrifice qui prépare un retour rapide des messes publiques.
« Sans l’eucharistie, nous ne pouvons pas vivre ».
« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce »
Amen
Don Grégoire-Marie
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