08/05/2026
Christ est Ressuscité, Alléluia !
Voici la méditation originale sur un passage du "Petit Journal" (1934-1938) de sainte Faustine Kowalska (1905-1938), proposée par le Sanctuaire de la Divine Miséricorde de Gallardon pour ce vendredi 8 mai 2026 sur le passage PJ 1179 :
Voici ce qu’écrit sœur Faustine le 7 juillet 1937, à la demande et à l’intention de son père spirituel, le père Michel Sopoćko :
« Dans les moments de doute, c’est-à-dire lorsqu’elle est faible, l’âme doit demander à Jésus d’agir lui-même. Même si l’âme sait qu’elle doit coopérer avec la grâce de Dieu, il faut qu’à certains moments elle laisse Dieu agir seul. » (PJ 1179)
Méditation :
Sœur Faustine traverse une période de doutes, en particulier sur sa capacité à fonder une nouvelle congrégation que Jésus lui demande. Elle ne peut s’en ouvrir à personne dans l’immédiat, car Jésus la prive un temps de son directeur spirituel de Cracovie, le Père Joseph Andrasz. Une retraite mensuelle va l’aider à y voir plus clair : elle prend la résolution de refléter la miséricorde en actes de Jésus dans sa vie terrestre, « en bonté, écrit-elle, en prévenance, et en compréhension », et de suivre ce programme quel qu’en soit le prix à payer. C’est marcher au-devant de la Passion du Christ, et c’est accepter une nouvelle fois de s’abandonner, comme le Christ, à la volonté de Dieu sur elle.
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Comme pour beaucoup de saints, il s’agit pour sainte Faustine de se désapproprier, de se renoncer soi-même pour attendre tout de Dieu seul. Même si elle appartient à une Congrégation, c’est-à-dire même si elle a renoncé à tout matériellement, elle sait que pour atteindre la perfection qu’elle ambitionne, il faut qu’elle ait renoncé à sa volonté propre, pour se faire pauvre et laisser Jésus travailler en elle comme Il le désire. Elle en a fait plusieurs fois le vœu secret, mais il faut s’y tenir, et c’est difficile, car les tentations sont fortes, car le doute peut se renforcer, car l’orgueil et l’égocentrisme de la vie personnelle, communautaire et secrète, peuvent vouloir reprendre le dessus.
Il est beau de prendre de ces résolutions, mais si nous perdons nos points d’appui spirituels, si nos soutiens nous paraissent ne plus convenir à notre cœur, nous sommes brusquement renvoyés à nous-mêmes et même amenés à nous éloigner des choix de vie que Dieu nous avait pourtant indiqués et à nous laisser dominer par nos désirs et nos impressions fugitives.
Ces moments de doute ou de flou spirituel, le Seigneur les permet, et Il ne nous oblige en rien. Se renoncer soi-même, accepter de se faire pauvre est un acte volontaire que personne ne peut ni nous imposer ni nous enlever. Se faire pauvre, c’est attendre tout de Dieu, s’en remettre en tout à Dieu qui prend la main sur nos actes, sur nos tentatives de résistances et même sur nos efforts personnels. Il nous mène vers les postures appropriées : silence au risque de l’agacement ou du mépris ou de l’opposition des autres, refus absolu de nous imposer avec la moindre touche d’orgueil à celui qui s’oppose à nous, distanciation et attente pour que la tension s’apaise, afin de laisser à Dieu la place de faire son œuvre.
Laisser Dieu prendre la main en acceptant de nous tenir en retrait, ce n’est pas naturel et notre époque nous pousse exactement au contraire, aux réactions immédiates, aux envois de messages sans retenue en négligeant la réflexion préalable ; nous sur-réagissons, nous ne désirons pas que la colère retombe, nous préférons provoquer, même si c’est selon ce qu’on appelle notre bon droit. Les missiles répondent aux drones, les mines sont semées dans les champs et dans les mers pour que nos situations explosent à la moindre tension.
Comme chrétiens, soyons les instruments de la grâce de Dieu. Le Seigneur nous demande aimablement d’accepter de vivre sur le qui vive ? de ce renoncement à nous-mêmes chaque fois que matériellement Il a besoin de nous pour agir en ce monde, pour être ses instruments. Acceptons de nous tenir aux aguets et de nous attendre à détecter ces situations où un appel de Dieu nous est adressé, même dans un signal très faible, même dans un moment qui nous semble incongru ou dérangeant. Coopérons ainsi avec la grâce de Dieu. Mais dans les moments difficiles où nous nous sentons faibles, rappelons-nous qu’il nous faut plutôt devenir pauvres, petits, c’est-à-dire nous rapprocher du Seigneur dans la prière redoublée, la patience, la constance de la foi, en un mot : la confiance, et lui laisser de nouveau prendre la main sur nous. La confession et la participation à l’Eucharistie seront nos points d’appui. « Je ne cesse pas de lutter, dit sainte Faustine à son père spirituel un peu plus haut, et parfois je livre un combat acharné, pour suivre fidèlement mon chemin, c’est-à-dire celui que Jésus veut que je suive. Et mon chemin, c’est la fidélité à la volonté de Dieu, toujours et en tout, afin d’être un instrument docile dans la main de Dieu pour mener à bien l’œuvre de son insondable miséricorde. » (PJ 1173)
Sainte Faustine savait bien ce qu’est ce combat acharné contre soi-même, et que, pour les disciples du Christ, marcher au-devant de la Passion du Christ, cela passe par ce combat, et que la sainteté est à ce prix.
(par fr. Pierre Sokol, et Isabelle Kamaroudis
relecture par le Père Dominique Aubert et le Père Adam Galazka)
(Photo : Chapelle à Saint-Cheron de Chartres
Chemin de Croix : Jésus est dépouillé de ses vêtements
(Photographie : Isabelle Kamaroudis)