15/06/2026
14 juin 2026 / 2ème dim. après la Pentecôte:
Rom 2, 10-16 / Mt 4, 18-23
Homélie du Père Alexey Umenskiy
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Aujourd’hui se prolonge la célébration de la Sainte Pentecôte et de la fête de tous les saints du dimanche dernier. Nous célébrons aujourd’hui , les saints de France.
L’Esprit Saint s’est répandu sur l’Église et a fait de chacun de nous un saint. Chaque chrétien reçoit l’onction de l’Esprit Saint dans le sacrement de la Chrismation. Chacun de ceux qui sont ici présents — hommes et femmes, moi-même également — participe au sacerdoce royal du Christ dans son Église. Les dons de l’Esprit Saint, qui ont fait de nous des serviteurs de l’Esprit et un peuple sacerdotal, nous poussent à servir Dieu et non à nous servir de l’Église. Le chrétien est appelé à vivre cette vocation sacerdotale. Il est consacré à Dieu ; il est appelé à la sainteté, il est appelé à devenir saint.
Une certaine conception s’est imposée au fil du temps : les saints seraient des êtres exceptionnels, spécialement doués, choisis par Dieu d’une manière particulière, destinés à la sainteté par un dessein spécial de la Providence. Et puis il y aurait nous, debout devant leurs icônes, n’ayant jamais rencontré de saints dans notre vie.
Nous ne nous demandons même jamais si nous avons réellement rencontré une personne sainte, si parmi nous se trouvent des hommes et des femmes que nous pourrions appeler saints. Alors les saints deviennent comme des êtres venus d’une autre planète , que Dieu envoie sur la terre pour nous émerveiller quelque temps avant de les reprendre auprès de Lui et d’en faire les exécuteurs de nos demandes. Mais si tel était le cas, nous n’aurions aucun lien avec eux. Il n’y aurait alors aucun sens à célébrer leur mémoire. Car si Dieu les avait créés saints dès le départ, leur sainteté ne serait ni un combat ni un mérite personnel.
Tout leur aurait été donné d’avance.
Récemment, j’ai eu une conversation avec une femme qui me disait : « Je pense souvent à sainte Marie-Madeleine. Elle possédait une telle plénitude intérieure ; elle ne semblait douter de rien ; elle suivait le Christ de tout son être. Comment parvenir à cette même plénitude ? Comment faire pour que tout soit aussi à sa place dans ma vie, sans être déchirée intérieurement ? »
En effet, nous avons parfois l’impression que, puisqu’une personne est sainte, tout va forcément bien pour elle. Si elle est tentée, elle combat et elle triomphe. Le saint n’aurait ni questions, ni doutes, ni souffrances intérieures. Rien ne viendrait troubler sa relation avec Dieu, comme cela nous arrive souvent à nous. Pourtant, les saints connaissent eux aussi l’épreuve.
À ce moment-là, je me suis souvenu de sainte Clotilde, grâce à laquelle la France est devenue un pays chrétien.
Clotilde était issue de la famille royale des Burgondes et était la fille d’un roi. Son enfance était marquée par la tragédie : son père était assassiné lors de luttes dynastiques et sa mère est morte dans des circonstances mystérieuses. Après cela, Clotilde était élevée à la cour de son oncle. Malgré toutes ces épreuves, elle conserva une foi chrétienne profonde qui devint la force principale de toute sa vie. Elle fut donnée en mariage à Clovis, qui était encore païen. Mais la foi ardente de son épouse finit par le conduire au christianisme.
Pourtant, pour Clotilde elle-même, ce chemin a été douloureux. Elle a insisté, pour que leur premier fils soit baptisé, malgré l’opposition de Clovis. Peu après son baptême, l’enfant est tombé gravement malade et est décédé. Clovis en était profondément irrité et a déclaré en substance que, si l’enfant avait été consacré à ses dieux, il serait resté en vie ; tandis qu’après avoir reçu le baptême chrétien, il était mort. Pour Clotilde, c’ était une terrible épreuve. Pourtant, elle n’a pas perdu la foi.
Lorsque est né leur second fils, elle a demande’ de nouveau son baptême. Mais cet enfant est tombe’ lui aussi gravement malade. Clovis a recommence’ alors à accuser la foi chrétienne et s’attendait à revivre la même tragédie. Clotilde a commencé à prier avec ferveur pour son fils, et l’enfant a récupéré. Cette foi, passée par les épreuves, les larmes et les doutes, a conduit finalement Clovis au christianisme et a fait de lui le premier roi chrétien de France.
Qui sont donc les saints ? Ont-ils un corps différent du nôtre, capable de supporter les tentations sans peine ? Ont-ils une âme différente, naturellement ouverte à Dieu et étrangère à tout ce qui est terrestre ? Leur ressemblons-nous ? Et nous ressemblent-ils ?
À cette question, il n’y a qu’une seule réponse : avant tout, ils ont cru que l’Évangile était écrit pour eux. Ils ont cru de tout leur cœur que chaque parole de l’Évangile concernait directement leur propre vie. Ils ont accueilli chaque parole du Christ comme une parole qui leur était personnellement adressée. Et lorsqu’ils lisaient que le Seigneur disait à Pierre : « Suis-moi », ils comprenaient que cette parole leur était adressée à eux aussi. Lorsque le Christ disait à Pierre, à Jacques et à Jean : « Venez à ma suite », ils comprenaient que cela ne concernait pas seulement les apôtres d’il y a deux mille ans, mais eux-mêmes aujourd’hui. Et ils n’ont pas eu peur de vivre selon cet Évangile.
Comme Pierre, ils ont tout quitté pour suivre le Christ. Rien de plus. Ils ont simplement répondu à l’appel qui leur était adressé, tout comme il nous est adressé aujourd’hui. Nous aussi, nous sommes choisis. Choisis pour entendre l’Évangile et ne pas avoir peur de le vivre. Rien d’autre n’est nécessaire pour devenir saint.Ce qui est difficile, c’est d’accueillir la Parole de Dieu, de croire que l’Évangile est écrit pour toi et parle de toi. Ce qui est difficile, c’est de quitter ses filets pour suivre le Seigneur.
Oui, cela fait peur. Mais sans cela, personne n’atteindra jamais la sainteté.
Ni les exploits ascétiques, ni la distribution de toutes ses richesses, ni le don des langues, ni même le sacrifice de son propre corps pour une grande idée ne suffisent à faire un saint. La sainteté commence lorsque, ayant reçu l’Évangile comme une parole que Dieu t’adresse personnellement, tu n’as plus peur de marcher à sa suite.
C’est cela que nous enseignent nos saints. Et il me semble que c’est précisément cette grâce que nous devrions leur demander aujourd’hui.
Amen.