07/05/2026
L’Église est formée par chacun de nous
Homélie du P. Benoît Devos,
5e Dimanche de Pâques (A)
Cinquième dimanche du temps pascal. Nous suivons cette petite église naissante. Prenons un point de chaque lecture de la Parole de Dieu de ce dimanche :
Dès sa naissance, l’Eglise n’a pas caché ses côtés moins beaux en appliquant de la chirurgie esthétique. Non. Les actes des apôtres nous racontent : « les frères de langue grecque récriminèrent contre les frères de langue hébraïque » …
Jésus est à peine retourné auprès de son Père que les premières tensions apparaissent dans la communauté des Premiers Chrétiens, les premiers dangers de rupture de l’unité. La cause est une injustice : les veuves de langue grecque sont désavantagées.
Garder l’unité dans une légitime et belle diversité sera toujours un vrai défi pour l’Eglise. Diversité de langues, races, cultures, diversité de sensibilité liturgique, diversité de tendances politiques, diversité de milieu social, toutes ces belles et légitimes différences peuvent et doivent trouver une unité en Jésus Christ et son Eglise.
On peut et on doit récriminer et surtout agir quand une vraie injustice s’établit. Mais aujourd’hui on récrimine, on proteste, on manifeste, souvent par égoïsme. Les idéologies comme le wokisme nous poussent à nous considérer nous-même toujours comme de pauvres victimes : pauvre moi, je fais partie d’une minorité, je suis discriminé, toute personne qui n’est pas d’accord avec moi est un agresseur vis-à-vis de moi … Je me mets dans le rôle de pauvre victime et j’obtiens le pouvoir et l’argent des subsides car personne n’ose ou ne peut aller contre moi.
Ce n’était pas le cas des pauvres veuves grecques. Les veuves grecques n’étaient pas woke ! L’injustice qui leur était infligée n’était pas imaginaire mais réelle. Et comment les apôtres ont-ils résolu cette crise ? En écoutant plus et mieux l’Esprit Saint ! Ils ont institué le ministère du diaconat et délégué une partie de leur pouvoir et responsabilité pour mieux se concentrer sur la prière et la Parole de Dieu. Ils n’ont pas fait la grève avec les veuves grecques en les incitant à brûler des voitures et des poubelles, à détruire tout ce qui se trouve sur leur chemin et à bombarder la police avec des pavés … Non, ce n’était pas la Grèce Insoumise … c’était plutôt la soumission à l’Esprit Saint !
Dans la deuxième lecture, saint Pierre nous rappelle que par notre baptême nous sommes devenus des pierres vivantes pour former le temple de Dieu, le corps du Christ, la pierre d’angle qui soutient tout. Qui est justement garant de cette unité mise en danger à la première lecture. Souvenons-nous de notre exposition dans la basilique St Michel qui s’appelle justement « Pierres vivantes ». Un peu partout dans la basilique, ont été installées des énormes photographies artistiques en noir et blanc, des visages des paroissiens et des prêtres, accompagnés d’un verset biblique. Oui, l’Eglise est formée par chacun de nous. Elle se maintient ou elle s’écroule par chacun de nous. Et saint Pierre nous donne des attributs incroyables : descendance choisie, sacerdoce royal et nation sainte. Est-ce que nous sommes suffisamment conscients de ces titres qui dépassent toute noblesse ? Par notre baptême chacun de nous est devenu prophète, prêtre et roi. Prophète car nous avons reçu la mission de proclamer la Bonne Nouvelle, de faire connaître l’Evangile autour de nous. Est-ce que nous le faisons ? Est-ce que je réalise ma mission de prophète ? Bien sûr, d’abord et surtout par mon exemple, par ma manière de vivre.
Nous sommes prêtres car nous sommes appelés à offrir des sacrifices spirituels tout le long de la journée. Des petits ou des grands sacrifices de charité par amour. Des sacrifices de soi-même, savoir s’oublier soi-même, ses propres préférences, ses propres goûts, ses propres projets pour le bien d’une sœur ou d’un frère. Est-ce que je réalise ma mission de prêtre avec conscience ?
Finalement, nous sommes des rois car nous avons reçu le royaume du Christ en héritage. Un royaume de paix et de justice. Ce royaume où il ne devrait pas y avoir d’injustices, où les uns ne devraient pas être désavantagés par rapport aux autres.
Et finalement dans l’Evangile, saint Thomas et Philippe invoquent Jésus à l’une des plus belles et réconfortantes révélations sur soi-même : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ! ». Quelle merveille ! La vie, ça veut dire aussi notre bonheur, la finalité de notre vie, la vie en plénitude. Jésus est notre chemin, notre exemple à suivre et en même temps il est notre destination. Il est la porte à atteindre et à passer pour rejoindre le Père.
Et le fait que Jésus nous assure qu’Il rentre chez son Père pour nous préparer une place et qu’Il reviendra vers nous. Quelle espérance ! Le ciel, la maison du Père, n’est pas « l’Entrecôte » (resto à Bordeaux) où il faut faire la queue par manque de places. Non, dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures, beaucoup de chambres, de suites. La maison du Père dépassera de loin les hôtels 5 étoiles sur la pauvre face de la terre.
L’amour unit et identifie. Donc l’amour infini unit et identifie de manière infinie, parfaite, totale. Pour cela, le Fils et le Père sont totalement un et Jésus peut dire : « Celui qui me voit, voit le Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi ! » Le Fils est justement envoyé par le Père sur terre de manière visible, humaine, pour nous révéler le visage du Père, Dieu invisible.
Oui, Seigneur, montre-nous le Père et cela suffit !
Ste Croix, st Michel, 3 mai 2026