05/09/2026
23ème dimanche ordinaire A
Frères et sœurs,
Les textes de ce dimanche nous parlent d’une responsabilité essentielle : prendre soin les uns des autres. Dans la première lecture, Dieu dit à Ézéchiel : « Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. » Le guetteur n’est pas celui qui surveille pour condamner. Il est celui qui veille, qui voit le danger et qui avertit pour sauver.
L’Évangile nous invite précisément à cette responsabilité. « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. » Mais comment vivre cette correction fraternelle sans faire de mal ? Car si quelqu’un m’a blessé, je peux être tenté de lui rendre la pareille, de régler mes comptes, de lui dire ce que je pense. Or le Christ ne nous invite pas à nous venger : il nous demande de prendre soin.
Faire des reproches, ici, ce n’est pas accuser ni juger. C’est, au sens profond, amener avec conviction vers la lumière. Et cette lumière, c’est le Christ. Jésus nous donne d’ailleurs une méthode : d’abord parler seul à seul, puis, si nécessaire, avec une ou deux personnes, et enfin avec la communauté. Il ne s’agit jamais de commérage ou d’humiliation, mais de chercher ensemble un chemin de vérité et de réconciliation.
Et pour cela, il faut beaucoup d’humilité. Dire à l’autre ce qui nous a blessés exige parfois de lui dévoiler notre propre fragilité : « Ce que tu as fait m’a fait mal. » Reconnaître que l’autre peut nous blesser, c’est aussi reconnaître que nous sommes liés à lui. Nous appartenons à un même corps. Prendre soin de l’autre, c’est donc aussi prendre soin de la communauté.
Et si l’autre refuse d’entendre ? Jésus nous rappelle que nous ne pouvons pas forcer la liberté de quelqu’un. Il peut alors être nécessaire de prendre de la distance. Non pour exclure ou condamner, mais pour laisser l’autre libre. Cette distance peut être douloureuse. Elle doit alors être habitée par la prière. Lorsque les actions se heurtent à la dureté du cœur, la prière demeure une manière de continuer à prendre soin.
Aujourd’hui, nous allons aussi baptiser Clarisse. Et son baptême nous rappelle combien éduquer un enfant, c’est prendre soin de lui : lui apprendre à grandir, à discerner le bien du mal, mais aussi lui montrer qu’il est aimé de Dieu et qu’il peut toujours revenir vers la lumière. Parents, parrain et marraine, communauté chrétienne, nous sommes tous appelés à accompagner Clarisse avec patience, exigence et tendresse.
Alors, demandons-nous : quel regard est-ce que je porte sur ceux qui me sont confiés ? Un regard indifférent ? Un regard qui enferme l’autre dans son erreur ? Ou un regard capable de voir encore ses qualités, sa fragilité, sa dignité d’enfant bien-aimé de Dieu ?
Prendre soin ne signifie pas tout accepter ni relativiser le mal. Cela signifie chercher la justice avec patience, savoir attendre, pardonner, et surtout regarder l’autre comme nous aimerions être regardés : avec vérité, mais aussi avec miséricorde.
Saint Paul nous donne finalement la clé : « L’amour ne fait rien de mal au prochain. » Que notre parole, notre regard et nos actes soient donc toujours guidés par cet amour. Et lorsque nous nous réunissons en son nom, souvenons-nous de la promesse de Jésus : « Je suis là, au milieu d’eux. »