05/04/2026
HOMÉLIE - PÂQUES 2026
Au matin du troisième jour, rien ne semble avoir changé dans le monde. Le ciel était le même, la poussière des chemins aussi. Marie-Madeleine revient là où tout s’était arrêté. Elle ne cherchait pas un miracle, elle cherchait un lieu où poser sa mémoire. Elle comprit que ce qu’elle avait vécu avec Jésus n’était pas aboli par sa mort. Dès lors, « le Ressuscité » fut ce qui arrive à une existence quand elle cesse d’être enfermée dans la défaite et qu’elle se découvre à nouveau ouverte. Vous aussi chers catéchumènes, chers communiants vous êtes là ce soir parce que vous avez fait l’expérience de la rencontre du Christ dans votre vie. Parce que vous avez l’intime conviction que votre existence ne se résume pas à vos défaites, à vos échecs. Comme Marie-Madeleine, vous n’êtes pas venus chercher un miracle. La célébration de ce soir est certes émouvante, mais elle ne peut être seulement un événement extraordinaire ou spectaculaire. Les sentiments sont fragiles, nous le savons. Beaucoup ne parviennent plus aujourd’hui à se retrouver, à avancer, car ils sont ballotés au gré de leurs sentiments. Sans qu’il n’y ait plus rien de solide, de vrai, d’exigeant, d’authentique qui puissent les conduire. Après la fête et l’éblouissement, nous retournons finalement à la dure réalité de nos vies, à l’ordinaire de nos vies. La foi n’est donc pas un sentiment passager mais une reconnaissance de la présence du Christ mort et ressuscité dans nos vies. Adhésion au Christ pour qu’il soit lumière de nos vies. Marie-Madeleine et l’autre Marie sont ces quelques femmes arrivées près du tombeau. C’est une infime proportion parmi la cohorte des grands prêtres qui pensent avoir mis Dieu définitivement à mort et la plupart des disciples qui se sont fait la malle. Les puissants aussi le pensent aujourd’hui. Chers amis, votre démarche ne sera peut-être pas toujours comprise. La foi chrétienne est parfois moquée, ridiculisée, considérée comme d’un autre temps. Et pourtant. Aujourd’hui se déchire le voile de ce qui était caché, de ce monde satisfait de sa toute-puissance, de sa mainmise. Voile caché sur d’horribles trafics et tant de drames existentiels. L’éclosion en France de nouveaux catéchumènes, est cet éclair, entendu dans l’Evangile, certes bien modeste, fissurant l’ossature des tombeaux où les maîtres du monde ont déposé tant et tant de nos contemporains, comme piégés. Chers amis, vous avez pressenti que ce monde ne pouvait rester prisonnier de son état, l’existence ne pouvant se réduire à consommer, à parcourir les allées des supermarchés, à gâcher notre temps et nos relations dans la virtualité des écrans et des réseaux sociaux creusant de jour en jour l’abêtissement général et le vide existentiel. Abêtissement d’impatience, d’agressivité, d’égoïsme, d’individualisme, de haine, de vengeance stérile. Abaissement aux plus mauvais instincts de l’humanité.
Le Christ est ressuscité pour nous rappeler que nous ne sommes pas condamnés à ce monde de mort. Comme Marie-Madeleine, il n’y aura sûrement pas de miracle dans votre vie. Les épreuves, les douleurs, les injustices abondent parfois dans nos vies. Beaucoup sont livrés à eux-mêmes jusqu’à se demander à quoi sert cette vie. Plus rien ne porte, plus rien n’élève, plus rien ne fait grandir, si ce n’est de fausses solutions, des paradis artificiels. Par sa Pâque, le Christ descend dans la mort, non comme un vaincu, mais déjà comme le Vivant. Dans l’eau du baptême. Rien dans notre vie n’est étranger à Dieu, pas mêmes les pires de nos déboires, pas même l’abîme de la mort. Le Christ ne contourne pas nos ténèbres : il les traverse. Il ne se tient pas au seuil de notre solitude : il y entre. Vous ne pouvez donc pas être des baptisés ou des communiants, d’un soir, d’un grand soir. Pour cela, nous voyons Marie-Madeleine et l’autre Marie qui arrivent pour regarder le sépulcre. Quand on y pense, quelle drôle, quelle surprenante attitude, que celle de regarder un tombeau, où l’on a déposé un mort. Loin d’être fascinées par la mort, ces femmes comprennent combien le Ressuscité les rejoint dans tous les abîmes de leur vie. Non pour les y conforter mais au contraire pour leur permettre un passage, une avancée. La foi chrétienne, si elle peut paraître exigeante, n’est jamais celle qui condamne. Elle nous invite à reconnaître notre mal pour nous permettre de ressusciter et de renouer avec la vraie vie. Nous voyons Marie-Madeleine et l’autre Marie quitter le tombeau. Elles ne seront plus seulement spectatrices d’un événement extraordinaire. C’est désormais dans leurs vies familières, dans leurs vies de chaque jour, dans leurs lieux d’existence, qu’elles sont appelées à vivre de la Résurrection. Le Christ doit être un compagnon de route. Chers amis, loin des tombeaux des réseaux sociaux, lisez pour nourrir votre cœur. Les psaumes, les aventures de l’Evangile ou tout autre livre de spiritualité. Nourrissez votre âme. Participez autant que possible aux célébrations dominicales pour écouter la Parole de Dieu, pour vous rassembler dans ce monde livré à la solitude et à son petit confort. Recevez le sacrement du pardon qui loin d’être notre condamnation est celui de notre relèvement. Poursuivez résolument votre chemin. Pour cela, il faut l’aide et l’accompagnement de toute la communauté paroissiale, de l’ensemble de la communauté chrétienne. Marie-Madeleine et l’autre Marie partent annoncer la nouvelle. Chers amis, la vie et l’enseignement de Jésus de Nazareth, doivent renaître en nous, ne pas rester sans conséquences dans nos vies. Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité.