01/04/2025
GUILGAL ENSEIGNEMENT :
PROFIL DES PROPHETES
Les sept repères pour un cadre de la personnalité prophétique
Dans cette première étape, notre objectif n'est pas de vous raconter l'histoire des prophètes d'Israël que vous connaissez sûrement aussi bien que nous , sinon mieux, mais de dessiner le profil, suffisamment stylisé, du prophète authentique.
Les traits que nous discernerons pourront nous être utiles bien au-delà de ce que nous, chrétiens célestes, appelons
l'Ancien Testament.
Pour aller tout de suite à l'essentiel, nous dirons que le prophète est constitué par une triple relation :
— à Dieu
— à l'histoire
— au peuple
et que s'il est avant tout l'homme de la Parole, cette parole se caractérise comme parole :
— qui vient d'ailleurs
— qui révèle
— qui coûte.
Voilà donc nos sept repères pour un cadre de la personnalité prophétique :
1. De Dieu
2. Dans l'histoire
3. Pour le peuple
4. Une parole
5. Qui vient d'ailleurs
6. Qui révèle
7. Qui coûte.
De Dieu. Le premier trait du prophète, qui est le sens même du mot hébreu nabi, est sa vocation.
Le prophète est un appelé. Dieu est allé le
chercher « de derrière le troupeau »
(Am 7, 15). Dieu l'a empoigné Dieu l'a happé. Dieu, dira Jérémie, l'a « séduit »
(Jr 20, 7). Et le Seigneur pèse de tout son poids sur l'appelé qui est aussitôt envoyé : « Partout où je t'envoie, tu y vas. Tout ce que je te commande, tu le dis. » (Jr 1, 7)
« Le Seigneur a parié, qui ne prophétiserait ? », demande Amos (3, 😎.
L'appel de Dieu est irrésistible. La Parole de Dieu se conjugue toujours à l'impératif. Pas d'échappatoire possible.
Cette élection très possessive de Dieu fait que la charge prophétique est strictement personnelle. On n'est pas prophète de père en fils. On l'est par la mainmise de l'esprit du Seigneur (1 S 10, 6 - Ez 11, 5).
Le nabi est un possédé de Dieu. Il est constitué par sa vocation.
Dans l'histoire. Le Dieu qui rencontre le prophète et réorganise sa vie est un Dieu compromis dans l'histoire. La fine pointe de la confession de foi d'Israël est cette reconnaissance de l'engagement de Dieu dans le temps.
« Un Dieu qui est un peu là », disait quelqu'un
Puisque Dieu a épousé l'histoire et qu'il ne peut être trouvé que dans le corps à corps avec cette histoire, le prophète va être un déchiffreur du dessein de Dieu, un pisteur des signes des temps.
A ce titre-là, on l'a beaucoup trop défini comme l'homme de l'avenir, comme la Madame Soleil du projet de Dieu. Il tiendrait à jour "l'horoscope" de Dieu. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le prophète n'éclaire l'avenir qu'au titre
du passé fondateur, de la vocation première. Il effectue une lecture,
une analyse de l'aujourd'hui en profondeur historique. Le présent du peuple, infidèle à sa vocation (référence au passé), est gros de menaces pour l'avenir (référence au futur). Le prophète voit toujours plus profond que la surface des événements, et donc plus loin. Il a le sens de l'histoire dans le compagnonnage du Dieu exigeant. Il restitue la tension du devenir et de la promesse. Quand il n'y a plus de prophètes, Israël commence à douter du salut dans l'histoire.
Pour le peuple. Si Dieu s'est engagé dans l'histoire, c'est au bénéfice du peuple qu'il s'est choisi, c'est pour faire alliance avec l'humanité.
Le prophète est l'homme de l'Alliance intransigeante. Pour mieux servir son peuple, remarquons qu'il est à distance de lui, face à lui. Et il est souvent bien seul. Il est un vis-à-vis qui réveille l'inertie et secoue la poussière accumulée. Jamais il ne sacralise son peuple. Il est bien plutôt
sa mauvaise conscience, son empêcheur de tourner en rond, son aiguillon permanent. Il souffre du péché de son peuple.
Telle est sa responsabilité propre, explicitée dans la célèbre citation
d'Ezechiel 33, 6 : « Si la sentinelle a vu venir l'épée et n'a pas sonné du
cor, si bien que le peuple n'a pas été averti... je demanderai compte du
sang du peuple à la sentinelle. » Le prophète a été « établi guetteur pour
la maison d'Israël » (Ez 33, 7). Il est vigilant dans son action comme dans
sa prière.
Une parole. Dieu (1) fait irruption dans l'histoire (2) du peuple (3). C'est
un événement de parole. Le prophète est le serviteur obligé de cette
Parole à dire en mots humains. « Je mettrai mes paroles dans sa bouche, dit le Seigneur, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. »
(Dt 18, 18) Sa bouche devient celle même de Dieu (Jr 15, 19). Il colle à la
Parole.
D'ailleurs, cette parole n'est pas que discours, elle aime se couler dans
le langage des signes. Isaïe se promène nu. Jérémie brise une cruche.
Ezéchiel se rase avec une épée... L'action symbolique parle elle aussi.
Elle est créatrice à sa façon, présentant l'événement à venir. Elle visualise le message, elle l'incarne aux yeux de tous. Comprenne qui pourra !
Mais attachons-nous à préciser les qualifications de cette parole prophétique.
Elle vient d'ailleurs. Elle vient de plus loin que le prophète. Celui-ci se sait dépositaire d'une parole transcendante : le rouleau d'Ezechiel exprime bien l'objectivité et la transcendance de la Parole. Ce n'est pas l'homme qui fait autorité. « Ainsi parle, non le prophète, mais le Seigneur ! » Et cette parole est efficace (cf. Is 55, 10-11).
Si bien que le prophète doit se laisser ouvrir les oreilles. Citons encore le très beau texte d'Is 50, 4-5 :
« Le Seigneur m'a donné une langue de disciple :
pour que je sache soulager l'affaibli, il fait surgir une parole.
Matin après matin, il me fait dresser l'oreille, pour que j'écoute
comme les disciples ; le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille. »
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