15/08/2026
Je suis Imentet.
Celle de lâOccident, la Dame du Couchant, lâOccidentale.
Mon nom nâest pas un simple mot : il est le seuil mĂȘme.
LĂ oĂč le soleil, chaque soir, sâabandonne et meurt pour renaĂźtre.
Je rĂšgne en maĂźtresse funĂšbre, les hommes ont bĂąti leurs tombes face Ă moi, sur la rive occidentale du Nil, car ils savaient que mon regard est le premier et le dernier que rencontre lâĂąme dĂ©livrĂ©e de sa chair.
Je nâai pas de temple immense, ni de prĂȘtres qui crient mon nom dans les processions.
Pourtant, dans chaque tombe, sur chaque sarcophage, dans les silences des hypogées, je suis présente.
Je suis lâarbre au bord du dĂ©sert, le sycomore dont les racines plongent dans lâinvisible et dont les branches touchent le ciel des morts.
Câest sous mon ombre que jâattends...
Lorsque le dĂ©funt, guidĂ© par Anubis, franchit enfin la porte de la Douat, câest moi qui mâavance, les bras ouverts, le pain dans une main, lâeau pure dans lâautre.
Je le nourris.
Je le désaltÚre.
Je lui rends la force de continuer vers les Champs de Roseaux, vers cette Ă©ternitĂ© verdoyante oĂč les justes moissonnent sans peine et boivent sans soif.
On me confond parfois avec Hathor, Nout, Isis ou Nephthys.
Ce nâest pas erreur : je suis le visage occidental de ces divines grandes sĆurs.
Je suis la mĂšre qui reprend son enfant aprĂšs le long voyage.
Je suis la bien-aimée qui ouvre les bras à celui qui a passé la balance de Maùt.
Les initiés savaient que le soleil ne meurt pas : il descend en moi.
Chaque soir, RĂȘ sâenfonce dans mon sein, traverse mes tĂ©nĂšbres, et rĂ©apparaĂźt Ă lâOrient.
La mort nâest pas une fin, mais un passage.
Le corps est la barque ; le ba, lâoiseau ; le ka, le double ; et moi, le port oĂč tout sâamarre enfin.
Je suis la douceur aprĂšs la terreur.
AprĂšs le jugement, aprĂšs les Ă©preuves, aprĂšs les portes gardĂ©es par des dĂ©mons aux tĂȘtes dâanimaux, j'apparaĂźt dans ma robe vĂ©gĂ©tale.
Je reçois.
Je console.
Dans mon étreinte, le mort devient dieu.
Dans mon arbre sacrĂ©, il trouve le fruit de lâimmortalitĂ©.
Approche, voyageur de lâautre rive.
Bois Ă ma coupe.
Mange de mon pain.
Repose-toi sous mes branches.
Je suis Imentet.
Je suis lâOccident qui tâattend depuis le premier jour oĂč tu as ouvert les yeux sur le Nil.
Et lorsque tes yeux se fermeront pour la derniĂšre fois, câest mon doux regard que tu rencontreras en premier.
Sathathoriset.