11/09/2020
Radio-Télé Caraibes : Le Prix de l’équilibre
Par Guyler C. Delva
Depuis un certain temps il se développe un phénomène qui consiste à pointer du doigt Radio-Télévision Caraibes (RTVC) qui pourtant se projette dans une perspective de bien-être collectif et de justice sociale, en misant sur l’apport inestimable de l’expression désintéressée d’une parole libre, indépendante, responsable, engagée et équilibrée.
Et cette position juste, souhaitable et louable lui vaut d’être accablée de critiques provenant de proches du pouvoir comme de ses ennemis les plus farouches. Pourtant, aussi difficile et dangereuse qu’elle puisse être, dans un pays submergé par une avalanche d’intolérance, cette position médiane, inclinée dans le sens de la recherche du bien commun et de la défense des intérêts des masses populaires défavorisées, devrait être enviable et elle l’est en réalité, pour peu qu’on veuille se référer aux bonnes pratiques et à une ligne éditoriale qui ne bâillonne personne, aucun groupe, peu importe leurs appartenances et orientations politiques et socioéconomiques.
Et pourtant, il y a un problème. Un gros problème. La RTVC ne fait le jeu d’aucun secteur et n’appartient à aucun courant partisan. Elle sera toujours dans le collimateur des adeptes de la pensée unique, d’un côté comme de l’autre de l’arène politique haïtienne. Ceux qui se disent démocrates sont ceux-là mêmes qui, chaque jour, assassinent la démocratie par leur jusqu’auboutisme et par l’horreur qu’ils ont des contradictions.
À plusieurs occasions, Radio Caraïbes a essuyé des attaques venant de manifestants ou d’autres groupes acquis à la cause de différents protagonistes politiques ou d’autres groupes d’intérêt. Ceci est déplorable, condamnable et inacceptable.
J’ai personnellement fait l’expérience. Parfois des amis du pouvoir m’appellent pour me demander si Radio Caraibes est passée à l’opposition, après avoir entendu des déclarations et commentaires faits dans une émission spécifique de la Radio. À ce moment-là, c’est l’opposition qui se félicite, qui se retrouve dans la ligne des idées émises sur Radio Caraïbes. Dans d’autres occasions, ce sont des amis de l’opposition qui s’estiment desservis par certains commentaires ou reportages de Radio Caraïbes. Dans pareilles circonstances, ce sont les gens du pouvoir qui s’en réjouissent. Dans le monde des médias, c’est la meilleure situation qui puisse se produire.
La vérité c’est que la RTVC est toujours à la recherche de la vérité. Et la vérité ou ‘‘la vérité authentique’’ n’a pas de couleur politique. On l’appréciera selon qu’elle répond aux attentes des uns ou des autres. Toutefois, on devra y faire face, sous peine qu’elle nous retombe sur le nez.
Au lieu de s’en prendre à ce patrimoine du peuple haïtien, il faut de préférence prier Dieu pour qu’il y ait encore plus de médias ayant le courage, la ténacité, et le sens de l’engagement social dont la RTVC n’a pas cessé de faire montre.
Le prix à payer et les risques encourus pour avoir tenu une parole libre et équilibrée peuvent être très pesants en Haïti aujourd’hui, mais c’est un risque qui vaut la peine.
Vive la liberté de la presse et d’expression!
Guyler C. Delva