07/09/2026
FÉMINICIDES AU CAMEROUN :
LA TORAH FACE À LA VIOLENCE ET À LA DÉVALORISATION DE LA VIE
Point de vue du Grand Rabbin d’Afrique Centrale
Shalom à toutes et à tous,
Notre pays, le Cameroun, traverse actuellement une période qui doit interpeller profondément toutes les consciences.
Depuis plusieurs mois, et avec une inquiétante accélération ces dernières semaines, les violences faites aux femmes et les féminicides occupent une place de plus en plus préoccupante dans l’actualité nationale. Des femmes sont agressées, battues, humiliées, menacées et, dans les cas les plus tragiques, assassinées par leur conjoint, leur compagnon ou un proche. Les autorités camerounaises ont elles-mêmes reconnu la recrudescence du phénomène et engagé des initiatives de sensibilisation et de lutte contre ces violences.
Face à cette situation, le silence n'est plus une option.
En tant que Grand Rabbin d’Afrique Centrale, je souhaite rappeler avec gravité ce que la Torah nous enseigne sur la vie humaine, la violence, la dignité de la femme et notre responsabilité collective.
« TU NE COMMETTRAS PAS DE MEURTRE »
La Torah proclame :
« Tu ne commettras pas de meurtre. »
(Chemot — Exode 20,13)
Cette parole divine ne souffre d'aucune exception liée au sexe, au statut social ou à la relation entre la victime et son agresseur.
La vie humaine est sacrée.
La Torah nous enseigne que l'être humain a été créé :
בְּצֶלֶם אֱלֹהִים — Betsélem Elohim, « à l'image de Dieu ».
Lorsqu'un homme assassine une femme, il ne détruit donc pas seulement une existence humaine.
Il porte atteinte à une créature qui porte en elle l'image du Créateur.
C'est pourquoi le féminicide n'est pas simplement un « drame conjugal ».
C'est une tragédie humaine, morale et spirituelle.
UNE FEMME N'EST PAS LA PROPRIÉTÉ D'UN HOMME
Il faut également combattre une mentalité profondément dangereuse :
« C'est ma femme, elle m'appartient. »
Non.
La Torah ne donne à aucun homme un droit de propriété sur une femme.
Le mariage est une alliance, une responsabilité et un engagement réciproque. Il doit être un lieu de dignité, de protection et de paix.
Un mari n'a pas le droit de frapper son épouse.
Il n'a pas le droit de la terroriser.
Il n'a pas le droit de l'humilier.
Il n'a pas le droit de la séquestrer.
Et il n'a certainement pas le droit de lui ôter la vie.
L'amour véritable ne possède pas : il protège.
L'autorité véritable n'humilie pas : elle élève.
La force véritable ne détruit pas : elle préserve.
LA VIOLENCE N'EST PAS LA VIRILITÉ
Je voudrais particulièrement m'adresser aux hommes.
Un homme qui frappe une femme n'est pas un homme fort.
Un homme qui menace sa femme n'est pas un homme fort.
Un homme qui tue parce qu'il est jaloux, humilié ou en colère n'est pas un homme fort.
Il est l'esclave de sa propre colère.
Nos Sages enseignent dans Pirkei Avot :
« Qui est fort ? Celui qui maîtrise son penchant. »
La véritable grandeur masculine réside dans la maîtrise de soi.
Savoir se maîtriser est plus grand que savoir dominer.
Nous devons donc enseigner à nos garçons une nouvelle conception de la force : la force de protéger, de dialoguer, de pardonner, de demander de l'aide et, lorsque la situation l'exige, de savoir se retirer plutôt que de détruire.
« NE RESTE PAS INDIFÉRENT AU SANG DE TON PROCHAIN »
La Torah dit encore :
« Tu ne resteras pas indifférent au sang de ton prochain. »
(Vayikra — Lévitique 19,16)
Cette parole est particulièrement actuelle.
Lorsqu'une femme est régulièrement battue et que son entourage le sait...
Lorsqu'une femme reçoit des menaces de mort...
Lorsqu'une famille connaît la violence d'un homme mais préfère préserver les apparences...
Lorsqu'un voisin entend des cris et choisit de ne rien faire...
Nous devons nous demander :
Sommes-nous réellement en train de protéger notre prochain ?
La violence domestique ne doit plus être considérée comme une simple « affaire de couple ».
Lorsqu'une vie est menacée, la communauté tout entière est concernée.
LE FÉMINICIDE COMMENCE SOUVENT BIEN AVANT LE MEURTRE
Nous devons également comprendre que le féminicide n'apparaît pas toujours sans signes précurseurs.
Il peut être précédé par :
les humiliations répétées ; les insultes ; les menaces ; la jalousie maladive ; l'isolement ; le contrôle financier ; la surveillance permanente ; les violences sexuelles ; les coups ; les menaces de mort.
C'est pourquoi nous devons apprendre à prendre les signaux d'alerte au sérieux.
Lorsqu'une femme dit :
« J'ai peur de mon mari. »
Nous ne devons pas lui répondre :
« Supporte encore un peu. »
Nous devons lui répondre :
« Ta vie a de la valeur. Nous allons chercher comment te protéger. »
PIKOUA'H NÉFECH : SAUVER UNE VIE
Le judaïsme possède un principe fondamental :
פיקוח נפש — Pikuah Néfech, la sauvegarde de la vie humaine.
La vie doit être protégée.
Lorsqu'une personne est en danger réel, la priorité absolue est de la mettre en sécurité.
C'est pourquoi aucune femme confrontée à une violence grave ne doit être poussée à rester dans une situation où sa vie est menacée au nom des apparences, de la réputation familiale ou d'une conception déformée de la soumission.
Aucun mariage ne vaut une vie humaine.
La réconciliation est une belle chose lorsqu'elle est possible et sûre.
Mais la sécurité de la victime doit toujours être prioritaire.
AUX FAMILLES : NE COUVREZ PAS LA VIOLENCE
Je m'adresse aussi aux familles.
Lorsqu'un fils devient violent envers son épouse, ne cherchez pas à protéger uniquement votre fils.
Protégez aussi la victime — et, en réalité, protégez votre fils contre lui-même.
Un homme violent que sa famille arrête à temps peut encore être rééduqué, responsabilisé et sauvé de conséquences irréparables.
Mais lorsqu'une famille sait qu'un homme représente un danger et choisit de se taire, elle contribue à maintenir le danger.
L'honneur d'une famille ne consiste pas à cacher le crime.
L'honneur consiste à empêcher le crime.
AUX RESPONSABLES RELIGIEUX ET TRADITIONNELS
Nous avons, nous aussi, une responsabilité immense.
Rabbins, prêtres, pasteurs, imams, chefs traditionnels, responsables communautaires et éducateurs :
nous devons devenir des acteurs de la prévention.
Lorsqu'une femme vient chercher de l'aide, nous devons savoir l'écouter.
Lorsqu'un homme reconnaît qu'il ne maîtrise plus sa colère, nous devons l'orienter vers une aide appropriée.
Lorsqu'une vie est en danger, nous devons savoir agir.
La spiritualité ne doit jamais servir à maintenir une victime dans une situation de danger.
La foi véritable protège la vie.
LE CAMEROUN DOIT CHOISIR LA VIE
La Torah nous donne une parole extraordinaire :
« J'ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie. »
(Devarim — Deutéronome 30,19)
Aujourd'hui, cette parole doit résonner dans toutes nos familles.
Choisir la vie, c'est protéger une femme menacée.
Choisir la vie, c'est écouter une victime.
Choisir la vie, c'est prendre une menace au sérieux.
Choisir la vie, c'est enseigner à nos garçons que frapper une femme n'est jamais une preuve de virilité.
Choisir la vie, c'est refuser le silence.
Choisir la vie, c'est lutter contre l'impunité.
Choisir la vie, c'est faire de nos maisons des lieux de paix et non des lieux de terreur.
MON APPEL
En tant que Grand Rabbin d'Afrique Centrale, j'appelle solennellement :
Les hommes à renoncer à toute forme de violence et à apprendre la maîtrise de soi.
Les familles à ne jamais couvrir un agresseur au nom de la réputation ou de la solidarité familiale.
Les communautés religieuses et traditionnelles à écouter, prévenir, accompagner et protéger.
Les autorités publiques à renforcer les mécanismes de prévention, de protection et de justice.
La société civile à continuer de briser le silence.
Et j'adresse aux femmes victimes de violence un message simple :
**VOTRE VIE A DE LA VALEUR.
VOTRE DIGNITÉ A DE LA VALEUR.
VOUS AVEZ LE DROIT D'ÊTRE PROTÉGÉES.**
Aucune religion, aucune tradition et aucune conception de l'autorité masculine ne peut transformer la violence en vertu.
Le Dieu d'Israël est le Dieu de la vie.
Et la Torah nous ordonne :
« TU CHOISIRAS LA VIE. »
Que le Saint Béni soit-Il protège les femmes du Cameroun et de toute l'Afrique Centrale, console les familles endeuillées, donne courage aux victimes et transforme nos maisons en véritables Batei Shalom — maisons de paix.
בְּחַיִּים — Be'haïm.
À la vie.
Grand Rabbin Haïm Israël Mpodol
Grand Rabbin d'Afrique Centrale
FEMICIDE IN CAMEROON:
THE TORAH'S RESPONSE TO VIOLENCE AND THE DEVALUATION OF LIFE
A Statement by the Chief Rabbi of Central Africa
Shalom to all,
Our country, Cameroon, is currently facing a situation that must deeply concern every conscience.
For several months, and with alarming acceleration in recent weeks, violence against women and femicide have become an increasingly serious national concern. Women are being assaulted, beaten, humiliated, threatened and, in the most tragic cases, murdered by husbands, partners or relatives. Cameroonian authorities themselves have acknowledged the resurgence of this phenomenon and have launched initiatives aimed at raising awareness and combating such violence.
In the face of this reality, silence is no longer an option.
As Chief Rabbi of Central Africa, I wish to recall, with the utmost seriousness, what the Torah teaches about human life, violence, the dignity of women and our collective responsibility.
“YOU SHALL NOT MURDER”
The Torah declares:
“You shall not murder.”
(Exodus 20:13)
This divine command makes no distinction based on gender, social status or the relationship between the victim and the perpetrator.
Human life is sacred.
The Torah teaches that every human being was created:
בְּצֶלֶם אֱלֹהִים — Betzelem Elohim, “in the image of God.”
When a man murders a woman, he does not merely destroy a human life.
He attacks a creature who bears within herself the image of the Creator.
Femicide is therefore not merely a “domestic tragedy.”
It is a human, moral and spiritual tragedy.
A WOMAN IS NOT A MAN'S PROPERTY
We must also confront a profoundly dangerous mentality:
“She is my wife; therefore she belongs to me.”
No.
The Torah does not give any man ownership over a woman.
Marriage is a covenant, a responsibility and a mutual commitment. It must be a place of dignity, protection and peace.
A husband has no right to beat his wife.
He has no right to terrorize her.
He has no right to humiliate her.
He has no right to imprison her.
And he certainly has no right to take her life.
True love does not possess; it protects.
True authority does not humiliate; it elevates.
True strength does not destroy; it preserves.
VIOLENCE IS NOT MASCULINITY
I wish to speak particularly to men.
A man who beats a woman is not a strong man.
A man who threatens his wife is not a strong man.
A man who kills because he is jealous, humiliated or angry is not a strong man.
He is a slave to his own anger.
Our Sages teach in Pirkei Avot:
“Who is strong? One who conquers his inclination.”
True masculine greatness lies in self-mastery.
Knowing how to control oneself is greater than knowing how to dominate another.
We must therefore teach our boys a different understanding of strength: the strength to protect, to communicate, to forgive, to seek help and, when necessary, to walk away rather than destroy.
“DO NOT STAND IDLY BY THE BLOOD OF YOUR NEIGHBOR”
The Torah also says:
“You shall not stand idly by the blood of your neighbor.”
(Leviticus 19:16)
These words are particularly relevant today.
When a woman is repeatedly beaten and those around her know it...
When a woman receives death threats...
When a family knows that a man is violent but chooses to preserve appearances...
When a neighbor hears cries and chooses to do nothing...
We must ask ourselves:
Are we truly protecting our fellow human being?
Domestic violence must no longer be treated as merely a “private family matter.”
When a life is in danger, the entire community is concerned.
FEMICIDE OFTEN BEGINS LONG BEFORE THE MURDER
We must also understand that femicide does not always appear without warning signs.
It may be preceded by:
repeated humiliation; insults; threats; pathological jealousy; isolation; financial control; constant surveillance; sexual violence; physical assault; threats to kill.
This is why we must learn to take warning signs seriously.
When a woman says:
“I am afraid of my husband.”
We must not tell her:
“Endure a little longer.”
We must tell her:
“Your life has value. We will seek ways to protect you.”
PIKUACH NEFESH: SAVING A LIFE
Judaism has a fundamental principle:
פיקוח נפש — Pikuach Nefesh, the preservation of human life.
Life must be protected.
When a person is in genuine danger, the absolute priority is to bring that person to safety.
Therefore, no woman facing serious violence should be pressured to remain in a dangerous situation merely for the sake of appearances, family reputation or a distorted understanding of submission.
No marriage is worth a human life.
Reconciliation is a beautiful thing when it is possible and safe.
But the safety of the victim must always come first.
TO FAMILIES: DO NOT COVER UP VIOLENCE
I also address families.
When a son becomes violent toward his wife, do not seek merely to protect your son.
Protect the victim as well — and, in reality, protect your son from himself.
A violent man whom his family stops in time may still be held accountable, guided toward change and prevented from causing irreversible harm.
But when a family knows that a man represents a danger and chooses silence, it helps preserve that danger.
A family's honor does not consist in hiding crime.
Honor consists in preventing crime.
TO RELIGIOUS AND TRADITIONAL LEADERS
We too have an immense responsibility.
Rabbis, priests, pastors, imams, traditional leaders, community leaders and educators:
we must become agents of prevention.
When a woman comes seeking help, we must know how to listen.
When a man acknowledges that he can no longer control his anger, we must know how to direct him toward appropriate help.
When a life is in danger, we must know how to act.
Spirituality must never be used to keep a victim in a dangerous situation.
True faith protects life.
CAMEROON MUST CHOOSE LIFE
The Torah gives us a remarkable command:
“I have set before you life and death, blessing and curse. Therefore choose life.”
(Deuteronomy 30:19)
Today, these words must resonate in every family.
Choosing life means protecting a threatened woman.
Choosing life means listening to a victim.
Choosing life means taking a threat seriously.
Choosing life means teaching our boys that hitting a woman is never proof of manhood.
Choosing life means rejecting silence.
Choosing life means fighting impunity.
Choosing life means making our homes places of peace rather than places of terror.
MY APPEAL
As Chief Rabbi of Central Africa, I solemnly call upon:
Men to reject every form of violence and learn self-control.
Families never to protect an aggressor in the name of reputation or family solidarity.
Religious and traditional communities to listen, prevent, accompany and protect.
Public authorities to strengthen prevention, protection and justice mechanisms.
Civil society to continue breaking the silence.
And to women who are victims of violence, I wish to deliver one simple message:
**YOUR LIFE HAS VALUE.
YOUR DIGNITY HAS VALUE.
YOU HAVE THE RIGHT TO BE PROTECTED.**
No religion, no tradition and no conception of male authority can transform violence into virtue.
The God of Israel is the God of life.
And the Torah commands us:
“THEREFORE CHOOSE LIFE.”
May the Holy One, blessed be He, protect the women of Cameroon and all of Central Africa, comfort bereaved families, give courage to victims and transform our homes into true Batei Shalom — houses of peace.
בְּחַיִּים — Bechaïm.
To life.
Chief Rabbi Haïm Israël Mpodol
Chief Rabbi of Central Chief Rabbi of Africa - Pinhas Eliyahou Shaday