14/02/2026
UN BERGER DU RENOUVEAU CHARISMATIQUE EST-IL HABILITÉ À ENTENDRE LES CONFESSIONS PENDANT L'ÉCOUTE?
Depuis de nombreuses années, le rôle de « Berger » au sein du Renouveau Charismatique soulève de multiples interrogations. Certains s’interrogent sur l’origine même de cette appellation, tandis que d’autres, plus radicaux, y voient un courant s’écartant de l’identité catholique et suggèrent purement et simplement sa suppression. Il y a enfin ceux qui préconisent un encadrement beaucoup plus strict de leurs activités.
Ces divers courants d’opinion ont poussé de nombreux fidèles à porter un regard critique sur ce groupe. Toutefois, l’Église, dans sa sagesse, privilégie toujours le discernement et la réflexion profonde sous l’inspiration de l’Esprit Saint, plutôt que de céder à l’émotion ou aux opinions populaires. C’est dans cet esprit que je partage une réflexion objective, en m’appuyant sur les documents et les enseignements de l’Église, au sujet d’une question précise : la confusion possible entre l’exercice de l’écoute par un berger et le sacrement de la confession. Lisez attentivement.
1. Au sein de l’Église Catholique, il existe une multitude de demeures et de spiritualités. Le Renouveau Charismatique est sans doute l’un des plus anciens et des plus dynamiques « colocataires ». Entre louanges enflammées, intercessions profondes et enseignements, leur apostolat est riche. Certes, certains fidèles, plus habitués au silence feutré des vieilles pierres, peuvent se sentir un peu décontenancés par ce style de prière « musclé ». Mais rappelons que ce groupe est officiellement reconnu. Pour éviter que le zèle ne devienne un feu de brousse incontrôlé, l’Église, dans sa sagesse maternelle, nomme toujours un aumônier pour accompagner ces groupes. Comme le dit saint Paul : « Que tout se fasse avec décence et bon ordre » (1 Co 14, 40).
2. Dans l'Église Catholique Romaine, nous suivons un ordre hiérarchique précis : Monsieur l’Abbé pour le prêtre diocésain, Mon Père pour les religieux, Monseigneur pour l'Évêque, Éminence pour le Cardinal et Sa Sainteté pour le Pape. Et puis, il y a depuis quelques années ce titre de « Berger » qui a surgi de nulle part et qui se voit distribué avec une générosité surprenante par certains membres du Renouveau. Soyons clairs : le titre de « Berger » n’est pas un titre ecclésiastique officiel. Les critères pour le devenir sont parfois plus flous qu'une photo prise en plein brouillard. Tandis que certains reçoivent ce nom comme une sorte de distinction honorifique, il y en a d'autres chez qui ce titre déclenche une telle poussée d'onction qu'ils n'en ont plus les pieds sur terre. Porter une peau de mouton ne fait pas de vous un berger ordonné ! Un Berger du Renouveau reste un fidèle laïc. Il n’a pas reçu le sacrement de l’Ordre et ne possède aucune « faculté » sacramentelle.
3. Il faut ici être aussi tranchant qu'un verset de l'Épître aux Hébreux. Le Berger, si doué soit-il, ne peut pas exercer les fonctions réservées au sacerdoce ministériel. Pas de messe. Pas de bénédiction de sacramentaux (eau, sel, huile) etc. Et surtout, absolument PAS de confession. Le Code de Droit Canonique est formel : « Seul le prêtre est le ministre du sacrement de la pénitence » (Canon 965). Si votre berger commence à vous demander de lister vos péchés pour vous donner une « absolution », fuyez ! C'est un peu comme si votre boulanger essayait de vous opérer de l'appendicite avec un couteau à pain : c'est plein de bonne volonté, mais c'est illégal et dangereux.
4. Beaucoup de bergers ont un charisme magnifique, certains sont bons pour l’apostolat. Mais traçons une ligne rouge (plus épaisse que celle d'un terrain de foot) entre l'écoute et le confessionnal. La confession est un sacrement où le prêtre agit in persona Christi. Le prêtre est lié par le secret sacramentel absolu (Canon 983). S’il vient à violer ce secret, de manière directe ou indirecte, il encourt automatiquement la peine de l’excommunication. Or, l’écoute avec un Berger est une démarche humaine et fraternelle. Le berger n'est pas lié par le secret canonique. S'il décide de déballer vos secrets au maquis après trois bières, aucun tribunal ecclésiastique ne pourra le suspendre. C'est précisément là que les choses deviennent délicates.
5. De plus, lors de la formation des prêtres, notamment en psychologie et en « pastoral counselling », on leur apprend très tôt l'art délicat de savoir « passer la main ». Vous seriez surpris de constater qu'après de longues années d'études, un prêtre reste assez humble pour reconnaître les limites de sa compétence. Si vous lui apportez un cas qui demande une expertise spécifique, il vous orientera vers un spécialiste. Tout ne nécessite pas forcément une interprétation spirituelle ! Le prêtre refuse de vous envoyer dans le décor en s'aventurant hors de son champ d'expertise. Combien de bergers savent exactement quand référer un cas à un prêtre, ou quand solliciter l'aide d'un expert ? Ils sont quelques-uns à avoir conscience de cette limite, sans doute, mais certainement pas tous.
6. Méfiez-vous des « bergers à domicile » qui ne mettent jamais les pieds à la messe, mais transforment leur salon ou leur cour en sanctuaire ou en lieu de pèlerinage. La plupart agissent sans que le curé ne soit au courant. Certains s'imaginent même que leur prêtre est simplement « jaloux » de leur onction. C'est la blague du siècle ! Si un prêtre est strict, c'est par prudence pastorale, pour éviter que les fidèles ne soient égarés. Aujourd'hui, nous voyons des dérives chaotiques : parmi ces bergers, il y en a qui vendent du sel ou de l'huile à prix d'or. Rappelons le Canon 1168 : les sacramentaux sont réservés aux ministres ordonnés. Un laïc qui « fabrique » de l'eau bénite dans sa cuisine fait plus de la cuisine que de la liturgie. Si l'Église est trop petite pour votre « onction », c'est que votre ego est devenu trop grand.
7. Ce message n'est pas une attaque contre les bergers humbles qui collaborent avec leurs curés et aumôniers. À l'opposé de ceux-là, il y a les « Monsieur je-sais-tout ». Ils sont tellement remplis d'onction qu'ils captent un satellite privé et ne reçoivent plus le signal de l'humilité. Si un Berger vous propose la confession, signalez-le. Soyons honnêtes : si ce marché de l'eau et du sel prospère, c'est parce qu'il y a des clients. Pourquoi payer un Berger alors que votre prêtre bénit tout gratuitement ?
Conclusion
8. La beauté de notre Église réside dans son unité et son ordre. L’obéissance vaut mieux que les sacrifices. Si vous êtes Berger, servez Dieu avec vos dons, mais restez sous la conduite de l'Église. Peu importe vos visions, vous ne serez jamais plus grand que le Saint-Esprit qui agit à travers l'Institution qu'Il a fondée. « Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14, 33). Le fait d’être berger ne donne pas le pouvoir de transformer une simple écoute en confession. L’écoute n’est pas un sacrement ; si, au cours de l’échange, vous percevez un besoin de réconciliation sacramentelle, il convient de diriger la personne vers un prêtre. Pour rester catholique, il faut accepter d'être guidé. Même le plus beau des moutons a besoin d'un vrai pasteur pour ne pas finir tondu par ses propres illusions.
Que le Seigneur accorde aux bergers la grâce de l'humilité et le discernement pour bien accompagner les fidèles sur le droit chemin en communion avec les autorités de l'Église.
Fada Toby