23/08/2026
L’EXCISION EN ISLAM : ENTRE RELIGION, PRATIQUE ET RESPONSABILITÉ
Assalâmou ‘alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou.
Aujourd’hui, nous attendons des murmures venant du Mali autour d’une thématique extrêmement sensible, un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et qui divise les opinions : l’excision de la femme musulmane.
Un thème dont certains imams parlent aujourd’hui sur le minbar, et qui suscite deux grandes tendances : d’un côté, ceux qui sont pour l’interdiction de cette pratique, bien qu’ils soient musulmans ; de l’autre, ceux qui défendent l’excision avec toute leur énergie.
MON ANALYSE
Ici, je ne vais pas chercher à trancher la question de savoir si l’excision est permise ou non en Islam, si elle est obligatoire ou si elle constitue une dignité pour la femme.
Ce que j’aimerais mettre en évidence est plutôt une orientation et un conseil aux deux groupes : ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.
À CEUX QUI SONT POUR
Nous constatons que ceux qui défendent majoritairement cette pratique sont des hommes. Et cela me fait de la peine de voir un sujet qui concerne directement les femmes musulmanes être principalement porté par des hommes, alors que très peu de femmes musulmanes dont la voix porte au Mali prennent la parole pour éclairer leurs sœurs.
Cela m’amène à poser deux questions :
Est-ce de l’hypocrisie ? Est-ce un manque de connaissance de la manière dont cette pratique aurait été recommandée dans les sources religieuses ?
Deuxième question : puisque ce sujet se situe à la croisée de la religion et de la médecine, pourquoi les médecins et les professionnels de santé musulmans ne sont-ils pas davantage associés au débat ? N’ont-ils pas étudié cette question ? Est-ce un manque d’information ? Est-ce de l’ignorance ? Ou y a-t-il simplement un manque de dialogue entre les religieux et les professionnels de santé ?
Ces questions restent posées.
Et tant qu’elles ne trouveront pas de réponses sérieuses, fondées sur les textes religieux, les avis des savants compétents et les données médicales fiables, ceux qui sont contre cette pratique continueront à avoir des arguments qui méritent d’être entendus.
Mais attention : avoir un argument n’est pas nécessairement détenir toute la vérité. La vérité, en matière de religion, appartient à Allah et à Son Messager ﷺ.
Dans un monde où l’argumentation est devenue l’une des armes les plus tranchantes, où la connaissance religieuse est parfois dégradée et où certains fondements de la religion sont discutés sans formation suffisante, il nous appartient, en tant que musulmans, de nous former avant de défendre une position.
Car lorsque nous disons qu’une pratique est permise en Islam, nous devons être capables de préciser sur quelles preuves nous nous appuyons, quelles sont ses conditions et quelles limites la religion lui impose.
Alors je pose une autre question :
Combien de femmes bénéficient réellement d’une pratique conforme à ce que les sources religieuses permettent ou recommandent selon les avis des savants, et combien subissent simplement une pratique traditionnelle dont les modalités n’ont rien à voir avec les prescriptions religieuses ?
C’est pourquoi j’appelle les imams et les responsables religieux à faire du minbar un espace de formation, de clarification et de dialogue responsable.
Organisons des panels. Organisons des cours de formation. Invitons les spécialistes de la religion et de la médecine. Parlons des textes, des différentes opinions juridiques, des avantages invoqués, des risques, des conséquences d’une mauvaise pratique et surtout de la protection de la dignité et de l’intégrité de la femme.
Que ceux qui défendent cette pratique soient capables de démontrer précisément ce qu’ils défendent. Et que ceux qui la contestent soient également capables de présenter leurs arguments avec rigueur et respect.
À CEUX QUI SONT CONTRE
À ceux qui sont contre, je dis : votre position peut être compréhensible, surtout lorsque vous avez été témoins de pratiques douloureuses, dangereuses ou traumatisantes.
Votre expérience peut expliquer votre conviction. Mais l’expérience personnelle n’est pas, à elle seule, une preuve religieuse. Il est possible que certaines pratiques que vous avez connues aient été réalisées d’une manière qui ne correspond ni aux exigences religieuses invoquées par leurs défenseurs ni aux règles médicales de sécurité.
Et lorsqu’une pratique entraîne des dommages, des complications ou une atteinte à l’intégrité physique de la femme, il est légitime et nécessaire d’en parler avec sérieux. Mais là encore, ne confondons pas la pratique de certaines personnes avec le jugement global de l’Islam.
S’il n’existe pas de formation sérieuse, si les personnes qui pratiquent ne maîtrisent ni les exigences religieuses ni les connaissances médicales, alors la prudence s’impose. On ne peut pas encourager une pratique dont les conditions, les modalités et les conséquences ne sont pas maîtrisées.
EN CONCLUSION
Mon message n’est pas un appel à la polémique. C’est un appel à la connaissance, à la responsabilité et au dialogue. Ne transformons pas une question religieuse en combat entre musulmans. Ne transformons pas une question médicale en débat émotionnel. Et surtout, ne parlons pas au nom d’Allah sans science.
À ceux qui sont pour : apportez vos preuves, expliquez votre position et écoutez les médecins. À ceux qui sont contre : présentez vos arguments, exposez les risques et écoutez également les spécialistes de la religion. Car entre le « permis » et l’« interdit », il y a une responsabilité immense : celle de ne pas attribuer à Allah ce que nous ne savons pas.
Ceci n’est que mon analyse et mon opinion. Je ne prétends pas être un savant, et tout avis contradictoire, lorsqu’il est exprimé avec respect et argumentation, est le bienvenu. Pas d’injures. Pas d’attaques personnelles. Pas de polémique stérile.
Que notre débat soit fondé sur la science, la sagesse, le respect et la crainte d’Allah.
Wallâhou a‘lam.
Imam Bamba Adam Albambawy