08/04/2026
La conférence présentée par le père Néhémie lors du pèlerinage à Saint Élie de Caxton:
1. La Portioncule : berceau franciscain et sanctuaire marial
Au pied d’Assise s’élève la basilique de Sainte Marie des Anges, construite au XVIᵉ siècle. En son cœur se trouve un petit sanctuaire bénédictin du IXᵉ siècle : la Portioncule, humble chapelle qui fut le lieu fondateur de l’aventure franciscaine. Son titre originel était Notre Dame de la Vallée de Josaphat, en mémoire des pèlerins qui, revenant de Terre Sainte, auraient rapporté une poignée de terre du tombeau de la Vierge à Jérusalem.
Selon la tradition, c’est saint François d’Assise lui même qui donna à la chapelle le nom de Sainte Marie des Anges, car l’on entendait souvent, dit on, des voix angéliques autour de ce lieu. Au début du XIIIᵉ siècle, la chapelle était en ruine. François la rebâtit durant l’hiver 1207 1208 et y demeura. C’est là, en 1208 ou 1209, qu’il entendit l’Évangile qui allait orienter toute sa vie :
« Allez et proclamez : le Royaume des cieux est tout proche… Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » (Mt 10, 6 10)
Touché au cœur, François revêtit l’habit, se ceignit d’une corde et commença à prêcher. Ses premiers compagnons — Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, puis Gilles — le rejoignirent à la Portioncule. Lorsque douze frères furent réunis, ils se nommèrent Frères Mineurs, décidés à vivre dans la pénitence, la simplicité et l’annonce de l’Évangile.
En 1211, les bénédictins du mont Subasio cédèrent la chapelle à François et à ses frères. La Portioncule devint alors la maison mère de l’Ordre franciscain. C’est aussi là que sainte Claire reçut l’habit le dimanche des Rameaux 1212, inaugurant l’Ordre des Pauvres Dames, les Clarisses. François termina sa vie à Sainte Marie des Anges en 1226.
En 1909, saint Pie X éleva l’église au rang de basilique patriarcale et papale.
2. L’amour de saint François pour la Vierge Marie
Pour comprendre la Portioncule, il faut comprendre le cœur marial de saint François. François aimait la Vierge d’un amour tendre, filial, profond. Il la nommait :
« La Dame pauvre, la Reine devenue servante, la Mère du très saint Enfant. »
Pour lui, Marie était :
• le modèle parfait de la pauvreté, car elle n’a rien retenu pour elle ;
• la Mère de la Miséricorde, car elle offre le Christ au monde ;
• la protectrice des frères, car elle veille sur ceux qui veulent suivre son Fils dans la simplicité.
La Portioncule était pour François le sanctuaire marial par excellence. Il disait que Marie avait choisi ce lieu pour répandre des grâces particulières. Il y priait longuement, souvent en larmes, et confiait à la Vierge ses frères, ses projets, ses fatigues, ses joies.
C’est à la Portioncule que François reçut la grâce de l’indulgence du Pardon, confirmée par le pape Honorius III en 1216 : une grâce de réconciliation, de paix intérieure, de retour à Dieu. François voulait que ce don soit accessible à tous, pauvres comme riches, pèlerins comme habitants du lieu.
Ainsi, la Portioncule est devenue le cœur marial de la famille franciscaine, un lieu où Marie accueille, console, relève et envoie.
3. Marie, Reine des Anges
Marie est Reine des Anges parce que les Évangiles eux mêmes montrent les anges à son service : l’Annonciation, la Nativité, la fuite en Égypte, le retour à Nazareth. Sous ce vocable, plusieurs ordres féminins ont vu le jour, et en 1864 fut fondée en France l’Archiconfrérie de Sainte Marie des Anges. L’invocation « Reine des Anges, priez pour nous » est désormais intégrée à la Litanie de Lorette.
4. Le bienheureux Père Frédéric Janssoone : un franciscain du Canada, amoureux de Marie
Pour un auditoire canadien, il est impossible de parler de la Portioncule sans évoquer le bienheureux Père Frédéric Janssoone, franciscain français devenu l’un des grands artisans de la vie spirituelle au Canada.
Père Frédéric avait un amour immense pour la Vierge Marie. Son cœur franciscain vibrait à l’unisson de celui de saint François : même simplicité, même tendresse, même confiance absolue en la Mère du Sauveur.
5. Son amour pour Notre Dame du Cap (Cap de la Madeleine)
Arrivé au Canada, il découvre le sanctuaire de Notre Dame du Cap, et ce lieu devient pour lui ce que la Portioncule fut pour François : un foyer de grâce, un refuge, une mission.
Il y prêche, il y accueille les pèlerins, il y encourage la prière du chapelet, il y incite la dévotion mariale avec une ardeur extraordinaire. Il est l’un des principaux artisans du renouveau du sanctuaire et de la diffusion du culte de la Vierge du Cap.
Père Frédéric disait que Marie du Cap était :
• la Mère qui rassemble les peuples du Canada,
• la Reine qui veille sur les familles,
• la Consolatrice des affligés,
• la Missionnaire qui conduit à Jésus.
Il voyait dans le sanctuaire du Cap une Portioncule canadienne : un lieu humble, simple, mais brûlant de la présence de Marie et de la grâce de Dieu.
Conclusion pour la conférence
La Portioncule, saint François, la Vierge Marie, le bienheureux Père Frédéric… Tous nous montrent que la vie franciscaine est profondément mariale.
Marie est :
• la Mère qui accueille,
• la Reine qui protège,
• la Servante qui montre le chemin,
• la Missionnaire qui conduit au Christ.
La Portioncule est le berceau de cette spiritualité. Notre Dame du Cap en est l’écho canadien.
Et nous, aujourd’hui, sommes invités à entrer dans cette grande famille mariale, à nous laisser aimer, relever, guider par celle que François appelait simplement :
« La Mère du petit Enfant de Bethléem. »