06/14/2026
Léon XIV : « S’il existe un droit à chercher refuge, il existe aussi un droit à ne pas devoir migrer »
Aux Canaries, face à l’une des principales portes d’entrée de l’immigration clandestine vers l’Europe, le Pape Léon XIV a rappelé que la réponse au drame migratoire ne peut se limiter à l’accueil. Le Pape a insisté sur la responsabilité des pays d’origine, appelés à offrir à leurs populations des conditions de vie dignes afin qu’elles ne soient pas contraintes de fuir leur terre.
Au port d’Arguineguín, dans l’archipel des Canaries, face aux migrants, aux bénévoles, aux responsables ecclésiaux et aux autorités civiles, le pape a développé une réflexion qui dépasse les slogans habituels et qui replace la question migratoire dans toute sa complexité humaine, morale et politique. Dès les premières lignes, le Saint-Père a rappelé une vérité fondamentale souvent oubliée : les migrants ne sont ni des statistiques ni des catégories administratives. « Vous n’êtes ni des numéros ni des dossiers ! », a-t-il lancé. Derrière chaque embarcation qui accoste se trouvent des hommes, des femmes et des enfants porteurs d’une histoire, d’une famille et d’une dignité que rien ne peut effacer.
Mais le Pape ne s’est pas arrêté à l’émotion ou à l’appel à la compassion. Son analyse s’est révélée plus exigeante lorsqu’il a dénoncé les causes profondes des migrations forcées. Évoquant le témoignage d’une victime de la traite humaine, il a rappelé que beaucoup ne quittent pas leur pays par choix mais parce que « la pauvreté, la guerre, la menace ou l’exploitation » leur ont fermé toute autre perspective. C’est dans ce contexte qu’il a prononcé la phrase qui restera sans doute comme le cœur de son intervention :
« S’il existe un droit à chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi un droit à ne pas devoir migrer. »
Cette affirmation mérite une attention particulière. Depuis plusieurs décennies, le débat public européen se concentre essentiellement sur l’accueil ou le contrôle des frontières. Léon XIV déplace le regard vers une question plus fondamentale : pourquoi tant de personnes sont-elles contraintes d’abandonner leur terre, leur culture et leurs proches pour survivre ?
Le Pape énumère alors ce que devrait garantir toute nation digne de ce nom : la possibilité de vivre « sans faim, sans guerre, sans persécution, sans violence », sans corruption et sans destruction de l’avenir des enfants. En d’autres termes, l’émigration massive apparaît moins comme une solution que comme le symptôme d’un échec politique, économique et moral. Le discours contient également une dénonciation vigoureuse des réseaux criminels qui prospèrent sur le désespoir humain. Léon XIV évoque les « mafias qui trafiquent dans la détresse » et les passeurs qui exploitent femmes et enfants. Il met aussi en garde les migrants eux-mêmes contre les « chants de sirène » de ceux qui promettent un avenir facile tout en les conduisant vers l’exploitation ou la mort.
Sur le plan théologique, l’image biblique de la mer occupe une place centrale. Le pape y voit le symbole du chaos et des forces destructrices qui menacent l’homme. Mais il rappelle que le Christ domine les flots et ordonne à la tempête de se calmer. Cette référence permet au Saint-Père d’affirmer que l’Église ne peut rester silencieuse face à la souffrance humaine, tout en refusant de réduire sa mission à une simple gestion humanitaire. En conclusion, le pape adresse un avertissement aux responsables politiques comme aux sociétés occidentales : « Chaque bateau qui arrive ne transporte pas seulement des migrants ; il apporte avec lui une question : quel monde avons-nous construit ? » Une interrogation qui dépasse largement les côtes des Canaries et qui renvoie chacun à sa responsabilité devant la dignité de la personne humaine.