Eglise Anglicane de la Nativite

Eglise Anglicane de la Nativite Communauté Chrétienne dont la mission est de propager la Bonne Nouvelle de l'Amour de Dieu en Jésus-Christ et promouvoir la dignité humaine.

Eglise Anglicane La Nativité

06/16/2024

Homélie du 4ème Dimanche après la Pentecôte - Année B (16 juin 2024)
La croissance discrète du Royaume de Dieu
1 Samuel 15 :34—16 :13; 2 Corinthiens 5 :6-10, 14-17; Marc 4 : 26-3
Par le Rév Dr Victor-David Mbuyi Bipungu

L’extrait de l’Évangile d’aujourd’hui est tiré du chapitre 4 reprenant la section de l’Évangile selon Marc sur les paraboles du Royaume de Dieu. Parmi ces paraboles il y a spécialement la parabole du semeur (Marc 4 :3-9), puis la parabole de la semence qui pousse d’elle-même (Marc 4 :26-29) et la parabole de la graine de moutarde (Marc 4 :30-32). Notre méditation porte sur les deux dernières paraboles.

En effet, l’établissement du Royaume de Dieu est le thème central dans l’Évangile de Marc. Cela est clair dès le début de la prédication de Jésus dans cet Évangile. Ses premiers mots parlent du Royaume : ‘‘ Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’’ (Marc 1 :15). Mais que signifie donc le Royaume de Dieu? En quoi consiste-t-il?

Le Royaume de Dieu peut être décrit comme une société où Dieu règne, un lieu où la mort est vaincue, un lieu où les maladies sont guéries, un lieu où les mauvais esprits sont vaincus, un lieu où les gens trouvent un foyer et un abri dans les moments difficiles. C’est ce que Jésus a démontré aussi bien par ses enseignements que par ses actes ou ses miracles. Ce Royaume a ses caractéristiques et il est fondé sur certaines valeurs parmi lesquelles la foi, la simplicité d'un enfant, l’attention à ceux qui souffrent, l’honnêteté, l’humilité et surtout l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Mais dans le contexte difficile où se trouvaient les premiers chrétiens, contexte de persécution et de rejet par le système établi, il devenait impensable que ce Royaume annoncé par Jésus puisse s’établir. Les paraboles du Royaume étaient donc porteuses d’un message de réconfort et une invitation aux disciples à ne pas perdre espoir car les promesses de Dieu finissent toujours par se réaliser malgré l’apparence d’échec.

La première parabole, celle de la semence qui pousse toute seule, raconte l'histoire d'un agriculteur qui plante des graines et ne peut rien faire contre leur croissance jusqu'au moment de la récolte. Cette histoire montre qu'une fois que la graine de la parole de Dieu est semée, seul le temps montrera comment la foi d'une personne grandira et se développera. Cette parabole montre que le Royaume de Dieu continuera à croître et à se répandre jusqu'à la fin des temps. Quant à la deuxième parabole, celle de la graine de moutarde, elle illustre la croissance du royaume de quelque chose de caché et de minuscule à quelque chose de pleinement visible. La graine de moutarde présente le contraste entre la petitesse du royaume actuel et l'ampleur relative du royaume dans sa plénitude. Ce royaume se développera généreusement et abondamment à partir de la plus petite de toutes les graines jusqu'au plus grand de tous les arbustes.

Plus concrètement, le passage dans son ensemble met l'accent sur la discrétion et la petitesse des débuts tranquilles du royaume et souligne également le fait que le semeur ne fait pas advenir le royaume par la force de sa volonté. En effet, le semeur de la parabole n'arrose même pas et ne désherbe pas ! Le semeur se contente de semer, puis il dort et se lève nuit et jour, et la terre produit d'elle-même, et le plant de moutarde produit ses grandes branches. Le royaume grandit organiquement. Et inévitablement, comme le jour succède à la nuit, l'œuvre cachée et mystérieuse de Dieu dans le monde et en nous portera ses fruits.

Dieu agit pareillement dans notre vie personnelle. Dans la discrétion et à travers des conditions qui à nos yeux semblent annoncer l’échec, il réalise ses promesses et accomplit de grandes choses dans nos vies. C’est ce que l’histoire de David nous enseigne dans la première lecture d’aujourd’hui. Pour décider qui de fils de Jessé serait le roi successeur de Saül, Dieu surprend. Lors de la cérémonie tenue par le prophète Samuel, à une époque traditionnelle où l’on favorisait le premier-né de sexe masculin, il était entendu que c’est le fils aîné qui normalement recevrait l'onction pour être roi. Mais on assiste à une énorme surprise lorsque l'aîné, Eliab, est rejeté ainsi que le prochain candidat disponible, puis le suivant et encore le suivant, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus aucun. L’explication de ce rejet surprend également : "L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur" (1 Samuel 16 :7b).

C'est ainsi que le jeune David a été choisi et oint pour devenir roi. Personne ne s'attendait à ce que la préférence de Dieu aille au plus jeune. Oui, les voies de Dieu sont souvent déroutantes pour nous. Dieu défie les conventions culturelles, les normes attendues, même lorsque ces normes ont de bonnes raisons d'être. Ce que Dieu a décidé de votre vie s’accomplira en dépit de toutes les difficultés et des résistances des ennemis.

Dans ce passage de l’Évangile, Jésus enseigne que même si le Royaume de Dieu a commencé petit, avec Jésus et les disciples, il grandira et se répandra dans le monde entier pour atteindre un nombre illimité d'adeptes. Les oiseaux représentent les païens. Jésus dit que le Royaume de Dieu inclura d'autres nations et pas seulement le peuple choisi par Dieu, les Juifs. Les lecteurs païens de Marc auraient trouvé dans cette parabole un grand réconfort et une grande espérance. Il en va de même pour nous qui avons peur et sommes déçus de la décroissance de l’Église aujourd’hui. La semence de la Parole de Dieu continue de germer discrètement. Elle produira de fruits et l’Église survivra.

Puissions-nous faire confiance à Dieu dont la puissance tranquille qui agit en nous peut faire infiniment plus que ce que nous pouvons demander ou imaginer. Amen.

05/05/2024

Homélie du 6ème Dimanche de Pâques-Année B (5 mai 2024)
Je vous ai appelés mes amis
Actes 10 : 44-48; 1 Jean 5 :1-6; Jean 15 :9-17

Notre société, notre communauté chrétienne (Église) et notre famille sont des lieux où nous tissons nos relations (d'amitié, de camaraderie et même d'amour). Ils peuvent aussi être des lieux où s’expérimentent des rivalités, des disputes et des tensions de toutes sortes entre des personnes qui se disent frères et sœurs, amis et collègues. Cela peut aller jusqu'à engendrer la frustration. Et qui dit frustration dit souffrance et blessures. Plus les liens sont forts, étroits et profonds, plus un petit mot déplacé peut tout détruire. Ces lieux nous offrent leur lot de bonheur, mais aussi de souffrances qu'il nous faut surmonter. C'est pourquoi ils ne peuvent être séparés de notre expérience de foi, qui doit être comprise et construite comme une forme de relation.

La première partie du chapitre 15 de l’Évangile selon Jean que nous avons lu Dimanche dernier (Jean 15 :1-8) nous a instruits sur la relation entre Jésus et ses disciples. Jésus lui-même a comparé cette relation au lien qui unit la vigne à ses sarments : « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron (15 :1) … Je suis la vigne, vous êtes les sarments » (15 :5). Comme les sarments ne peuvent rester en vie et porter du fruit sans être rattachés à la vigne, de même nous ne pouvons vivre sans être greffés sur Jésus-Christ.

Dans la deuxième partie de ce même chapitre (15 : 9-17), qui nous est proposée aujourd’hui, Jésus rend son message beaucoup plus concret en donnant un nouveau nom à cette relation qui doit exister entre lui et ses disciples, d’une part, et entre ses disciples eux-mêmes, d’autre part : « Je ne vous appelle plus serviteurs, dit-il, car un serviteur ignore ce que fait son maître. Je vous appelle plutôt amis car je vous ai fait connaitre tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jean 15 : 15). Donc Jésus, la vraie vigne, associe ses disciples, qui sont les sarments, à la relation qui l’unit à son Père, le vigneron. Ainsi, le mot qui exprime le mieux cette relation qui part du Père à nous en passant par Jésus est « amitié ». Oui, la foi peut être comprise comme une relation d’amitié : « Je vous ai appelés mes amis », dit Jésus (Jean 15 :15).

En effet, l'amitié est clairement une chose merveilleuse, mais une chose rare aussi. Un examen plus attentif montre que bon nombre de nos relations sont fonctionnelles et nos amitiés sont souvent basées sur certaines conditions particulièrement égoïstes et orientées vers nos intérêts personnels : ‘Je serai ton ami à condition que ton statut financier ou social soit à mon goût; je serai ton ami à condition que nous soyons de la même race ou ethnie; je serai ton ami à condition que nous soutenions le même parti politique, que nous soyons membres d’une même église’ ... Nous ne disons pas tout ceci aussi clairement, mais c'est ainsi que nous pensons souvent. Dans notre monde d’aujourd’hui, ce qui souvent motive notre action, notre travail et nos relations, c’est souvent l’intérêt matériel, la soif du pouvoir ou le plaisir. La vraie amitié n'est plus facile à construire.

Dans la perception de Jésus, l’amitié s’apparente à l'amour. Les mots grecs ‘‘agapáo’’ et ‘’agapé’’ sont repris neuf fois dans l’extrait de l’Évangile d’aujourd’hui : « De même que le Père m'a AIMÉ, moi aussi je vous ai AIMÉS; demeurez dans mon AMOUR. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon AMOUR, tout comme j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son AMOUR ... C'est mon commandement, que vous vous AIMIEZ les uns les autres comme je vous ai AIMÉS. Amour, amour, amour. Une répétition comme dans une chanson. Cet amour dont parle Jésus n'est pas d’abord le phénomène romantique et bouillonnant auquel nous pensons spontanément quand nous entendons ce terme.

Mais que signifient réellement ces mots « amour » et « amitié », qui de nos jours sont usés, vidés de leur sens, galvaudés ou utilisés dans tous les sens ? Qu’est-ce que Jésus attend de nous?

Face à notre conception de l’amour et de l’amitié, Jésus nous propose une voie qui nous invite à un dépassement de nous-mêmes. C'est pourquoi, selon lui, certaines attentes sont acceptables si elles ne visent pas uniquement l'intérêt égoïste, mais permettent à chacun d’offrir le meilleur de lui-même à l’autre : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande… » (Jean 15 :14). Pour Jésus, l'amitié assimilée à l’amour exige souvent un certain sacrifice et, dans certains cas rares, même le sacrifice suprême : « Il n’y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15 :13). Avez-vous déjà eu un ami comme ça? Jésus nous en a donné la preuve non seulement à travers ses actes d’amour et de libération durant sa vie, mais aussi et surtout sur le Calvaire quand il s’est offert lui-même. C’est cela qu’il attend de nous si nous voulons être ses amis : nous aimer les uns les autres, comme il nous a aimés, c’est-à-dire jusqu’au sacrifice suprême. En d'autres termes, si nous voulons être ses amis, soyons amis de ses autres amis. Cela semble si simple, mais nous savons que ce n'est pas le cas. Donc l'amitié ou l’amour avec Jésus ne consiste pas simplement à suivre certaines règles, comme ces déclarations pourraient nous amener à le croire.

En nous disant que nous sommes ses amis, Jésus révolutionne la relation entre Dieu et l’humanité. Il nous fait mieux comprendre cette relation et la foi qui lui donne sens. Ainsi vivre notre foi en Dieu, c’est vivre une relation d’amitié profonde avec lui. Malheureusement, nous ne comprenons pas toujours que Dieu puisse être un ami parce que nous croyons que nous ne sommes pas assez bons pour mériter son amour. On nous a toujours appris à imaginer Dieu comme le Tout-Puissant, habitant loin dans son ciel. Pourtant sa parole dit : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis … » (15 :16) ou « Voici à quoi se reconnaît l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés… » (1 Jean 4 :10). Donc, ce n’est pas nous qui sommes à l’origine de notre relation de foi avec Dieu, c’est d’abord Dieu qui a désiré cette relation. D’une certaine manière, c’est d’abord Dieu qui a eu foi en nous.

En aucun cas, nous ne pouvons croire que Jésus approuvait tout du comportement de Pierre, Jacques, Jean et les autres apôtres. Quand Jésus les a appelés amis, il savait que Judas le trahirait, Pierre le renierait et certains l'abandonneraient à l'heure de sa plus grande solitude. Les disciples de Jésus étaient loin d'être parfaits. Si l'amitié pour Jésus était un jeu de profit, il aurait dû choisir les pharisiens plutôt que ses disciples. Les Pharisiens étaient pieux, ils priaient au moins trois fois par jour, ils connaissaient les Écritures. Ils travaillaient dur pour obéir à toutes les lois de Dieu. Ils jeûnaient deux fois par semaine.

Pourtant, ce n’est pas aux Pharisiens que Jésus a dit, ‘’Je vous appelle mes amis’’, mais à ces personnes imparfaites. Il leur a dit : ‘’je vous accepte comme vous êtes’’. Il nous offre donc cette même amitié, peu importe qui nous sommes. Jésus nous a choisis, des pécheurs connus, connus pour être un peu moins que parfaits, connus pour avoir toutes sortes de problèmes dans nos vies. Tout ce qui compte, c'est que nous l’acceptions, que nous acceptions son choix de faire de nous ses amis, que nous soyons amis de tous ses autres amis en les aimant comme lui-même nous a aimés.

Puisse ton amitié nous transformer, Seigneur, et enrichir nos relations. Amen.

04/21/2024

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques-Année B (21 avril 2024)
Dimanche des Vocations : Suivre Jésus le Bon Pasteur
Actes 4 :5-12; 1 Jean 3 : 16-24; Jean 10 :11-18
Par le Rév Victor-David Mbuyi Bipungu

Le quatrième dimanche de Pâques est dédié à la prière pour les vocations. L’extrait de l’Évangile du jour nous parle de la vocation de Jésus, le Bon Pasteur, afin d’inspirer notre propre vocation et expliquer notre mission à la suite de Jésus.

Que signifie une vocation? Êtes-vous conscients d’en avoir une? Comment la vivez-vous?

Même si le mot « vocation » nous fait souvent penser directement à certaines personnes qui servent dans l’Église en tant que ministres ordonnés (diacres, prêtres) ou aux membres des communautés religieuses, son sens premier élargit plutôt le groupe de personnes concernées. En fait, le sens littéral du mot « vocation » c’est « appel ». Ainsi au sens religieux, une vocation est un appel de Dieu. Par conséquent, selon la recommandation de notre Église, nous devons inclure parmi ceux pour lesquels nous devons prier aujourd'hui aussi bien les ministres ordonnés que les laïcs, c'est-à-dire tout le monde ou chaque baptisé. Ainsi comprise, la vocation n’est pas d’abord ce que nous sommes appelés à faire dans la vie, mais ce que nous sommes appelés à être. Car ce que nous faisons est l’émanation et le reflet même de ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes.

Le premier et le plus important appel que Dieu nous adresse est un appel à être. Dieu nous a d’abord appelés à la vie : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance … Alors Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; homme et femme il les créa » (Genèse 1 :26). Donc, la vocation de chaque personne est d’abord d’être à l’image de Dieu. D’où ces questions que chacun de nous devrait se poser: Qui suis-je? Pourquoi suis-je vivant? Est-ce que ce que je fais et dis est en cohérence avec mon identité d’enfant de Dieu?

En répondant à ces questions, il sera possible pour vous de découvrir votre vocation en tant que manière dont vous vivez votre être profond en accord avec l’appel à ressembler à l’image de Dieu en vous ou comme mode de vie dans lequel vous aimez et servez Dieu et les autres. Une vocation ainsi comprise peut se vivre comme un don de soi à Dieu, à la société, à l’Église, à votre mari ou à votre femme, à vos enfants, à la famille et aux amis. Concrètement, il s’agit de la façon dont vous utilisez vos dons et vos talents au service de Dieu et des autres, dans votre travail ou votre profession, dans votre engagement civique et communautaire.

Une personne a vécu sa vocation en conformité avec l’appel à être à l’image de Dieu au point qu’elle est devenue l’incarnation de Dieu lui-même. Il s’agit de Jésus de Nazareth qui, dans l'Évangile d’aujourd’hui, proclame qu'il est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis (Jean 10:11). Contrairement aux mauvais bergers que Dieu réprimande dans le livre d’Ézéchiel (Éz 34) parce qu’ils n’ont aucun souci pour les brebis qu’ils abandonnent à la merci des loups, Jésus donne sa vie pour ses brebis (Jean 10: 12-14). Les Évangiles sont pleins d’exemples qui confirment cette sollicitude de Jésus face aux personnes en situation de vulnérabilité ou de pauvreté. Dans Matthieu 9 :36 il est écrit : « En voyant les foules, il fut pris de pitié pour elles, car ces gens étaient inquiets et abattus, comme des brebis qui n’ont pas de berger ».

Nous savons tous à quel point l’image de Jésus le Bon Pasteur est chargée de signification. Cette image nous interpelle à cause de la tendresse de Jésus, de son souci pour la brebis et de sa compassion. Lorsque nous voyons cette image, nous réalisons sa signification personnelle pour nous. Nous sommes cette brebis qui est portée par Jésus sur ses épaules. Cette image nous rassure; Jésus est notre soutien dans la vie. Lorsque des épreuves, des problèmes et des désastres personnels surviennent, cette image de Jésus le Bon Berger nous rassure que nous ne sommes pas abandonnés, que Jésus nous soutient et nous relève.

Alors nous pouvons confirmer que la prophétie d'Ézéchiel s'accomplit en Jésus : « Aussi vrai que je suis vivant, déclare l’Éternel, parce que mes brebis ont été abandonnées au pillage, qu’elles sont devenues la proie de toutes les bêtes sauvages, faute de berger, et parce que mes bergers n’ont pas pris soin d’elles, mais qu’ils se sont occupés d’eux-mêmes au lieu de faire paître le troupeau, à cause de cela, Je vais moi-même venir m’occuper de mon troupeau et en prendre soin … » (Ézéchiel 34 :8-11). De la même manière, Jésus a donné sa vie pour les gens en leur enseignant la vraie manière de vivre; il soignait les malades, métaphoriquement, il les portait sur ses épaules en apportant guérison et liberté à ceux qui étaient accablés par des problèmes de tous genres. Comme il le dit lui-même : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11 :28).

À notre époque, les gens sont également livrés au pillage et sont la proie de toutes sortes de prédateurs parce qu'ils sont exploités par la culture matérialiste qui nous détourne de ce qui est essentiel dans notre vie. Nous devons nous rappeler, comme Pierre l’a rappelé à ses auditeurs dans la première lecture d’aujourd’hui, que c'est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, celui qui a été crucifié et que Dieu a ressuscité, oui, c'est par lui que nous sommes sauvés. Il n'y a de salut en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. (Actes 4:10-12). C’est parce qu’il avait si bien répondu à l’appel à être à l’image de Dieu son Père que Jésus-Christ a pu sauver le monde en devenant le Bon Berger, c’est-à-dire celui qui prend soin de.

Étant portés par le Christ, et répondant à notre tour à l’appel de Dieu notre Père à être à son image ou à être véritablement ses enfants, nous devons nous aussi et en même temps nous porter les uns les autres. Nous devons tous prendre soin les uns des autres, être des bergers les uns pour les autres et plus spécialement pour les membres les plus faibles de la communauté ou de la famille.

Aujourd'hui, prions les uns pour les autres, pour nos vocations spécifiques afin que nous soyons tous inspirés à montrer le véritable amour, qui est la puissance libératrice et guérissante de Dieu. Que Jésus le Bon Pasteur suscite parmi nous de nombreux bergers selon son cœur pour donner leur vie et porter ses brebis sur leurs épaules avec un amour tendre. Amen.

12/10/2023

Homélie du 2ème Dimanche de l’Avent-Année B (10 décembre 2023)
Il vient nous consoler : convertissons-nous
Isaïe 40 : 1-11 ; 2 Pierre 3 : 8-15 ; Marc 1 : 1-8
Par le Rév Victor-David Mbuyi Bipungu

Avez-vous constaté que notre vie a pas mal changé depuis que la pandémie de Covid 19 a frappé le monde? Avez-vous aussi développé de nouvelles habitudes et de nouveaux réflexes depuis? Vous est-il déjà arrivé de changer certaines de vos habitudes après un événement important ou une épreuve difficile? Si oui, vous conviendrez avec moi que le changement a toujours été une réponse à un appel à adapter la vie aux nouvelles réalités. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le sens de l’appel du dimanche passé (Marc 13 :33) à rester éveillé. Il est mieux expliqué en ce 2è dimanche de l’Avent à travers la voix de celui qui crie dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Mc 1 : 3). C’est donc un appel au changement ou à la conversion.

Le contexte de l’Évangile d’aujourd’hui est la période du début du ministère public de Jésus annoncé par Jean-Baptiste dont la mission était de préparer le monde à accueillir le Messie. Des gens de diverses provenances, habitants de la grande Ville de Jérusalem, de la Judée et de la région du Jourdain, venaient à sa rencontre parce qu’ils étaient intéressés par son message. Jean-Baptiste les invitait à la conversion : « préparez le chemin du Seigneur », « rendez droits ses sentiers », disait-il. Ces paroles trouvent un écho dans les gestes et la vie de Jean-Baptiste au désert. Ses vêtements (poil de chameau) et sa nourriture (sauterelles et miel sauvage) expriment avec force cet appel à la conversion comme un véritable retour à l’essentiel fait de l’adaptation de la vie à la volonté de Dieu.

En effet, dans l’histoire du peuple de l’alliance, le désert était un lieu et un temps d’une expérience aussi bien dangereuse que vitale. Géographiquement et physiquement, le désert est d’abord un lieu d’épreuve, à l’opposé de certaines visions romantiques. Dans la Bible, le désert symbolise souvent l'aridité ou la stérilité (Exode 23:29; Job 24:5; Isaïe 40:3 42:11; Jérémie 25:11) alors que la délivrance et le salut sont exprimés poétiquement par la fertilisation du désert (Ps 107:35; Isaïe 32:15; 35:1,6; 41:19; 51:3, etc.). Au désert, le peuple a fait l’expérience de la faim, de la soif et des morsures de serpent. Il n’a pu y subsister que grâce au bon vouloir de Dieu : manne, cailles, eau du rocher (Exode 16-17). Dans le Nouveau Testament, le désert représente le plus souvent la solitude des contrées inhabitées (Mt 4:1; 24:26; Luc 3:2; 5:16; 8:29; 15:4; Jean 11:54, etc.). Toutefois, Jésus aimait se retirer dans la solitude du désert pour se recueillir et pour prier (Luc 5:16; Jean 11:54). C'est dans ces régions désertiques (le désert de Juda) qu'habitait Jean-Baptiste avant de commencer son ministère (Luc 1:80, Mt 11:7).

De même, le prophète Élie (1 Rois 19) et Jésus lui-même (Mt 4 et Luc 4) ont fait l’expérience du désert comme le peuple d’Israël. Ainsi, si pour le peuple d’Israël le désert était une étape importante du voyage entre le pays de l’esclavage et le pays où coulent “le lait et le miel” ou la Terre Promise, il peut être symboliquement perçu, à la suite du prophète Élie et de Jésus, comme une étape transitoire, un "entre deux" où certains aspects de notre vie sont appelés à mourir pour laisser naître quelque chose de nouveau. Donc, symboliquement, le désert de notre vie est le lieu où se livrent toutes les batailles pour la construction de notre personnalité, lieu de l’émergence de nos aspirations profondes, de la formation de notre perception ou de notre vision du monde confrontée à nos désirs et à nos besoins. C’est là que notre “moi” peut se laisser interpeller et transformer. C’est le lieu de notre vraie conversion.

Durant le temps de l’Avent, nous sommes appelés à revisiter ce lieu pour entendre la parole que Dieu nous adresse par les prophètes. Jean-Baptiste en est un de ces prophètes. Le baptême devient alors le passage obligé vers cette conversion. Il est le rite qui atteste le changement. Son déroulement par la plongée dans les eaux du Jourdain est symboliquement riche de sens pour nous. Avant de plonger dans l’eau ou de se laisser immerger, il faut en principe se dévêtir ou se débarrasser de ses vêtements. Ils sont le signe de notre statut social et de l’image que nous voulons présenter de nous-mêmes. Ils sont aussi symbole de notre passé dont nous ne sommes pas toujours fiers. Il faut donc nous en débarrasser pour nous permettre de nous voir tels que Dieu nous voit et nous laisser recevoir d’une manière nouvelle dans la nudité et la vérité de notre être profond.

C’est une invitation à changer nos vies, ce qui est définitivement la chose la plus difficile au monde. Mais la réalisation de cette conversion profonde nous permettra de mieux comprendre et accueillir l’annonce faite par les deux prophètes, Isaïe et Jean-Baptiste, qui nous parlent aujourd’hui chacun à leur manière. Il s’agit de l’annonce d’un Royaume d’une autre nature et de la venue de Celui qui vient établir ce Royaume de paix. La première lecture nous rappelle la mission d’Isaïe annonçant aux exilés l’intervention de Dieu en vue de la libération et de la consolation : « Dis aux villes de Juda: « Voici votre Dieu. Voici le Seigneur Dieu: il vient avec puissance et son bras est victorieux... Comme un berger, il conduit son troupeau; son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits ». Cela renvoie clairement à l’image du Bon Berger qui veille sur son troupeau.

On peut dire que ce Bon Berger est un Roi dont le Royaume est fondé sur l’amour. Comparé à la situation de nos sociétés humaines, à nos structures politiques et économiques, et à la manière dont nous organisons notre vie personnelle, ce Royaume nous invite à un effort constant de dépassement de soi. Voilà pourquoi dans l’extrait de l’Évangile d’aujourd’hui, le prophète Jean-Baptiste nous rappelle que l’établissement de ce Royaume exige de nous un travail profond sur nous-mêmes afin de nous ajuster à la Loi qui le régit. Ce Royaume harmonieux de Dieu ne nous est donc pas donné automatiquement et sans effort de notre part. Il exige la conversion de notre cœur ou la métamorphose intérieure de notre être tout entier.

En tant que disciples du Christ, baptisés dans l’Esprit Saint, nous avons la mission, comme Jean-Baptiste, d’aider à ouvrir le chemin afin que les hommes et les femmes de notre temps entrent, eux aussi, dans ce Royaume d’amour. Nous sommes, à l’instar de Jean-Baptiste, les précurseurs de Jésus aujourd’hui. Nous sommes appelés à le précéder auprès de nos contemporains pour préparer sa rencontre avec eux. Ainsi nos paroles et nos gestes doivent être réellement porteurs de sa présence et de son Esprit dans lequel nous avons été baptisés. Mais avant tout cela, prenons le courage d’affronter nos contradictions et nos vues tordues de la réalité, nos démons et nos perversités qui nous détournent de notre identité. Remettons-nous en question en revisitant le désert de notre vie. Y aurait-il quelque chose à changer dans nos vies? Que devons-nous améliorer? C’est ce que signifie préparer le chemin du Seigneur.

Que cet appel vibrant à la conversion atteigne nos cœurs et nous donne déjà de rencontrer Celui qui vient et qui se tiendra à nos côtés et apportera le salut. Amen.

12/03/2023

Ce que je vous dis, c’est à tous que je le dis : ‘Veillez!’
Marc 13 :24-37
Par le Rév Victor-David Mbuyi Bipungu

Certains événements de notre vie exigent, en vue de leur réussite, que l’on s’y prépare longtemps à l’avance. C’est le cas par exemple de notre mariage, la naissance de notre enfant, la cérémonie de collation de grade couronnant la fin de nos études supérieures, etc. Les jours où l’on célèbre ces événements le soleil se lève et se couche de la même manière qu’à n’importe quel autre jour, mais ils sont pourtant spéciaux et différents des autres jours pour l'heureux couple qui se marie, pour la famille qui reçoit un nouveau-né et pour l'étudiant qui finit ses études.

Le temps de l’Avent qui commence aujourd'hui nous recommande de nous préparer à la fête de Noël, qui est la célébration d’un grand événement : la naissance de Jésus. Cette naissance n’est pas comme toutes les autres. C’est la naissance de celui qui vient nous sauver et dont la venue s’annonce à travers des signes des temps qu’il faut interpréter. Mais pourquoi nous préparer à un événement déjà passé il y a longtemps? Est-ce simplement pour satisfaire notre désir de revivre une histoire charmante, merveilleuse, émouvante et nous sortir de la triste monotonie de notre vie ?

L'espérance est ce qui caractérise le mieux le temps de l’Avent comme temps d’attente. De ce point de vue, durant la saison de l’Avent, nous vivons symboliquement l’expérience d’une future mère qui attend la naissance d’un enfant. Pour elle, c’est un temps de préparatifs : le suivi médical, préparation de layette, décoration de la chambre du bébé, etc. C’est aussi un temps de joie et d’espoir parce qu’un nouveau membre de la famille arrivera bientôt. Durant tout le temps où Jésus était dans le sein de Marie, celle-ci ne pouvait pas le voir, mais elle savait que la Parole avait été faite chair en elle. Elle attendait dans l'espérance sa naissance. Nous sommes nous aussi appelés à attendre patiemment que Dieu accomplisse ses plans à sa manière et en temps opportun. Mais durant cette attente il y a aussi l’action, et pas n’importe laquelle, celle qui nous permet de collaborer à la mission du maître, c'est-à-dire d’utiliser le pouvoir, les dons, les richesses qu'il nous a donnés pour transformer le monde à l'image de son Royaume. C'est le combat de la foi dans notre vie.

Dans notre histoire personnelle et dans l’histoire de nos sociétés, nous connaissons des périodes sombres. En tant que disciples de Jésus-Christ, nous sommes appelés à garder l’espérance et à rester vigilants. Quand Jésus dit : « Veillez », il veut dire « restez alertes ». Tel est le message du tout dernier mot de l'extrait de l'Évangile d'aujourd'hui. Cela signifie qu'en attendant la venue du Seigneur, nous devons faire preuve de discernement. Jésus nous a avertis de ne pas nous laisser égarer par de fausses affirmations : "Veillez à ce que personne ne vous séduise", a-t-il dit... "De faux prophètes s'élèveront et feront des signes et des prodiges pour égarer, si possible, les élus" (13 : 5-6,21-22). Nous devons faire preuve de discernement lorsque nous écoutons ceux qui prétendent connaître tous les détails de la fin des temps, et ignorer ceux qui ont recours à la datation des événements de la fin des temps. Nous devons accepter l’incertitude, car personne ne connaît le jour ni l'heure. Cessons donc de spéculer à ce sujet. Nous devons vivre comme si ce jour était arrivé. Vivre dans l'attente de son retour aujourd'hui nous oblige à vivre chaque jour pour ce qui compte vraiment.

Enfin, rester vigilant signifie que nous ne devons pas perdre espoir, mais nous encourager les uns les autres. Autrement dit, le message est : « prenez soin ou veillez les uns sur les autres ». Chez Marc, il y a l’image du portier. Nous sommes investis gardiens de la maison de Dieu ; nous sommes ce portier de l’Évangile. Le Seigneur a « fixé à chacun son travail », ce qui veut dire que chacun d’entre nous a un rôle important à jouer. Notre action, si modeste soit-elle, peut contribuer à la gestation d'une humanité nouvelle. Veiller ne signifie donc pas seulement se préparer à la fin du monde. Il ne s’agit pas d’une attente passive, mais d’être réellement témoin de la lumière de l’Évangile aujourd’hui. Le disciple de Jésus est appelé à incarner la présence divine en ce monde en faisant fructifier le don de la bonté qu’il a reçu de son Maître. En agissant avec bonté, en accueillant les affamés et les malades, le chrétien est éveillé à la présence de l’Esprit qui l’interpelle à travers eux.

Cette action du disciple ne peut pas être efficace si elle ne prend pas en compte les signes des temps. À un moment donné, nous avons l’impression que notre monde s'effondre, la vie change ou les lumières s'éteignent. Le plus souvent, nous voyons cela comme la fin. Quand ces choses arrivent, dit Jésus, souvenez-vous du figuier. Lisez correctement les signes. Quand sa branche devient tendre et qu'elle produit des feuilles, vous savez que l'été est proche. Ainsi aussi, lorsque les ténèbres envahissent votre vie, sachez que le Fils de l'homme est proche. La présence du Christ, notre guérison et notre salut ont toujours lieu dans les parties sombres et désordonnées de la vie. Nous ne serons jamais abandonnés dans les ténèbres.

Sommes-nous capables de voir la misère autour de nous? De voir des frères et des sœurs dans ces réfugiés chassés de chez eux par la guerre et errants en quête de sécurité et de protection? Suis-je sensible à la situation de ce sans-abri que je rencontre sur mon chemin? Suis-je capable d’entendre et de voir la souffrance de mon voisin, de mon épouse ou de mon mari quand bien même ce dernier ne l’exprime pas verbalement? Si je réponds oui, je pourrais alors agir en conséquence.

Fructueux temps de l’Avent!

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