Église Agapè Libre de Québec

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06/02/2026

Patriarches et Prophètes
Chapitre 59
Le premier roi d’Israël
Israël était gouverné au nom et par l’autorité de Dieu. La tâche de Moïse, des soixante-dix anciens, des gouverneurs et des juges consistait simplement à faire observer les lois que le Seigneur avait lui-même proclamées. Ils n’avaient pas le droit d’en faire de nouvelles. Telle fut toujours la condition d’existence d’Israël en tant que nation. En outre, de siècle en siècle, des hommes de Dieu lui étaient envoyés pour l’instruire et veiller à l’exécution des lois.

L’Éternel avait prévu le jour où Israël demanderait un roi. Tout en le lui accordant, il veilla à ce qu’il n’y eût rien de changé dans les principes sur lesquels était fondé l’État. Dieu restait le chef de la nation, et sa loi, la loi suprême du pays. Le roi devait être le vicaire du Très-Haut.

Pendant les premiers temps qui suivirent leur établissement en Canaan, les Israélites se conformèrent de bon cœur aux principes de la théocratie, et le peuple prospéra sous l’administration de Josué. L’accroissement de la population et les rapports avec d’autres peuples amenèrent un changement dans les esprits. En adoptant bon nombre de coutumes de ses voisins idolâtres, le peuple perdit en grande partie le caractère saint et particulier qui le distinguait. Peu à peu, le respect pour Dieu diminua, et l’on fit moins de cas de l’honneur que l’on avait d’être le peuple élu. Éblouis par la pompe et le vain étalage des monarques païens, les Israélites se lassèrent de leur simplicité. D’autre part, la jalousie et l’envie éclatèrent entre les tribus. Affaibli par ses dissensions intestines, sans cesse exposé aux incursions de ses ennemis idolâtres, le peuple en vint à penser que pour conserver sa dignité parmi les autres nations, il devait s’unir sous un gouvernement central énergique et puissant. En se relâchant de leur soumission à la loi de Dieu, les Hébreux voulurent être délivrés du joug de leur céleste Souverain, et cette aspiration vers la monarchie devint générale.

Depuis les jours de Josué, le pays n’avait pas été gouverné avec autant de sagesse et de succès que sous l’administration de Samuel. Divinement investi de la triple charge de juge, de prophète et de prêtre, il avait travaillé avec un zèle infatigable et désintéressé au bien de son peuple. Sous sa prudente administration, Israël avait prospéré. L’ordre rétabli, la piété encouragée, l’esprit de mécontentement avait cessé de se manifester. Mais l’âge ayant obligé Samuel de partager avec d’autres les soucis du gouvernement, il avait, en accord avec le peuple, appelé ses deux fils à le seconder. Le prophète continuait d’exercer ses fonctions à Rama, tandis que ses fils, établis à Béer-Séba, administraient la justice dans la partie méridionale du pays.

Ces derniers ne se montrèrent pas dignes du choix de leur père. Dieu avait expressément déclaré que les gouverneurs d’Israël devaient juger avec droiture, traiter les veuves et les orphelins avec équité et ne pas recevoir de présents. Mais les fils de Samuel, « pour s’enrichir, acceptaient des présents et violaient la justice ». D’autre part, le prophète, oublieux de l’expérience d’Héli, se montra trop indulgent avec ses fils, et le résultat de cette faiblesse ne t**da pas à se manifester dans leur conduite.

La partialité des deux jeunes magistrats causa beaucoup de mécontentement et servit au peuple de prétexte pour exprimer un désir caressé depuis longtemps. « Tous les anciens d’Israël, s’étant réunis, allèrent trouver Samuel à Rama et lui dirent: Te voilà chargé d’années, et tes fils ne suivent pas tes traces. Maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme en ont tous les peuples. » (Voir 1 Samuel 8 à 12) Les abus des fils de Samuel ne lui avaient pas été dénoncés. S’il les avait connus, il les aurait immédiatement destitués. Mais ce n’était pas là ce que voulaient les pétitionnaires. Samuel vit bien que le vrai mobile du mécontentement était l’orgueil, et que derrière la demande du peuple se cachait une détermination bien arrêtée. Aucune plainte n’était proférée contre lui. Chacun rendait hommage à la sagesse et à l’intégrité de son administration. Néanmoins, le vieillard crut voir dans cette requête une censure personnelle et une tentative directe de l’éliminer. Sans donner cours à sa tristesse ni adresser aucun reproche aux représentants du peuple, il en fit un sujet de prière et ne chercha de conseil qu’en Dieu seul.

« L’Éternel dit à Samuel: Obéis à la voix du peuple dans tout ce qu’ils te diront; ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux! Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait sortir d’Égypte jusqu’à ce jour. » Le prophète était repris de s’être affligé de l’attitude du peuple en ce qui le concernait. Ce n’était pas à lui qu’on avait manqué de respect, mais à Dieu, qui avait jusque-là nommé les gouverneurs de son peuple. Ceux qui méprisent et rejettent un fidèle serviteur du Très-Haut ne s’en prennent pas à l’homme, mais au Maître qui l’a envoyé. Ce sont les paroles du Seigneur, ce sont ses réprimandes et ses conseils qui sont foulés aux pieds. C’est son autorité qui est bravée.

Les plus beaux jours d’Israël avaient été ceux où le peuple reconnaissait l’Éternel comme son roi, et où les lois et le gouvernement établi étaient reconnus comme supérieurs à ceux de tous les peuples. Voici ce que Moïse avait déclaré au sujet des commandements de Dieu: « Vous les observerez et vous les mettrez en pratique; car cela prouvera votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, qui, entendant parler de toutes ces lois, diront: Cette grande nation est le seul peuple sage et intelligent! » (Deutéronome 4:6) Malheureusement, les Hébreux s’étaient écartés de la loi divine et n’avaient pas atteint la hauteur à laquelle ils étaient appelés. Aujourd’hui, ils accusaient le gouvernement de Dieu d’être la cause de tous leurs maux et de toutes leurs folies. Voilà à quel point le péché aveugle l’esprit humain!

Par les prophètes, Dieu avait prédit qu’un jour Israël aurait un roi. Mais cela ne prouvait nullement que cette forme de gouvernement fût meilleure ou conforme à sa volonté. Le Seigneur permettait simplement à son peuple de suivre son caprice, puisqu’il refusait de se laisser guider par ses conseils. Il lui fit dire par le prophète Osée: « Je t’ai donné un roi dans ma colère et je te l’ôterai dans mon indignation. » (Osée 13:11) Quand les hommes préfèrent choisir leur propre voie sans demander conseil à Dieu, ou contrairement à sa volonté révélée, il accède à leurs désirs; mais c’est pour les amener, par des conséquences amères, à voir leur folie et à s’en détourner. L’orgueil et la sagesse de l’homme sont de dangereux guides. On finit toujours par découvrir que les désirs du cœur humain, quand ils sont contraires à la volonté de Dieu, sont une malédiction plutôt qu’un bienfait.

Dieu désirait que son peuple, sentant son impuissance, ne demandât des lois et n’attendît du secours que de lui. Les Hébreux auraient pu alors occuper la haute position à laquelle il les appelait. Lorsqu’ils auraient un roi, ils se détourneraient de leur Créateur, se confieraient davantage en la force humaine et suivraient les égarements de leur prince.

Samuel reçut l’ordre de se conformer au désir du peuple, tout en l’avertissant de la désapprobation divine et en lui faisant connaître les conséquences de son choix. « Samuel rapporta toutes les paroles de l’Éternel au peuple, qui lui demandait un roi. » Il leur parla ouvertement des charges qui allaient leur être imposées et leur fit le sombre tableau de la condition qui serait la leur en contraste avec la liberté et la prospérité dont ils jouissaient. Il leur prédit que ce roi imiterait le luxe et la pompe des autres monarques en mettant lourdement à contribution leurs personnes et leurs biens. L’élite de vos jeunes hommes, leur dit-il, sera réquisitionnée à son service pour en faire les cochers de ses chariots et les cavaliers de sa garde. Ils composeront les rangs de son armée. Il les emploiera à cultiver ses champs, à recueillir ses moissons et à fabriquer des instruments de guerre à son usage. Les filles d’Israël seront enrôlées comme parfumeuses, cuisinières, boulangères.

Pour soutenir le train royal de sa maison, votre prince, ajouta-t-il, « prendra les meilleurs de vos champs que l’Éternel vous a donnés », « vos serviteurs et vos servantes, et jusqu’à vos ânes » pour « les employer à ses travaux ». En outre, il réclamera le dixième de votre revenu, qu’il s’agisse de votre travail ou du produit de vos terres. « Et vous serez ses esclaves », dit le prophète en terminant. « Alors vous crierez à cause du roi que vous aurez choisi; mais l’Éternel ne vous répondra pas. » Si dures que soient les exactions de votre roi, une fois la monarchie établie, il ne sera pas facile de l’abolir. « Le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. Ils dirent: Non, il nous faut un roi! Nous voulons être comme toutes les nations; notre roi nous jugera, il marchera à notre tête et sera notre chef à la guerre. »

« Comme toutes les nations! » Les Israélites ne comprenaient pas qu’être à cet égard différents de tous les autres peuples, c’était un privilège spécial, un bienfait inouï. Dieu avait séparé Israël des autres nations pour en faire son trésor particulier, tandis que lui ne faisait aucun cas de cet honneur insigne et ne demandait qu’à suivre l’exemple des païens! Aujourd’hui encore, le désir de se conformer aux coutumes et aux usages du monde persiste au sein du peuple de Dieu. A mesure qu’il s’éloigne du bon chemin, il se met à ambitionner les gains et les honneurs de la terre, et à imiter ceux qui adorent le dieu de ce monde.

De nombreux chrétiens assurent qu’en se conformant aux usages des mondains et en s’unissant à eux, ils sont à même d’exercer sur les non-croyants une plus grande influence. Mais c’est le contraire qui arrive. Tous ceux qui suivent cette voie se séparent de la source de leur force. En se conformant au monde, ils deviennent ennemis de Dieu. Pour l’amour de quelques distinctions terrestres, ils sacrifient l’honneur ineffable auquel Dieu les a destinés: celui « d’annoncer les vertus de celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 Pierre 2:9).

Le prophète avait fait son devoir. Mais les Hébreux, las de sa piété et de son austérité, le rejetaient pour lui préférer un homme qui les gouvernât en roi. A son serviteur navré, l’Éternel dit: « Obéis à leur voix et donne-leur un roi. » Samuel, le cœur brisé, congédia le peuple et se prépara au grand changement qui allait s’opérer dans le gouvernement.

La vie pure, pieuse et désintéressée de Samuel avait été une censure perpétuelle, tant pour les prêtres et les anciens égoïstes que pour la multitude orgueilleuse et sensuelle. Privée d’apparat et de pompe, son humble administration était honorée par le Rédempteur du monde dont il était le représentant.

Le caractère de Samuel était une image de Jésus, dont la pureté et la vie sainte provoquèrent la rage de Satan, et dont la vie, lumière du monde, révélait la dépravation cachée du cœur humain et allumait contre lui les plus violentes colères des hypocrites représentants de la piété. Il n’était pas venu dans le monde entouré de richesses et d’honneurs. Mais ses œuvres prouvaient qu’il possédait une puissance supérieure à celle des plus grands princes de la terre.

Les Juifs attendaient un Messie qui briserait le joug de leurs oppresseurs, et cela tout en se cramponnant à leurs péchés, qui étaient la cause même de leur oppression. Si Jésus avait pallié leurs iniquités et loué leur piété, ils l’auraient choisi comme roi. Mais ils ne pouvaient supporter les censures dont il flagellait leurs vices. Ils méprisaient le charme d’un caractère fait de bonté, de pureté et de sainteté. Il en a été de même à tous les âges du monde. La lumière du ciel condamne ceux qui ne veulent pas la suivre. Désavoués par des hommes irréprochables, les hypocrites deviennent les suppôts de Satan pour opprimer et persécuter les fidèles. « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. » (2 Timothée 3:12)

En permettant à Israël d’établir un gouvernement monarchique, Dieu s’était réservé le droit de choisir le roi. Les Hébreux respectèrent ce droit, et le sort tomba sur Saül, fils de Kis, de la tribu de Benjamin. Les avantages personnels du futur monarque étaient de nature à flatter leur orgueil. « Il n’avait pas son pareil dans le peuple entier. » (1 Samuel 9:2) Dans la fleur de l’âge, d’un port noble, la taille haute et les traits agréables, il paraissait né pour commander. Mais, malgré tous ces avantages extérieurs, Saül était dépourvu des qualités essentielles qui constituent la vraie sagesse. Il n’avait pas appris dans sa jeunesse à réprimer l’impétuosité de ses passions, ni senti la puissance transformatrice de la grâce divine.

Fils d’un propriétaire riche et influent, Saül, selon la simplicité des temps, partageait avec son père les travaux de l’agriculture. Quelques-unes des bêtes de Kis s’étant perdues dans la montagne, Saül, accompagné d’un serviteur, se mit à leur recherche. Après trois jours de vaines randonnées, se trouvant non loin de Rama, la demeure de Samuel, le serviteur proposa à son jeune maître d’aller demander des renseignements au prophète. « J’ai sur moi un quart de sicle d’argent, dit-il; je le donnerai à l’homme de Dieu, et il nous indiquera notre route. » La coutume de ce temps voulait qu’en allant voir un personnage important, on lui fît un petit présent.

Arrivés près de la ville, nos voyageurs rencontrèrent des jeunes filles qui étaient venues pour puiser de l’eau et leur demandèrent où était la demeure du voyant. Elles leur répondirent que le prophète venait d’arriver pour assister à un service religieux qui devait avoir lieu dans la localité même, et que le sacrifice offert au « haut lieu » serait suivi du repas usuel. Un grand changement s’était produit durant l’administration de Samuel. Au début, les services du sanctuaire étaient peu fréquentés (1 Samuel 2:17). A ce moment-là, en revanche, le culte du vrai Dieu était rétabli dans tout le pays, et le peuple était assidu aux assemblées religieuses. Mais elles n’avaient pas lieu au tabernacle. Les sacrifices étaient offerts dans les villes des prêtres et des Lévites, d’où l’expression de « hauts lieux ».

Arrivés près de la demeure de Samuel, le fils de Kis et son serviteur, qui ne connaissaient pas le prophète, se trouvèrent face à face avec lui. Or, Dieu venait de lui dire: « Voici l’homme dont je t’ai parlé; car c’est lui qui dominera sur mon peuple. » A la question de Saül: « Indique-moi, je te prie, la maison du voyant », Samuel répondit: « Le voyant, c’est moi. » Et après lui avoir assuré que ses bêtes avaient été retrouvées, il le presse de rester à la fête, et lui laisse entrevoir la haute destinée qui l’attend: « Aussi bien, lui dit-il, à qui est destiné tout ce qu’il y a de plus précieux en Israël? N’est-ce pas à toi et à toute la maison de ton père? »

Saül tressaillit. La question d’un roi agitant tous les esprits, il ne put se méprendre sur le sens des paroles du prophète. Il répondit modestement: « Je ne suis qu’un Benjamite, de l’une des plus petites tribus d’Israël; ma famille est la moindre de toutes celles de la tribu de Benjamin. Pourquoi donc me tiens-tu un pareil langage? »

Samuel conduit alors son visiteur à l’assemblée, où les principaux de la ville l’attendent. Il donne l’ordre de réserver à Saül la place d’honneur et de lui servir les meilleurs morceaux. Le repas terminé, il l’emmène chez lui, et, dans un entretien particulier, lui expose les grands principes sur lesquels le gouvernement d’Israël a été établi et le prépare en quelque sorte à ses hautes fonctions.

Le lendemain, de bonne heure, Saül se remet en route, accompagné de Samuel. Après avoir traversé la ville, se laissant devancer par le serviteur, ils s’arrêtent, et « Samuel, prenant une fiole d’huile, la répand sur la tête de Saül, l’embrasse et lui dit: Voici l’onction que l’Éternel te confère pour que tu sois le chef de son héritage. » Comme preuve que tout ce qui vient d’arriver a été fait sur l’ordre de Dieu, le prophète lui prédit tous les incidents qui doivent lui survenir pendant son retour chez lui, et il l’assure que l’Esprit de Dieu le qualifiera pour sa nouvelle charge. Il ajoute: « L’Esprit de l’Éternel te saisira, ... et tu seras changé en un autre homme. Quand tu auras vu ces signes se produire, agis selon les circonstances; car Dieu est avec toi! »

Saül reprit son chemin. Tout arriva comme le prophète l’avait prédit. Près de la frontière de Benjamin, on l’informa que les ânesses avaient été retrouvées. Non loin du chêne de Thabor, il rencontra trois hommes qui allaient adorer Dieu à Béthel. L’un d’eux portait trois chevreaux, l’autre trois pains, et le troisième une outre de vin pour le festin du sacrifice. Ils firent à Saül la salutation ordinaire, puis ils lui offrirent deux pains. Arrivé en sa propre ville, à Guibéa, il rencontra « une troupe de prophètes descendant du haut lieu, précédés de luths, de tambourins, de flûtes et de harpes, et qui chantaient les louanges de Dieu ». Lorsque Saül se fut approché d’eux, il s’associa à leurs cantiques d’actions de grâces et se mit à prophétiser avec eux. Sa parole fut si éloquente, il apporta tant de ferveur à cet exercice, que ceux qui l’avaient connu s’écriaient: « Qu’est-il arrivé au fils de Kis? Saül est-il aussi au nombre des prophètes? »

Au cours de ce service divin tenu par les prophètes, un grand changement s’opéra en Saül. La lumière du Saint-Esprit, faite de pureté et de sainteté, brilla dans son cœur, en bannit les ténèbres et le révéla à lui-même tel qu’il était devant Dieu. Il entrevit la beauté d’une vie sainte. Le plan du salut qui, jusqu’alors, lui semblait vague et obscur, s’ouvrit devant son intelligence. Appelé à entrer en lutte contre le péché et contre Satan, il sentit qu’il n’aurait de force qu’en Dieu, et le Seigneur le remplit de courage et de sagesse pour ses futurs devoirs.

L’onction royale de Saül n’avait pas été portée à la connaissance de la nation, et le choix de Dieu devait être indiqué par le sort. Samuel convoqua alors le peuple à Mitspa. Après avoir imploré la bénédiction du ciel sur l’événement de la journée, on procéda à la cérémonie du sort, dont la multitude attendit le résultat en silence. La tribu, la famille et la maison furent successivement désignées, puis le sort tomba sur Saül, fils de Kis. Mais celui-ci n’était pas dans la foule. Accablé par le sentiment de la responsabilité qui allait tomber sur ses épaules, il s’était retiré à l’écart. On le ramena au sein de l’assemblée, qui admira sa démarche royale et sa taille majestueuse. « Il les dépassait tous de la tête. » Samuel lui-même, en le présentant au peuple, s’écria: « Voyez-vous celui que l’Éternel a choisi? Il n’a pas son pareil dans le peuple entier. » Pour toute réponse, la multitude, en longues et bruyantes acclamations, fit entendre ce cri: « Vive le roi! »

Alors « Samuel exposa au peuple le droit de la royauté », à savoir les principes sur lesquels le gouvernement monarchique était basé et par lesquels il devait être régi. Le pouvoir du roi était soumis à la volonté de Dieu, il n’était pas un monarque absolu. Le discours du prophète, consigné dans un livre, précisait les prérogatives du prince, ainsi que les droits et privilèges du peuple. Quoique ce dernier eût méprisé ses avertissements et l’eût contraint d’acquiescer à sa volonté, Samuel ne s’efforça pas moins de sauvegarder ses libertés.

S’il fut accepté par le peuple dans sa majorité, le choix de Saül rencontra néanmoins une forte opposition. Que le monarque eût été pris dans la tribu de Benjamin, la plus petite des tribus d’Israël, au mépris de celles de Juda et d’Ephraïm, les plus nombreuses et les plus puissantes, cela paraissait un affront intolérable aux protestataires, qui refusèrent de faire acte de soumission et d’apporter le présent d’usage. Les hommes qui demandèrent un roi avec le plus d’insistance étaient ceux-là même qui ne voulaient pas reconnaître avec gratitude celui que Dieu avait choisi. Chaque faction présentait ses candidats; plusieurs hommes influents convoitèrent cet honneur; l’envie et la jalousie entrant en jeu, les intrigues de l’orgueil et de l’ambition aboutirent au mécontentement et à la colère.

Dans ces circonstances, Saül, ne jugeant pas à propos d’assumer la dignité royale, laissa à Samuel l’administration de l’État comme auparavant, et retourna à Guibéa, honorablement escorté par un bon nombre d’Israélites, convaincus que son choix était voulu de Dieu, et déterminés à le soutenir.

Peu après l’élection de Saül, les Ammonites habitant à l’orient du Jourdain, leur roi Nahas en tête, envahirent le territoire d’Israël et vinrent mettre le siège devant Jabès de Galaad. Les habitants de cette ville demandèrent la paix, qu’ils offraient d’acheter par un tribut annuel. L’impitoyable Nahas n’y voulut consentir qu’à condition de crever l’œil droit à tous les habitants, en signe perpétuel de son autorité.

Le peuple de la ville assiégée demanda un délai de sept jours, que les Ammonites acceptèrent, pensant rehausser par là l’éclat de leur victoire. Une demande de secours, qui fut immédiatement envoyée de Jabès aux tribus de la rive gauche, plongea Guibéa dans la consternation. C’était à la fin du jour. Saül, qui revenait des champs avec ses bœufs, entendit de loin un cri de lamentations qui trahissait quelque grande calamité. « Qu’a donc le peuple pour pleurer ainsi? » demanda-t-il. Apprenant l’inique et horrible proposition des Ammonites, tout son être se révolta. « Saisi par l’Esprit de Dieu,... il prit une paire de bœufs et les coupa en morceaux qu’il envoya par des messagers dans tout le territoire d’Israël, avec cet avis: Ainsi seront traités les bœufs de tout homme qui ne marchera pas à la suite de Saül et de Samuel. »

À cette sommation répondirent trois cent trente mille hommes qui se réunirent à Bézec, sous les ordres de Saül. Sans re**rd, on fit savoir aux assiégés qu’ils pourraient attendre du secours dès le lendemain, le jour même où ils devaient faire leur soumission. Grâce à une marche forcée, Saül et son armée traversèrent le Jourdain et arrivèrent devant Jabès « dès la veille du matin ». Divisant, comme Gédéon, ses troupes en trois compagnies, Saül fondit sur le camp des Ammonites, qui, ne soupçonnant aucun danger à cette heure matinale, se croyaient en parfaite sécurité. La panique de l’ennemi facilita sa défaite ainsi que le carnage qui s’ensuivit. « Ceux qui échappèrent furent tellement dispersés qu’il n’en resta pas deux ensemble. »

La promptitude et la bravoure de Saül, comme l’habileté avec laquelle il avait su diriger des troupes aussi considérables, étaient précisément les qualités que les Israélites avaient rêvées pour leur roi: pouvoir se mesurer avec les autres nations. Aussi attribuèrent-ils l’honneur de la victoire à des qualités humaines, oubliant que sans la bénédiction divine tous leurs efforts n’auraient servi de rien. Dans l’excès de leur enthousiasme, quelques-uns proposèrent de mettre à mort les hommes qui avaient refusé de reconnaître l’élection de Saül. Le roi s’interposa par ces paroles: « Personne ne sera mis à mort en ce jour, car aujourd’hui l’Éternel a opéré une délivrance en Israël. » Saül donnait là une preuve du changement qui s’était produit dans son caractère. Au lieu de prendre pour lui le crédit du triomphe, il l’offrait à Dieu. Et au lieu de s’abaisser à des actes de vengeance, il manifestait un esprit de générosité et de pardon, qui sont les preuves incontestables de la présence de Dieu dans un cœur.

Guilgal avait été l’emplacement de la première halte d’Israël en Canaan. C’était là que Josué, sur l’ordre de Dieu, avait dressé l’autel de douze pierres pour commémorer le miraculeux passage du Jourdain; là que la circoncision avait été renouvelée, et qu’on avait célébré la Pâque après le péché de Kadès et le séjour dans le désert; là que la manne avait cessé de tomber, et que le Capitaine de l’armée de l’Éternel était apparu comme commandant en chef des troupes d’Israël. De là, ces dernières étaient parties pour la conquête de Jéricho et d’Aï; là aussi, après son péché, Acan avait subi son châtiment, et Josué, pour avoir négligé de consulter l’Éternel, avait conclu un malheureux traité. C’est sur cette plaine aux souvenirs si émouvants que Samuel et Saül se présentèrent devant la foule. Dès que les acclamations adressées au roi eurent cessé, Samuel, résiliant ses fontions, fit ses adieux à son peuple.

« J’ai obéi, dit-il, à votre voix dans tout ce que vous m’avez dit; j’ai établi un roi sur vous; désormais, voici le roi qui marchera à votre tête. Quant à moi, je suis vieux, j’ai blanchi. ... J’ai marché à votre tête depuis ma jeunesse jusqu’à ce jour. Me voici donc, témoignez contre moi devant l’Éternel et devant son oint. De qui ai-je pris le bœuf? De qui ai-je pris l’âne? Qui ai-je opprimé? A qui ai-je fait violence? De la main de qui ai-je reçu un présent pour fermer les yeux en sa faveur? Je vous le restituerai. Tout d’une voix, le peuple répondit: Tu ne nous as pas opprimés, tu ne nous as pas fait violence, et tu n’as rien pris de la main de personne. »

Samuel ne cherchait pas seulement à justifier sa conduite. Il avait, peu auparavant, exposé devant le peuple les principes qui allaient régir le roi et la nation, et, à ses paroles, il avait voulu ajouter le poids de son propre exemple. Associé à l’œuvre du Seigneur dès sa jeunesse, il n’avait eu, durant sa longue existence, qu’un seul objet en vue: la gloire de Dieu et le plus grand bien d’Israël. Le prophète savait, en outre, qu’il n’y avait pour son peuple de perspective de prospérité que s’il se reconnaissait coupable devant Dieu de la faute qu’il avait commise. Par suite de ses péchés, il avait perdu sa foi en Dieu, perdu le sentiment de la sagesse et de la puissance de celui qui seul était capable de défendre sa cause. Avant de trouver la vraie paix, il fallait que le peuple confessât son péché. « Il nous faut un roi, avait-il dit,... il nous jugera; il marchera à notre tête et sera notre chef à la guerre. »

Et maintenant, Samuel récapitule l’histoire des Israélites depuis le jour où Dieu les a fait sortir d’Égypte. Le Roi des rois avait marché devant eux et combattu pour eux. Souvent, leurs péchés les avaient livrés entre les mains de leurs ennemis. Mais dès qu’ils s’étaient détournés du mal, la miséricorde de Dieu leur avait suscité un libérateur. L’Éternel vous a envoyé Gédéon et Barac, leur dit Samuel, et « Jephté et Samuel; il vous a délivrés des ennemis qui vous entouraient, et vous avez vécu en sécurité ». Et néanmoins, menacés par un ennemi, « vous m’avez dit: Non! un roi régnera sur nous. Pourtant l’Éternel, votre Dieu, était votre roi. »

Samuel continue: « En ce moment même, restez encore ici pour contempler la chose extraordinaire que l’Éternel va accomplir sous vos yeux. N’est-ce pas aujourd’hui la moisson des blés? J’invoquerai l’Éternel; il fera tonner et pleuvoir, afin que vous sachiez et que vous voyiez combien vous avez mal agi aux yeux de l’Éternel en demandant un roi. Alors Samuel invoqua l’Éternel; l’Éternel fit tonner et pleuvoir en ce jour-là. » Au mois de mai et de juin, en Orient, il ne tombait point de pluie; l’air était doux, le ciel, serein et sans nuages. Aussi le violent orage qui éclata en ce moment sur la foule assemblée lui causa une vive frayeur. Humilié, le peuple confessa alors son péché, le péché même dont il était coupable: « Prie l’Éternel, ton Dieu, pour tes serviteurs, afin que nous ne mourions point; car nous avons ajouté à tous nos autres péchés la faute de demander un roi. »

Mais Samuel ne laissa pas le peuple dans le découragement, ce qui eût entravé tout effort en vue d’une réforme, et donné à Satan l’occasion de faire considérer Dieu comme un être sévère et inflexible et non un Père toujours prêt à pardonner. Il lui adressa ce message réconfortant: « Ne craignez point. Oui, vous avez mal agi! Néanmoins, ne vous détournez pas de l’Éternel, mais servez-le de tout votre cœur. Ne vous détournez pas de lui; ce serait vous attacher à des idoles de néant, qui ne sauraient ni secourir ni sauver, car les idoles ne sont que néant. A cause de son grand nom, l’Éternel n’abandonnera pas son peuple. »

Samuel ne fit aucune allusion à l’affront qui lui avait été fait; il n’adressa au peuple aucun reproche pour son ingratitude en retour d’un désintéressement qui ne s’était jamais démenti. Il assura au contraire Israël de l’intérêt incessant qu’il lui portait: « Loin de moi la pensée de pécher contre l’Éternel en cessant de prier pour vous. Je vous enseignerai le bon et droit chemin. Seulement, craignez l’Éternel et servez-le avec fidélité, de tout votre cœur; car voyez quelle merveille il vient d’accomplir sous vos yeux! Mais si vous faites le mal, vous serez détruits, et vous et votre roi. »

05/30/2026
05/28/2026

Patriarches et Prophètes
Chapitre 58
Les écoles de prophètes
La sollicitude de Dieu pour Israël ne se bornait pas aux seuls intérêts religieux du peuple. Tout ce qui touchait à son bien-être physique et à son éducation relevait de sa providence et rentrait dans la sphère de la loi divine. Dieu avait ordonné aux Hébreux d’enseigner ses ordonnances à leurs enfants et de les mettre au courant de tout ce qu’il avait fait pour leurs pères. C’était là un des devoirs essentiels des parents, dont ils ne pouvaient se décharger sur d’autres. Ce n’étaient pas des lèvres étrangères mais le cœur aimant du père et de la mère qui devait révéler Dieu à l’enfant.

La pensée du Très-Haut devait s’associer à tous les événements de la vie quotidienne. Il fallait que les grandes délivrances du passé, ainsi que les promesses du Rédempteur à venir, fussent souvent rappelées dans les familles israélites, et que l’usage de figures et de symboles aidassent à graver ces faits dans les mémoires. Les grandes vérités relatives à la providence divine et à la vie future étaient ainsi inculquées à la jeunesse, à laquelle on apprenait à voir Dieu à la fois dans la nature et dans les Écritures. Les étoiles, les arbres et les fleurs des champs, les monts majestueux et le murmure des ruisseaux, tout leur parlait du Créateur. D’autre part, les cérémonies solennelles du tabernacle, tant celles du culte public que celles des sacrifices, étaient aussi des révélations de Dieu.

Telle fut l’éducation de Moïse dans l’humble chaumière de Gossen et celle de Samuel sur les genoux de la fidèle Anne. Telle fut celle de David dans les montagnes de Bethléhem, et celle de Daniel avant la prise de Jérusalem et son exil à Babylone. Telles furent aussi les premières leçons de Jésus à Nazareth, et celles de Timothée, instruit dans les saintes Lettres par sa mère Eunice et Loïs, son aïeule (2 Timothée 1:5; 3:15).

À l’instruction de la jeunesse israélite au foyer vint s’ajouter, au temps de Samuel, l’établissement des écoles de prophètes. On y admettait tout jeune homme désireux de sonder plus à fond les vérités de la Parole de Dieu et de devenir docteur en Israël. Samuel les fonda pour opposer une digue à la corruption, et travailler ainsi à la prospérité future de la nation en lui fournissant des hommes craignant Dieu et aptes à servir en qualité de dirigeants et de conseillers.

Les jeunes gens studieux, intelligents et pieux réunis dans ce but par Samuel étaient appelés « fils des prophètes ». Alors qu’ils communiaient avec Dieu et étudiaient sa Parole et ses œuvres, la sagesse d’en haut s’ajoutait à leurs talents naturels. Leurs maîtres versés dans la connaissance des saintes Lettres étaient revêtus de l’onction du Saint-Esprit. Pour leur science comme pour leur piété, ils inspiraient le respect et la confiance. Aux jours de Samuel, il existait deux de ces écoles: l’une à Rama, la résidence du prophète, l’autre à Kirjath-Jéarim où se trouvait l’arche de l’alliance. D’autres encore furent ouvertes plus t**d.

Les élèves de ces écoles subvenaient à leur entretien par la culture du sol ou l’exercice de quelque métier. En Israël, on ne trouvait pas cela étrange ni contraire à la dignité. On regardait plutôt comme un crime le fait de laisser grandir un jeune homme sans lui apprendre un métier manuel. L’ordre de Dieu voulait que chaque enfant en eût un, même celui qui se destinait à une vocation religieuse. Jusqu’au temps des apôtres, beaucoup de conducteurs religieux en Israël subvenaient à leurs besoins par le travail de leurs mains. L’apôtre Paul et Aquilas ne sont pas moins honorés pour avoir gagné leur vie en faisant des tentes.

Les principaux sujets d’étude, dans ces écoles, étaient la loi de Dieu, y compris les instructions données à Moïse, l’histoire sainte, la musique sacrée et la poésie. L’enseignement y était bien différent de celui de nos écoles de théologie, dont beaucoup d’étudiants sortent moins avancés dans la vraie connaissance de Dieu et dans la vérité religieuse que quand ils y sont entrés. Dans l’ancien temps, l’unique but de toute étude était la connaissance de la volonté de Dieu et des devoirs de l’homme. On y cherchait les hauts faits du Seigneur dans les annales de l’histoire sacrée. On y dévoilait les grandes vérités renfermées dans les symboles du culte destinés à diriger les regards sur son objet central: l’Agneau de Dieu qui devait ôter le péché du monde. On y enseignait à s’approcher de Dieu avec foi, à étudier ses lois et à y obéir. Des maîtres qualifiés et sanctifiés tiraient du trésor de la vérité divine des choses nouvelles et des choses anciennes, et l’Esprit de Dieu s’y manifestait par des prophéties et des hymnes sacrés.

La musique devait élever les pensées vers les choses nobles et pures, et éveiller dans l’âme des sentiments d’amour et de reconnaissance envers Dieu. Quel contraste entre cette ancienne coutume et les usages auxquels, aujourd’hui, on fait trop souvent servir l’art musical! Que de personnes emploient ce don, non pour glorifier Dieu, mais pour se faire admirer! L’amour de la musique entraîne les imprudents à s’unir aux mondains dans des lieux de plaisir que Dieu a défendus à ses enfants. Il en résulte que ce don même, qui serait un grand bienfait s’il était bien employé, devient entre les mains de Satan un des plus puissants attraits pour éloigner des réalités éternelles.

La musique fait partie du culte rendu à Dieu dans les cours célestes. Aussi devons-nous, dans nos cantiques de louanges, nous rapprocher le plus possible des chœurs angéliques. La culture de la voix est une partie importante de l’éducation et ne devrait pas être négligée. Dans les services religieux, tout autant que la prière, le chant est un acte de culte. Mais pour donner à un cantique l’expression voulue, il faut que le cœur s’y associe.

Quelle différence entre ces écoles dirigées par les prophètes et nos établissements scolaires modernes! Qu’ils sont rares, ceux qui ne sont pas dirigés selon les principes et les coutumes du monde! On y constate une absence déplorable de fermeté et de discipline. D’où l’ignorance alarmante de la Parole de Dieu parmi les populations qui se disent chrétiennes. Un verbiage superficiel et sentimental, voilà ce qu’on décore du titre d’instruction morale et religieuse! La justice et la miséricorde divines, le charme de la sainteté, la certitude des récompenses futures comme des résultats funestes et irrévocables du péché, rien de cela n’est inculqué à la jeunesse. En échange, de mauvaises compagnies l’initient vers les sentiers du crime, de la dissipation et de la sensualité. Les éducateurs de notre époque n’auraient-ils pas quelque chose à apprendre des anciennes écoles des Hébreux?

Celui qui a créé l’homme a pourvu au développement de son corps, de son âme et de son esprit. Le succès de l’éducation dépend donc de la fidélité avec laquelle on se conforme au plan du Créateur. Au commencement, Dieu créa l’homme à son image et l’enrichit de facultés nobles et bien équilibrées. Par la chute et ses conséquences, ces dons ont été pervertis. Le péché a souillé et presque oblitéré l’image de Dieu en l’homme. C’est pour restaurer cette image que le plan du salut a été formé et qu’un temps d’épreuve nous a été accordé. Revenir à notre perfection originelle, tel est l’objet principal de la vie présente et le vrai but de l’éducation. L’œuvre des parents et des pédagogues consiste donc à devenir « collaborateurs de Dieu » (1 Corinthiens 3:9) dans la réalisation de son plan.

Toutes les facultés intellectuelles, morales et physiques de l’homme sont un don de Dieu et doivent être portées à leur plus haut degré possible de développement et de perfection. Mais cette culture ne doit pas être poursuivie dans un but égoïste. Le caractère de Dieu n’étant que bonté et amour, tous les talents qu’il nous a départis doivent être employés à sa gloire et au relèvement de nos semblables. Aussi est-ce dans cet emploi que nous trouvons notre exercice le plus pur, le plus noble et le plus heureux.

Si l’on donnait à ce principe l’attention qu’il mérite, on verrait un changement radical dans les méthodes d’éducation courantes. Au lieu de faire appel à la vanité, à une ambition égoïste, d’exciter une émulation malsaine, les éducateurs s’efforceraient d’éveiller l’amour du bien, du vrai et du beau, en un mot, la soif de la perfection. L’élève travaillerait au développement des dons qu’il tient de Dieu, non pour surpasser ses condisciples, mais pour réaliser le dessein du Créateur à son égard et réfléchir son image. Plutôt que de contempler des modèles humains, et d’avoir l’amour de la gloire comme mobile, il dirigerait ses regards vers le Créateur avec le seul désir de le mieux connaître et de lui ressembler davantage.

« Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Éternel, et la connaissance du Dieu saint, c’est la prudence. » (Proverbes 9:10) La connaissance de Dieu, base de toute vraie éducation, telle est donc la grande affaire de la vie. Inculquer cette connaissance et former des caractères qui y soient conformes, tel devrait être le but de l’éducateur. La loi de Dieu est l’empreinte de son caractère. C’est ce qui fait dire au Psalmiste: « Tous tes commandements sont justes », et: « Tes commandements m’instruisent. » (Psaumes 119:172, 104) Dieu s’est révélé dans sa Parole et dans les œuvres de la création. Il faut donc chercher à le connaître dans le Livre inspiré et dans la nature.

C’est une loi de notre esprit qu’il se conforme aux objets auxquels il s’arrête habituellement. S’il ne s’occupe que de choses frivoles et vulgaires, il se ravale et se rapetisse. S’il ne s’applique jamais à l’étude de problèmes difficiles, il se rétrécit et finit par perdre la faculté de se développer. Or, comme moyen d’éducation, la Bible est sans rivale. On y trouve matière aux pensées les plus profondes et aux plus hautes aspirations. On y voit à l’œuvre la puissance qui a posé les bases de la terre et étendu les cieux. Elle renferme les récits historiques les plus instructifs qui soient. Sortie de la source de la vérité éternelle, elle a été, par une main divine, conservée pure à travers tous les siècles. Elle illumine un passé lointain que la science humaine cherche en vain à scruter.

C’est seulement là qu’on trouve une histoire de notre race que n’aient pas altérée les préjugés et l’orgueil des hommes. C’est là que sont enregistrées les luttes, les défaites et les victoires morales des plus grands hommes que le monde ait connus. C’est là que sont résolus les grands problèmes du devoir et de la destinée. Le voile qui sépare le monde visible du monde invisible y est soulevé pour nous permettre de contempler les péripéties de la lutte millénaire qui se livre entre les deux forces opposées qui s’affronteront jusqu’au triomphe final de la justice et de la vérité. Or, tout ce vaste tableau n’étant qu’une révélation du caractère de Dieu, sa contemplation respectueuse nous met en contact avec l’Esprit infini, et a pour effet non seulement d’ennoblir et de purifier notre être moral, mais de développer et de fortifier nos facultés mentales.

L’enseignement de la Bible a une haute portée sur la prospérité de l’homme dans tous les domaines et dans toutes les circonstances de la vie auxquels il contribue d’ailleurs à nous préparer. Il nous dévoile les principes qui sont à la base de la prospérité des nations, principes auxquels sont liés le bien-être de la société et la sauvegarde de la famille, et sans lesquels nul ne peut parvenir à l’utilité, au bonheur et à la considération en cette vie, pas plus qu’à la possession de la vie future. Étudiée et mise en pratique, la Bible donnerait au monde des êtres d’une intelligence plus puissante et plus fertile que ne pourrait le faire l’application la plus soutenue apportée à toutes les branches de la philosophie humaine. Elle produirait des hommes au caractère solide et ferme qui feraient honneur à Dieu et seraient en bénédiction à l’humanité.

L’étude des sciences, elle aussi, est une révélation de Dieu. Toute vraie science n’est qu’une interprétation des lois écrites par le doigt de Dieu dans le monde physique. De ses recherches, la science ne tire que de nouvelles preuves de la sagesse et de la puissance divines. Bien compris, le livre de la nature et l’Écriture sainte concourent à nous faire comprendre les lois sages et bienfaisantes au moyen desquelles Dieu opère.

Ceux qui instruisent la jeunesse doivent imiter l’exemple du divin Éducateur et apprendre à leurs élèves à reconnaître Dieu dans toutes les œuvres de la création, tout en tirant des scènes familières de la nature des exemples qui mettent ses enseignements à la portée de tous. Les oiseaux voltigeant dans le feuillage, les fleurettes des prés, les arbres majestueux, les champs fertiles, les blés en herbe, les terrains stériles, le soleil couchant illuminant le ciel de rayons empourprés, tout lui servait de points de comparaison et se reliait aux paroles de vie qu’il prononçait. Aussi, ces mêmes scènes venant à se présenter aux regards, on se souvenait des précieuses leçons qu’il en avait tirées.

Dans les cieux et sur la terre, Dieu a établi entre nous et lui de nombreux points de contact. Le cachet de la divinité, si manifeste dans la Révélation, est également visible dans le spectacle des monts altiers, des vallées fertiles, de l’océan profond et sans limites. Toute la nature parle de l’amour du Créateur. Ce monde n’est pas uniquement chagrins et misères. Ces trois mots: « Dieu est amour » sont inscrits sur chaque bouton de fleur et sur chaque brin d’herbe. Si le règne du péché a fait pousser des épines et des chardons, il y a des fleurs sur ces derniers, et les épines sont cachées par des roses. Tout dans la nature atteste les soins tendres et paternels de notre Dieu et son désir de nous rendre heureux. Ses défenses et ses ordres n’ont pas pour seul but de prouver son autorité; dans tout ce qu’il fait il a en vue le bien-être de ses enfants. Il ne leur demande pas d’abandonner ce qui pourrait leur être utile. L’opinion selon laquelle la religion nuit à la santé est une des erreurs les plus pernicieuses. L’Écriture nous dit: « La crainte de l’Éternel conduit à la vie. » (Proverbes 19:23)

Quel est l’homme qui prend plaisir à la vie,
Qui souhaite de longs jours pour goûter le bonheur?...
Garde ta langue du mal
Et tes lèvres des paroles trompeuses.
Détourne-toi du mal et fais le bien;
Recherche la paix et poursuis-la.
(Psaumes 34:13-15)

Mes paroles...sont la vie de ceux qui les trouvent,
Et la santé de tout leur corps.
(Proverbes 4:22)
La vraie religion rétablit l’harmonie entre l’homme et les lois divines, physiques, mentales et morales. Elle produit la maîtrise de soi, la sérénité, la tempérance, ennoblit l’esprit, épure l’appréciation des choses, sanctifie le jugement. Elle donne à l’âme un avant-goût de la pureté céleste. La confiance en Dieu et en sa souveraine providence allège le fardeau de nos tracas et de nos soucis. Dans la plus haute situation comme dans la plus humble, elle fait déborder le cœur de joie. La religion fortifie la santé, prolonge la vie et procure la jouissance de tous les bienfaits du ciel. Elle ouvre à notre âme une source intarissable de bonheur. Oh! si les hommes savaient combien les choses que Jésus-Christ leur offre sont supérieures à celles auxquelles ils aspirent! L’homme qui agit et qui pense contrairement à la volonté de Dieu fait à son âme le plus grand tort et la plus grande injustice. Il ne peut y avoir de joie réelle dans les sentiers interdits par celui qui n’a en vue que le bien de ses créatures et sait comment y contribuer. Le chemin de la transgression conduit au malheur et à la destruction, mais
Les voies de la sagesse sont des voies agréables,
Et tous ses sentiers conduisent à la paix.
(Proverbes 3:17)
L’étude du système d’éducation pratiqué par les Hébreux au point de vue physique autant que religieux n’est pas sans profit. Malheureusement, il est loin d’être apprécié à sa juste valeur, notamment en ce qui concerne les rapports intimes existant entre notre nature morale et intellectuelle et notre nature physique. Quoi de plus important pour la jeunesse que l’étude de notre merveilleux organisme et des lois de la santé?

En outre, aujourd’hui comme au temps d’Israël, il est indispensable à tout jeune homme de s’initier aux devoirs de la vie pratique et d’apprendre un métier. Cela est essentiel non seulement comme sauvegarde contre des vicissitudes possibles, mais aussi en vue du développement physique, mental et moral. Cette nécessité s’impose même à ceux qui croient n’avoir jamais besoin de travailler pour vivre. Nul ne peut conserver une forte constitution et une santé prospère sans exercices physiques. En consacrant une partie de leur temps au travail manuel, les jeunes gens apprendront à se suffire à eux-mêmes et se préserveront des pratiques dégradantes qui résultent si souvent de l’oisiveté. Tout cela est en harmonie avec le but primordial de l’éducation et tend à nous rapprocher du Créateur.

Si l’on faisait comprendre à la jeunesse que le but de l’existence est d’honorer Dieu, de faire du bien à son semblable et de la préparer à une haute destinée, on verrait des milliers de jeunes gens et de jeunes filles se détourner avec dégoût des ambitions mesquines et égoïstes, comme des plaisirs frivoles qui hantent leur imagination et leur cœur. Ils apprendraient à haïr le péché, non seulement dans l’espoir de la récompense ou dans la crainte du châtiment, mais parce que le péché est haïssable en lui-même, et que se mettre à son service, c’est dégrader les facultés que Dieu nous a prêtées en nous créant à son image.

Le Seigneur ne demande pas à la jeunesse d’être moins ambitieuse. Il ne veut pas qu’on étouffe en elle la volonté indomptable, l’effort vigoureux ou l’infatigable persévérance, pas plus que le désir de réussir et d’être honoré parmi les hommes. Par la grâce de Dieu, tous ces sentiments doivent être dirigés vers des buts aussi éloignés des intérêts égoïstes et temporels que les cieux le sont au-dessus de la terre.

Il y a plus. L’éducation commencée dans cette vie continuera dans la vie à venir. Dans ce monde-là, les œuvres merveilleuses de Dieu, les preuves de sa sagesse et de sa puissance créatrice, le mystère infini de son amour révélé dans le plan de la rédemption se présenteront à nous dans une beauté toujours nouvelle. « Ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a pas entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, mais que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. » (1 Corinthiens 2:9)

Dès maintenant, nous pouvons entrevoir quelques rayons de sa présence et j***r d’un avant-goût des joies célestes. Mais la plénitude de cette allégresse et de cette félicité ne sera connue que dans l’au-delà. Seule l’éternité nous révélera la glorieuse destinée à laquelle peut parvenir l’homme restauré à l’image de Dieu.

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