01/06/2018
ENSEIGNEMENT INITIATIQUE POUR LA FÊTE-DIEU.
Fête-Dieu. La Fête-Dieu, aussi appelée Fête du Saint-Sacrement, est souvent célébrée le jeudi qui suit la Trinité c’est-à-dire exactement soixante jours après Pâques (soit un jeudi entre le 21 mai et le 24 juin). Les catholiques la célèbrent le dimanche après la Trinité. Les gnostiques chrétiens la célèbrent souvent à la pleine lune du mois de juin, cette Fête devient alors pour eux le pendant symbolique de la Nuit-Mère, une Fête lunaire par excellence. Cette Fête commémore, depuis le XIIIe siècle, la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l’Eucharistie ; elle fut instituée officiellement le 8 septembre 1264 par le pape Urbain IV. Dans la bulle Transiturus qui institua la Fête-Dieu, le pape Urbain IV écrivit qu’« il est juste […] pour confondre la folie de certains hérétiques, qu’on rappelle la présence du Christ dans le très Saint-Sacrement ». L’histoire de cette Fête s’inscrit en effet dans le sillage du débat théologique suscité par Bérenger de Tours (998-1088) qui niait la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Le facteur essentiel qui a permis la création et la réception de la solennité de la Fête-Dieu a été une évolution de la foi populaire qui a accompagné les évolutions doctrinales de l’Église, grâce au développement du prêche et de l’enseignement. Cet éveil collectif s’est alors accompagné d’un désir de pouvoir vénérer l’hostie pendant la Messe, et c’est à Paris, à la fin du XIIe siècle, que l’existence du rite de l’élévation dans la Messe est attestée pour la première fois.
Fondamentalement la Fête-Dieu célèbre alchimiquement les trois substances étagées dans le creuset du disciple : la lune, la mère nourricière et l’enfant alchimique (l’homunculus). Si la solennité de la Fête-Dieu met en avant le Corpus Domini, le Corpus Christi, le pain sacré, capable de condenser la présence du Christ lui-même au cours du sacrifice eucharistique, elle établit surtout un pont harmonieux avec la Fête du Précieux-Sang qui vient par la suite (le 1er juillet) et qui élève le vin comme un sang pneumatique sous la descente de l’Esprit Saint. Ainsi pourra-t-on entendre que le pain sacré symbolise le Mercure hermétique, et que le vin peut figurer le Soufre ; et c’est la puissante affirmation du souffle céleste, celui de l’Eprit-Saint, qui va sceller (par un Sel numineux et transcendé) toute la possibilité transmutatoire de la Messe. La matière, incorporée par le feu de l’Esprit lui-même, va se spiritualiser, et l’âme va recouvrer son intégrité, sous la vectorisation énergétique de l’Archée. L’être profond, qui veut s’élever vers sa Réintégration, va percevoir véritablement le Saint Sacrement et trouver le terme même de sa conscience propre, franchir la limite physique qui va appeler, sous la Lumière, la régénérescence, ou la renaissance, dans l’unité originelle. Cette Alchimie interne – déclenchée sous le miroir de l’Alchimie des matières – permet enfin, puisque nous parlons ici de disciples (dont certains sont des Adeptes) qui ont absorbé une partie de la pierre, de se débarrasser, depuis le cœur même de la Divinité, de toutes les formes du mental qui encombrent et paralysent encore l’éveil mystique. La Fête-Dieu est donc une Fête de réconciliation intérieure, un moment privilégié où l’on peut remercier d’avoir pu réussir à mettre fin à la division intérieure, d’avoir pu accéder à la non-dualité, à la coïncidence des opposés. L’initié, sous la force de la Voie Sacerdotale, s’arrache davantage à la superficialité de la matière, et peut célébrer l’achèvement de toutes les formes de la dissociation, la disparition des rigidités acquises : le Corpus Christi est avant tout un symbole (ce qui rassemble) de communion interne individuée, de fusion avec soi-même, avant de s’ouvrir à l’expérimentation de la Divinité et, enfin, de s’offrir au basculement dans le cœur de la Divinité elle-même sous une ascension mystique généralement spectaculaire (Transfiguration). Si la Fête-Dieu est une Fête lunaire, c’est parce qu’elle incorpore, de façon occulte, la féminité divine – l’Esprit-Saint, le scel – aux opérations hermétiques sous la Voie Sacerdotale, et qu’elle est capable de dévoiler en ce scellement le sens ultime de la vie terrestre : la circulation du cosmique vers le tellurique, puis du tellurique vers le cosmique, va pouvoir être éprouvée dans la cérémonie elle-même, jusqu’à ce que, par la contemplation du Saint Sacrement, les êtres préparés puissent s’élever au seuil de la Porte, jusqu’à la possibilité d’accéder à l’intervalle. En effet, la liturgie gnostique contient en son creuset les éléments spirituels propres à cette élévation et, par la puissance même de la Tradition, est-elle capable de donner à l’exercice alchimique un relief immanent absolument phénoménal. Le laboratoire est complémentaire de l’oratoire, et rien ne peut, dans la Voie Sacerdotale, être réalisé par l’un sans que l’autre n’y soit intégré. La liturgie n’a aucun sens sans l’opérativité de la transmutation sur les matières, mais cette transmutation n’a aucun intérêt si elle n’atteint pas l’intégrité de l’être mystique. « Son caractère cosmologique apparente étroitement le mystère alchimique au mystère marial, tous deux liés à celui de la Rédemption, du salut et de la délivrance. Ontologiquement évidente, la relation qui s’établit entre la pratique de l’art sacerdotal et la célébration du sacrifice chrétien est historiquement démontrée, depuis qu’il a été établi que certaines des plus anciennes liturgies de la Gaule comportaient des fragments entiers de livres hermétiques alexandrins. Toutes ces liturgies contiennent en outre des citations de textes sacrés de l’Ancien Testament préfigurant l’incarnation du Sauveur dans les flancs de la Vierge sous le voile, parfois très transparent de la corporification de l’esprit universel au sein du sujet de l’art. » (Séverin Batfroi).
D’Hildegarde de Bingen : « Car, pendant que ladite clarté irradie ainsi cette oblation, elle l’élève, de façon invisible, vers les secrets du ciel… : pendant que ce même éclair de feu, comme il a été dit, inonde ce sacrement de ses rayons, l’entraîne vers le haut, par une vertu invisible, auprès des choses cachées que l’œil mortel n’est pas capable de voir..., et à nouveau, le renvoie de haut en bas vers ce même autel : c’est qu’il le dépose, dans une grande douceur, en contemplant son abaissement, sur la table de sanctification ; comme un homme attire en lui son souffle et ensuite le rejette au-dehors : pendant que, selon l’admirable disposition de Dieu, il envoie en lui-même le souffle de la vivante animation qui le fait vivre, et ensuite, pour pouvoir vivre, le rejette hors de lui-même, cette même oblation est devenue chair et sang véritables, bien qu’au regard des hommes elle apparaisse comme du pain et du vin : c’est est que, comme Dieu est véridique, sans mensonge, de même cette élévation du sacrement est une élévation solide que nul ne peut jeter à bas, chair et sang véritables, sans tromperie : car, tout comme l’âme trouve véritablement sa force dans la chair et le sang pendant que l’homme vit dans son corps, de même, il y a le même mystère dans le pain et le vin, où il est honoré par une véritable célébration quand il apparaît aux hommes sous cette forme ; car, tout comme l’œil aveugle de l’homme ne peut voir parfaitement Dieu, de même l’homme n’est-il pas capable de contempler corporellement ces mystères, car, de même que l’homme voit le corps de l’homme et non son esprit, de même l’homme peut-il voir le pain et le vin, et non pas ces sacrements ».
La Messe de la Fête-Dieu comporte tout d’abord une procession où le prêtre porte l’Eucharistie dans un ostensoir. Autrefois chez les catholiques cela se faisait au milieu des rues et des places, qui étaient souvent richement pavoisées de draperies et de guirlandes. On abritait alors l’ostensoir sous un dais porté par des notables. Le cortège marchait sur un tapis de pétales de roses que des enfants jetaient sur le passage du Saint-Sacrement. Chez les gnostiques, de nos jours, la procession se fait dans des lieux discrets, et plutôt à la nuit pour que l’ostensoir soit lunarisé. Cette hostie spéciale, qui déambule à la Fête-Dieu, sera l’hostie de la Messe à la Fête du Précieux-Sang. Les fidèles présents à la cérémonie portent des bouquets de roses, et l’ostensoir, qui trône à la fin de la procession sur l’autel, est béni selon un antique rituel médiéval, qui comprend la sacralisation alchimique de l’athanor, et une invocation très particulière à la Pierre en formation. Cette Fête ouvre ainsi la préparation de la future année alchimique en formation.
Tau Sendivogius, Patriarche +++++