29/07/2024
Corinthe – Une Ecclésia divisée
25.08.24. Lectures : 1 Rois 20, Jérémie 47, 1 Corinthiens 6
Lors du deuxième voyage missionnaire de l’apôtre Paul, il a été dirigé par l’Esprit vers la Grèce. La Grèce avait été divisée par les Romains en deux provinces : au nord, il y avait la Macédoine et au sud, l’Achaïe. Le récit des Actes nous parle de l’œuvre de Paul en Macédoine, en particulier à Philippes, Thessalonique et Bérée ; sa prédication dans ces lieux a entraîné une réponse significative. Après avoir quitté la Macédoine, en Actes 17 Paul a pris la direction du sud en Achaïe et s'est rendu à la ville d'Athènes, où sa prédication n'a pas été bien accueillie, et nous ne trouvons aucune mention d’une ecclésia étant établie là. Dans l’ensemble, les Athéniens ont refusé de prendre au sérieux le message de Paul : par conséquent, il a quitté cette ville et il n’est jamais revenu.
Ensuite, au commencement d'Actes 18, nous découvrons que Paul a atteint Corinthe, la capitale administrative d'Achaïe. C’était une ville riche, cosmopolite et commerçante, qui était également bien connue pour être licencieuse. Si la réponse à la prédication à Athènes était négative, Corinthe serait-elle meilleure ? Il semble que l’apôtre avait besoin d’être rassuré pour visiter cette ville et le Seigneur lui a parlé en vision pendant la nuit en disant, « ne crains point ; mais parle, et ne te tais point, car je suis avec toi, et personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal : parle, car j'ai un peuple nombreux dans cette ville » (Actes 18 :9-10).
Une ecclésia avait en effet été établie à Corinthe. Cependant, en parcourant la première épître aux Corinthiens, nous remarquons que certains des problèmes de la ville se sont glissés dans l’ecclésia. Il existait des divisions et des problèmes d’immoralité ainsi que ceux liés aux litiges et au mariage. Il y avait des difficultés concernant l’idolâtrie et des questions quant à la nécessité de se couvrir la tête. Il existait également du désordre à la fraction du pain, de l’abus des dons spirituels ainsi que des questions doctrinales. Malgré tout cela, l’épître commence par un salut chaleureux :
« Paul, appelé à être apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu … à ceux qui ont été sanctifiés en Jésus Christ, appelés à être saints … je rends à mon Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Jésus Christ, car en lui vous avez été comblés de toutes les richesses qui concernent la parole et la connaissance … dans l'attente où vous êtes de la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ » (1 Corinthiens 1 :1-7).
Dans ses paroles d'ouverture, Paul a exprimé qu'il était « appelé à être apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu ». Cela rappelait à ses lecteurs son autorité et aussi sa préparation pour l’œuvre. Paul était parfaitement conscient de cela ; le même rappel est exprimé dans les versets d'ouverture de 2 Corinthiens, Galates, Éphésiens, Colossiens et 1er et 2ème Timothée. En outre, en écrivant aux Galates, Paul fait la déclaration remarquable que « Dieu m’avait mis à part dès avant ma naissance et, dans sa grâce, il m’a appelé à le connaître. Aussi, dès qu’il lui a plu de révéler en moi son Fils pour que je l’annonce aux non-Juifs » (Galates 1 :15,16 Bible du Semeur). Paul était un pharisien, c'est-à-dire un individu séparé, comme le nom l'indique. Il s’est rendu compte qu’il y avait eu une autre séparation, inconnue de lui à l’époque. Il a été mis à part pour sa grande œuvre de prédication aux Gentils dès le sein de sa mère et il pouvait maintenant voir la main de Dieu dans les circonstances qui avaient influencé sa vie.
On nous donne quelques détails de la vie antérieure de Paul dans le Nouveau Testament. Il était juif, instruit aux pieds de l’un de leurs plus grands enseignants. Il est né à Tarse, une ville où l’influence grecque dominait ; il avait une connaissance plus approfondie du monde que les autres apôtres. Il était également un citoyen romain, ce qui conférait des privilèges importants. En grandissant, le jeune Saül de Tarse n'aurait pas pris conscience de l'importance de ces facteurs qui se sont réunis dans sa vie ; ce n'est que plus t**d qu'il les a remarqués. Il s’agissait d’une préparation essentielle à l’œuvre qu’il devait accomplir. Il est facile de saisir l'importance de la préparation de Paul en tant qu’« instrument choisi » (Actes 9 :15), mais nous ne percevons pas la « volonté de Dieu » qui s’accomplit dans notre propre expérience. Jésus a déclaré que « nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » (Jean 6 :44). Dieu nous attire par sa parole. Le verset suivant dit clairement : « Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu » (verset 45). Ainsi, comme Paul, nous devons reconnaître la main de notre Père céleste quand il nous a amenés à la Vérité et qu’elle est également présente dans nos diverses expériences de vie le long de notre chemin vers le Royaume.
Dans son salut d’ouverture aux Corinthiens, Paul leur rappelle qu’ils sont sanctifiés et appelés à être saints, que la grâce de Dieu leur est accordée et qu’ils se préparent à la venue de son Fils du ciel. Si la lettre se terminait à 1 Corinthiens 1 :9, on pourrait penser qu'il s'agissait d'une ecclésia presque parfaite. Il est important de souligner que, même si Paul persiste à réprimander, il commence par un salut fraternel et un rappel de leur espoir et de leur communion dans le Seigneur Jésus-Christ. Cela devrait nous guider dans notre approche des problèmes ecclésiaux. Il peut arriver que la réprimande soit nécessaire, mais il est toujours préférable de louer en premier. Il faut que nous soyons conscients de la grâce qui nous est accordée dans le Christ et nous devons chercher à nous encourager les uns les autres.
Ensuite, Paul commence à aborder les problèmes, et il choisit de traiter d’abord la question des factions dans l’ecclésia (1 Corinthiens 1 :10 à partir). C’est un point important à noter. Avec tous les problèmes qui existaient, pourquoi commencer par cela ? Tout d’abord, cela nous montre à quel point Paul prenait ce problème au sérieux. Dans Proverbes 6 :16-19, le sage énumère les choses que le Seigneur Dieu hait et l’un d’eux est « l’homme qui sème la discorde entre des frères » (Bible du Semeur). Il se peut qu’à Corinthe cette « discorde » ait contribué à d’autres problèmes. Certes, jusqu’à ce qu’il soit résolu, il ne serait pas possible pour l’ecclésia d’aborder d’autres questions d’une manière appropriée : il était nécessaire que l’ecclésia soit d’abord unie. Cela n’ajoute-t-il pas également une autre signification aux paroles d’encouragement de Paul dans 1 Corinthiens 1 ? En soulignant au début les choses qu’ils partageaient en commun, il montrait également, par implication, qu’il n’était pas juste qu’ils soient divisés. Il écrit :
« Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment » (1 Corinthiens 1 :10. Voir également 11 :18, 12 :25).
Ils n’étaient pas physiquement séparés les uns des autres, mais ils avaient formé des groupes au sein de l’ecclésia. Paul les exhorte à être « parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment ». Notre unité en tant que frères et sœurs dans le Christ dans notre communion mondiale en dépend. À Corinthe, cependant, ils n’étaient pas tous du même esprit. Paul poursuit en déclarant que « j'ai appris à votre sujet … qu'il y a des disputes au milieu de vous » (verset 11). Le mot grec traduit « disputes » indique des conflits ou des querelles. Paul utilise ce même mot grec au chapitre 3 :2,3. « Vous êtes encore charnels. En effet, puisqu'il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n'êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ? ». Les disputes ne sont pas une qualité spirituelle, mais un produit de la pensée humaine et de l’esprit de la chair. Dans Galates 5 :20, Paul inclut les disputes comme l’une des œuvres de la chair et il faut que nous les évitions. Au lieu de cela, nous devons être du même esprit, croyant les mêmes choses.
Il y a d'autres preuves du conflit qui affecte cette ecclésia dans la lecture d'aujourd'hui, 1 Corinthiens 6. Les questions de litige et de séparation sont mises au premier plan, et Paul fait valoir son argument en posant la question répétée « ne savez-vous pas ? ». Il semble que certains membres de l'ecclésia préconisaient de se tourner vers les tribunaux païens pour régler leurs différends. C’est pourquoi Paul demande, sans doute pour leur faire honte et avec un sens de l’ironie, comment ils peuvent s’attendre à décider de grandes questions alors qu’ils ne peuvent même pas régler des questions mineures entre eux ? Puisque l’avenir est entre leurs mains, pourquoi prendre de petites affaires individuelles aux autres?
C’est un rappel pour nous tous que c’est une période de probation et que nos vies dans la Vérité sont destinées à nous entraîner pour la vie de l’âge à venir. Nous devons nous assurer que nous sommes motivés, non pas par l’esprit du monde, mais par l’esprit du Christ qui, comme nous nous souvenons semaine après semaine, « est mort pour nos péchés … et … est ressuscité le troisième jour » (1 Corinthiens 15 :3-4), nous ouvrant ainsi une voie de salut en lui.
(Toutes les références sont tirées de la version Louis Segond sauf indication contraire)
Frère Roger