Signes tangibles de nos racines chrétiennes, les nombreuses chapelles présentes dans nos villages, ainsi qu'aux croisées de nos chemins, ne constituent pourtant pas seulement de simples vestiges, témoins d'un passé révolu. En effet, ce patrimoine religieux fait, aujourd'hui encore, partie intégrante de nos habitats et de nos paysages ruraux. Si certaines de nos chapelles semblent bel et bien délai
ssées, voire vandalisées, la plupart d'entre elles demeurent toutefois discrètement mais assidûment visitées, soigneusement fleuries et fidèlement entretenues. Certes, il nous arrive trop souvent de passer devant elles sans leur prêter toute l'attention qu'elles mériteraient, et cela d'autant plus que nous avons cette fâcheuse tendance à négliger les déplacements pédestres. Cependant, elles ne réclament qu'à pouvoir nous accueillir, fût-ce même pour un bref instant, afin de nous donner l'occasion de goûter combien elles sont susceptibles de nous offrir un espace de silence, de paix et de recueillement, propice à la rencontre personnelle avec le Seigneur, dans la prière. Mais pourquoi donc, me rétorquera-t-on, accorder une telle importance à ces chapelles, au point de leur consacrer tout un ouvrage ? Parce qu'elles sont le reflet, l'émanation et l'extériorisation de la piété populaire, et forment le lieu privilégié où une telle piété peut s'exercer et s'incarner. Or, la piété populaire constitue une « expression authentique de l’action missionnaire spontanée du peuple de Dieu » (Sa Sainteté le Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium du 24 novembre 2013, n. 122), qui « porte en elle la grâce de la mission, du sortir de soi et d'être pèlerins » (op. cit., n. 125). En outre, « dans la piété populaire, puisqu’elle est fruit de l’Évangile inculturé, se trouve une force activement évangélisatrice » (op. cit., n. 126). Enfin, même si elles ne prétendent pas rivaliser avec les grandes cathédrales gothiques ou d'autres joyaux de l'art sacré, nos petites et humbles chapelles participent assurément de la via pulchritudinis, ce « sentier qui aide à rencontrer le Seigneur Jésus » (op. cit., n. 167) et permet de « atteindre le coeur humain et faire resplendir en lui la vérité et la bonté du Ressuscité (...), le Fils fait homme, révélation de la beauté infinie » (op. cit., n. 167). Puissions-nous donc toujours davantage nous réapproprier nos chapelles aux portes toujours ouvertes (cf. op. cit., n. 46 et 47), les visiter, nous y arrêter et y prier, afin que se poursuive la germination et la croissance des semences du Royaume de Dieu sur nos terres d'évangile, et que les fruits de la moisson toute proche, mêlés au levain de la joie évangélique des baptisés (cf. cit., n. 1), se répandent jusqu'aux contrées qui nous semblent les plus éloignées, pour les féconder à leur tour, et y « rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile » (op. cit., n. 20) !