06/09/2026
La compassion du Christ, source et modèle de la charité fraternelle
(sermon de la messe en latin)
Les textes de la liturgie de ce jour s’articulent d’une manière admirable autour du mystère de la compassion. Dans l’Évangile, nous contemplons le Cœur du Sauveur qui se laisse émouvoir jusqu’aux entrailles devant la détresse d’une mère en deuil à Naïm. Dans l’Épître, saint Paul tire les conséquences pratiques de cet amour divin pour notre vie quotidienne, en nous ordonnant de porter les fardeaux les uns des autres. C'est ce lien indissociable entre la miséricorde du Christ et notre devoir de charité fraternelle que l'Église nous invite à méditer aujourd’hui.
En approchant des portes de Naïm, le Seigneur croise un cortège de mort. Face à cette v***e qui perd son fils unique, Jésus ne reste pas un spectateur distant. Il est saisi d’une compassion profonde, une émotion divine et sacrée qui déploie la toute-puissance de sa grâce. En disant à cette femme de ne plus pleurer et en ordonnant au jeune homme de se lever, le Christ montre que sa miséricorde n'est pas un simple sentiment affectif, mais une force victorieuse qui terrasse la mort et restaure la vie.
Ce miracle accompli aux portes de la cité préfigure notre propre Rédemption. Nous étions nous-mêmes spirituellement morts, emportés par le poids de nos péchés, et c’est la compassion purement gratuite de Notre-Seigneur qui est venue nous toucher à travers les sacrements pour nous rendre la vie de l’âme.
Cette compassion dont nous sommes les bénéficiaires devient la règle suprême de notre vie de baptisés. Saint Paul nous rappelle que si nous vivons par l’Esprit Saint, nous devons marcher sous Sa conduite. Et le premier fruit d'une vie selon l'Esprit consiste à bannir la vaine gloire, les rivalités et les jalousies, pour apprendre à porter les fardeaux les uns des autres.
Ces fardeaux sont multiples. Ce sont les épreuves matérielles, les souffrances physiques et les deuils qui frappent nos familles. Mais ce sont aussi les pesanteurs psychologiques, les limites de caractère et les faiblesses spirituelles de nos proches. La véritable compassion ne consiste pas à fermer les yeux sur le mal ou à approuver le péché, ce qui serait une fausse charité. Elle consiste à détester la faute tout en aimant immensément le pécheur, en l'aidant à se relever avec un esprit de douceur et d’humilité, conscients de notre propre fragilité.
L’Apôtre nous avertit solennellement : ce que l’homme aura semé, il le récoltera. Celui qui sème pour sa propre chair, dans l'égoïsme, le repli sur soi et la dureté de cœur, récoltera la corruption. Mais celui qui sème pour l’Esprit, en s'engageant concrètement au service de ses frères, récoltera la vie éternelle. Pendant que nous en avons le temps, nous sommes appelés à multiplier les actes de miséricorde, tant corporels que spirituels, en prêtant une attention particulière à ceux qui souffrent, aux affligés et aux mourants.
En recevant dans quelques instants la Très Sainte Eucharistie, le Sacrement par excellence du Cœur compatissant de Jésus, demandons la grâce d’une profonde conversion. Que la communion au Corps et au Sang du Christ transforme nos cœurs de pierre, afin que nous sachions pardonner, soutenir et réconforter. Par l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Miséricorde, devenons les instruments vivants de cette compassion divine qui console les hommes et les ramène à la Vie.
La résurrection du fils de la v***e de Naïm, anonyme (19e siècle)