17/09/2025
Communiqué de presse
Détournement présumé de fonds européens, fausses déclarations et abus d’autorité autour de la démolition de la chapelle Saint-Joseph à La Louvière
Un passage en force malgré des avis défavorables ?
Il y a quelques jours, l’ASBL Communauté Historia a déposé une plainte pénale auprès du Procureur du Roi de Mons concernant la démolition de la chapelle Saint-Joseph à La Louvière.
Cette plainte vise des faits présumés d’abus d’autorité, de fausses déclarations et de détournement de fonds européens dans le cadre d’un projet financé par le Plan national pour la reprise et la résilience (PRR).
Érigée au XIXᵉ siècle et inscrite à l’Inventaire du patrimoine monumental, la chapelle néo-gothique Saint-Joseph constitue un repère identitaire et patrimonial majeur.
Malgré une série d’avis défavorables (AWaP, SPW Territoire, Collège communal, CCATM), un permis de démolition a été octroyé en août 2024 par le ministre compétent. Pour l’association, cette décision s’apparente à un passage en force sur l’ensemble de l’administration et contrevient aux obligations européennes.
Un rapport technique controversé ?
Au cœur du dossier figure le rapport du bureau TRIÈDRE, rédigé en 2019 et finalisé en 2021, soit quatre ans avant la demande de permis. Jugé obsolète et lacunaire, ce rapport est entaché d’un conflit d’intérêts manifeste puisque le même bureau est maître d’œuvre du projet neuf.
Il omet des informations essentielles, reconnaît la faisabilité d’une réhabilitation tout en concluant à une démolition et a servi de base à la demande de financement européen. Pour l’association, il s’agit d’une fausse déclaration permettant de présenter le projet comme « inévitable » et d’obtenir des crédits européens auxquels il n’était pas éligible.
Le même bureau TRIÈDRE est également à l’origine d’un rapport critiqué à Binche dans le cadre du projet de démolition de l’église des Récollets, un dossier que le ministre a lui-même publiquement jugé regrettable.
Cette récurrence interroge la qualité et l’indépendance des analyses techniques utilisées pour justifier des destructions patrimoniales d’ampleur.
Sept experts indépendants (architectes, ingénieurs et universitaires belges et étrangers) confirment que la chapelle n’était pas en péril, que des solutions proportionnées de restauration existaient et qu’une réhabilitation aurait généré quatre à cinq fois moins d’émissions de CO₂ qu’une reconstruction neuve.
Des fonds européens au cœur du scandale
Le projet bénéficie d’un financement PRR de 3,2 millions d’euros, censé répondre à des critères stricts en matière écologique, climatique et de durabilité. Or, selon l’association, aucune analyse de cycle de vie (ACV), fiche DNSH, ni plan de réemploi des matériaux n’a été fournie, alors que ces documents sont obligatoires pour démontrer l’impossibilité d’une rénovation avant toute démolition-reconstruction.
Les matériaux annoncés reposent principalement sur du béton et des isolants d’origine pétrolière, sans recours aux filières belges, et la durée de vie estimée du nouveau bâtiment est inférieure à cinquante ans. Cela contredit directement les objectifs de robustesse, de neutralité carbone et d’économie circulaire du PRR.
Dans son rapport d’expertise environnementale remis en juillet 2025, le Dr Pascal Simoens estime :
« Le projet de démolition de l’église Saint Joseph, dans sa forme actuelle, n’offre pas de garantie pour remplir les conditions minimales permettant de justifier une conformité au principe DNSH. Il présente des failles méthodologiques, des lacunes documentaires et une orientation générale incompatible avec les exigences du PNRR. »
Selon l’expert, ces lacunes violent l’esprit du principe DNSH et invalident l’éligibilité du projet aux fonds européens.
Les demandes de l’association
La Communauté Historia demande :
L’ouverture d’une enquête pénale,
La transmission du dossier à l’OLAF, à la Cour des comptes et à la Commission européenne,
La suspension immédiate des financements PRR tant que la lumière n’est pas faite sur l’ensemble de l’affaire.
Pour l’association, ce dossier illustre « un échec majeur de bonne gouvernance en Wallonie ».
Pour un projet à la hauteur des enjeux
L’association appelle à ce que les projets financés par des fonds publics européens soient confiés à des équipes compétentes, engagées et respectueuses des engagements climatiques et patrimoniaux. Un tel projet requiert des compétences solides, une qualité irréprochable et un respect réel des artisans ainsi que de l’économie locale.
« La médiocrité n’est plus une option », conclut la Communauté Historia.
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