15/08/2026
Méditation 20ème dimanche du T.O. - année A (16 août 2026).
Ce n’est pas moi, c’est toi !
Quelqu’un disait : Jésus, dans sa vie, il n’a fait que tourner autour d’un lac ! Il voulait montrer la modestie des déplacements de Jésus sur la terre à côté des voyages de saint Paul et de Jean-Paul II !
Façon de nous rappeler en subliminal que la patronne des missions est sainte Thérèse de Lisieux qui n’a jamais quitté son couvent !
Pourtant, Jésus, nous dit l’évangile de ce jour, quitte les rives du Lac de Tibériade et se retire dans la région de Tyr et de Sidon, (c’est-à-dire : le Liban actuel !). Il fait un saut de puce, mais il est en territoire païen chez les descendants des Cananéens mis à la porte par les juifs quand ceux-ci firent la conquête des lieux. Bienvenue quand même !
Question : Pourquoi Jésus se retire-t-il là-bas ? Mystère ! Personne n’est dans sa tête.
Mais il est quand même curieux de constater que chaque fois que Jésus sort de son trou, ça annonce toujours une rencontre à forte connotation de salut. Il a fallu que Jésus aille en Samarie pour qu’une Samaritaine, retournée comme une crêpe, fasse sa réclame auprès de ses compatriotes et que d’ennemis des juifs qu’ils étaient, ils finissent par accueillir avec grand enthousiasme un Rabbin juif à leur table.
Ici, c’est pareil. Jésus est en Canaan et voici qu’une cananéenne arrive toute bouleversée par la maladie de sa fille tourmentée par un démon. Que c’est beau le cœur d’une maman ! Capable de toutes les folies pour sauver son enfant.
Elle crie devant tout le monde et adresse à Jésus deux titres de la foi juive : Seigneur, fils de David.
Et Jésus ne lui répond pas !
Elle fait tellement de tapage que les disciples supplient Jésus de la renvoyer car elle devient ingérable. Oui, c’est une habitude chez les disciples de renvoyer les gens pour avoir la paix. En fait, tout les dérange !
Mais Jésus qui ne répond pas, ça, c’est bizarre ! On dirait qu’il s’est levé du mauvais pied, et qu’il n’est pas à prendre avec des pincettes ! Ça peut arriver aux meilleurs !…
En plus il dit à la femme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pour dire ça, il aurait mieux fait de se taire. Ce n’était pas le lieu ni le moment d’en rajouter. Décidément, ce n’est pas son jour !
Une porte vient de se fermer définitivement.
Mais, c’est mal connaître la résistance d’une maman blessée dans sa maternité. Jésus va l’apprendre à ses dépens et s’il ne le sait pas encore, il va l’apprendre : Ce que femme veut, Dieu le veut !
En effet, au grand dam des disciples, la Cananéenne se met à tomber comme un sac aux pieds de Jésus qui ne sait plus avancer : Seigneur, viens à mon secours !
Jésus ne cède pas. Il n’est pas du genre comme les disciples à se débarrasser de quelqu’un pour avoir « la paix ».
Il répond à la femme : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.
N’importe qui serait parti, furieux, après un tel affront, raciste en plus !
Pas la Cananéenne !
À chaque réponse de Jésus, elle avance ses pions mais avec tellement d’humilité.
On dirait qu’elle sort de l’Institut Supérieur de la Diplomatie. En diplomatie, on sait ce que les mots veulent dire et ce qu’ils cachent quand on les entend en subliminal !
Finaude, la Cananéenne a perçu la perche que Jésus vient de lui tendre. D’abord, Jésus n’avait pas répondu. Ensuite, il avait marqué sa différence : priorité aux juifs. Et, quand la femme était tombée à ses pieds en réclamant son secours, Jésus avait répondu en prenant une image : il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Jésus n’avait pas dit : aux chiens !
« Les chiens », c’est ainsi que les juifs et les païens s’injuriaient réciproquement en se lançant à la figure tous les noms d’oiseaux du capitaine Haddock.
Mais Jésus a dit : aux petits chiens et ça, ça n’a pas échappé à la Cananéenne.
C’est comme si Jésus venait de lui dire :
Tu sais, la mission que j’ai reçue de mon Père, elle me conduit d’abord vers les juifs préparés de longue date par les prophètes pour qu’ils soient la lumière des nations païennes et leur révèle que les païens, eux aussi, sont les bien-aimées de Dieu.
Mais, voilà : les autorités juives ne cessent de me rejeter et de me tendre des pièges, c’est pourquoi, je suis venu ici dans ta région en terre païenne pour trouver un peu de repos et de consolation. Et qu’est-ce que je constate, avec une joie immense, c’est que vous, les païens, comme ils disent, vous venez à moi, vous me faites confiance et vous me demandez ce que j’ai le plus envie de leur donner : l’amour de mon Père !
Tu viens de m’appeler : Seigneur et Fils de David.
Et, avec tellement d’humilité, tu as repris au bond ma petite histoire de pain, d’enfants et de petits chiens… Mais justement, Seigneur, m’as-tu dis : les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres…
Tu as parfaitement compris que les païens font partie eux aussi de la maison de mon Père à cause de leur foi bien sûr. C’est la foi qui fait les fils et les filles de Dieu.
Pas la nationalité, ni l’hérédité…
C’est pourquoi, ma chère maman, j’ai craqué. Tu m’as touché, tu m’as converti, tu m’as fait faire un bond dans la connaissance que j’avais de la volonté de mon Père. Tu as senti mon cœur vibrer de tendresse et de compassion pour toi… et quand j’ai vu le démon sortir de ta fille, j’ai eu la confirmation que j’avais bien accompli la volonté de mon Père. Avec lui, c’est toujours ainsi. C’est comme ça qu’il fait avancer les affaires : il attend que des gens de foi, comme toi, se lèvent pour défendre les pauvres avec des entrailles maternelles.
Eh bien ! Chers frères et sœurs, retenez bien ceci : les réponses aux questions que les défis d’aujourd’hui nous posent, nous ne pourrons jamais les trouver en regardant en arrière. Elles doivent nécessairement venir de l’avenir, car c’est à nous qu’il appartient de faire naître un monde nouveau, de faire avancer le Royaume de Dieu en inventant la fraternité, en osant la foi. En osant dire en toute vérité à Dieu : Notre Père.
C’est bien ta foi, ô Femme de Canaan, qui a guéri ta fille.
Ce n’est pas moi, c’est toi qui l’as sauvée !
Michel Diricq.