22/05/2026
Méditation 7ème dimanche de Pâques (17 mai 2026)
Dans l’attente du Don de Dieu
Alors que les apôtres ont vu Jésus vivant, alors qu’il les a envoyés porter l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre, ils ne se mettent pas tout de suite en route. Jésus leur avait d’ailleurs demandé de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père (Ac 1, 4). Cette promesse, c’est la force (la dunamis en grec) de l’Esprit Saint.
Un don accueilli dans la prière
L’Esprit Saint, c’est un don, c’est même le don de Dieu par excellence. Lors de la confirmation, l’onction de Saint Chrême est accompagnée de cette parole : Sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. Recevoir un don suppose une attente, une ouverture, un accueil. Et c’est bien ce que vit la toute première et toute petite Église dans la chambre haute : Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. Il n’y a pas que les apôtres (eux qui ont abandonné Jésus), il y a aussi des femmes et parmi elles, Marie (elles qui sont demeurées debout au pied de la croix). Ils et elles entrent en retraite, en neuvaine, du quarantième (Ascension) au cinquantième jour (Pentecôte) où la Pâque va pleinement s’accomplir.
L’Église ne prend vraiment son envol que lorsqu’elle reçoit la puissance de l’Esprit Saint. Dans la chambre haute, cette Église naissante, n’élabore pas un plan de conquête ou même d’évangélisation du monde. Elle est tout simplement si l’on peut dire, en attente, d’un même cœur, assidue à la prière. La force de témoigner jusqu’aux extrémités de la terre ne vient pas des capacités de ces femmes et ces hommes, mais de ce don de Dieu par excellence qu’est son Esprit. C’est lui qui est le démarreur de l’Église comme Église qui annonce l’Évangile à tout humain, simplement parce qu’il est humain.
Et d’abord, c’est cet Esprit qui vient reposer sur chacune et chacun, qui fait savoir ce qui s’est joué dans la mort en croix de Jésus. Cette croix n’est pas une malédiction, le rejet de Jésus par Dieu. Elle est, au contraire, la bénédiction par excellence car là, Jésus a aimé les siens jusqu’à l’extrême. Pour accueillir ce Messie serviteur qui donne la vie en donnant sa vie, il faut bien ce don de l’Esprit. Et c’est dans cet Esprit que nous pouvons nous ressouvenir de tout ce qu’il nous a dit et livré (Jn 14, 26).
Un Esprit qui fait sortir
Enracinée dans le Crucifié Ressuscité, l’Église trouve dans l’Esprit le dynamisme fondamental de la sortie. Le Pape François nous l’a constamment rappelé : nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile (« La joie de l’Évangile », n° 20). Dans ce dynamisme, la première Église aura l’audace de sortir du carcan de la Loi, pourtant précieuse, de Moïse pour ouvrir l’Évangile aux païens.
Aujourd’hui encore, nos vieilles Églises ont besoin, pour être vraiment l’Église du Christ, d’accueillir la puissance de l’Esprit Saint.
Elles doivent le faire, d’une part en se rassemblant dans une prière qui demande et accueille ce don. Les neufs jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte nous éveillent à cette assiduité dans la prière. Mais a-t-elle vraiment une place dans nos Églises ? Quelle place laissons-nous, au-delà des célébrations, à une prière silencieuse et fidèle qui nous ouvre au Don de Dieu ?
Et ce don de l’Esprit vient bousculer cette Église en naissance, il lui donne la force de sortir, d’aller, comme Pierre le fera au jour de la Pentecôte, au-devant de tous ceux qui sont là. Il leur donne aussi la force d’accueillir ceux qui viennent à eux d’où qu’ils viennent.
Et cela doit interpeller nos vieilles Églises. Combien de chrétiens ne voient plus que ce qui disparaît alors même que tant de jeunes adultes, chez nous, demandent à devenir chrétiens ! Un professeur de religion me racontait qu’un jour, un de ses élèves demande à lui parler. Sa question était inattendue : que dois-je faire pour devenir chrétien ? Nous retrouvons plusieurs fois une question de ce type au fil des Actes des Apôtres. Mais l’entendons-nous aujourd’hui ? Et sommes-nous prêts à y répondre ? Sommes-nous prêts à bousculer les habitudes de nos Églises, de nos paroisses, pour accueillir ce que suscite le Souffle de Dieu dans les périphéries, en ces extrémités de la terre qui sont tout près de chez nous ?
Oui, cet Esprit fait naître l’Église. Et, comme en toute naissance, il la fait naître en la bousculant.
Paul Scolas