29/05/2026
Et si vous appreniez à lire la Bible dans sa langue originale ?
Quand on ouvre l'Ancien Testament en français, on entre dans un monde immense : celui d'Abraham, de Moïse, de David, des psaumes, des prophètes, de la création et de l'alliance. Mais on le lit à travers une traduction. Et les traductions sont précieuses, elles nous permettent d'entendre la Parole de Dieu dans notre langue maternelle. Mais "traduire, c'est trahir" et parfois, derrière un seul mot français, l'hébreu cache une richesse étonnante.
Prenons quatre exemples pour le découvrir ensemble.
1. בְּרֵאשִׁית — beresh*t — « Au commencement »
C'est le tout premier mot de la Bible. On le lit, et on passe vite à la suite. Mais en hébreu, ce mot nous arrête déjà.
À l'intérieur de beresh*t, on entend le mot רֹאשׁ (rosh), qui veut dire « la tête », « ce qui vient en premier », « le sommet ». Le commencement de la Bible, ce n'est donc pas un simple point de départ sur une ligne du temps, c'est une source, un sommet, un acte fondateur. Dieu ne commence pas « quelque part » : il pose le fondement de tout.
Et il y a encore autre chose. La manière dont le mot beresh*t est construit en hébreu laisse une ambiguïté que les rabbins ont discutée pendant des siècles : faut-il lire « Au commencement, Dieu créa… » ou bien « Au commencement du créer de Dieu… » ? Ce n'est pas la même chose ! Dès le premier mot, l'hébreu nous oblige à ralentir, à réfléchir, à entrer dans le texte au lieu de le survoler.
2. רוּחַ — ruaḥ — « l'Esprit » ? « le vent » ? « le souffle » ?
En Genèse 1, verset 2, le texte hébreu dit :
וְרוּחַ אֱלֹהִים מְרַחֶפֶת עַל־פְּנֵי הַמָּיִם
Ve-ruaḥ Elohim meraḥefet al-penei hammayim
On traduit habituellement : « L'Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. »
C'est une bonne traduction. Mais en hébreu, le mot רוּחַ (ruaḥ) ne veut pas dire seulement « Esprit ». Il veut dire en même temps « le vent », « le souffle » et « l'Esprit ». En français, on est obligé de choisir un seul mot. En hébreu, tout reste ensemble dans un seul terme : le souffle vivant de Dieu, le vent qui se lève sur les eaux, l'Esprit créateur qui agit. Trois dimensions en un seul mot : c'est la richesse de l'hébreu.
Et le verbe מְרַחֶפֶת (meraḥefet) est tout aussi surprenant. On traduit « planait », et c'est correct. Mais ce verbe, qui vient de la racine רחף (raḥaf), dit bien plus que « planer ». En syriaque — une langue "cousine" de l'hébreu, ce même verbe signifie « couver », comme un oiseau qui couve ses œufs. Et justement, on retrouve ce verbe une seule autre fois dans toute la Bible, en Deutéronome 32, verset 11, où Dieu est comparé à un aigle qui plane au-dessus de ses petits, qui les protège, qui veille sur eux.
Alors, quand on relit Genèse 1,2 avec tout cela en tête, l'image change. L'Esprit de Dieu ne flotte pas au-dessus des eaux comme une présence lointaine et passive. Il couve. Il vibre. Il frémit au-dessus du chaos, comme un oiseau au-dessus de son nid, prêt à faire éclore la vie. Avant même que la lumière soit créée, le souffle de Dieu couvait déjà la création à venir — une présence attentive, protectrice, presque maternelle.
Tout cela se trouve dans deux mots hébreux. Et une traduction française, aussi bonne soit-elle, ne peut pas tout faire entendre d'un coup.
3. חֶסֶד — ḥesed — « amour » ? « bonté » ? « fidélité » ?
Voici peut-être le mot le plus difficile à traduire de toute la Bible.
Ouvrez plusieurs traductions françaises, et vous verrez : là où l'une met « amour », l'autre met « bonté », une troisième « fidélité », une quatrième « miséricorde », une cinquième « grâce ». La célèbre traduction anglaise King James invente même un mot qui n'existe pas en anglais courant : "lovingkindness" quelque chose comme « bonté aimante ».
Pourquoi tant de traductions différentes ? Parce que le mot חֶסֶד (ḥesed) contient tout cela à la fois. C'est l'amour fidèle de Dieu pour ceux avec qui il a fait alliance — un amour qui ne lâche pas, qui revient toujours, même quand l'être humain a failli, a trahi, s'est détourné.
Pour sentir la force de ce mot, il faut lire le Psaume 136. Ce psaume raconte toute l'histoire de Dieu avec son peuple, la création, l'exode, la traversée du désert, l'entrée dans la terre promise et après chaque verset, il répète le même refrain, vingt-six fois de suite :
כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ — ki le-olam ḥasdo — « car sa ḥesed est pour toujours ».
Vingt-six fois. Comme un battement de cœur qui traverse toute l'histoire. Aucun mot français ne peut porter cela tout seul. Mais quand on connaît le mot hébreu, on entend le psaume autrement.
4. שָׁלוֹם — shalom — « paix » ?
C'est sans doute le mot hébreu le plus connu au monde.
On le traduit par « paix », et on croit avoir compris. Mais en hébreu, שָׁלוֹם (shalom) va beaucoup plus loin.
Ce mot vient de la racine שׁלם (shalem), qui veut dire « être complet », « être entier », « être intact ». Quand un Hébreu dit shalom, il ne dit pas simplement « pas de guerre » ou « pas de conflit ». Il dit quelque chose comme : « que tout soit entier en toi » : ta santé, tes relations, ta famille, ton rapport à Dieu, ta place dans le monde.
C'est pourquoi, dans la Bible, shalom peut désigner des réalités très différentes : la santé du corps, la prospérité d'une famille, la qualité d'une relation, ou encore la grande paix finale promise par les prophètes. En Ésaïe, chapitre 9, le Messie à venir est appelé שַׂר שָׁלוֹם (Sar Shalom) le « Prince de la Paix ». Mais ce n'est pas un prince qui apporte simplement le calme. C'est un prince qui apporte la plénitude, un monde enfin complet, réconcilié, entier.
Quand on sait cela, on ne lit plus jamais « paix » de la même manière dans la Bible.
Quatre mots. Quatre univers. Et nous n'avons fait qu'effleurer la surface.
Apprendre l'hébreu biblique, ce n'est pas réservé qu'aux spécialistes. C'est apprendre à écouter le texte avec plus de finesse, découvrir son souffle, son rythme, ses images, sa profondeur. C'est ouvrir une porte.
📖 À partir de septembre 2026, l'Église protestante de La Louvière propose un parcours d'initiation à l'hébreu biblique :
→ En partant vraiment de zéro — aucun prérequis
→ 3 modules de 12 séances
→ En présentiel et/ou en ligne
→ Pour apprendre pas à pas, ensemble, à lire la Bible dans sa langue originale
Si vous avez toujours eu envie de lire l'Ancien Testament dans sa langue originale, c'est peut-être le bon moment pour commencer.
📩 Inscriptions et renseignements : [email protected]
Une participation aux frais sera demandée