10/05/2026
HOMELIE
6e Dimanche de Pâques - 3 mai 2026 - Année A - Jn 14, 15-21
Frères et sœurs, dans la seconde lecture (1 Pi 3,15-18) de ce dimanche, l’apôtre Pierre nous adresse un appel de la plus haute importance. En préliminaire, il faut savoir que sa lettre a été écrite pour des chrétiens menacés par une persécution violente. Il leur demande de ne pas craindre les persécuteurs, mais « de rendre compte de l’espérance qui les anime… avec douceur et respect » (1 Pi 3,15). Il ne s’agissait pas pour eux d’argumenter sur les divers aspects de la foi chrétienne pour défende l’Église. Le plus important, c’était de témoigner par des actes et de ne pas flancher devant les tortionnaires. « Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal » (1 Pi 3,17).
Les chrétiens auxquels l’apôtre Pierre s’adressait n’étaient pas tous héroïques. Beaucoup ont renié leur foi au moment du danger. La lettre de Pierre les met en face du Seigneur Jésus. Lui, le juste, a préféré souffrir en faisant le bien plutôt que de faire le mal. Mais par sa victoire sur la mort et le péché, « il nous introduit devant Dieu » (1 Pi 3,18). C’est de cette espérance que les chrétiens témoignent. Aussi bien par nos paroles que par notre vie droite, soyons prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous.
Cette lettre de Pierre nous rejoint aujourd’hui. Son message s’adresse aussi à chacun de nous dans la situation qui est la nôtre. Nous vivons dans un monde où beaucoup ont oublié l’espérance chrétienne. Dans bien des pays, ceux qui veulent rester fidèles à leur foi en Jésus Christ sont persécutés et mis à mort. Le plus souvent, ils sont ridiculisés. Les fêtes chrétiennes sont devenues des week-ends dont on a oublié l’origine. L’année est rythmée par cinq périodes de congés, dont les vacances d’automne (à la place de la Toussaint), celles d’hiver (pour Noël et Jour de l’An), celles de la détente (le Carnaval ou de la neige quand il y en a), celles du printemps (c’est-à-dire Pâques) et enfin les vacances d’été qui débutent début juillet.
La vie n’est plus un pèlerinage mais une vacance, cependant, rien ne peut arrêter la progression de la Parole de Dieu. La lettre de Pierre nous montre des chrétiens obligés de fuir la persécution. Mais là où ils sont, ils annoncent la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Le monde d’aujourd’hui a également besoin de témoins solides et convaincus qui ne craignent pas de rendre compte de leur attachement au Christ et de leur espérance en la résurrection. Dans son encyclique Dilexit nos, le pape François écrivait : « Nous devons revenir à la Parole de Dieu pour reconnaître que la meilleure réponse à l’amour du cœur (du Christ) est l’amour pour nos frères. Il n’y a pas d’acte plus grand que nous puissions offrir pour lui rendre amour pour amour. La parole de Dieu le dit avec une totale clarté : “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Mt 25,40) ».
Dans le prolongement de la lettre de Pierre, l’évangile nous apporte un éclairage nouveau. Dimanche dernier, Jésus nous disait : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Aujourd’hui, il ajoute : « Je prierai le Père, il vous donnera l’Esprit de vérité » (Jn 14,16). Cet Esprit de Vérité nous a été donné au jour de notre baptême et de notre confirmation. Mais aujourd’hui, nous pouvons peut-être nous poser la question : De quelle vérité s’agit-il ?
Nous vivons une époque plutôt curieuse : d’une part, on est très sensible à tout ce qui est mensonge, hypocrisie, tout ce qui sonne faux. On veut être authentique et faire tomber les masques. Mais en même temps, notre époque vit le mensonge organisé, mensonge de la publicité, mensonge de la politique, de l’information, scandales financiers. Je ne parle pas des arnaques au téléphone, sur Internet, sur le véritable prix des choses. Et c’est là que nous rejoignons la question de Pilate au moment de la Passion du Christ : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18,38). Elle marque un moment de doute ou de désintérêt de la part du gouverneur romain face à la nature spirituelle de la vérité affirmée par Jésus. Cette question, c’est aussi la nôtre chaque fois que nous nous laissons déstabiliser par l’actualité vertigineuse transmise par les médias.
Mais il y a une réponse. Nous la trouvons dans l’évangile : « Jésus nous dit : “Je suis la Vérité” » (Jn 14,6). Pour nous, Jésus est la vérité sur l’homme. Il est l’homme tel que Dieu le veut, totalement libre, pleinement responsable de ses actes. Il est totalement honnête avec sa conscience, vrai avec lui-même et avec les autres. Et dans le même temps, il est la vérité sur Dieu : « Qui me voit, voit le Père » (Jn 14,9). Cette phrase signifie qu’il est la révélation parfaite et visible de Dieu le Père, reflétant exactement sa nature, son amour et sa volonté. Jésus ne se considère pas seulement comme un représentant, mais comme étant un avec le Père, rendant Dieu accessible à l’homme. Notre connaissance de Dieu passe par lui. Il nous révèle le vrai visage de Dieu, un Dieu qui est Père et qui aime chacun de ses enfants. Il suffit de relire la parabole du fils prodigue pour s’en convaincre. Quand ce fils est retrouvé, c’est un jour de joie : Dieu fait la fête avec ses anges. Et il nous invite à nous associer à sa joie (Lc 15,11-32).
Il nous appartient de tirer les conclusions de cette Bonne Nouvelle : accueillir cet Esprit de vérité que Jésus nous donne et nous laisser transformer par lui. C’est pour nous un appel à marcher chaque jour dans la clarté de l’Évangile. C’est en le lisant et en le priant que nous découvrons le vrai visage de Dieu et le vrai sens de l’homme. Cette vérité n’est pas seulement une connaissance intellectuelle. Ce que l’Esprit Saint nous révèle est encore plus expérimental. Il nous annonce que nous sommes une grande famille réunie dans l’amour : « Je suis en mon Père, vous êtes en moi et moi en vous » (Jn 14,20). Cela signifie que, par l’Esprit Saint, les disciples sont intérieurement unis au Christ, tout comme le Christ est parfaitement uni au Père.
C’est dans le concret de notre vie que nous pouvons découvrir la présence de l’Esprit de Vérité. Son action est multiple. C’est par exemple ce besoin qui nous pousse à participer à l’Eucharistie, non par obligation mais parce qu’elle apporte un ressourcement intérieur qui nous est nécessaire. L’action de l’Esprit Saint, c’est encore l’attention savoureuse à la Parole de Dieu pour qu’elle nourrisse notre foi ; c’est aussi l’affinement de notre conscience quand on fait attention à ne plus dire de parole blessante. C’est l’Esprit Saint qui nous permet de faire la vérité en nous. Il est cette lumière intérieure qui illumine notre chemin et notre vie.
Enfin, « je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14,18), dit Jésus à ses disciples ; la preuve en est l’Esprit Saint qui est toujours avec nous. Tendons l’oreille et demandons au Père de nous laisser éclairer par l’Esprit de vérité, qui « vit en nous » comme, réciproquement, nous vivons en lui. Par son Esprit, Jésus ne cesse de venir à nous tout au long de notre chemin de foi. « Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi » (Jn 14,19).
Père Jacques Pineault