23/05/2025
C'est dans une église bondée, mais combien recueillie, que le chanoine Jos Vanderbruggen, de l'abbaye de Tongerlo, a donné cette homélie axée sur le souffrance et l'Espérance.
Quelle ferveur dans l'assemblée !
Merci à M. le chanoine H. Marchadier d'avoir assuré les confessions, au chanoine Philips d'avoir célébré la messe et à M. le doyen Ph. Daloze d'avoir permis ce beau pèlerinage.
Ensemble prions sainte Rita et traversons nos épreuves en priant les uns pour les autres, afin de ne pas nous isoler dans nos Calvaires.
Sainte Rita, modèle d’espérance au cœur de la souffrance
Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, nous nous réunissons pour honorer Sainte Rita de Cascia, une femme dont la vie incarne l’espérance chrétienne face aux épreuves les plus douloureuses. Son parcours, semé de souffrances, de pertes et de renoncements, nous invite à méditer sur le mystère de la souffrance et sur la manière dont elle peut devenir un chemin de sanctification et d’espérance.
Une enfance marquée par la paix et la prière
Née en 1371 à Roccaporena, hameau de Cascia, Rita fut l’unique enfant d’Antonio Lotti et d’Amata Ferri, un couple de paysans réputés pour leur rôle de médiateurs dans les querelles locales. Dès son plus jeune âge, Rita fut imprégnée de l’esprit de réconciliation et de paix, valeurs qu’elle chérira toute sa vie.
Élevée dans la foi chrétienne, elle manifesta tôt un désir profond de consacrer sa vie à Dieu. Cependant, ses parents, désireux de la voir mariée, la contraignirent à épouser Paolo Mancini, un homme issu d’une famille influente mais impliquée dans des conflits violents. Malgré les résistances, Rita accepta ce mariage arrangé, mettant en pratique les enseignements de l’Évangile sur l’amour et le pardon.
Une vie conjugale marquée par la souffrance
Le mariage de Rita ne fut pas celui d’un conte de fées. Son mari, bien que noble, était impulsif et impliqué dans des querelles violentes. Rita, fidèle à son engagement chrétien, priait sans cesse pour sa conversion. Peu à peu, grâce à sa douceur, à sa patience et à sa prière, elle parvint à adoucir le cœur de son époux, le conduisant à une vie plus paisible.
Cependant, la paix domestique fut de courte durée. Paolo fut assassiné, victime des querelles familiales. Cette tragédie plongea Rita dans une profonde douleur, mais elle refusa de se laisser envahir par la haine ou le désir de vengeance. Au contraire, elle pria pour le salut de l’âme de son mari et chercha à apaiser les tensions entre les familles ennemies.
Le deuil et la tentation de la vengeance
V***e et mère de deux fils, Rita se retrouva seule face à la douleur et à la responsabilité d’élever ses enfants. Les années passèrent, et ses fils, mûs par le désir de venger la mort de leur père, se laissèrent entraîner dans la violence. Rita, consciente du danger, pria instamment pour qu’ils renoncent à leur projet meurtrier. Elle demanda à Dieu de les prendre plutôt que de les laisser sombrer dans le péché. Six mois plus t**d, ses deux fils moururent de la peste, après s’être réconciliés avec Dieu.
Cette épreuve, aussi douloureuse fût-elle, renforça la foi de Rita. Elle comprit que Dieu, dans sa sagesse infinie, avait exaucé sa prière en permettant la conversion de ses fils avant leur décès. Elle accepta cette volonté divine avec une confiance totale, sans jamais se laisser envahir par le désespoir.
Le chemin vers la vie religieuse
Restée seule, Rita chercha à se consacrer entièrement à Dieu. Elle demanda à entrer au couvent des Augustines de Cascia, mais sa demande fut rejetée en raison des querelles non résolues entre les familles. N’abandonnant pas, elle œuvra sans relâche pour réconcilier les clans ennemis. Après plusieurs années de prière et de médiation, elle réussit à instaurer la paix, permettant ainsi son admission au monastère.
Au couvent, Rita vécut une vie de prière intense, de pénitence et de service des autres. Elle manifesta une obéissance exemplaire, même dans les tâches les plus humbles. Un épisode marquant de sa vie au monastère fut l’épreuve imposée par l’abbesse, qui lui ordonna d’arroser un tronc d’arbre sec. Malgré les moqueries des autres religieuses, Rita obéit fidèlement. Un an plus t**d, le tronc desséché donna une vigne abondante, symbole de la fécondité spirituelle née de l’obéissance et de la foi.
La participation à la Passion du Christ
Désirant s’unir plus intimement au Christ souffrant, Rita demanda à partager sa Passion. En 1421, lors d’une méditation intense, elle reçut un stigmate au front, une plaie douloureuse qui persista jusqu’à sa mort. Cette souffrance, loin de l’éloigner de Dieu, renforça sa communion avec Lui. Elle accepta cette épreuve comme un privilège, offrant sa douleur en union avec celle du Christ.
Les miracles et la sainteté reconnue
À l’approche de sa mort, Rita manifesta une profonde sérénité. Elle demanda à une cousine de lui rapporter une rose et deux figues de son jardin natal. En plein hiver, la cousine trouva une rose épanouie et deux figues mûres, signes tangibles de la bonté de Dieu. Ces miracles préfigurèrent la sainteté de Rita.
Le 22 mai 1457, Rita remit son âme à Dieu. À sa mort, des prodiges se produisirent : une lumière éclatante envahit sa cellule, une fragrance de roses emplit l’air, et des guérisons miraculeuses eurent lieu. Ces événements attestèrent de sa sainteté.
Béatifiée en 1628 et canonisée en 1900, sainte Rita est aujourd’hui vénérée comme la patronne des causes désespérées, modèle d’espérance et de foi inébranlable.
Le message d’espérance de Sainte Rita
La vie de Sainte Rita nous enseigne que la souffrance, loin d’être une malédiction, peut devenir un moyen de purification et de sanctification. Par sa fidélité à Dieu, elle nous montre qu’il est possible de transformer les douleurs de l’existence en un chemin d’union au Christ. Elle ne s’est jamais révoltée. Au contraire, chaque coup, chaque perte, chaque humiliation devenait pour elle une occasion de se rapprocher de Dieu.
L’espérance de Sainte Rita n’était pas naïve, ni fondée sur des illusions humaines. Elle reposait sur la certitude que rien, absolument rien, ne peut séparer l’homme de l’amour de Dieu, comme l’écrit saint Paul dans l’épître aux Romains : « J’en suis sûr : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les puissances, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rm 8, 38-39).
Cette espérance-là, Rita l’a portée jusque dans la plaie qu’elle reçut au front – comme une couronne d’épines intérieure –, jusque dans les pertes les plus cruelles, jusque dans les longs silences où Dieu semble absent. Pourtant, elle a toujours gardé son cœur tourné vers le ciel.
Sainte Rita aujourd’hui
Nous vivons dans un monde marqué par l’incertitude, la peur de l’avenir, la solitude. Les guerres, les maladies, les drames personnels ou familiaux poussent parfois au découragement. Et dans ces ténèbres, Sainte Rita apparaît comme une étoile de l’espérance. Elle nous rappelle que Dieu ne nous abandonne jamais.
Combien de fidèles aujourd’hui se tournent vers elle dans les moments d’angoisse, quand tout semble perdu ? Pourquoi ? Parce qu’elle sait ce que c’est de tout perdre. Parce qu’elle a connu l’amertume de la trahison, de la mort, du rejet. Et elle a tenu bon. Elle n’a jamais abandonné Dieu, même lorsque tout autour d’elle s’écroulait.
Elle est la sainte de l’espérance pour ceux dont les prières semblent rester sans réponse. Elle est la sainte des impossibles, non pas parce qu’elle accomplit des tours de magie, mais parce qu’elle nous montre que l’impossible devient possible quand on fait confiance à Dieu.
Comment imiter sainte Rita ?
Il ne s’agit pas simplement de la vénérer ou de prier devant son image. Il s’agit de marcher à sa suite. Elle nous appelle à trois choses :
1. La prière constante : Rita priait chaque jour, non pas seulement quand elle souffrait, mais dans la joie comme dans la douleur. Sa prière était l’oxygène de son âme.
2. La réconciliation : Elle n’a pas permis à la haine de prendre racine dans son cœur. Elle a œuvré pour la paix entre les familles ennemies, au prix de son confort et de son orgueil.
3. L’offrande de soi : Elle a offert sa vie à Dieu, pleinement, humblement. Même la douleur de la plaie au front, elle l’a vécue comme une participation aux souffrances du Christ.
Une intercession qui continue
Après sa mort, les miracles se sont multipliés. Et encore aujourd’hui, tant de témoignages nous parviennent : des malades guéris, des couples réconciliés, des situations débloquées après une neuvaine faite avec foi. Ce ne sont pas des superstitions. Ce sont les signes discrets que Dieu agit, à travers ses saints, dans le cœur des croyants.
Mais plus encore que les miracles visibles, c’est dans les cœurs transformés que l’on reconnaît la fécondité de l’intercession de Sainte Rita. Ceux qui, après l’avoir priée, trouvent la force de pardonner, de recommencer à vivre, de croire de nouveau. Voilà le vrai miracle.
Conclusion : Une prière de confiance
Chers frères et sœurs, en contemplant la vie de sainte Rita, nous découvrons qu’il n’est jamais trop t**d pour l’espérance. Elle nous enseigne que chaque croix peut devenir lumière, chaque larme peut devenir offrande, chaque prière peut devenir victoire.
Alors, dans nos luttes quotidiennes, confions-nous à elle. Prions-la avec foi, non pas pour obtenir exactement ce que nous voulons, mais pour recevoir ce dont nous avons réellement besoin : la paix du cœur, la force de tenir, la lumière dans l’obscurité.
Et nous pourrons, avec elle, proclamer ces paroles du psaume 26 : “J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage, espère le Seigneur.”
Sainte Rita, toi qui as toujours espéré malgré l’impossible,
toi qui as tenu bon quand tout s’effondrait,
enseigne-nous à ne jamais désespérer.
Inspire-nous la paix, la foi, la persévérance.
Et obtiens-nous du Seigneur la grâce d’aimer comme toi,
jusqu’au bout, dans la confiance et l’abandon.
Amen.