14/06/2026
11e dimanche du Temps Ordinaire
DEUXIEME LECTURE – Lettre de Paul aux Romains.
Frères,
Alors que nous n’étions encore capables de rien,
le Christ, au temps fixé par Dieu,
est mort pour les coupables que nous étions.
Accepter de mourir pour un homme juste,
c’est déjà difficile ;
peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien.
Or, la preuve que Dieu nous aime,
c’est que le Christ est mort pour nous,
alors que nous étions encore pécheurs.
A plus forte raison, maintenant que le sang du Christ
nous a fait devenir des justes,
serons-nous sauvés par lui
de la colère de Dieu.
En effet, si nous avons été réconciliés avec Dieu
par la mort de son Fils,
alors que nous étions ses ennemis,
à plus forte raison,
maintenant que nous sommes réconciliés,
serons-nous sauvés en ayant part à sa vie.
Bien plus, nous mettons notre fierté en Dieu,
par notre Seigneur Jésus Christ
par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation.
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NOUS AVONS ETE RECONCILIES AVEC DIEU PAR LA MORT DE SON FILS
Pour Paul, il est évident que la venue de Jésus-Christ a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité : laissée à elle-même avant la venue de Jésus-Christ, elle ne pouvait que se fourvoyer ; elle était « dévoyée » comme il le dit dans la lettre aux Philippiens. En lisant le début de la lettre aux Romains qui décrit cet échec persistant, on ne peut pas s’empêcher de dire « pauvre humanité »… Voici une des phrases, par exemple, du début : « Tous, ils sont dévoyés ; tous ensemble, pervertis : pas un homme de bien, pas même un seul… ils ne connaissent pas le chemin de la paix. » (Rm 3,12 citant Is 59,7-8).
Quand Paul dit « Nous n’étions encore capables de rien », c’est cela qu’il veut dire : nous étions incapables de nous dégager du péché, ou si vous préférez, nous étions incapables de retrouver notre chemin ; nos pas nous éloignaient de plus en plus de Dieu et nous étions donc exposés à être pour toujours privés de Lui.
Mais Jésus Christ nous arrache à cet engrenage et nous met sur la bonne route. La grande annonce du texte d’aujourd’hui, c’est cela : nous avions pris la route du mauvais côté, Jésus nous remet sur la bonne route. C’est chose faite ; vous avez remarqué, les verbes sont au passé : « Le sang du Christ nous a fait devenir des justes… nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils ». Dans les deux formulations, c’est l’œuvre de Dieu et du Christ, nous, nous en sommes bénéficiaires. « Vous avez reçu gratuitement » dit l’évangile de Matthieu.
Paul l’a déjà dit aussi clairement au début de cette lettre « Cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est offerte à tous ceux qui croient. En effet, il n’y a pas de différence : tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. » (Rm 3,22-24).
Reprenons la phrase « Nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » ; il y a plusieurs expressions semblables dans notre texte : « Le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions »… « Le Christ est mort pour nous »… « Le sang du Christ nous a fait devenir des justes »… Ces phrases nous sont très familières, nous répétons facilement « Le Christ est mort pour nos péchés », mais en même temps, elles restent bien difficiles et pour certains d’entre nous, scandaleuses. Dieu exigeait-il vraiment la mort sanglante de son Fils ? Lui qui est l’Amour ? Exigeait-il une compensation aussi terrible pour les fautes des hommes ? Lui qui a dit par la bouche du prophète « Je ne veux pas la mort du pécheur », peut-il vouloir la mort du juste à cause du péché des autres ?
EN JESUS CHRIST PARDONNANT, NOUS DECOUVRONS LE VRAI VISAGE DE DIEU
Ce que nous lisions, chez Saint Paul, il y a un instant, sur la justification gratuite, par grâce, nous interdit de lire dans toutes ces formules sur la mort du Christ une espèce de compte à régler entre Dieu et nous ou entre Dieu et le Christ… Il n’existe pas de comptabilité dans l’amour infini de Dieu ; même nous qui aimons si mal, nous savons dire « Quand on aime, on ne compte pas ».
Il faut donc que nous essayions de comprendre l’expression « le Christ est mort pour nous, pécheurs » hors de toute notion de calcul, de mérite. Prenons l’exemple d’une personne qui meurt en essayant d’en sauver une autre ; ce peut être le pompier qui meurt dans un incendie : il n’a pas « acheté » le sauvetage de ceux qui étaient menacés par l’incendie ; il a pris des risques pour les sauver et il en est mort, mais ni lui ni personne ne souhaitait sa mort ; le journal dira peut-être que sa mort était le prix à payer pour le sauvetage, qu’il a payé de sa vie, mais il ne s’agit pas en réalité de commerce ; ce qui a causé sa mort, c’est son dévouement poussé à l’extrême qui l’a amené à prendre des risques. Il a pris ces risques par amour des autres ; il savait que c’était risqué.
De la même manière, le Christ, en prêchant l’amour de Dieu et l’amour des autres, la non-violence et le pardon, a couru le risque de déplaire ; il a accepté ce risque et il a continué sa prédication ; il en est mort, victime de la haine et de la violence, du refus de cette parole d’amour et de pardon. Il n’est donc pas mort par la volonté de Dieu ; le Christ meurt de la main des hommes, pas de la main de Dieu. Mais la merveille de l’amour de Dieu, c’est qu’il est pardon ; et le Christ meurt en proclamant sa foi dans ce pardon.
Il n’y a pas le moindre marchandage là-dedans. Peut-être tout ceci nous permet-il de comprendre un peu ce que Saint Paul vise quand il parle de la « colère de Dieu » : quand nous prenons le chemin dans le mauvais sens, nous avons tourné le dos à Dieu et nous avons l’impression qu’il nous poursuit de sa colère ; mais si nous voulons bien lever les yeux vers la Croix, c’est en Jésus-Christ pardonnant que nous découvrons le vrai visage de Dieu qui est le Dieu d’amour et de pardon. Comme l’annonce le livre de Zacharie « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Za 12,10). La parole de pardon nous réconcilie avec lui ; nous ne sommes plus en face d’un Dieu de colère, nous découvrons son vrai visage.
Désormais, comme le dit cette même lettre aux Romains juste avant le texte d’aujourd’hui « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs » ; ce qui veut dire qu’avant la venue de Jésus-Christ, nos cœurs étaient fermés à l’amour de Dieu ; mais désormais nos coeurs sont ouverts, l’amour de Dieu peut s’y déployer : nous sommes remis sur le bon chemin. Nous sommes réintroduits dans l’intimité de la Trinité. Et Saint Jean l’annonce dès le début de son Evangile, en parlant du Christ : « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. » (Jean 1,12).
Commentaire : Marie-Noëlle Thabut.