06/05/2025
Iran : une ordination comme signe d’espérance
Invité à me rendre en Iran pour assister à l’ordination d’un prêtre de l’Église chaldéenne, je ne m’attendais pas à vivre une expérience aussi forte, à la fois spirituelle et humaine.
Dans ce pays complexe, marqué par une histoire millénaire et une actualité souvent difficile, cette ordination prenait une dimension toute particulière.
L’Église chaldéenne, issue du christianisme oriental, est l’une des plus anciennes traditions chrétiennes dans ce pays. Au début du XXᵉ siècle, elle était organisée en trois diocèses : Ahwaz, Ormia et Téhéran ; aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un seul.
Elle célèbre sa foi dans la langue du Christ, l’araméen, et porte en elle un héritage liturgique d’une richesse inestimable. Mais en Iran, comme dans d’autres pays du Moyen-Orient, cette Église est une minorité fragilisée. Elle lutte pour maintenir vivante sa présence, sa foi et ses vocations, dans un contexte social et politique parfois pesant.
C’est donc avec joie et une émotion profonde que j’ai participé à l’ordination de Yusif Tamras, né en Iran, âgé de 30 ans, qui a suivi son cursus d’études religieuses (6 ans) au séminaire patriarcal en Irak.
Voir une nouvelle vocation naître sur cette terre éprouvée, c’est assister à un véritable acte d’espérance. Cette célébration n’était pas seulement une étape dans la vie d’un homme, mais un signe d’espérance pour toute une communauté : celui que le Seigneur continue d’appeler, même dans les périphéries, même dans l’adversité.
La cérémonie, empreinte de beauté et de recueillement, rassemblait plusieurs Églises orientales : chaldéens, arméniens, assyriens, catholiques latins… Tous unis dans la prière, dans une fraternité profonde. J’ai été frappé par l’unité qui se dégageait de ces traditions diverses, une unité discrète mais sincère, tissée dans les épreuves partagées.
Ce qui m’a également touché, c’est la présence respectueuse de représentants des autorités iraniennes. Bien que les chrétiens soient peu nombreux, un dialogue existe. Il est fragile, souvent informel, mais réel.
Dans ce contexte, une ordination devient un signe visible d’un vivre-ensemble possible, d’un respect mutuel qu’il faut encourager et protéger.
Au-delà de la cérémonie, ce voyage m’a permis de découvrir un pays et un peuple chaleureux, dignes, mais traversés par une tension intérieure : entre la force d’un pouvoir conservateur et le désir, surtout chez les jeunes, d’ouverture, de liberté, de modernité. J’ai vu une société vivante, lucide, souvent blessée, surtout frappée par des sanctions économiques internationales, mais habitée par une profonde espérance.
Je suis reparti d’Iran le cœur habité. Habité par le visage de ce jeune prêtre ordonné, par la foi silencieuse de cette Église qui persévère, et par cette prière commune qui nous unit, bien au-delà des frontières.
Oui, même dans les terres arides, Dieu continue de faire jaillir des sources.
Mgr Sabri ANAR
Archevêque de l’Eglise chaldéenne en Turquie
Iran, 24 avril - 2 mai 2025
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Caractéristiques générales de l’Iran et son histoire
—> Géographie : Situé en Asie de l’Ouest. • Frontières avec l’Irak, la Turquie, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Arménie, l’Azerbaïdjan. Accès au golfe Persique et à la mer Caspienne.
• Superficie : environ 1 648 195 km² (environ trois fois plus grand que la France).
• Population : Environ 88 millions d’habitants (2024). Majoritairement p***e, avec des minorités (Azéris, Kurdes, Arabes, Baloutches…). Langue officielle : le persan (farsi).
—> Composition ethnico-religieuse :
• Islam chiite (duodécimain) : environ 90–95 %, c’est la religion d’État.
• Islam sunnite : 5–10 %, majoritairement parmi certaines minorités ethniques (Kurdes, Baloutches, Turkmènes).
• Autres religions (moins de 1 %) : chrétiens, environ 250 000, dont plus de 50 % d’Arméniens apostoliques ; le reste : Arméniens catholiques, Chaldéens (environ 2 500 personnes), Assyriens, Latins et diverses Églises issues du protestantisme.
• Il y a aussi la présence de Juifs, de Zoroastriens (ancienne religion d’État avant l’islam) et de Bahaïs (officiellement non reconnus).
—> Son histoire :
• Empire sassanide (224–651 ap. J.-C.), conquête arabo-musulmane (651), dynasties iraniennes locales (IXᵉ–XIIIᵉ siècles), invasions mongoles, Gengis Khan (XIIIᵉ siècle).
• L’Iran chiite : dynastie safavide (1501–1736), fondée par Shah Ismaïl Ier, impose le chiisme duodécimain comme religion d’État.
• Dynasties afchâride, zand, puis qajare (1736–1925).
• Révolution constitutionnelle (1905–1911) : parlement, début du nationalisme moderne.
—> Époque contemporaine :
• Dynastie Pahlavi (1925–1979) : Reza Shah modernise et centralise l’État (1925–1941). Son fils Mohammad Reza Shah (1941–1979) : proche de l’Occident, autoritaire. Opposition religieuse, nationaliste, communiste monte. Crise du pétrole, révolte populaire → chute du régime.
• République islamique d’Iran (depuis 1979) : révolution menée par l’Ayatollah Khomeini. Mise en place d’un régime théocratique chiite. Pouvoir partagé entre institutions religieuses (Guide suprême) et gouvernement civil.