05/10/2022
🌹🌹 LE CAS D'UN NOTABLE JUIF DÉJANTÉ ☘️
L'HISTOIRE DU PROPHÈTE MOUHAMMAD 👑
CHAPITRE 19 ▶️ PARAGRAPHE 4
18. De nouvelles formes d'hostilité
- Introduction
- Un ralliement de façade de certains
- Différentes attitudes des tribus juives
- L'hostilité de la tribu des Qaynuqâ'
👉🏾👉🏾- Le cas d'un notable juif
- Tentative de vengeance
- Un siège économique efficace
19. La bataille d'Uhud
🌿🌿 Le cas d'un notable Juif
Un personnage important de la tribu juive d'an-Nadîr, Ka'b ibn al-Ashraf, fut tellement accablé par la défaite des Quraysh à Badr qu'il dit que la mort serait préférable à la vie maintenant que les chefs de Quraysh avaient été tués. Peu après la victoire des musulmans à Badr, Ka'b se rendit à La Mecque pour présenter ses condoléances aux Arabes païens et les encourager à se préparer à un autre affrontement où ils pourraient se venger de Muhammad et de ses compagnons.
Lorsqu'il était à La Mecque, il composa des poèmes condamnant les musulmans et particulièrement le Prophète et prenant ouvertement parti pour les idolâtres de Quraysh. Après un long séjour à La Mecque où il déploya tous ses efforts pour persuader les Quraysh de préparer une offensive contre les musulmans, il retourna à Médine où il commença, pour ainsi dire, à assener des coups bas aux musulmans.
Il rédigea des poèmes d'amour obscènes mentionnant des femmes musulmanes. C'était là une grave offense pour les musulmans, très attachés à leur honneur. Cela avait aussi pour but de causer des problèmes conjugaux dans certains foyers musulmans. L'homme était donc un ennemi déclaré, qui ne cachait pas son hostilité envers le Prophète et les musulmans en général.
Le Prophète se rendit compte qu'il fallait mettre fin aux agissements de Ka'b ibn al-Ashraf. Il dit donc à quelques-uns de ses compagnons : « Qui nous débarrassera de Ka'b ibn al-Ashraf, qui nous a déclaré si ouvertement son hostilité ? » Un homme des ansâr du nom de Muhammad ibn Maslama dit : « Je me porte volontaire, je le tuerai. » Cet homme demanda au Prophète, qui la lui accorda, la permission de faire semblant d'être opposé au Prophète avec ses amis.
Un groupe des ansâr, comprenant Muhammad ibn Maslama et Silkân ibn Salâma, alla trouver Ka'b. Silkân était le frère de lait de Ka'b, ayant eu la même nourrice. Ce facteur incitait donc à la confiance, et c'est pourquoi Silkân fut le premier à approcher Ka'b. Ils bavardèrent un moment et chacun récita à l'autre ses poèmes, dans une ambiance amicale. Ensuite, Silkân dit qu'il était venu dans un certain but mais qu'il voulait d'abord que Ka'b lui promette de garder son secret.
Ka'b ayant donné sa parole, Silkân dit : « La venue de cet homme [le Prophète ] et son installation parmi nous ont été pour nous un véritable désastre. Tous les Arabes sont maintenant contre nous et se sont unis dans leur hostilité envers nous. Nous sommes pratiquement en état de siège ; nos enfants souffrent ; nous endurons de graves difficultés et nous ne pouvons pas subvenir correctement aux besoins de nos enfants. »
Ka'b répondit : « Je suis Ibn al-Ashraf ! Je t'avais bien dit maintes fois que tu te trouverais dans cette situation. » Silkân dit alors : « Je suis venu t'acheter de la nourriture, et nous te donnerons un gage en garantie de notre dette. » Ka'b demanda s'ils seraient prêts à donner leurs femmes en gage. Silkân objecta qu'il était connu à Médine pour son penchant pour les femmes, et qu'il leur était impossible de lui confier les leurs. Ka'b leur proposa alors de lui donner leurs enfants en gage. Silkân répondit : « Tu veux nous couvrir de honte devant les Arabes. Je te dis que j'ai des amis qui partagent mon opinion. J'aimerais que tu les rencontres et que tu leur vendes ce dont ils ont besoin. Nous ferons tous une bonne affaire. Nous te donnerons assez de nos armes pour garantir le prix de la nourriture que tu nous vendras. »
Le but de Silkân était qu'Ibn al-Ashrâf ne s'étonne pas et n'éprouve pas de soupçons en les voyant arriver avec leurs armes. Ka'b répondit : « Vos armes seront un gage acceptable. » Silkân retourna auprès de ses compagnons et leur dit de se préparer. Ils se retrouvèrent chez le Prophète
, puis ils se mirent en route, le Prophète les accompagnant une partie du chemin. Avant qu'ils ne se séparent, il bénit leur mission et implora Dieu de les aider.
Lorsqu'ils arrivèrent au fort de Ka'b, Silkân l'appela pour qu'il descende. Apparemment, Ka'b s'était marié récemment, mais il sauta de son lit pour répondre. Son épouse s'écarta tout en lui disant : « Tu es en guerre, et lorsqu'on est en guerre, on ne sort pas de son fort à une heure aussi avancée de la nuit. » Ka'b répondit : « C'est Silkân, Abu Na'ila. S'il m'avait trouvé endormi, il ne m'aurait pas réveillé. » Elle insista : « J'entends la trahison dans sa voix. » Ka'b dit : « L'homme [c'est-à-dire lui-même] répondrait même si on l'appelait pour le poignarder. »
Il descendit et ils parlèrent un moment, puis ses visiteurs lui proposèrent de marcher avec eux jusqu'à Shi'b al-Ajûz, un endroit à la sortie de Médine, où ils passeraient quelques heures ensemble. Il accepta et ils partirent ensemble. Au bout d'un moment, Silkân passa la main sur les cheveux de Ka'b et dit : « Je n'ai jamais senti un parfum aussi agréable. » Il répéta ce geste à deux reprises durant le trajet, afin que Ka'b ne se doute de rien. Quand ils se furent suffisamment éloignés, Silkân saisit soudain Ka'b par la tête et cria à ses amis : « Tuez l'ennemi de Dieu ! » Ils le frappèrent de leurs sabres, mais il semble qu'il portait son armure et que les sabres ne le blessèrent pas.
Ka'b poussa un tel cri que tous les forts des alentours s'allumèrent : il n'y avait plus un instant à perdre. Cependant, Muhammad ibn Maslama avait un couteau, dont il frappa Ka'b à l'abdomen. Ka'b s'écroula. S'étant assurés qu'il était mortellement atteint, ils se mirent à courir. Ils se rendirent compte alors qu'un des leurs, al Hârith ibn Aws, était blessé et ne pouvait pas courir aussi vite qu'eux. Ils l'attendirent après s'être mis à l'abri ; lorsqu'il les rejoignit, ils le portèrent et se rendirent directement chez le Prophète
La nuit était très avancée lorsqu'ils arrivèrent, et le Prophète était en prière. Quand il eut terminé, il sortit les rejoindre et ils l'informèrent du succès de leur mission.
Il essuya la blessure d'al-Hârith avec sa salive, et le sang cessa de couler. Puis chacun rentra chez soi et y resta jusqu'au matin. L'incident effraya les juifs, qui se rendaient compte désormais que les musulmans ne toléreraient l'hostilité de personne. De nombreux orientalistes ont condamné ce qu'ils ont appelé « l'assassinat politique » de Ka'b ibn al-Ashraf. Les plus hostiles à l'islam s'en servent pour dénigrer l'islam et le Prophète lui-même. Les plus modérés se contentent de dire que cet acte entacha l'histoire généralement brillante du Prophète. Il convient cependant de considérer cet incident dans sa juste perspective.
Tous les récits historiques confirment qu'à son arrivée à Médine, le Prophète conclut un traité avec les juifs, stipulant qu'ils vivraient en paix avec les musulmans et qu'aucune des deux parties n'interviendrait dans les affaires ou la religion de l'autre. Le traité précisait également que les juifs ne soutiendraient jamais un ennemi qui attaquerait Yathrib ou combattrait ses habitants.
Le traité comportait aussi les clauses suivantes :
Celui qui fait du tort à un autre n'entraînera de punition que pour lui-même et sa famille. Les parties du présent accord se soutiendront mutuellement contre tout tiers qui leur ferait la guerre, se conseilleront mutuellement et n'approuveront que les bonnes actions et non pas les mauvaises. Le soutien ira à l'opprimé. Aucune protection ne sera accordée à aucun membre de Quraysh ni à aucun de leurs partisans. Cet accord ne préserve pas de la punition quiconque est coupable d'injustice ou de crime. Quiconque quittera Médine sera en sécurité, et quiconque y restera sera en sécurité, sauf s'il est coupable de transgression.
Il est clair que le traité aurait pu permettre une coexistence pacifique. Ses clauses étaient précises et contraignantes. Si chaque partie avait fidèlement respecté ce traité, ils auraient pu vivre en paix, sans que le moindre incident ne vienne troubler cette coexistence. Il faut noter ici que le traité prévoyait un soutien mutuel contre tout ennemi, mais mentionnait les Quraysh en particulier puisqu'ils étaient l'ennemi immédiat des musulmans. Il déclarait aussi que tout individu qui commettrait une transgression en porterait la responsabilité.
On peut légitimement se demander pourquoi Ka'b ibn al-Ashraf était allé chez les Quraysh, les ennemis jurés de l'islam, pour pleurer leurs morts et encourager leurs chefs à entreprendre une nouvelle campagne pour se venger des musulmans. Des récits authentiques suggèrent qu'il resta à La Mecque jusqu'à ce qu'il soit certain qu'une décision irréversible d'attaquer les musulmans avait été prise.
Certains récits ajoutent même qu'il avait contracté une alliance avec les Quraysh pour combattre les musulmans à leurs côtés. En outre, pourquoi avait-il rédigé ces poèmes obscènes au sujet de femmes musulmanes, alors qu'il savait que rien ne pouvait offenser plus gravement les musulmans ? Toutes ces actions de Ka'b ibn al-Ashraf l'avaient engagé dans une guerre contre les musulmans. C'était lui-même qui avait décidé d'adopter une telle attitude. Même son épouse, lorsqu'elle avait tenté de le persuader de ne pas répondre à l'appel de Silkân, avait avancé comme argument ce qu'elle savait être un fait établi : qu'il était un ennemi en guerre ouverte contre les musulmans.
Une délégation juive vint protester auprès du Prophète contre l'assassinat de Ka'b ibn al-Ashraf. Le Prophète expliqua que Ka'b, contrairement à eux, était activement hostile aux musulmans. Il ajouta : « S'il était resté ici en paix, comme d'autres qui partageaient son opinion, il n'aurait pas été tué. » La délégation reconnut que Ka'b avait choisi d'être un ennemi actif et de soutenir le camp hostile à l'islam, et qu'en tant que tel, il s'était exposé à être tué.
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