Le Prado Haïti

Le Prado Haïti http://www.leprado.org/spip.php?rubrique1 C’est dire combien le service de l’appel de Dieu est important pour notre famille spirituelle. Il est chef, libérateur.

La pastorale vocationnelle au Prado

Le souci de l’appel de Dieu est au cœur de notre ministère ou bien de notre vie apostolique. Nous travaillerons à faire en sorte que les pauvres aient leur place privilégiée à l’intérieur de l’Eglise et qu’ils puissent y exprimer leur foi. Il s’agit pour nous de former parmi eux des chrétiens qui croient, qui aiment et qui se décident à agir selon l’Evangile :

‘La foi, l’amour et l’action. LA LETTRE - La Pastorale vocationnelle au Prado

Chers Amis,

Le souci de l’appel de Dieu est au cœur de notre ministère ou bien de notre vie apostolique. Comme l’indique les Constitutions du Prado : « Nous travaillerons à faire en sorte que les pauvres aient leur place privilégiée à l’intérieur de l’Eglise et qu’ils puissent y exprimer leur foi. Il s’agit pour nous de former parmi eux des chrétiens qui croient, qui aiment et qui se décident à agir selon l’Evangile : ‘La foi, l’amour et l’action, voilà les trois effets qu’il faut chercher à produire’ Avec l’ensemble du peuple de Dieu, nous devons nous sentir responsables de susciter des vocations de prêtres et d’autres apôtres consacrés à l’évangélisation des pauvres, en particulier parmi les pauvres eux-mêmes » (C. 46).

« La pastorale des vocations » est l’une des quatre recommandations de la dernière Assemblée Générale du Prado. Ce thème nous concerne tous, que nous soyons dans des Eglises qui actuellement ont la joie de voir éclore beaucoup de vocations particulières, que nous soyons dans des régions du monde qui connaissent, au contraire, une grave crise des vocations. Ce ministère est extrêmement important et représente tout un enjeu pour l’avenir de la société, de l’Eglise et du Prado. Dès le début de sa vie publique, Jésus, en même temps qu’il s’adresse aux foules, commence par appeler quelques disciples pour être avec lui et recevoir une longue formation qui va faire d’eux les piliers de la proclamation de l’Evangile. Chaque communauté ecclésiale, chaque pasteur, chaque apôtre, se doit, en ce sens, d’imiter le Christ qui appelle certains à une vie totalement consacrée à Dieu et aux hommes, pour que toute l’Eglise soit servante du Royaume au cœur de nos diverses sociétés et cultures. Il y va de la transmission de la mémoire du Christ et de l’existence de communautés ferventes de disciples pour les générations à venir. L’évangélisation des plus pauvres mit rapidement le Père Chevrier devant cet appel de chercher et de former des prêtres, des hommes et des femmes, capables de travailler avec joie et détermination à ce but. Un an après Noël 1856, il s’exprime ainsi : « Je promets à Jésus de chercher des confrères de bonne volonté afin de me les associer pour vivre ensemble de la même vie de pauvreté et de sacrifice, afin de travailler plus efficacement à notre salut et à celui de nos frères, si telle est sa volonté ». Nous savons que l’appel et la formation d’apôtres pauvres pour les pauvres sont l’une des deux facettes du charisme du Prado, comme l’évoque l’inscription gravée sur le tombeau du Père Chevrier, en employant la double formule : « de rudibus instruendis », « de clericis educandis ». I Initiative de Dieu, réponse de la personne

« Les vocations », c’est d’abord le travail de Dieu. C’est une initiative qui vient de la Trinité, tel que le note le Père Chevrier : « Il faut trois choses pour la vocation : choix du Père, appel du Fils et grâce de l’Esprit Saint » (Ms 10/17a). Il rappelle à plusieurs reprises la citation : « Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire » (Jn 6,44) ou bien : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi : c’est moi qui vous ai choisis ! » (Jn 15,16). A l’origine de toute vie consacrée, de toute vie de prêtre, il y a ainsi ce travail de Dieu qui est d’abord un acte d’amour vis-à-vis de celui qui est appelé. Bien des textes de l’Ecriture peuvent être médités (je vous en indique un certain nombre dans la proposition d’étude de l’Evangile qui suit cette lettre). Je n’en retiens ici que quelques uns.

1 De l’initiative humaine à l’appel de Dieu : Moïse (Ac 7,17-43)

Dans son discours, Etienne montre comment, d’une certaine manière, Moïse préfigure Jésus Christ. Moïse apporte une délivrance. Il est comme situé entre Dieu et les hommes. Il rencontre lui-même de fortes oppositions (cf. TOB, Ac 7,25 note e). Il est intéressant de constater comment sa vocation se développe en trois étapes de quarante ans. Si Abraham répondit de suite à l’appel du Seigneur, le chemin fut plus difficile pour Moïse. Ce n’est qu’au bout de 80 ans qu’il comprit la vocation divine qui était la sienne ! La première étape (20-22) nous présente l’éducation de Moïse : « Il était beau aux yeux de Dieu ». Instruit de la sagesse des Egyptiens, « il était puissant en ses paroles et en ses actions ». Rien ne semble lui manquer pour réussir dans la vie. La deuxième étape (23-29) nous montre la solidarité et l’échec de Moïse : « Quand il eut quarante ans, l’idée lui vient de se rendre parmi ses frères, les Israélites ». Malgré l’éducation protégée qu’il a reçue, il conserve au fond de son cœur ses racines et ses liens avec son peuple dont il découvre l’oppression. Très vite il est affronté à l’injustice et à la violence. Même ses frères le rejettent sans ménagement : « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? » Sûr de sa force, « Il pensait faire comprendre à ses frères que Dieu, par sa main, leur apportait le salut ; mais ils ne le comprirent pas ». C’est la désillusion. A partir de son initiative propre et de son projet de libération, Moïse échoue. La générosité ne suffit pas. Il doit même s’enfuir, devenir lui-même un émigré dans un pays étranger. Là, dans l’anonymat, il refait sa vie, dans le pays de Madian où il a deux enfants. L’ambition de libérer son peuple semble bien loin ! La troisième étape (30-40) permet à Moïse de découvrir sa vraie vocation, comme une vocation divine. C’est Dieu qui vient le chercher. Pendant de longues années, Moïse a dû vivre avec son amertume et peut-être peu à peu se laisser purifier et convertir. Devant le buisson en feu, il ne fuit pas, mais s’approche pour regarder. Dieu révèle qui il est : « La voix du Seigneur se fit entendre », à ce moment, tout tremblant, il n’ose plus regarder. « Alors le Seigneur lui dit : ‘Ote les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. Oui, j’ai vu la misère de mon peuple et j’ai entendu son gémissement ; je suis descendu pour le délivrer. Et maintenant, va, je veux t’envoyer en Egypte ». Pour Moïse, le retournement est complet. Il avait d’abord agi à partir de lui-même, à partir de sa vision et de sa compréhension de la souffrance de ses frères, comme s’il pouvait être lui-même le veilleur et le libérateur de son peuple. Là, il se rend compte que c’est Dieu qui a vu la misère de son peuple, que c’est lui qui veut le délivrer. Le désert où il se trouve devient une terre sainte où Dieu se fait connaître. L’appel est une initiative de Dieu. Moïse découvre sa place dans l’œuvre de Dieu, dont il sera l’instrument et le serviteur. Il a fallu tout un temps, des étapes rudes, pour qu’il comprenne la vocation divine qui est la sienne. Le discours d’Etienne nous montre comment la vocation est liée à la mission. Désormais, il s’agit de servir la libération apportée par le Christ dans le mystère pascal, de partager sa compassion et son regard sur la misère des gens, de laver les hommes du mal qui les atteint ou dont ils sont responsables et ainsi de rétablir la communion avec Dieu et la fraternité possible entre les humains. Cette participation au salut n’est possible que si l’union au Christ reste forte, que si c’est lui le véritable architecte dans l’Esprit Saint.

2 Le regard du Christ rend possible la réponse (Mc 10,17-31)

A trois reprises, dans ce texte, il est fait mention du regard de Jésus Christ : tout d’abord avec l’homme riche : « Jésus le regarda et l’aima » (21), puis au verset 23 : « Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : qu’il est difficile à ceux qui ont des biens d’entrer dans le Royaume de Dieu ! », et enfin devant l’ébahissement des disciples qui se demandent : « Qui peut être sauvé ? », on nous dit : « Jésus les regarda et dit : c’est impossible pour les humains, mais non pas pour Dieu, car tout est possible pour Dieu » (26-27). Dans les évangiles, le regard du Christ peut parfois être rempli de colère devant l’endurcissement des cœurs et l’incrédulité. Il peut être plein de compassion devant les foules sans berger ou devant celui qui souffre. Ici, c’est l’amour de Dieu qui s’exprime dans toute sa perfection. Depuis longtemps, la bible nous dit combien l’amour du Seigneur était à l’origine de l’élection d’Israël. Dans la rencontre avec l’homme riche, Jésus montre tout le lien entre son regard et l’amour qu’il exprime à celui qu’il appelle. C’est un regard de confiance et d’estime qui veut permettre une croissance, un pas en avant capital vers une existence accomplie, vers la vie éternelle. L’appel du Christ est particulièrement élevé, au point d’entraîner le refus de l’homme riche, au point de susciter l’indignation des disciples. A quelques personnes seulement, Jésus demande de tout abandonner pour le suivre, d’être libres de toute attache matérielle et familiale, « à cause de lui et de la Bonne Nouvelle ». Certains, comme Pierre qui affirme : « Nous avons tout quitté pour te suivre ! », sont invités à prendre le même style de vie que Jésus adopte pour vivre la mission du Père. On comprend qu’à vue humaine, cela semble impossible. En effet, seul le regard de Jésus Christ permet de répondre à l’appel : « Viens et suis-moi ! » Celui qui accepte cette présence du Seigneur, cette amitié, cet attachement, peut trouver la force de tout quitter et de prendre le chemin. Gardons une conscience vive de ce regard d’amour du Christ, sans quoi toute vocation particulière ne peut tenir en vérité ! L’homme riche de l’Evangile, finalement, n’a pas compris quel est le véritable bien, ce qui lui manquait, à savoir d’accueillir dans son existence la présence même du Sauveur, de vivre habituellement sous son regard.

3 La pauvreté comme condition

Toute vocation, et nous y sommes particulièrement sensibles au Prado, suppose un réel esprit de pauvreté, à la suite du Christ pauvre et humble. C’est l’Esprit Saint qui nous incite à vivre cette dimension et la rend possible. Cette pauvreté évangélique de l’apôtre est celle qui permet de se dépouiller pour acquérir la vraie richesse de l’attachement à Jésus Christ, celle qui donne le courage prophétique et la véritable liberté apostolique. Trois phrases-clés de l’Evangile expriment bien cette dimension :

• A propos de l’homme riche que nous avons évoqué plus haut : « Jésus le regarda et l’aima. Il lui dit : il te manque une seule chose : Va, vends tout ce que tu as. Donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi ! » (Mc 10,21). Acceptant le regard d’amour du Seigneur, comment celui qui se sent appelé peut-il renoncer d’esprit et de cœur à tous les biens de la terre, pour suivre l’Envoyé du Père ?

• Lors de l’envoi des douze en mission, « Jésus appela les douze,… il leur dit : « Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques chacun » (Lc 9,3). Il s’agit d’emprunter le mode de vie pris par Jésus dans sa mission. Le prêtre est un homme dépouillé, désencombré de l’inutile, pour mieux prendre appui sur la « Providence ».

• Après avoir annoncé sa passion et sa résurrection, Jésus demande : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il renonce à soi-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive ! » (Lc 9,23) Cette citation est la base de la seconde partie du « Véritable Disciple ». On ne peut travailler à l’œuvre de Dieu sans partager la souffrance et la vie livrée du Christ par amour du Père et de l’humanité. Que l’Esprit Saint délivre celui est appelé du souci exclusif de lui-même et lui permette de porter la croix du Christ avec persévérance et confiance ! II Au Prado, servir l’appel de Dieu

Ce n’est pas l’objet direct de cette lettre, mais je voudrais souligner combien nous sommes concernés par le service de la vocation de toute personne humaine, en particulier de chaque jeune, de chaque enfant. Chacun est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est porteur d’un don original de Dieu à découvrir et à développer. Chacun est invité, durant son court passage sur la terre, à trouver sa place, à travailler, à aimer, à honorer le créateur par sa façon de vivre et de prendre ses responsabilités. Ce souci est au cœur de notre apostolat, tout spécialement avec les plus pauvres, ceux pour qui il est difficile d’exister et d’être reconnus. Bien sûr, nous sommes sensibles à servir l’appel de Dieu pour que se développe la communauté des disciples du Christ : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures », affirme le Seigneur Ressuscité (Mc 16,15). Notre tâche missionnaire nous rend attentifs à cette annonce de la Bonne Nouvelle, à ce que la mémoire du Christ reste vivante. C’est toujours une grande joie de présider un baptême d’adulte, de jeune ou d’enfant. Il s’agit de servir l’appel à la sainteté de tout le peuple chrétien. Ici, je prête plus attention aux vocations particulières, dans la vie consacrée ou bien dans les ministères ordonnés. Dans les visites que je fais aux pradosiens dans les différentes régions du monde, je suis très attentif à ce point. C’est une action de grâce de voir les vocations particulières se développer dans bien des Eglises. Mais tout peut devenir vite fragile et se pose alors, partout, la question du bon discernement et de la qualité de la formation. C’est au contraire une souffrance partagée quand on se trouve avec des confrères présents dans des Eglises où les vocations particulières se raréfient. Cela plonge les communautés dans une réelle pauvreté. C’est alors que les laïcs peuvent courir le risque de ne plus trouver suffisamment la bonne nourriture de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Plus d’une fois, j’ai partagé la douleur de tel ou tel prêtre qui a réellement essayé d’appeler des jeunes, sans voir aboutir sa démarche. L’absence de vocations interroge directement la pertinence de la foi en Jésus Christ au cœur de la société où l’on se trouve. Tout quitter, livrer sa vie à la suite du Christ, dans la durée, constitue un témoignage indispensable : celui qui indique que la foi en Dieu et le service du Royaume méritent une donation totale de soi. L’exemple de Paul et Barnabé est capital pour la mission : « Des hommes qui ont livré leur vie pour le nom de Notre Seigneur Jésus Christ » (Ac 15,26).

1 Un attrait intérieur

Le père Chevrier nous a laissé un critère essentiel : « Sentez-vous un attrait intérieur qui vous pousse vers Jésus Christ ? Un sentiment intérieur qui est plein d’admiration pour Jésus Christ, pour sa beauté, sa grandeur, sa bonté infinie, qui le porte à venir à nous. Sentiment qui nous touche et nous porte à nous donner à lui ». On notera le double mouvement : C’est d’abord Jésus Christ qui vient vers nous, son Esprit ouvre le cœur ; et en même temps, c’est la personne qui se laisse toucher et décide de se donner à lui. De nombreux textes précisent les dimensions de cet attrait (cf. VD 120-121, L 53, L 63, L 181, Règlements 106,176). L’attrait concerne la personne de Jésus Christ, sa pauvreté, sa vie donnée, sa charité. Il y a dans la personne un désir de mieux le connaître, l’aimer et le suivre de plus près. L’attrait concerne d’un même mouvement la mission, le partage du regard théologal du Christ. Que voyons-nous ? Une souffrance devant les besoins de salut des pauvres et un désir intense de leur faire connaître Jésus Christ, de « faire le catéchisme » aux enfants et aux jeunes, de former des prêtres pour cela. Ce double attrait pour le Christ pauvre et pour les pauvres de notre temps ne peut se vivre individuellement. D’où le sens de la communauté indispensable pour que se concrétise cet attrait. « Venez, écrit le Père Chevrier à l’Abbé Gourdon, puisque Dieu nous donne l’attrait pour la pauvreté, nous sommes déjà unis d’esprit à Notre Seigneur » (L 53). Et dans une lettre à sœur Véronique : « Je ne demande à Notre Seigneur pour vous et pour tous ceux de la maison que l’attrait spirituel pour bien faire le catéchisme, l’amour de la pauvreté et la charité. Si nous pouvons croître dans cet attrait et dans l’amour de Notre Seigneur, nous aurons tout gagné… Quiconque ne sent pas cet attrait ou ne veut pas s’y donner n’est pas pour nous » (L 181).

2 Tendre à la perfection ! La découverte de l’attrait amène à prendre une décision. Comment cet attrait va-t-il se transformer en attachement durable à Jésus Christ et à son corps qu’est l’Eglise ? Comment cet attrait, s’il vient de l’Esprit Saint, va-t-il entraîner une véritable obéissance à Dieu et aux médiations que l’Eglise met en œuvre ? Comment repérer et cultiver les aptitudes nécessaires pour répondre à cette vocation ?

« A quoi nous appelle-t-il ? A la perfection ! » La vocation pradosienne, mais cela vaut pour bien d’autres vocations, invite le prêtre ou le laïc consacré à prendre le chemin de la sainteté, plus précisément à suivre Jésus Christ dans sa vie parfaite. Des personnes ordinaires, avec les capacités et les faiblesses qui marquent leur humanité, sont appelées comme le précise le Père Chevrier à tendre vers la perfection. Il y a au fond de leur cœur une exigence de sainteté vécue au cœur de la mission. C’est en fait une relation d’amour : « Celui qui cherche la perfection ne voit que Jésus Christ, il aime Jésus Christ et fait passer Jésus Christ avant tout. Il aime et cherche à imiter le plus fidèlement celui qu’il aime » (cf. VD 120-121). Il s’agit d’une « grâce de choix, d’une vocation particulière » que les Constitutions concrétisent dans l’Engagement au Prado, Institut Séculier, « sous la forme d’une promesse qui lie la conscience devant Dieu, l’Eglise et l’Institut » (C. 83), une promesse qui, tels les vœux des religieux, concrétise les Conseils Evangéliques, selon le chemin gravé par le Père Chevrier au Tableau de Saint Fons. Quelles sont les personnes que le Seigneur invite à prendre un tel chemin aujourd’hui, dans la condition séculière d’un prêtre diocésain ou d’un laïc inséré dans la vie la plus concrète ? Comment manifester la grandeur de cette voie ? Cependant, n’oublions pas le réalisme de l’apôtre de la Guillotière et son souci de vérifier l’aptitude concrète d’un jeune à répondre à l’appel de Dieu pour devenir prêtre. Un des points auquel, aux dires de François Duret, il était spécialement sensible, est celui des capacités de jugement. Il se montrait très vigilant à ce sujet dans le recrutement des élèves de l’école cléricale. La bonne volonté et la piété ne suffisent pas quand on manque de jugement et de bon sens. Il s’agit de choisir des hommes qui donnent les marques d’un jugement sûr (cf. Les cahiers du Père François Duret, p.89, Document du Prado 2008). Parmi les aptitudes incontournables, il y a celle de devenir capable de travailler à l’évangélisation des pauvres : « Pour faire le travail matériel, affirmait le Père Chevrier, je trouve assez de monde, mais pour bien faire le catéchisme, mettre la foi, l’amour de Notre Seigneur dans les âmes, il y en a très peu, presque pas ». Le Prado est une grâce d’union à Jésus Christ dans sa mission d’Envoyé du Père auprès des pauvres, des ignorants et des pécheurs. Au cœur de nos diocèses, comme au cœur de l’Eglise universelle, c’est cela notre service, notre office. La mission du Prado est de donner à nos Eglises des apôtres compétents pour l’évangélisation des pauvres. Quand un prêtre prononce son Engagement, c’est l’évêque et l’Eglise diocésaine qui reçoivent de Dieu une personne disponible et capable, pour que l’évangélisation des pauvres puisse s’accomplir. III Appeler aujourd’hui, là où l’Esprit Saint agit ! Nous ne manquons pas de longues réflexions sur la pastorale des vocations. La difficulté, c’est de trouver les chemins effectifs de l’appel. Cela suppose beaucoup d’humilité et de détermination. N’oublions pas le commandement du Christ qui conditionne toute initiative : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Mt 9,37-38). Je viens de souligner l’importance de la prière pour les vocations. J’ajouterai de suite la nécessité que ce soit toute la communauté chrétienne qui devienne appelante, tout en reconnaissant que certaines personnes peuvent avoir reçu de Dieu un don particulier pour appeler et mettre en route. Nous parlons ici des vocations particulières, y compris celle du Prado. Mais nous gardons en mémoire comment les communautés ont un rôle pour proposer le baptême, la confirmation ou le mariage chrétien. Lorsque des prêtres ou des personnes consacrées font le récit de leur vocation, la plupart du temps elles évoquent un prêtre, une sœur qui, un jour, leur a posé clairement la question d’une suite radicale de Jésus Christ. Ce fut le cas pour Antoine Chevrier, quand un vicaire de la paroisse Saint François lui proposa de devenir prêtre. Ce fut mon cas, comme pour beaucoup d’entre vous. Dans la bible, Jésus appelle lui-même telle ou telle personne. Nous avons donc ici une grande responsabilité missionnaire. Depuis que je suis prêtre, comment ai-je rempli ce ministère ? Qui ai-je appelé ? Aujourd’hui, qui pourrai-je appeler ? Quel est l’enfant, le jeune, l’adulte chez qui je discerne un attrait qui vient de l’Esprit Saint ? Il peut y avoir bien des refus ou des échecs. Mais l’urgence de la mission nous fait continuer avec foi ce service effectif de la pastorale vocationnelle. Pour appeler, il faut qu’il y ait rencontre, proximité, témoignage rayonnant et lisible, une joie partagée, une fraternité communicative. Quels sont les lieux et les médiations qui vont permettre de possibles appels ? C’est à chaque Eglise de réfléchir à cela. Pour la vocation pradosienne, des personnes de toutes conditions peuvent être travaillées par le Seigneur et le souci des pauvres : des jeunes de milieu modeste comme d’autres de classes élevées de la société. Il ne manque pas d’exemples dans notre famille. Alors, comment faire connaître aux uns et aux autres le charisme du Prado ? Pour entrer en communication, souvent, dans les rencontres entre pradosiens, j’ai entendu le désir de faire attention au langage employé ou aux conditions pour que notre témoignage soit recevable par de nouvelles générations, forcément différentes pour une part des précédentes. Dieu a donné à l’Eglise la figure du Père Chevrier. Lors de l’année sacerdotale, j’ai été heureusement surpris par l’intérêt de beaucoup de prêtres et de séminaristes concernant le témoignage laissé par le fondateur du Prado. Les gens reconnaissent en lui un chemin de sainteté, précisément dans l’articulation d’un attachement exceptionnel à Jésus Christ et d’un service audacieux et créatif pour l’évangélisation des pauvres. Comment s’appuyer sur cette figure et la faire connaître ? D’une manière parfois surprenante, le récit même de sa vie et de son apostolat reste d’une grande actualité. Comment permettre à des jeunes de faire une démarche de pèlerinage à Lyon et, dans les différents pays, comment rendre accessible le témoignage du saint de la Guillotière ? Un point d’appui capital se trouve dans la centralité de la connaissance de Jésus, dans la manière dont le Père Chevrier a médité la Parole de Dieu et fait oraison. Les membres du Prado sont souvent bien repérables à partir de leur étude de l’Evangile et de la manière simple et profonde dont ils parlent de Jésus Christ en lien avec la vie concrète. Comment faire expérimenter cette connaissance de Jésus Christ qui se donne à connaître à la lumière des Ecritures, en proposant ouvertement la « méthode » du Père Chevrier ? Sommes-nous aussi repérables par la radicalité de notre propre appel, par le temps pris pour la prière silencieuse, le temps de l’oraison personnelle, la prière quotidienne à l’Esprit Saint ? Sans doute avons-nous à mieux souligner l’importance de l’Eucharistie et de la liturgie dans notre vocation missionnaire ! Nous savons combien le troisième volet du Tableau de Saint Fons sur le « Tabernacle » fonde la charité pastorale. J’ai d’ailleurs été frappé, dans certains pays, de la manière dont des pradosiens avaient le souci de former les servants de messe, en en faisant des serviteurs du Christ Eucharistique à l’église et dans toute leur vie. Je souligne aussi la pratique chez certains Prado de l’adoration eucharistique, lieu de contemplation et de disponibilité apostolique. La créativité missionnaire et l’engagement auprès des pauvres, au cœur du diocèse, peuvent susciter un réel attrait. C’est là notre manière de servir l’Eglise. Ce choix d’être disponible pour les lieux et les ministères les plus difficiles peut être très parlant s’il est vécu dans la confiance en Dieu et dans la joie. Comment la communauté pradosienne du diocèse donne le témoignage d’un élan missionnaire, d’une intelligence renouvelée de la mission ? Comment notre manière d’être prêtre ou bien d’être laïc consacré met en œuvre les grandes intuitions du Père Chevrier : proximité, annonce simple et profonde du mystère de Jésus Christ, fraternité, accompagnement de groupes au plus près de la population, retrouvant ainsi le dynamisme des premières communautés chrétiennes (relais paroissiaux, équipes d’action catholique, petites communautés, groupe de jeunes, formation d’apôtres pauvres…) ? Cette manière renouvelée de vivre la mission, nous la vivons au cœur de nos diocèses au milieu de tous les acteurs de l’Eglise. Mais prêtons-nous attention également à la mission du Prado en tant qu’Institut ? Quelles initiatives sont possibles pour donner à découvrir cette vocation (r***e, proposition de retraites, de camp de jeunes, semaine de spiritualité, pèlerinage autour du Père Chevrier…)

Le Père Chevrier cherchait des hommes et des femmes pour partager son amour du Christ et sa passion de le faire connaître aux pauvres. Il y a sans doute à développer une pastorale des vocations pradosiennes et cela, au niveau de l’ensemble de notre famille. Comment nous préoccuper de discerner des personnes qui pourraient découvrir le charisme laissé par le Père Chevrier, et cela à commencer par des enfants et des jeunes. Comment être attentif à ce qui peut se vivre dans les familles ou les divers groupes de jeunes ? Comment proposer un chemin de mûrissement et de préparation au sacerdoce qui prenne en compte cet attrait pour la vocation pradosienne ? Dans certains cas exceptionnels, pourquoi ne pas envisager une route qui mène à une incardination à l’Institut lui-même, afin que quelques membres soient particulièrement disponibles pour le service du Prado et sa mission ? (cf C. 111)

Je voudrais terminer en évoquant le Séminaire du Prado. Les formes de ce lieu de formation ont varié et peuvent encore varier dans l’avenir. Mais c’est un bien précieux qui remonte en son principe au Père Chevrier. Il est vital qu’il puisse poursuivre sa mission car il rappelle à tous les membres de notre Association combien l’appel et la formation d’apôtres pauvres sont constitutifs de notre charisme. Je redis ici les trois conditions actuelles qui peuvent permettre à quelqu’un d’être accueilli au séminaire international de Limonest :

• Celui pour lequel la formation mise en œuvre à partir du charisme du Prado peut apparaître, pour l’Evêque qui l’envoie et pour l’intéressé, comme un chemin bénéfique pour le développement de sa vocation de prêtre diocésain. • Celui qui manifeste un attrait pour la vocation pradosienne et qui désire être formé, envoyé par son Evêque dans une institution qui vit de ce charisme, avant de retourner dans son diocèse.

• Celui qui se sent appelé à consacrer sa vie au service du Prado et de sa mission et dont la demande est acceptée par le Responsable Général. Ce cheminement aboutit à une incardination au Prado à la suite de l’Engagement Perpétuel dans l’Institut Séculier. En conclusion Une dimension importante de notre mission est d’appeler et de former des personnes totalement attachées à Jésus Christ et à sa mission auprès des plus pauvres, au point d’y consacrer toute leur existence. Par la donation de leur vie, elles permettent que toutes les autres vocations ecclésiales puissent s’épanouir. Il y a notamment ces multiples laïcs qui témoignent d’engagements forts au cœur de la société ou de ceux qui assurent bien des services pour que l’Eglise soit vivante et vraiment missionnaire. Père Chevrier, soutiens-nous de ta prière, afin que nous ayons la ténacité qui fut la tienne pour chercher et former des apôtres pauvres pour les pauvres, les souffrants et les malheureux de notre temps ! Marie, que ta réponse confiante à l’appel de Dieu et ta coopération par l’Esprit Saint à l’oeuvre du salut nous encouragent à accompagner celles et ceux qui sont appelés aujourd’hui à servir la venue du Christ et de son Règne ! Père, maître de la moisson, envoie des ouvriers là où les peuples ont particulièrement besoin du salut et du témoignage du Ressuscité ! Robert DAVIAUD 29 Juin 2011, en la fête de Saint Pierre et Saint Paul

Documents divers

« La règle du disciple » - « Les Ecrits sur le sacerdoce » - Etudes des manuscrits du Père Chevrier, Yves Musset, 1992

« Réflexions sur le ministère ordonné » dans les « Lettres aux pradosiens » Antonio Bravo, 2010

« Servir l’appel de Dieu » dans « La puissance de la Résurrection » - Robert Daviaud, 2007

« Directoire Général de la formation » - Conseil Général, 1991

« Former des prêtres selon l’Evangile » - Charte du Séminaire du Prado, 2007





Etude de l’Evangile :
La pastorale vocationnelle au Prado



Plusieurs chemins dans l’Ecriture peuvent être tracés pour faire étude de l’Evangile et méditer sur ce thème de l’appel de Dieu. La bible est toute entière parcourue par le témoignage de femmes et d’hommes qui ont été appelés par le Seigneur pour collaborer à son œuvre de salut au cœur du monde. Voici une des routes possibles pour nous mettre à l’école du Maître, l’Envoyé de Dieu.

1 – Appelé et envoyé à la suite de Jésus Christ, l’Envoyé du Père. . Un envoi fondé sur la foi et l’amour (Jn 20, 19-23) (Jn 21, 1-19) . Appel des premiers disciples et premiers contacts avec les foules (Lc 5, 1-11) (Mc 1, 14-20) . Jésus, l’Envoyé et le Maître, pour la gloire du Père et pour le salut du monde (Lc 4, 14-21) (Jn 1, 1-18) (Jn 13, 1-17) (Jn 17) . Délivrer du mal et permettre la communion avec Dieu ainsi qu’une nouvelle fraternité. Etre associé à la compassion de Dieu pour son peuple. (Mt 9, 35-38) (Mt 10, 1-42)

2 – Des personnes précises, pour être avec Dieu dans sa mission. . Abraham (Gen 12, 1-9) Samuel (1 S 3, 1-18) Marie (Lc 1, 26-38) Saint Paul (Ac 9, 1-19) . Un attrait puissant, un feu dévorant. Moïse (Ex 3, 1-12) Jérémie (Jr 20, 7-13) Paul (Ph 3, 7-14) . De l’initiative de l’homme à celle de Dieu. Les trois étapes de la vocation de Moïse (Ac 7, 20-38)

3 – Les conditions de la réponse à l’appel de Dieu . La confiance et la foi. « N’ayez pas peur ! » (Lc 5, 1-11) . Accepter le regard d’amour du Christ (Mc 10, 17-31) . Promptitude et obéissance (Lc 1, 26-38) . La pauvreté, obstacle de la richesse (Mc 10, 21) (Lc 9, 3) . Prendre le chemin pascal, souffrir (Lc 9, 23) (1 Pi 2, 20-25) . La joie et l’enthousiasme (Lc 10, 17-24) L’action de grâce (Mt 11, 25-30)

4 – Une Eglise d’appelés qui appellent ! . Convocation de la multitude des disciples pour le choix des Sept (Ac 6, 1-7) . Des personnes, points d’appui (Ac 9, 10-19) . Une communauté d’appelés (Rm 1, 1-7) qui laisse partir en mission (Ac 13, 1-3) . Diversité des charismes pour le bien commun (1 Co 12, 1-31) . Réponse au commandement du Christ « Priez le maître de la moisson ! » (Mt 9, 35-38)



Révision de Vie : La Pastorale Vocationnelle au Prado



Servir l’appel de Dieu s’accompagne de la prière pour rester dans la foi en l’action première de l’Esprit Saint et pour demeurer sous sa mouvance. La Révision de Vie est alors précieuse pour nous encourager fraternellement dans ce ministère si important de servir la liberté profonde des personnes dans leur réponse à l’appel de Dieu. Nous prenons en compte ici plus particulièrement le discernement et l’accompagnement des personnes appelées à une vocation particulière à l’intérieur de l’Eglise catholique et au Prado. Voir : Chacun peut apporter un fait précis concernant sa responsabilité ministérielle d’appeler des personnes à suivre Jésus Christ de plus près dans une vocation particulière. Ce fait peut développer des sujets divers : . Une initiative prise pour interpeller directement quelqu’un, en vue de devenir diacre permanent, prêtre, personne consacrée ou bien pour devenir membre du Prado. . Le temps de prière pour les vocations, personnellement et avec la communauté chrétienne ? . Ma place dans les initiatives de ma paroisse ou du diocèse pour une réelle motivation à ce sujet ? . Un fait sur mon attention et ma présence aux séminaristes, sur mon soutien des frères prêtres et des chrétiens, afin que le service de l’appel de Dieu reste prioritaire. . Une initiative prise par le Prado lui-même en direction des vocations ? Juger : L’essentiel est de nous laisser éclairer et guider par l’Esprit Saint, par la Parole de Dieu et par le discernement des frères de l’équipe. . Dans le fait choisi et analysé, qu’est-ce qui est révélateur des situations humaines d’aujourd’hui ? Les points d’appui pour l’appel et la réponse ? Les obstacles et les résistances ? Mes propres interrogations ou résistances personnelles ? . Comment est-il possible de discerner un « attrait » qui vient de Dieu et de pouvoir le faire grandir ? (attrait pour la personne de Jésus Christ et attrait pour la mission auprès des pauvres) . Comment repérer l’intention droite, l’aptitude et la disponibilité fondamentale de la personne qui se sent appelée par le Christ et par l’Eglise ? . La Parole de Dieu au cœur de cette Révision de Vie : un feu dévorant (Ex 3,1-12) (Jr 20,7-13) (Ph 3, 7-14) Initiative de Dieu, réponse de la personne (Mc 10,17-31) (Ac 7,20-38) Un envoi en mission (Jn 20, 19-23. 15-19) … . Le Père Chevrier pour guide : un attrait intérieur (VD 119-127) (L. 63, 211, 181) Connaître Jésus Christ (VD 113)

Agir : Après ce partage et ce discernement, qu’est-ce que L’Esprit Saint me demande, nous indique pour « chercher » et accompagner les disciples et les apôtres que Dieu appelle à sa mission ? . Quelle est ma foi en l’appel de Dieu et en la capacité des gens de pouvoir y répondre ? . A quelle conversion suis-je appelé, dans mon témoignage, dans mon langage ? . Qui peut être appelé dans les personnes que je rencontre et de quelle manière ? Quelle est ma décision dans ce sens ? . Invitation à la prière suite au commandement du Christ ? . Quelle pastorale vocationnelle pour proposer le charisme même du Prado ? Pour faire connaître le séminaire de Limonest ? (Constitutions N°46)

Un temps de recueillement peut terminer cette Révision de Vie. Chacun peut exprimer une prière personnelle en quelques mots.

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