Le Prado Haïti

Le Prado Haïti http://www.leprado.org/spip.php?rubrique1 C’est dire combien le service de l’appel de Dieu est important pour notre famille spirituelle. Il est chef, libérateur.

La pastorale vocationnelle au Prado

Le souci de l’appel de Dieu est au cœur de notre ministère ou bien de notre vie apostolique. Nous travaillerons à faire en sorte que les pauvres aient leur place privilégiée à l’intérieur de l’Eglise et qu’ils puissent y exprimer leur foi. Il s’agit pour nous de former parmi eux des chrétiens qui croient, qui aiment et qui se décident à agir selon l’Evangile :

‘La foi, l’amour et l’action. LA LETTRE - La Pastorale vocationnelle au Prado

Chers Amis,

Le souci de l’appel de Dieu est au cœur de notre ministère ou bien de notre vie apostolique. Comme l’indique les Constitutions du Prado : « Nous travaillerons à faire en sorte que les pauvres aient leur place privilégiée à l’intérieur de l’Eglise et qu’ils puissent y exprimer leur foi. Il s’agit pour nous de former parmi eux des chrétiens qui croient, qui aiment et qui se décident à agir selon l’Evangile : ‘La foi, l’amour et l’action, voilà les trois effets qu’il faut chercher à produire’ Avec l’ensemble du peuple de Dieu, nous devons nous sentir responsables de susciter des vocations de prêtres et d’autres apôtres consacrés à l’évangélisation des pauvres, en particulier parmi les pauvres eux-mêmes » (C. 46).

« La pastorale des vocations » est l’une des quatre recommandations de la dernière Assemblée Générale du Prado. Ce thème nous concerne tous, que nous soyons dans des Eglises qui actuellement ont la joie de voir éclore beaucoup de vocations particulières, que nous soyons dans des régions du monde qui connaissent, au contraire, une grave crise des vocations. Ce ministère est extrêmement important et représente tout un enjeu pour l’avenir de la société, de l’Eglise et du Prado. Dès le début de sa vie publique, Jésus, en même temps qu’il s’adresse aux foules, commence par appeler quelques disciples pour être avec lui et recevoir une longue formation qui va faire d’eux les piliers de la proclamation de l’Evangile. Chaque communauté ecclésiale, chaque pasteur, chaque apôtre, se doit, en ce sens, d’imiter le Christ qui appelle certains à une vie totalement consacrée à Dieu et aux hommes, pour que toute l’Eglise soit servante du Royaume au cœur de nos diverses sociétés et cultures. Il y va de la transmission de la mémoire du Christ et de l’existence de communautés ferventes de disciples pour les générations à venir. L’évangélisation des plus pauvres mit rapidement le Père Chevrier devant cet appel de chercher et de former des prêtres, des hommes et des femmes, capables de travailler avec joie et détermination à ce but. Un an après Noël 1856, il s’exprime ainsi : « Je promets à Jésus de chercher des confrères de bonne volonté afin de me les associer pour vivre ensemble de la même vie de pauvreté et de sacrifice, afin de travailler plus efficacement à notre salut et à celui de nos frères, si telle est sa volonté ». Nous savons que l’appel et la formation d’apôtres pauvres pour les pauvres sont l’une des deux facettes du charisme du Prado, comme l’évoque l’inscription gravée sur le tombeau du Père Chevrier, en employant la double formule : « de rudibus instruendis », « de clericis educandis ». I Initiative de Dieu, réponse de la personne

« Les vocations », c’est d’abord le travail de Dieu. C’est une initiative qui vient de la Trinité, tel que le note le Père Chevrier : « Il faut trois choses pour la vocation : choix du Père, appel du Fils et grâce de l’Esprit Saint » (Ms 10/17a). Il rappelle à plusieurs reprises la citation : « Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire » (Jn 6,44) ou bien : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi : c’est moi qui vous ai choisis ! » (Jn 15,16). A l’origine de toute vie consacrée, de toute vie de prêtre, il y a ainsi ce travail de Dieu qui est d’abord un acte d’amour vis-à-vis de celui qui est appelé. Bien des textes de l’Ecriture peuvent être médités (je vous en indique un certain nombre dans la proposition d’étude de l’Evangile qui suit cette lettre). Je n’en retiens ici que quelques uns.

1 De l’initiative humaine à l’appel de Dieu : Moïse (Ac 7,17-43)

Dans son discours, Etienne montre comment, d’une certaine manière, Moïse préfigure Jésus Christ. Moïse apporte une délivrance. Il est comme situé entre Dieu et les hommes. Il rencontre lui-même de fortes oppositions (cf. TOB, Ac 7,25 note e). Il est intéressant de constater comment sa vocation se développe en trois étapes de quarante ans. Si Abraham répondit de suite à l’appel du Seigneur, le chemin fut plus difficile pour Moïse. Ce n’est qu’au bout de 80 ans qu’il comprit la vocation divine qui était la sienne ! La première étape (20-22) nous présente l’éducation de Moïse : « Il était beau aux yeux de Dieu ». Instruit de la sagesse des Egyptiens, « il était puissant en ses paroles et en ses actions ». Rien ne semble lui manquer pour réussir dans la vie. La deuxième étape (23-29) nous montre la solidarité et l’échec de Moïse : « Quand il eut quarante ans, l’idée lui vient de se rendre parmi ses frères, les Israélites ». Malgré l’éducation protégée qu’il a reçue, il conserve au fond de son cœur ses racines et ses liens avec son peuple dont il découvre l’oppression. Très vite il est affronté à l’injustice et à la violence. Même ses frères le rejettent sans ménagement : « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? » Sûr de sa force, « Il pensait faire comprendre à ses frères que Dieu, par sa main, leur apportait le salut ; mais ils ne le comprirent pas ». C’est la désillusion. A partir de son initiative propre et de son projet de libération, Moïse échoue. La générosité ne suffit pas. Il doit même s’enfuir, devenir lui-même un émigré dans un pays étranger. Là, dans l’anonymat, il refait sa vie, dans le pays de Madian où il a deux enfants. L’ambition de libérer son peuple semble bien loin ! La troisième étape (30-40) permet à Moïse de découvrir sa vraie vocation, comme une vocation divine. C’est Dieu qui vient le chercher. Pendant de longues années, Moïse a dû vivre avec son amertume et peut-être peu à peu se laisser purifier et convertir. Devant le buisson en feu, il ne fuit pas, mais s’approche pour regarder. Dieu révèle qui il est : « La voix du Seigneur se fit entendre », à ce moment, tout tremblant, il n’ose plus regarder. « Alors le Seigneur lui dit : ‘Ote les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. Oui, j’ai vu la misère de mon peuple et j’ai entendu son gémissement ; je suis descendu pour le délivrer. Et maintenant, va, je veux t’envoyer en Egypte ». Pour Moïse, le retournement est complet. Il avait d’abord agi à partir de lui-même, à partir de sa vision et de sa compréhension de la souffrance de ses frères, comme s’il pouvait être lui-même le veilleur et le libérateur de son peuple. Là, il se rend compte que c’est Dieu qui a vu la misère de son peuple, que c’est lui qui veut le délivrer. Le désert où il se trouve devient une terre sainte où Dieu se fait connaître. L’appel est une initiative de Dieu. Moïse découvre sa place dans l’œuvre de Dieu, dont il sera l’instrument et le serviteur. Il a fallu tout un temps, des étapes rudes, pour qu’il comprenne la vocation divine qui est la sienne. Le discours d’Etienne nous montre comment la vocation est liée à la mission. Désormais, il s’agit de servir la libération apportée par le Christ dans le mystère pascal, de partager sa compassion et son regard sur la misère des gens, de laver les hommes du mal qui les atteint ou dont ils sont responsables et ainsi de rétablir la communion avec Dieu et la fraternité possible entre les humains. Cette participation au salut n’est possible que si l’union au Christ reste forte, que si c’est lui le véritable architecte dans l’Esprit Saint.

2 Le regard du Christ rend possible la réponse (Mc 10,17-31)

A trois reprises, dans ce texte, il est fait mention du regard de Jésus Christ : tout d’abord avec l’homme riche : « Jésus le regarda et l’aima » (21), puis au verset 23 : « Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : qu’il est difficile à ceux qui ont des biens d’entrer dans le Royaume de Dieu ! », et enfin devant l’ébahissement des disciples qui se demandent : « Qui peut être sauvé ? », on nous dit : « Jésus les regarda et dit : c’est impossible pour les humains, mais non pas pour Dieu, car tout est possible pour Dieu » (26-27). Dans les évangiles, le regard du Christ peut parfois être rempli de colère devant l’endurcissement des cœurs et l’incrédulité. Il peut être plein de compassion devant les foules sans berger ou devant celui qui souffre. Ici, c’est l’amour de Dieu qui s’exprime dans toute sa perfection. Depuis longtemps, la bible nous dit combien l’amour du Seigneur était à l’origine de l’élection d’Israël. Dans la rencontre avec l’homme riche, Jésus montre tout le lien entre son regard et l’amour qu’il exprime à celui qu’il appelle. C’est un regard de confiance et d’estime qui veut permettre une croissance, un pas en avant capital vers une existence accomplie, vers la vie éternelle. L’appel du Christ est particulièrement élevé, au point d’entraîner le refus de l’homme riche, au point de susciter l’indignation des disciples. A quelques personnes seulement, Jésus demande de tout abandonner pour le suivre, d’être libres de toute attache matérielle et familiale, « à cause de lui et de la Bonne Nouvelle ». Certains, comme Pierre qui affirme : « Nous avons tout quitté pour te suivre ! », sont invités à prendre le même style de vie que Jésus adopte pour vivre la mission du Père. On comprend qu’à vue humaine, cela semble impossible. En effet, seul le regard de Jésus Christ permet de répondre à l’appel : « Viens et suis-moi ! » Celui qui accepte cette présence du Seigneur, cette amitié, cet attachement, peut trouver la force de tout quitter et de prendre le chemin. Gardons une conscience vive de ce regard d’amour du Christ, sans quoi toute vocation particulière ne peut tenir en vérité ! L’homme riche de l’Evangile, finalement, n’a pas compris quel est le véritable bien, ce qui lui manquait, à savoir d’accueillir dans son existence la présence même du Sauveur, de vivre habituellement sous son regard.

3 La pauvreté comme condition

Toute vocation, et nous y sommes particulièrement sensibles au Prado, suppose un réel esprit de pauvreté, à la suite du Christ pauvre et humble. C’est l’Esprit Saint qui nous incite à vivre cette dimension et la rend possible. Cette pauvreté évangélique de l’apôtre est celle qui permet de se dépouiller pour acquérir la vraie richesse de l’attachement à Jésus Christ, celle qui donne le courage prophétique et la véritable liberté apostolique. Trois phrases-clés de l’Evangile expriment bien cette dimension :

• A propos de l’homme riche que nous avons évoqué plus haut : « Jésus le regarda et l’aima. Il lui dit : il te manque une seule chose : Va, vends tout ce que tu as. Donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi ! » (Mc 10,21). Acceptant le regard d’amour du Seigneur, comment celui qui se sent appelé peut-il renoncer d’esprit et de cœur à tous les biens de la terre, pour suivre l’Envoyé du Père ?

• Lors de l’envoi des douze en mission, « Jésus appela les douze,… il leur dit : « Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques chacun » (Lc 9,3). Il s’agit d’emprunter le mode de vie pris par Jésus dans sa mission. Le prêtre est un homme dépouillé, désencombré de l’inutile, pour mieux prendre appui sur la « Providence ».

• Après avoir annoncé sa passion et sa résurrection, Jésus demande : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il renonce à soi-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive ! » (Lc 9,23) Cette citation est la base de la seconde partie du « Véritable Disciple ». On ne peut travailler à l’œuvre de Dieu sans partager la souffrance et la vie livrée du Christ par amour du Père et de l’humanité. Que l’Esprit Saint délivre celui est appelé du souci exclusif de lui-même et lui permette de porter la croix du Christ avec persévérance et confiance ! II Au Prado, servir l’appel de Dieu

Ce n’est pas l’objet direct de cette lettre, mais je voudrais souligner combien nous sommes concernés par le service de la vocation de toute personne humaine, en particulier de chaque jeune, de chaque enfant. Chacun est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est porteur d’un don original de Dieu à découvrir et à développer. Chacun est invité, durant son court passage sur la terre, à trouver sa place, à travailler, à aimer, à honorer le créateur par sa façon de vivre et de prendre ses responsabilités. Ce souci est au cœur de notre apostolat, tout spécialement avec les plus pauvres, ceux pour qui il est difficile d’exister et d’être reconnus. Bien sûr, nous sommes sensibles à servir l’appel de Dieu pour que se développe la communauté des disciples du Christ : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures », affirme le Seigneur Ressuscité (Mc 16,15). Notre tâche missionnaire nous rend attentifs à cette annonce de la Bonne Nouvelle, à ce que la mémoire du Christ reste vivante. C’est toujours une grande joie de présider un baptême d’adulte, de jeune ou d’enfant. Il s’agit de servir l’appel à la sainteté de tout le peuple chrétien. Ici, je prête plus attention aux vocations particulières, dans la vie consacrée ou bien dans les ministères ordonnés. Dans les visites que je fais aux pradosiens dans les différentes régions du monde, je suis très attentif à ce point. C’est une action de grâce de voir les vocations particulières se développer dans bien des Eglises. Mais tout peut devenir vite fragile et se pose alors, partout, la question du bon discernement et de la qualité de la formation. C’est au contraire une souffrance partagée quand on se trouve avec des confrères présents dans des Eglises où les vocations particulières se raréfient. Cela plonge les communautés dans une réelle pauvreté. C’est alors que les laïcs peuvent courir le risque de ne plus trouver suffisamment la bonne nourriture de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Plus d’une fois, j’ai partagé la douleur de tel ou tel prêtre qui a réellement essayé d’appeler des jeunes, sans voir aboutir sa démarche. L’absence de vocations interroge directement la pertinence de la foi en Jésus Christ au cœur de la société où l’on se trouve. Tout quitter, livrer sa vie à la suite du Christ, dans la durée, constitue un témoignage indispensable : celui qui indique que la foi en Dieu et le service du Royaume méritent une donation totale de soi. L’exemple de Paul et Barnabé est capital pour la mission : « Des hommes qui ont livré leur vie pour le nom de Notre Seigneur Jésus Christ » (Ac 15,26).

1 Un attrait intérieur

Le père Chevrier nous a laissé un critère essentiel : « Sentez-vous un attrait intérieur qui vous pousse vers Jésus Christ ? Un sentiment intérieur qui est plein d’admiration pour Jésus Christ, pour sa beauté, sa grandeur, sa bonté infinie, qui le porte à venir à nous. Sentiment qui nous touche et nous porte à nous donner à lui ». On notera le double mouvement : C’est d’abord Jésus Christ qui vient vers nous, son Esprit ouvre le cœur ; et en même temps, c’est la personne qui se laisse toucher et décide de se donner à lui. De nombreux textes précisent les dimensions de cet attrait (cf. VD 120-121, L 53, L 63, L 181, Règlements 106,176). L’attrait concerne la personne de Jésus Christ, sa pauvreté, sa vie donnée, sa charité. Il y a dans la personne un désir de mieux le connaître, l’aimer et le suivre de plus près. L’attrait concerne d’un même mouvement la mission, le partage du regard théologal du Christ. Que voyons-nous ? Une souffrance devant les besoins de salut des pauvres et un désir intense de leur faire connaître Jésus Christ, de « faire le catéchisme » aux enfants et aux jeunes, de former des prêtres pour cela. Ce double attrait pour le Christ pauvre et pour les pauvres de notre temps ne peut se vivre individuellement. D’où le sens de la communauté indispensable pour que se concrétise cet attrait. « Venez, écrit le Père Chevrier à l’Abbé Gourdon, puisque Dieu nous donne l’attrait pour la pauvreté, nous sommes déjà unis d’esprit à Notre Seigneur » (L 53). Et dans une lettre à sœur Véronique : « Je ne demande à Notre Seigneur pour vous et pour tous ceux de la maison que l’attrait spirituel pour bien faire le catéchisme, l’amour de la pauvreté et la charité. Si nous pouvons croître dans cet attrait et dans l’amour de Notre Seigneur, nous aurons tout gagné… Quiconque ne sent pas cet attrait ou ne veut pas s’y donner n’est pas pour nous » (L 181).

2 Tendre à la perfection ! La découverte de l’attrait amène à prendre une décision. Comment cet attrait va-t-il se transformer en attachement durable à Jésus Christ et à son corps qu’est l’Eglise ? Comment cet attrait, s’il vient de l’Esprit Saint, va-t-il entraîner une véritable obéissance à Dieu et aux médiations que l’Eglise met en œuvre ? Comment repérer et cultiver les aptitudes nécessaires pour répondre à cette vocation ?

« A quoi nous appelle-t-il ? A la perfection ! » La vocation pradosienne, mais cela vaut pour bien d’autres vocations, invite le prêtre ou le laïc consacré à prendre le chemin de la sainteté, plus précisément à suivre Jésus Christ dans sa vie parfaite. Des personnes ordinaires, avec les capacités et les faiblesses qui marquent leur humanité, sont appelées comme le précise le Père Chevrier à tendre vers la perfection. Il y a au fond de leur cœur une exigence de sainteté vécue au cœur de la mission. C’est en fait une relation d’amour : « Celui qui cherche la perfection ne voit que Jésus Christ, il aime Jésus Christ et fait passer Jésus Christ avant tout. Il aime et cherche à imiter le plus fidèlement celui qu’il aime » (cf. VD 120-121). Il s’agit d’une « grâce de choix, d’une vocation particulière » que les Constitutions concrétisent dans l’Engagement au Prado, Institut Séculier, « sous la forme d’une promesse qui lie la conscience devant Dieu, l’Eglise et l’Institut » (C. 83), une promesse qui, tels les vœux des religieux, concrétise les Conseils Evangéliques, selon le chemin gravé par le Père Chevrier au Tableau de Saint Fons. Quelles sont les personnes que le Seigneur invite à prendre un tel chemin aujourd’hui, dans la condition séculière d’un prêtre diocésain ou d’un laïc inséré dans la vie la plus concrète ? Comment manifester la grandeur de cette voie ? Cependant, n’oublions pas le réalisme de l’apôtre de la Guillotière et son souci de vérifier l’aptitude concrète d’un jeune à répondre à l’appel de Dieu pour devenir prêtre. Un des points auquel, aux dires de François Duret, il était spécialement sensible, est celui des capacités de jugement. Il se montrait très vigilant à ce sujet dans le recrutement des élèves de l’école cléricale. La bonne volonté et la piété ne suffisent pas quand on manque de jugement et de bon sens. Il s’agit de choisir des hommes qui donnent les marques d’un jugement sûr (cf. Les cahiers du Père François Duret, p.89, Document du Prado 2008). Parmi les aptitudes incontournables, il y a celle de devenir capable de travailler à l’évangélisation des pauvres : « Pour faire le travail matériel, affirmait le Père Chevrier, je trouve assez de monde, mais pour bien faire le catéchisme, mettre la foi, l’amour de Notre Seigneur dans les âmes, il y en a très peu, presque pas ». Le Prado est une grâce d’union à Jésus Christ dans sa mission d’Envoyé du Père auprès des pauvres, des ignorants et des pécheurs. Au cœur de nos diocèses, comme au cœur de l’Eglise universelle, c’est cela notre service, notre office. La mission du Prado est de donner à nos Eglises des apôtres compétents pour l’évangélisation des pauvres. Quand un prêtre prononce son Engagement, c’est l’évêque et l’Eglise diocésaine qui reçoivent de Dieu une personne disponible et capable, pour que l’évangélisation des pauvres puisse s’accomplir. III Appeler aujourd’hui, là où l’Esprit Saint agit ! Nous ne manquons pas de longues réflexions sur la pastorale des vocations. La difficulté, c’est de trouver les chemins effectifs de l’appel. Cela suppose beaucoup d’humilité et de détermination. N’oublions pas le commandement du Christ qui conditionne toute initiative : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Mt 9,37-38). Je viens de souligner l’importance de la prière pour les vocations. J’ajouterai de suite la nécessité que ce soit toute la communauté chrétienne qui devienne appelante, tout en reconnaissant que certaines personnes peuvent avoir reçu de Dieu un don particulier pour appeler et mettre en route. Nous parlons ici des vocations particulières, y compris celle du Prado. Mais nous gardons en mémoire comment les communautés ont un rôle pour proposer le baptême, la confirmation ou le mariage chrétien. Lorsque des prêtres ou des personnes consacrées font le récit de leur vocation, la plupart du temps elles évoquent un prêtre, une sœur qui, un jour, leur a posé clairement la question d’une suite radicale de Jésus Christ. Ce fut le cas pour Antoine Chevrier, quand un vicaire de la paroisse Saint François lui proposa de devenir prêtre. Ce fut mon cas, comme pour beaucoup d’entre vous. Dans la bible, Jésus appelle lui-même telle ou telle personne. Nous avons donc ici une grande responsabilité missionnaire. Depuis que je suis prêtre, comment ai-je rempli ce ministère ? Qui ai-je appelé ? Aujourd’hui, qui pourrai-je appeler ? Quel est l’enfant, le jeune, l’adulte chez qui je discerne un attrait qui vient de l’Esprit Saint ? Il peut y avoir bien des refus ou des échecs. Mais l’urgence de la mission nous fait continuer avec foi ce service effectif de la pastorale vocationnelle. Pour appeler, il faut qu’il y ait rencontre, proximité, témoignage rayonnant et lisible, une joie partagée, une fraternité communicative. Quels sont les lieux et les médiations qui vont permettre de possibles appels ? C’est à chaque Eglise de réfléchir à cela. Pour la vocation pradosienne, des personnes de toutes conditions peuvent être travaillées par le Seigneur et le souci des pauvres : des jeunes de milieu modeste comme d’autres de classes élevées de la société. Il ne manque pas d’exemples dans notre famille. Alors, comment faire connaître aux uns et aux autres le charisme du Prado ? Pour entrer en communication, souvent, dans les rencontres entre pradosiens, j’ai entendu le désir de faire attention au langage employé ou aux conditions pour que notre témoignage soit recevable par de nouvelles générations, forcément différentes pour une part des précédentes. Dieu a donné à l’Eglise la figure du Père Chevrier. Lors de l’année sacerdotale, j’ai été heureusement surpris par l’intérêt de beaucoup de prêtres et de séminaristes concernant le témoignage laissé par le fondateur du Prado. Les gens reconnaissent en lui un chemin de sainteté, précisément dans l’articulation d’un attachement exceptionnel à Jésus Christ et d’un service audacieux et créatif pour l’évangélisation des pauvres. Comment s’appuyer sur cette figure et la faire connaître ? D’une manière parfois surprenante, le récit même de sa vie et de son apostolat reste d’une grande actualité. Comment permettre à des jeunes de faire une démarche de pèlerinage à Lyon et, dans les différents pays, comment rendre accessible le témoignage du saint de la Guillotière ? Un point d’appui capital se trouve dans la centralité de la connaissance de Jésus, dans la manière dont le Père Chevrier a médité la Parole de Dieu et fait oraison. Les membres du Prado sont souvent bien repérables à partir de leur étude de l’Evangile et de la manière simple et profonde dont ils parlent de Jésus Christ en lien avec la vie concrète. Comment faire expérimenter cette connaissance de Jésus Christ qui se donne à connaître à la lumière des Ecritures, en proposant ouvertement la « méthode » du Père Chevrier ? Sommes-nous aussi repérables par la radicalité de notre propre appel, par le temps pris pour la prière silencieuse, le temps de l’oraison personnelle, la prière quotidienne à l’Esprit Saint ? Sans doute avons-nous à mieux souligner l’importance de l’Eucharistie et de la liturgie dans notre vocation missionnaire ! Nous savons combien le troisième volet du Tableau de Saint Fons sur le « Tabernacle » fonde la charité pastorale. J’ai d’ailleurs été frappé, dans certains pays, de la manière dont des pradosiens avaient le souci de former les servants de messe, en en faisant des serviteurs du Christ Eucharistique à l’église et dans toute leur vie. Je souligne aussi la pratique chez certains Prado de l’adoration eucharistique, lieu de contemplation et de disponibilité apostolique. La créativité missionnaire et l’engagement auprès des pauvres, au cœur du diocèse, peuvent susciter un réel attrait. C’est là notre manière de servir l’Eglise. Ce choix d’être disponible pour les lieux et les ministères les plus difficiles peut être très parlant s’il est vécu dans la confiance en Dieu et dans la joie. Comment la communauté pradosienne du diocèse donne le témoignage d’un élan missionnaire, d’une intelligence renouvelée de la mission ? Comment notre manière d’être prêtre ou bien d’être laïc consacré met en œuvre les grandes intuitions du Père Chevrier : proximité, annonce simple et profonde du mystère de Jésus Christ, fraternité, accompagnement de groupes au plus près de la population, retrouvant ainsi le dynamisme des premières communautés chrétiennes (relais paroissiaux, équipes d’action catholique, petites communautés, groupe de jeunes, formation d’apôtres pauvres…) ? Cette manière renouvelée de vivre la mission, nous la vivons au cœur de nos diocèses au milieu de tous les acteurs de l’Eglise. Mais prêtons-nous attention également à la mission du Prado en tant qu’Institut ? Quelles initiatives sont possibles pour donner à découvrir cette vocation (r***e, proposition de retraites, de camp de jeunes, semaine de spiritualité, pèlerinage autour du Père Chevrier…)

Le Père Chevrier cherchait des hommes et des femmes pour partager son amour du Christ et sa passion de le faire connaître aux pauvres. Il y a sans doute à développer une pastorale des vocations pradosiennes et cela, au niveau de l’ensemble de notre famille. Comment nous préoccuper de discerner des personnes qui pourraient découvrir le charisme laissé par le Père Chevrier, et cela à commencer par des enfants et des jeunes. Comment être attentif à ce qui peut se vivre dans les familles ou les divers groupes de jeunes ? Comment proposer un chemin de mûrissement et de préparation au sacerdoce qui prenne en compte cet attrait pour la vocation pradosienne ? Dans certains cas exceptionnels, pourquoi ne pas envisager une route qui mène à une incardination à l’Institut lui-même, afin que quelques membres soient particulièrement disponibles pour le service du Prado et sa mission ? (cf C. 111)

Je voudrais terminer en évoquant le Séminaire du Prado. Les formes de ce lieu de formation ont varié et peuvent encore varier dans l’avenir. Mais c’est un bien précieux qui remonte en son principe au Père Chevrier. Il est vital qu’il puisse poursuivre sa mission car il rappelle à tous les membres de notre Association combien l’appel et la formation d’apôtres pauvres sont constitutifs de notre charisme. Je redis ici les trois conditions actuelles qui peuvent permettre à quelqu’un d’être accueilli au séminaire international de Limonest :

• Celui pour lequel la formation mise en œuvre à partir du charisme du Prado peut apparaître, pour l’Evêque qui l’envoie et pour l’intéressé, comme un chemin bénéfique pour le développement de sa vocation de prêtre diocésain. • Celui qui manifeste un attrait pour la vocation pradosienne et qui désire être formé, envoyé par son Evêque dans une institution qui vit de ce charisme, avant de retourner dans son diocèse.

• Celui qui se sent appelé à consacrer sa vie au service du Prado et de sa mission et dont la demande est acceptée par le Responsable Général. Ce cheminement aboutit à une incardination au Prado à la suite de l’Engagement Perpétuel dans l’Institut Séculier. En conclusion Une dimension importante de notre mission est d’appeler et de former des personnes totalement attachées à Jésus Christ et à sa mission auprès des plus pauvres, au point d’y consacrer toute leur existence. Par la donation de leur vie, elles permettent que toutes les autres vocations ecclésiales puissent s’épanouir. Il y a notamment ces multiples laïcs qui témoignent d’engagements forts au cœur de la société ou de ceux qui assurent bien des services pour que l’Eglise soit vivante et vraiment missionnaire. Père Chevrier, soutiens-nous de ta prière, afin que nous ayons la ténacité qui fut la tienne pour chercher et former des apôtres pauvres pour les pauvres, les souffrants et les malheureux de notre temps ! Marie, que ta réponse confiante à l’appel de Dieu et ta coopération par l’Esprit Saint à l’oeuvre du salut nous encouragent à accompagner celles et ceux qui sont appelés aujourd’hui à servir la venue du Christ et de son Règne ! Père, maître de la moisson, envoie des ouvriers là où les peuples ont particulièrement besoin du salut et du témoignage du Ressuscité ! Robert DAVIAUD 29 Juin 2011, en la fête de Saint Pierre et Saint Paul

Documents divers

« La règle du disciple » - « Les Ecrits sur le sacerdoce » - Etudes des manuscrits du Père Chevrier, Yves Musset, 1992

« Réflexions sur le ministère ordonné » dans les « Lettres aux pradosiens » Antonio Bravo, 2010

« Servir l’appel de Dieu » dans « La puissance de la Résurrection » - Robert Daviaud, 2007

« Directoire Général de la formation » - Conseil Général, 1991

« Former des prêtres selon l’Evangile » - Charte du Séminaire du Prado, 2007





Etude de l’Evangile :
La pastorale vocationnelle au Prado



Plusieurs chemins dans l’Ecriture peuvent être tracés pour faire étude de l’Evangile et méditer sur ce thème de l’appel de Dieu. La bible est toute entière parcourue par le témoignage de femmes et d’hommes qui ont été appelés par le Seigneur pour collaborer à son œuvre de salut au cœur du monde. Voici une des routes possibles pour nous mettre à l’école du Maître, l’Envoyé de Dieu.

1 – Appelé et envoyé à la suite de Jésus Christ, l’Envoyé du Père. . Un envoi fondé sur la foi et l’amour (Jn 20, 19-23) (Jn 21, 1-19) . Appel des premiers disciples et premiers contacts avec les foules (Lc 5, 1-11) (Mc 1, 14-20) . Jésus, l’Envoyé et le Maître, pour la gloire du Père et pour le salut du monde (Lc 4, 14-21) (Jn 1, 1-18) (Jn 13, 1-17) (Jn 17) . Délivrer du mal et permettre la communion avec Dieu ainsi qu’une nouvelle fraternité. Etre associé à la compassion de Dieu pour son peuple. (Mt 9, 35-38) (Mt 10, 1-42)

2 – Des personnes précises, pour être avec Dieu dans sa mission. . Abraham (Gen 12, 1-9) Samuel (1 S 3, 1-18) Marie (Lc 1, 26-38) Saint Paul (Ac 9, 1-19) . Un attrait puissant, un feu dévorant. Moïse (Ex 3, 1-12) Jérémie (Jr 20, 7-13) Paul (Ph 3, 7-14) . De l’initiative de l’homme à celle de Dieu. Les trois étapes de la vocation de Moïse (Ac 7, 20-38)

3 – Les conditions de la réponse à l’appel de Dieu . La confiance et la foi. « N’ayez pas peur ! » (Lc 5, 1-11) . Accepter le regard d’amour du Christ (Mc 10, 17-31) . Promptitude et obéissance (Lc 1, 26-38) . La pauvreté, obstacle de la richesse (Mc 10, 21) (Lc 9, 3) . Prendre le chemin pascal, souffrir (Lc 9, 23) (1 Pi 2, 20-25) . La joie et l’enthousiasme (Lc 10, 17-24) L’action de grâce (Mt 11, 25-30)

4 – Une Eglise d’appelés qui appellent ! . Convocation de la multitude des disciples pour le choix des Sept (Ac 6, 1-7) . Des personnes, points d’appui (Ac 9, 10-19) . Une communauté d’appelés (Rm 1, 1-7) qui laisse partir en mission (Ac 13, 1-3) . Diversité des charismes pour le bien commun (1 Co 12, 1-31) . Réponse au commandement du Christ « Priez le maître de la moisson ! » (Mt 9, 35-38)



Révision de Vie : La Pastorale Vocationnelle au Prado



Servir l’appel de Dieu s’accompagne de la prière pour rester dans la foi en l’action première de l’Esprit Saint et pour demeurer sous sa mouvance. La Révision de Vie est alors précieuse pour nous encourager fraternellement dans ce ministère si important de servir la liberté profonde des personnes dans leur réponse à l’appel de Dieu. Nous prenons en compte ici plus particulièrement le discernement et l’accompagnement des personnes appelées à une vocation particulière à l’intérieur de l’Eglise catholique et au Prado. Voir : Chacun peut apporter un fait précis concernant sa responsabilité ministérielle d’appeler des personnes à suivre Jésus Christ de plus près dans une vocation particulière. Ce fait peut développer des sujets divers : . Une initiative prise pour interpeller directement quelqu’un, en vue de devenir diacre permanent, prêtre, personne consacrée ou bien pour devenir membre du Prado. . Le temps de prière pour les vocations, personnellement et avec la communauté chrétienne ? . Ma place dans les initiatives de ma paroisse ou du diocèse pour une réelle motivation à ce sujet ? . Un fait sur mon attention et ma présence aux séminaristes, sur mon soutien des frères prêtres et des chrétiens, afin que le service de l’appel de Dieu reste prioritaire. . Une initiative prise par le Prado lui-même en direction des vocations ? Juger : L’essentiel est de nous laisser éclairer et guider par l’Esprit Saint, par la Parole de Dieu et par le discernement des frères de l’équipe. . Dans le fait choisi et analysé, qu’est-ce qui est révélateur des situations humaines d’aujourd’hui ? Les points d’appui pour l’appel et la réponse ? Les obstacles et les résistances ? Mes propres interrogations ou résistances personnelles ? . Comment est-il possible de discerner un « attrait » qui vient de Dieu et de pouvoir le faire grandir ? (attrait pour la personne de Jésus Christ et attrait pour la mission auprès des pauvres) . Comment repérer l’intention droite, l’aptitude et la disponibilité fondamentale de la personne qui se sent appelée par le Christ et par l’Eglise ? . La Parole de Dieu au cœur de cette Révision de Vie : un feu dévorant (Ex 3,1-12) (Jr 20,7-13) (Ph 3, 7-14) Initiative de Dieu, réponse de la personne (Mc 10,17-31) (Ac 7,20-38) Un envoi en mission (Jn 20, 19-23. 15-19) … . Le Père Chevrier pour guide : un attrait intérieur (VD 119-127) (L. 63, 211, 181) Connaître Jésus Christ (VD 113)

Agir : Après ce partage et ce discernement, qu’est-ce que L’Esprit Saint me demande, nous indique pour « chercher » et accompagner les disciples et les apôtres que Dieu appelle à sa mission ? . Quelle est ma foi en l’appel de Dieu et en la capacité des gens de pouvoir y répondre ? . A quelle conversion suis-je appelé, dans mon témoignage, dans mon langage ? . Qui peut être appelé dans les personnes que je rencontre et de quelle manière ? Quelle est ma décision dans ce sens ? . Invitation à la prière suite au commandement du Christ ? . Quelle pastorale vocationnelle pour proposer le charisme même du Prado ? Pour faire connaître le séminaire de Limonest ? (Constitutions N°46)

Un temps de recueillement peut terminer cette Révision de Vie. Chacun peut exprimer une prière personnelle en quelques mots.

26/07/2013

samedi 5h PM : réunion de la pastorale Pastorale Universitaire des gonaives . tous les étudiants sont attendus.

23/11/2012

Message au Peuple de Dieu du Synode des évêques pour la nouvelle évangélisation
Le Saint-Siège a rendu public, vendredi 26 octobre 2012, Message du Synode des Évêques au Peuple de Dieu, approuvé le matin même par les évêques participant à la XIII Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation.

Frères et sœurs,

«Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ le Seigneur» (Rm 1,7). Nous, évêques du monde entier, réunis à l’invitation de l’évêque de Rome, le Pape Benoît XVI, pour réfléchir sur «la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne», avant de rentrer dans nos Églises particulières, nous voulons nous adresser à vous tous, pour soutenir et orienter le service de l’Évangile dans les différents contextes où nous nous retrouvons pour témoigner.

1. Comme la Samaritaine au puits de Jacob
Nous nous laissons illuminer par une page de l’Évangile: la rencontre de Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob (cf. Jn 4,5-42). Il n’y a pas d’homme ou de femme qui ne se trouve, à un moment de sa vie, comme la femme de Samarie, près d’un puits avec une cruche vide et l’espérance de trouver la réalisation de l’aspiration la plus profonde du cœur, la seule qui puisse donner sa pleine signification à l’existence. Aujourd’hui, nombreux sont les puits qui s’offrent à la soif de l’homme, mais un discernement est nécessaire afin d’éviter des eaux polluées. Il est urgent de bien orienter la recherche pour ne pas devenir la proie de désillusions destructrices.
Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer, car lui seul est l’eau qui donne la vie véritable et éternelle. Seul Jésus est capable de lire jusqu’aux tréfonds de notre cœur et de nous dévoiler notre propre vérité: «Il m’a dit tout ce que j’ai fait», confesse la Samaritaine à ses concitoyens. Cette annonce, à laquelle se joint la question qui ouvre à la foi: «Ne serait-il pas le Messie?», montre comment celui qui a reçu la vie nouvelle dans la rencontre avec Jésus ne peut manquer de devenir porteur de vérité et d’espérance pour les autres. La pécheresse convertie devient messagère du salut et conduit à Jésus tout son village. De l’accueil du témoignage, les gens passeront à l’expérience personnelle de la rencontre: «Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde».

2. Une nouvelle évangélisation
Conduire les hommes et les femmes de notre temps à Jésus, à la rencontre avec lui, est une urgence qui touche toutes les régions du monde, celles de récente tout autant que celles d’ancienne évangélisation. Partout en effet se ressent le besoin de raviver une foi qui risque de s’obscurcir en des contextes culturels qui en entravent l’enracinement personnel, le rayonnement social, la clarté de contenu et les fruits cohérents.
Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais de s’insérer dans le long chemin de la proclamation de l’Évangile, avec le zèle apostolique de Paul, lequel en vient à dire: «Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile!» (1 Co 9, 16). Depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne jusqu’à aujourd’hui, cette population de l’Évangile a parcouru l’histoire et a édifié des communautés de croyants dans toutes les parties du monde. Qu’elles soient petites ou grandes, elles sont le fruit du dévouement de missionnaire et de nombreux martyrs, de générations de témoins de Jésus, vers lesquels se tourne notre mémoire reconnaissante.
Les scénarios sociaux et culturels changeants nous appellent à quelque chose de nouveau: à vivre d’une manière renouvelée notre expérience communautaire de foi et son annonce, au moyen d’une évangélisation «nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes, dans ses expressions» (Jean-Paul II, Discours à la XIXème assemblée de la CELAM, Port-au-Prince 9 mars 1983, n.3), comme le disait Jean-Paul II, une évangélisation, comme nous l’a rappelé Benoît XVI, «orientée principalement vers les personnes qui, tout en étant baptisées se sont éloignées de l’Église, et vivent sans se référer à la pratique chrétienne [...], pour favoriser chez ces personnes une nouvelle rencontre avec le Seigneur, qui seul remplit l’existence de signification profonde et de paix; pour favoriser la redécouverte de la foi, source de grâce qui apporte la joie et l’espérance dans la vie personnelle, familiale et sociale» (Benoît XVI, Homélie de la célébration eucharistique pour l’inauguration solennelle de la XIIIème Assemblée ordinaire du Synode des évêques, Rome le 7 octobre 2012).

3. La rencontre personnelle avec Jésus-Christ dans l’Église
Avant de dire quelque chose concernant les formes que doit assumer cette nouvelle évangélisation, nous ressentons l’exigence de vous dire, avec une conviction profonde, que la foi se décide tout entière dans le rapport que nous instaurons avec la personne de Jésus qui vient le premier à notre rencontre. L’œuvre de la nouvelle évangélisation consiste à proposer de nouveau, au cœur et à l’esprit souvent distraits et confus des hommes et des femmes de notre temps, et avant tout à nous-mêmes, la beauté et la nouveauté de la rencontre avec le Christ. Nous vous invitons tous à contempler le visage du Seigneur Jésus-Christ, à entrer dans le mystère de son existence, donnée pour nous jusqu’à la Croix et confirmée comme don du Père par sa Résurrection d’entre les morts et qui nous est communiquée par l’Esprit. C’est dans la personne de Jésus que se dévoile le mystère de l’amour de Dieu le Père pour toute la famille humaine qu’il n’a pas voulu laisser à la dérive d’une impossible autonomie, mais qu’il a réunie à lui en un pacte d’amour renouvelé.
L’Église est cet espace offert par le Christ dans l’histoire afin que nous puissions le rencontrer, parce qu’il lui a confié sa Parole, le Baptême qui nous rend fils de Dieu, son Corps et son Sang, la grâce du pardon du péché dans le sacrement de la Réconciliation surtout, l’expérience d’une communion qui est le reflet du mystère même de la Sainte Trinité, la force de l’Esprit qui suscite la charité envers tous.
Il faut favoriser des communautés accueillantes, dans lesquelles tous les exclus se sentent chez eux, des expériences concrètes de communion, qui, avec la force ardente de l’amour, - «Voyez comme ils s’aiment!» (Tertullien, Apologétique, 39, 7)- attirent le regard désenchanté de l’humanité contemporaine. La beauté de la foi doit resplendir en particulier dans les actions de la liturgie sacrée, dans l’Eucharistie dominicale avant tout. C’est proprement dans les célébrations liturgiques que l’Église dévoile en fait son visage d’œuvre de Dieu et rend visible, dans les paroles et dans les gestes, le sens de l’Évangile.
C’est à nous aujourd’hui de rendre concrètement accessibles des expériences d’Église, de multiplier les puits auxquels inviter les hommes et les femmes assoiffés, pour faire rencontrer Jésus, véritable oasis dans les déserts de la vie. Les communautés chrétiennes en sont responsables et, en elles, c’est chaque disciple du Seigneur qui l’est aussi. C’est à chacun qu’est confié un irremplaçable témoignage, afin que l’Évangile puisse croiser l’existence de tous; c’est pourquoi la sainteté de vie nous est requise.

4. Les occasions de rencontre avec Jésus et l’écoute de la Parole
On se demandera comment faire tout cela. Il ne s’agit pas d’inventer on ne sait quelles stratégies, comme si l’Évangile était un produit à placer sur le marché des religions, mais de redécouvrir la façon dont, dans la vie de Jésus, les personnes se sont approchées de lui et ont été appelées par lui, afin d’introduire ces mêmes modalités dans les conditions de notre temps.
Rappelons-nous par exemple comment Pierre, André, Jacques et Jean ont été interpellés par Jésus dans le contexte de leur travail, comment Zachée a pu passer de la simple curiosité à un chaleureux partage du repas avec le Maître, comment le centurion romain lui a demandé d’intervenir à l’occasion de la maladie d’une personne chère, comment l’aveugle de naissance l’a invoqué pour être libéré de sa marginalisation, comment Marthe et Marie ont vu leur hospitalité, chez elles et dans leur cœur, récompensée par sa présence. Nous pourrions continuer à parcourir les pages de l’Évangile pour illustrer combien, dans des conditions variées, la vie des personnes s’est ouverte à la présence du Christ. Nous pouvons en faire autant avec ce que nous disent les Écritures concernant l’expérience missionnaire des apôtres dans l’Église primitive.
La lecture fréquente des Saintes Écritures, illuminée par la Tradition de l’Église qui nous les a transmises et en est l’authentique interprète, est non seulement un passage obligé pour connaître le contenu même de l’Évangile, c’est-à-dire la personne de Jésus dans le contexte de l’histoire du salut, mais elle nous aide aussi à trouver de nouveaux espaces de rencontre avec lui, des modalités vraiment évangéliques, enracinées dans les dimensions fondamentales de la vie humaine: la famille, le travail, l’amitié, la pauvreté, les épreuves de la vie, etc.

5. Nous laisser évangéliser nous-mêmes et nous disposer à la conversion
Ne pensons surtout pas que la nouvelle évangélisation ne nous concerne pas personnellement! Ces jours-ci, à plusieurs reprises, des voix se sont levées parmi les évêques pour rappeler que, pour pouvoir évangéliser le monde, l’Église doit avant tout se mettre à l’écoute de la Parole. L’invitation à évangéliser se traduit en un appel à la conversion.
Nous sentons sincèrement le devoir de nous convertir avant tout nous-mêmes à la puissance du Christ, qui seul est capable de renouveler toute chose, surtout nos pauvres existences. Avec humilité, nous devons reconnaître que les pauvretés et les faiblesses des disciples de Jésus, en particulier de ses ministres, pèsent sur la crédibilité de la mission. Nous sommes, certes, conscients, nous évêques en premier lieu, de ne jamais pouvoir être à la hauteur de l’appel du Seigneur et de la garde qu’il nous a confiée de son Évangile pour l’annoncer aux nations. Nous avons conscience du devoir de reconnaître humblement notre vulnérabilité aux blessures de l’histoire et nous n’hésitons pas à reconnaître nos propres péchés. Cependant, nous sommes aussi convaincus que la force de l’Esprit du Seigneur peut renouveler son Église et la revêtir de beauté, si nous nous laissons modeler par lui. Les vies des saints en sont la preuve. C’est pourquoi en faire mémoire et les raconter est un instrument privilégié de la nouvelle évangélisation. Si ce renouvellement était confié à nos forces, il y aurait de sérieux motifs de douter, mais la conversion, comme l’évangélisation, n’a pas dans l’Église comme premiers acteurs les pauvres hommes que nous sommes, mais bien plutôt l’Esprit même du Seigneur. C’est en cela que réside notre force ainsi que notre certitude que le mal n’aura jamais le dernier mot, ni dans l’Église ni dans l’histoire: «Que votre cœur ne se trouble pas et qu’il n’ait pas de crainte» a dit Jésus à ses disciples (Jn 14,27).
L’œuvre de la nouvelle évangélisation repose sur cette certitude sereine. Nous sommes confiants dans l’inspiration et dans la force de l’Esprit, qui nous enseignera ce que nous devons dire et ce que nous devons faire, même dans les circonstances les plus difficiles. C’est notre devoir, par conséquent, de vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour.

6. Recueillir les nouvelles chances d’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui
Ce courage serein inspire également notre regard sur le monde contemporain. Nous ne nous sentons pas intimidés par les conditions des temps que nous vivons. C’est un monde plein de contradictions et de défis, mais il reste création de Dieu, blessé certes par le mal, mais toujours aimé de Dieu, dans lequel peut germer à nouveau la semence de la Parole afin qu’elle donne un fruit neuf.
Il n’y a pas de place pour le pessimisme dans les esprits et dans les cœurs de ceux qui savent que leur Seigneur a vaincu la mort et que son Esprit œuvre avec puissance dans l’histoire. Avec humilité, mais aussi avec détermination - celle qui vient de la certitude que la vérité vaincra à la fin - nous rejoignons ce monde et voulons y voir une invitation de Dieu à être témoin de son Nom. Notre Église est vivante et affronte, avec le courage de la foi et le témoignage de tant de ses fils, les défis que l’histoire nous lance.
Nous savons que, dans le monde, nous devons faire face à l’âpre combat contre «les Principautés et les Puissances», «les esprits du mal» (Ep 6, 12). Nous ne nous cachons pas les défis des phénomènes de globalisation, ni ne les craignons. Ils doivent être pour nous une chance pour l’élargissement de la présence de l’Évangile. De même les migrations - avec le poids de souffrance qu’elles comportent et dont nous voulons sincèrement être proches par un authentique accueil des frères - sont des occasions, comme cela est déjà arrivé dans le passé, de diffusion de la foi et de communion à travers la variété des formes qu’elles prennent. La sécularisation, mais aussi la crise de l’hégémonie de la politique et de l’État, conduisent l’Église à repenser sa propre présence dans la société, mais sans renoncer à cette présence. Les nombreuses et toujours nouvelles formes de pauvreté ouvrent des espaces inédits au service de la charité : la proclamation de l’Évangile engage l’Église à être proche des pauvres et à faire sienne leur souffrance à la manière de Jésus. Même dans les formes les plus âpres de l’athéisme et de l’agnosticisme nous entendons pouvoir reconnaître, bien que sous la forme de contradictions, non un vide, mais une nostalgie, une attente qui espère une réponse adéquate.
Face à ces interrogations que les cultures dominantes posent à la foi et à l’Église, nous renouvelons notre confiance dans le Seigneur, sûrs que même dans ces contextes l’Évangile est porteur de lumière et capable de guérir chaque faiblesse de l’homme. Ce n’est pas nous qui conduisons l’œuvre de l’évangélisation mais Dieu. Comme le Pape nous l’a rappelé : «La première parole, l’initiative vraie, l’activité vraie, vient de Dieu et c’est seulement en nous insérant dans cette initiative divine, seulement en implorant cette initiative divine, que nous pouvons nous aussi devenir – par Lui et en Lui – évangélisateurs» (Benoît XVI, Méditation de la première Congrégation générale de la XIIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Rome le 8 octobre 2012).

7. Évangélisation, famille et vie consacrée
Depuis la première évangélisation, la transmission de la foi dans la succession des générations a trouvé dans la famille un lieu naturel. À l'intérieur de celle-ci - avec un rôle tout spécial assumé par les femmes, sans oublier la figure et la responsabilité paternelle - les signes de la foi, la communication des premiers rudiments, l'éducation à la prière, le témoignage des fruits de l'amour ont été introduits dans l'existence des enfants et des jeunes par le soin que chaque famille réserve à la croissance de ses enfants. Dans la diversité des situations géographiques, culturelles et sociales, tous les Évêques du Synode ont confirmé ce rôle essentiel de la famille dans la transmission de la foi. On ne peut penser une nouvelle évangélisation sans ressentir une responsabilité spéciale pour l'annonce de l'Évangile aux familles et les soutenir dans leur devoir d'éducation.
Nous ne nous cachons pas le fait qu'aujourd'hui la famille, qui se constitue par le mariage d'un homme et d'une femme, faisant d’eux «une seule chair» (Mt 19, 6) ouverte à la vie, est traversée partout par des facteurs de crises, environnée de modèles de vie qui la pénalisent, négligée par les politiques de cette société dont elle est pourtant la cellule fondamentale, pas toujours respectée dans ses rythmes, ni soutenue dans ses engagements, parfois par les communautés ecclésiales elles-mêmes. C’est précisément cela qui nous pousse à dire que nous devons avoir un soin particulier pour la famille et pour sa mission dans la société et dans l'Église, en développant des parcours d'accompagnements spécifiques avant et après le mariage. Nous voulons aussi exprimer notre reconnaissance aux si nombreux époux et si nombreuses familles chrétiennes qui par leur témoignage continuent à montrer au monde une expérience de communion et de service qui est le germe d'une société plus fraternelle et plus pacifique.
Notre pensée va aussi vers les nombreuses situations familiales et de vie commune dans lesquelles n'est pas respectée cette image d'unité et d'amour pour toute la vie que le Seigneur nous a confiée. Il y a des couples qui mènent vie commune sans le lien sacramentel du mariage, les situations familiales irrégulières construites après l'échec de mariages antérieurs se multiplient : douloureux événements qui se répercutent aussi sur l'éducation des enfants à la foi. À tous ceux-là nous voulons dire que l'amour du Seigneur n'abandonne personne, que l’Église les aime aussi et reste une maison accueillante pour tous, qu’ils demeurent membres de l’Église même s’ils ne peuvent recevoir l’absolution sacramentelle et l’Eucharistie. Que les communautés catholiques soient accueillantes envers ceux qui vivent ces situations, et qu'elles favorisent des chemins de conversion et de réconciliation.
La vie familiale est le premier lieu dans lequel l'Évangile se rencontre dans le quotidien de la vie et montre sa capacité à transfigurer les conditions fondamentales de l'existence sous le signe de l'amour. Il n'est pas de moindre importance pour le témoignage de l'Église de montrer comment cette vie temporelle s'accomplit au-delà de l'histoire des hommes et rejoint la communion éternelle avec Dieu. Jésus ne se présente pas simplement à la Samaritaine comme celui qui donne la vie, mais comme celui qui donne la «vie éternelle» (Jn 4,14). Le don de Dieu, que la foi rend présent, n'est pas simplement la promesse de conditions meilleures dans ce monde, mais l'annonce que le sens ultime de notre vie est au-delà de ce monde, dans cette communion pleine avec Dieu que nous attendons à la fin des temps.
De cet horizon supraterrestre du sens de l'existence humaine, ceux qui ont été appelés à la vie consacrée par le Seigneur sont particulièrement témoins dans l’Église et dans le monde. Cette vie, justement parce que totalement consacrée à lui, dans l'exercice de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance, est le signe d'un monde à venir qui relativise tout bien de ce monde. Que de l'Assemblée du Synode des Évêques parvienne à ces frères et sœurs notre reconnaissance pour leur fidélité à l'appel du Seigneur et pour la part qu'ils ont prise et prennent à la mission de l’Église, que leur parvienne aussi l'exhortation à l'espérance dans des situations difficiles pour eux aussi, en ces temps de changements; et enfin l'invitation à persévérer en tant que témoins et promoteurs de la nouvelle évangélisation dans les divers milieux de vie en lesquels le charisme de chacun de leurs instituts les a placés.

8. La communauté ecclésiale et les nombreux ouvriers de l’évangélisation
L’œuvre d'évangélisation n'est pas le devoir de quelques-uns dans l’Église, mais elle est l’œuvre des communautés ecclésiales en tant que telles, dans lesquelles s’ouvre l’accès à la plénitude des moyens de la rencontre avec Jésus: la Parole, les sacrements, la communion fraternelle, le service de la charité, la mission.
Dans cette perspective ressort avant tout le rôle de la paroisse, comme présence de l’Église sur le territoire où vivent les hommes, «fontaine du village» comme aimait l'appeler Jean XXIII, à laquelle tous peuvent s'abreuver et trouver la fraîcheur de l’Évangile. Son rôle reste irremplaçable, même si les changements des conditions peuvent en exiger l’articulation en plus petites communautés ou l’ouverture à des liens de collaboration dans un contexte plus ample. Nous sentons surtout le devoir d'exhorter nos paroisses à joindre à la charge pastorale traditionnelle du peuple de Dieu les nouvelles formes de missions réclamées par la nouvelle évangélisation. Elles doivent aussi être perméables aux différentes et importantes formes d’expressions de la piété populaire.
Dans la paroisse, le ministère du prêtre continue à être décisif, père et pasteur de son peuple. À tous les prêtres, les Évêques de cette Assemblée synodale expriment reconnaissance et proximité fraternelle pour leur difficile travail et les invitent à avoir des relations toujours plus étroites au sein du presbyterium diocésain, à une vie spirituelle toujours plus intense, à une formation permanente qui les rende aptes à affronter les changements.
À côté des prêtres, nous soulignons aussi la présence des diacres, ainsi que l'action pastorale des catéchistes et de tant de figures de ministres ainsi que d'animateurs dans le champ de l'annonce et de la catéchèse, de la vie liturgique, du service caritatif, ainsi que les diverses formes de participation et de coresponsabilité de la part des fidèles, hommes et femmes– femmes pour le dévouement desquelles dans les multiples services de nos communautés nous ne serons jamais assez reconnaissants. À toutes ces personnes également nous demandons de mettre leur présence et leur engagement dans l’Église au service de la nouvelle évangélisation, en se souciant de leur propre formation humaine et chrétienne, de la connaissance de la foi et de la sensibilité aux phénomènes culturels d’aujourd’hui.
Pour ce qui est des laïcs, un message particulier va aux diverses formes d'associations anciennes ou nouvelles, aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés, pour qu’ils manifestent la richesse des dons que l'Esprit fait à l’Église. Nous exprimons aussi notre reconnaissance à ces formes de vie et d'engagement dans l’Église, en les exhortant à la fidélité à leur charisme propre et à la communion ecclésiale sincère, spécialement dans le contexte concret des Églises particulières.
Témoigner de l’Évangile n'est le privilège de personne. Ainsi reconnaissons-nous avec joie la présence de tant d'hommes et de femmes qui par leur vie se font signe de l’Évangile au milieu du monde. Nous sommes aussi reconnaissants envers tant de frères et de sœurs chrétiens avec lesquels l'unité n'est malheureusement pas encore parfaite, mais qui sont eux aussi marqués par le Baptême du Seigneur et en sont les annonciateurs. Ces jours-ci, ce fut pour nous une expérience émouvante d'écouter les voix de tant de vénérables responsables d’Églises et de communautés ecclésiales qui nous ont témoigné de leur soif du Christ et de leur dévouement à l'annonce de l'Évangile; eux aussi sont convaincus que le monde a besoin d'une nouvelle évangélisation. Nous rendons grâce au Seigneur pour cette communion dans l'exigence de la mission.

9. Pour que les jeunes puissent rencontrer le Christ
Les jeunes nous tiennent à cœur de manière toute particulière, parce que, tout en étant une part importante du présent de l’humanité et de l’Église, ils en sont aussi l’avenir. Également en ce qui les concerne, le regard des évêques est tout sauf pessimiste. Il est certes préoccupé, mais non pas pessimiste. Préoccupé parce que les pressions les plus agressives de notre temps convergent principalement vers eux; mais non pas pessimiste. Avant tout parce que – nous y insistons – l'amour du Christ est ce qui façonne l'Histoire en profondeur.Mais aussi parce que nous voyons chez nos jeunes une profonde aspiration à l'authenticité, à la vérité, à la liberté et à la générosité, aspiration pour laquelle seul le Christ est en mesure d'être une réponse satisfaisante, nous en sommes convaincus.
Nous voulons les soutenir dans leur recherche, et nous encourageons nos communautés à entrer sans réserve dans une attitude d'écoute, de dialogue et de proposition courageuse concernant la condition difficile des jeunes, afin de de ne jamais décourager, mais de préserver la puissance de leur enthousiasme. Et pour soutenir en leur faveur le juste combat contre les lieux communs et les spéculations intéressées des puissances du monde qui veulent capter l’énergie des jeunes et utiliser leurs élans pour leur propre avantage, en les privant de la mémoire reconnaissante du passé et de tout projet sérieux dans le futur.
Tout en demandant beaucoup d'attention, cette nouvelle évangélisation dans le monde des jeunes est particulièrement prometteuse, comme le montrent de nombreuses expériences, certaines plus visibles, comme les Journées mondiales de la jeunesse, certaines plus cachées sans être pour autant moins passionnantes, comme les différentes expériences de vie spirituelle, de service et de mission. Nous reconnaissons donc aux jeunes une part active dans l’œuvre d’évangélisation, en particulier envers la jeunesse elle-même.

10. L’Évangile en dialogue avec la culture, avec l’expérience humaine et avec les religions
La nouvelle évangélisation est centrée sur le Christ et sur l'attention à la personne humaine, en vue de permettre une rencontre réelle avec lui. Mais ses horizons sont aussi larges que le monde et ne se restreignent à aucune expérience humaine particulière. Cela veut dire que la nouvelle évangélisation veille avec un soin particulier au dialogue avec les cultures, dans la ferme confiance qu’elle trouvera en chacune d'elles les «semences du Verbe» dont parlaient les Pères. En particulier, la nouvelle évangélisation a besoin d'envisager un rapport renouvelé entre la foi et la raison, dans la conviction que la foi a assez de ressources pour accueillir tous les fruits d'une raison saine, éclairée et ouverte à la transcendance, et qu'elle possède le pouvoir de porter remède aux limites et aux contradictions dans lesquelles la raison peut tomber. La foi ne se voile pas davantage la face en présence des interrogations douloureuses que pose la présence du mal dans le monde et l’histoire mais elle puise dans la Pâque du Christ la lumière de l’espérance.
La rencontre de la foi et de la raison alimente aussi l’engagement de la communauté chrétienne dans le vaste champ de l’éducation et de la culture. Un rôle spécial est joué par les institutions de formationet de recherche : écoles et universités. Partout où se développent les connaissances de l’homme et se propose une action éducative, l’Église se réjouit d’apporter sa propre expérience et sa contribution pour une formation de la personne dans son intégralité.
À cette égard une sollicitude particulière va aux écoles et universités catholiques, dans lesquelles l’ouverture à la transcendance, propre à chaque itinéraire culturel et éducatif sincère doit être complétée par des chemins de rencontre avec l’événement de Jésus-Christ et de son Église. La gratitude des évêques rejoint ceux qui en ont la charge dans des conditions parfois difficiles.
L’évangélisation exige qu’on prête une attention particulière au monde des communications sociales, routes sur lesquelles, en particulier dans les nouveaux medias, s’entrecroisent tant de vies, tant d’interrogations et tant d’attentes. C’est un lieu où se forment souvent les consciences et où se rythment les temps et les contenus de la vie vécue. C’est une chance nouvelle pour rejoindre le cœur de l’homme.Un domaine particulier de la rencontre entre foi et raison se situe dans le dialogue avec le savoir scientifique. Ce dernier n’est pas, en soi, éloigné de la foi dès lors qu’il manifeste le fondement spirituel que Dieu a déposé dans ses créatures et qui permet de discerner les structures rationnelles qui sont à la base de la création. Quand les sciences et les techniques ne prétendent pas enfermer la conception de l'homme et du monde dans un matérialisme aride, elles deviennent un allié précieux pour développer l'humanisation de la vie. Par conséquent notre gratitude se porte également vers tous ceux qui sont engagés sur le front délicat de la connaissance.
Nous voulons élargir l’expression de notre reconnaissance aux hommes et aux femmes engagés dans une autre manifestation du génie humain, celle de l'art en ses diverses expressions, des plus anciennes aux plus récentes. En tant qu'elles visent à donner forme à la tension de l'homme vers la beauté, nous reconnaissons dans leurs œuvres un mode très significatif d'expression de la spiritualité. Nous sommes reconnaissants aux artistes quand, par leurs créations de beauté ils nous aident à manifester la beauté du visage de Dieu et de celui de ses créatures. Le chemin de la beauté est une voie particulièrement efficace pour la nouvelle évangélisation.
Ce ne sont pas seulement les chefs-d’œuvre de l'art mais l’ingéniosité créative de l'homme qui attirent notre attention en tant que terrain favorable où celui-ci se fait coopérateur de la création divine grâce à son travail. Au monde de l’économie et du travail nous voulons rappeler quelques exigences émanant de la lumière de l’Évangile: préserver le travail des conditions qui, souvent, en font un fardeau insupportable et lui enlèvent toute assurance pour l’avenir, en raison des menaces de chômage frappant surtout les jeunes; mettre la personne humaine au centre du développement économique, penser ce développement lui-même comme une occasion de croissance du genre humain dans la justice et l’unité. L’homme est aussi appelé à travers son travail, par lequel il transforme le monde, et par sa responsabilité envers les générations futures, à préserver le visage que Dieu a voulu donner à sa création.
L’Évangile éclaire aussi le sens de la souffrance lié à la maladie. Les chrétiens doivent faire ressentir ici la présence de l’Église auprès des malades et sa reconnaissance envers tous ceux qui s’engagent avec professionnalisme et humanité dans les soins à leur donner.
Un domaine où la lumière de l’Évangile peut et doit jaillir pour éclairer les pas de l’humanité est celui de la politique. Il lui est demandé un engagement désintéressé et transparent pour le bien commun, dans le respect de la pleine dignité de la personne humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle; de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, de la liberté d’éducation; de la promotion de la liberté religieuse; dans la lutte contre les injustices, les inégalités, les discriminations, les violences, le racisme, la faim et la guerre. Un témoignage clair est demandé aux chrétiens qui, dans l’exercice de la politique, vivent le précepte de la charité.
Le dialogue de l’Église enfin a un interlocuteur naturel dans les autres religions. L'évangélisation se fait par conviction de la vérité du Christ, et non contre quelqu'un. L’Évangile de Jésus est paix et joie, et ses disciples sont heureux de reconnaître ce que l'esprit religieux de l’homme a su discerner de bon et de vrai dans le monde créé par Dieu, et a exprimé en donnant forme aux diverses religions.
Le dialogue entre les religions veut être une contribution à la paix, il refuse tout fondamentalisme et dénonce toute violence visant les croyants, en grave violation des droits humains. Les Églises du monde entier sont proches dans la prière et la fraternité de ces frères souffrants et demandent à ceux qui ont en leurs mains le sort des peuples de sauvegarder les droits de tous à la liberté de choisir et de professer de leur foi et d’en témoigner.

11. La mémoire du Concile Vatican II durant l’année de la foi et la référence au Catéchisme de l’Église Catholique
Sur le chemin ouvert par la nouvelle évangélisation nous pourrions aussi nous sentir parfois comme en un désert, au milieu des dangers et sans aucun repère. Le Saint-Père Benoît XVI, lors de l'homélie de la messe d'ouverture de l'Année de la Foi, a parlé d'une «désertification spirituelle» qui a progressé ces dernières décennies, mais il nous a aussi encouragés en affirmant que «c'est justement à partir de l'expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir à nouveau la joie de croire et son importance vitale pour nous chrétiens. Dans le désert, on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre» (Benoît XVI, Homélie de la célébration eucharistique pour l'ouverture de l'Année de la Foi, Rome 11 octobre 2012). Dans le désert, comme la femme samaritaine, on part à la recherche de l’eau, d’un puits auquel s’approvisionner: bienheureux celui qui y rencontre le Christ!
Nous remercions le Saint-Père pour le don de l'Année de la Foi, précieuse introduction au parcours de la nouvelle évangélisation. Nous le remercions également d'avoir relié cette Année de la Foi à l'heureux anniversaire des cinquante ans de l'ouverture du Concile Vatican II, dont l'enseignement fondamental pour notre temps resplendit dans le Catéchisme de l’Église Catholique, reproposé 20 ans après sa publication comme référence sûre de la foi. Ce sont des anniversaires importants qui nous permettent de réaffirmer notre ferme adhésion à l'enseignement du Concile Vatican II et notre engagement à continuer sa pleine mise en œuvre.

12. Contemplation du mystère et proximité avec les pauvres
Dans cette perspective nous voulons indiquer à tous les fidèles deux expressions de la vie de foi qui nous semblent d'une particulière pertinence pour en témoigner dans la nouvelle évangélisation.
Le premier est constitué du don et de l'expérience de la contemplation. C'est seulement avec un regard d’adoration sur le mystère de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, c’est seulement de la profondeur du silence semblable au sein qui accueille l'unique Parole qui sauve, que peut jaillir un témoignage crédible pour le monde. Seul ce silence priant peut empêcher que le message du salut se perde dans les nombreux bruits du monde.
Un message de gratitude vient à nouveau sur nos lèvres pour tous ceux qui, hommes et femmes, consacrent leur vie à la prière et à la contemplation dans les monastères et les ermitages. Mais nous avons besoin que des temps de contemplation s’insèrent dans la vie ordinaire des gens: des lieux spirituels, mais aussi géographiques, qui rappellent le souvenir de Dieu, des sanctuaires intérieurs mais également des temples de pierre qui soient des croisements obligés pour ce flux d’expériences qui, sinon, risque de nous. Des espaces dans lesquels tous puissent se sentir accueillis, même ceux qui ne savent pas encore bien ce qu’ils cherchent et qui ils cherchent.
L’autre symbole d’authenticité de la nouvelle évangélisation a le visage du pauvre. Se mettre à côté de celui qui est blessé par la vie n’est pas seulement un exercice de sociabilité, mais est avant tout un fait spirituel. Car dans le visage du pauvre resplendit le visage même du Christ: «Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25,40).
Une place privilégiée est reconnue aux pauvres dans nos communautés, une place qui n’exclut personne, mais veut être un reflet de la façon dont Jésus s’est lié à eux. Leur présence dans nos communautés est mystérieusement puissante: elle change les personnes plus qu’un discours, elle enseigne la fidélité, elle fait comprendre la fragilité de la vie, elle appelle à la prière, et, pour tout dire, conduit au Christ.
Le geste de la charité exige d’être accompagné de l’effort pour la justice. C’est un appel qui s’adresse à tous, pauvres et riches; d’où la nécessaire insertion de la doctrine sociale de l’Église dans les parcours de la nouvelle évangélisation et le souci de la formation des chrétiens qui travaillent à l’harmonie des rapports humains dans la vie sociale et politique.

13. Un message aux Églises des diverses régions du monde
Le regard des évêques réunis en assemblée synodale embrasse toutes les communautés ecclésiales répandues à travers le monde, un regard qui se veut unitaire, parce que l’appel à rencontrer Jésus est unique, mais aussi un regard qui n’oublie pas la diversité.
Une considération toute particulière, pleine d’affection fraternelle et de gratitude, est réservée par les évêques réunis en synode à vous chrétiens des Églises orientales catholiques, celles qui sont héritières de la première diffusion de l’Évangile, expérience gardée avec amour et fidélité, et celles qui sont présentes dans l’Est de l’Europe. Aujourd’hui l’Évangile se propose de nouveau parmi vous comme nouvelle évangélisation par le biais de la vie liturgique, la catéchèse, la prière familiale quotidienne, le jeûne, la solidarité entre les familles, la participation des laïcs à la vie des communautés et au dialogue avec la société. Souvent exposées à l’épreuve et à la tribulation, vos Églises sont appelées à témoigner de la participation à la Croix du Christ. Certains fidèles sont contraints à l’émigration. Tout en maintenant vive l’appartenance à leur communauté d’origine, ils peuvent donner leur propre contribution à la charge pastorale et à l’œuvre d’évangélisation dans les pays qui les ont accueillis. Que le Seigneur continue à bénir votre fidélité, et que se dégagent dans votre futur des horizons de confession sereine et de pratique de la foi dans un climat de paix et de liberté religieuse.
Nous vous regardons vous les chrétiens, hommes et femmes, qui vivez dans les pays d’Afrique, nous vous exprimons avant tout notre gratitude pour le témoignage que vous rendez à l’Évangile, souvent dans des situations de vie humainement difficiles. Nous vous exhortons à redonner élan à l’évangélisation reçue en des temps encore récents, à vous construire comme Église «famille-de-Dieu», à renforcer l’identité de la famille, à soutenir l’engagement des prêtres et des catéchistes, spécialement dans les petites communautés chrétiennes. À quoi s’ajoute l’impérieuse nécessité de développer la rencontre de l’Évangile avec les anciennes et nouvelles cultures. Une attente et un appel vigoureux s’adresse aussi au monde de la politique et aux gouvernants des différents pays d’Afrique, pour que, grâce à la collaboration de tous les hommes de bonne volonté, soient promus les droits humains fondamentaux et que le continent soit libéré de la violence et des conflits qui le tourmentent encore.
Les évêques de l’Assemblée synodale invitent les chrétiens de l’Amérique du Nord à accueillir avec joie l’appel à la nouvelle évangélisation, en même temps qu’ils regardent avec reconnaissance comment, dans leur histoire encore récente, vos communautés chrétiennes ont donné des fruits généreux de foi, de charité et de mission. Il importe maintenant de reconnaître que beaucoup d’expressions de la culture ambiante des pays de votre continent sont aujourd’hui loin de l’Évangile. S’impose donc une invitation à la conversion, de laquelle naît un engagement qui ne vous place pas en dehors de vos cultures mais en leur sein même, afin d’offrir à tous la lumière de la foi et la force de la vie. Au moment où vous accueillez dans vos terres généreuses de nouvelles populations d’immigrants et de réfugiés, soyez disposés aussi à ouvrir les portes de vos maisons à la foi. Dans la fidélité aux engagements pris lors de l’Assemblée synodale pour l’Amérique, soyez solidaires de l’Amérique Latine dans l’évangélisation permanente du continent commun.
Dans un même sentiment de reconnaissance l’Assemblée du Synode se tourne vers les Églises de l’Amérique Latine et des Caraïbes. Il est particulièrement frappant de voir comment au fil des siècles se sont développées dans vos pays des formes de piété populaire, encore enracinées dans les cœurs de beaucoup, de service de la charité et du dialogue avec la culture. Aujourd’hui, face aux nombreux défis du présent, avant tout la pauvreté et la violence, l’Église en Amérique Latine et dans les Caraïbes est invitée à vivre dans un état permanent de mission en annonçant l’Évangile avec espérance et avec joie, en formant des communautés de vrais disciples missionnaires de Jésus-Christ, en montrant dans l’engagement de ses fils comment l’Évangile peut être source d’une nouvelle société juste et fraternelle. Le pluralisme religieux aussi interpelle vos Églises et exige une annonce renouvelée de l’Évangile.
À vous aussi chrétiens d’Asie, nous voulons offrir un message d’encouragement et d’exhortation. Vous êtes une petite minorité dans le continent qui recueille en lui pratiquement les deux tiers de la population mondiale. Votre présence est une semence féconde, confiée à la puissance de l’Esprit Saint, semence qui grandit dans le dialogue avec les différentes cultures, avec les antiques religions, avec les pauvres innombrables. Même si elle est souvent marginalisée dans la société, et même persécutée en certains endroits, l’Église d’Asie, avec sa foi ferme, est une présence précieuse de l’Évangile du Christ qui annonce justice, vie et harmonie. Chrétiens d’Asie, puissiez-vous ressentir la fraternelle proximité des chrétiens des autres pays du monde, lesquels ne peuvent oublier que Jésus est né, a vécu, est mort et ressuscité sur ce continent, en Terre Sainte!
Un message de reconnaissance et d’espérance des évêques s’adresse aux Églises du continent européen, aujourd’hui marqué en partie par une forte sécularisation, parfois agressive, et pour une part encore blessé par les longues décennies des pouvoirs des idéologies ennemies de Dieu et de l’homme. La reconnaissance va vers le passé mais aussi vers le présent, dans lesquels l’Évangile a créé en Europe des prises de conscience et des expériences de foi bien caractérisées et décisives pour l’évangélisation du monde entier, débordant souvent de sainteté: richesse de la pensée théologique, variété des expressions charismatiques, formes multiples du service de la charité envers les pauvres, profondes expériences contemplatives, création d’une culture humaniste qui contribué à donner un visage à la dignité de la personne et à la construction du bien commun. Que les difficultés du présent ne vous abattent pas, chers chrétiens d’Europe: qu’elles soient plutôt perçues comme un défi à dépasser et une occasion pour une annonce plus joyeuse et plus vivante du Christ et de son Évangile de vie.
Les évêques de l’Assemblée synodale saluent enfin les peuples de l’Océanie, qui vivent sous la protection de la Croix du Sud, et ils les remercient pour leur témoignage de l’Évangile de Jésus. Notre prière pour vous est que, comme la femme samaritaine auprès du puits, vous ressentiez vive vous aussi la soif d’une vie nouvelle et que vous puissiez entendre la parole de Jésus qui dit: «Si tu savais le don de Dieu!» (Jn 4,1-10). Recevez l’appel à vous engager encore à prêcher l’Évangile et à faire connaître Jésus dans le monde d’aujourd’hui. Nous vous exhortons à le rencontrer dans votre vie quotidienne, à l’écouter lui et à découvrir, par le moyen de la prière et de la méditation, la grâce de pouvoir dire: «nous savons que celui-ci est vraiment le sauveur du monde» (Jn 4,42).

14. L’étoile de Marie illumine le désert
Arrivé à la fin de cette belle expérience de communion entre des évêques du monde entier et de la collaboration au ministère du successeur de Pierre, nous entendons résonner pour nous, dans toute son actualité, le commandement de Jésus à ses apôtres: «Allez et faites des disciples de toutes les nations […] Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde» (Mt 28, 19-20). La mission, cette fois, ne concerne pas seulement une extension géographique, mais cherche à rejoindre les replis les plus cachés du cœur de nos contemporains, pour les porter à la rencontre avec Jésus, le Vivant qui se rend présent dans nos communautés.
Cette présence emplit de joie notre cœur. Pleins de reconnaissance pour les dons reçus de lui en ces jours, nous faisons monter un chant de louange: «Mon âme exalte le Seigneur […] Le Puissant fit pour moi des merveilles» (Lc 1,46.49). Les paroles de Marie sont aussi les nôtres: le Seigneur a vraiment fait des merveilles au long des siècles pour son Église dans les diverses parties du monde et nous le magnifions, certains qu’il ne manquera pas de prendre en charge notre pauvreté pour y déployer, aujourd’hui encore, la puissance de son bras et nous soutenir sur le chemin de la nouvelle évangélisation.
La figure de Marie nous oriente sur le chemin. Celui-ci peut nous sembler, comme nous a dit Benoît XVI, un itinéraire à travers le désert, et nous savons qu’il faut le parcourir en emportant avec nous l’essentiel: la compagnie de Jésus, la vérité de sa parole, le pain eucharistique qui nous nourrit, la fraternité de la communion ecclésiale, l’élan de la charité. C’est l’eau du puits qui fait fleurir le désert. Et, comme dans la nuit du désert les étoiles se font plus brillantes, ainsi dans le ciel de notre chemin resplendit avec force la lumière de Marie, Étoile de la nouvelle évangélisation à qui nous nous remettons avec confiance.

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