29/01/2024
11.02.24 Lectures : Exode 21, Psaume 74, Marc 7
Nous qui étions jadis éloignés (Éphésiens 2:13)
Au début du chapitre 7 de Marc, Jésus et les pharisiens se disputaient, mais au fur et à mesure du déroulement de ce chapitre, Marc s'intéresse principalement au contraste entre la réponse des Juifs et des Gentils à l'enseignement de Jésus. En premier lieu, nous sommes présentés aux Juifs qui estimaient que la contamination morale pourrait être causée par la consommation de nourriture avec les mains sales, et ainsi ils croyaient que la justification pourrait être obtenue par le lavage. Ensuite, le chapitre continue et met en avant la perspicacité des Gentils, qui, contrairement aux Juifs, manifestaient la qualité fondamentale de la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu.
Jésus a souligné que la contamination morale ne peut pas provenir de la consommation de nourriture avec les mains sales, mais plutôt que la contamination morale vient du cœur : « c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées » (verset 21).
Les Gentils étaient considérés par les Juifs comme moralement impurs et dans une ville cosmopolite comme Jérusalem, il était impossible d’aller au marché et de ne pas s’associer aux Gentils. Ainsi les juifs, moralement contaminés, étaient tenus de se laver à leur retour à la maison.
Jésus a mis en évidence la pauvreté spirituelle des pharisiens, en déclarant que les paroles d'Ésaïe avaient annoncé leur hypocrisie. « Hypocrites, Ésaïe a bien prophétisé sur vous, ainsi qu'il est écrit : ce peuple m'honore des lèvres mais son cœur est éloigné de moi. C'est en vain qu'ils m'honorent en donnant des préceptes qui sont des commandements d'homme » (Marc 7 :6-7, cité d’Ésaïe 29 :13).
Marc 7 :24 indique que Jésus s'est rendu par la suite dans la région de Tyr et Sidon où il a pénétré dans une maison voulant que personne ne le sache, mais il n’a pas réussi à rester caché. Jésus se trouvait ainsi dans le pays des Gentils et c'est à ce moment-là que la pleine signification de la citation d'Ésaïe 29 est révélée. Car c’est ici que Jésus a rencontré une femme Gentile qui l’implorait de guérir sa fille possédée d’un esprit impur :
« Car une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, entendit parler de lui, et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était grecque, syro-phénicienne d'origine. Elle le pria de chasser le démon hors de sa fille. Jésus lui dit : laisse d'abord les enfants se rassasier ; car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants » (Marc 7 :25-28).
Les paroles utilisées par Jésus pour décrire cette femme Gentile comme un chien nous paraissent offensant, mais en réalité elles mettent en lumière la façon dont les pharisiens (avec qui il était si récemment en conflit) percevaient les Gentils.
La réponse de cette femme aux paroles de Jésus est vraiment remarquable. Elle lui a dit que « les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants ». De plus, cette femme non-juive dans le récit parallèle de Matthieu 15 décrit Jésus comme le Fils de David : « Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria : Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon » (verset 22).
Puis, en contraste profond avec ceux qui se sont opposés à Jésus, Matthieu rapporte que Jésus a répondu de la manière suivante : « Ta foi est grande ; qu'il te soit fait comme tu veux. Et, à l'heure même, sa fille fut guérie » (Matthieu 15 :28). Cet événement nous ramène sans aucun doute à la citation que Jésus a faite précédemment du prophète Ésaïe : « Le Seigneur dit : Quand ce peuple s'approche de moi, Il m'honore de la bouche et des lèvres ; mais son cœur est éloigné de moi, et la crainte qu'il a de moi n'est qu'un précepte de tradition humaine » (Ésaïe 29 :13).
Le contexte historique de ce chapitre était l’invasion de Sennachérib à l’époque d’Ézéchias ; mais il y a certaines choses intéressantes à considérer ici. Le chapitre s’ouvre sur une prophétie concernant Jérusalem :
« Malheur à Ariel, à Ariel, cité dont David fit sa demeure ! Ajoutez année à année, laissez les fêtes accomplir leur cycle. Puis j'assiégerai Ariel ; Il y aura des plaintes et des gémissements et la ville sera pour moi comme un Ariel. Je t'investirai de toutes parts, Je te cernerai par des postes armés, J'élèverai contre toi des retranchements. Tu seras abaissée, ta parole viendra de terre, et les sons en seront étouffés par la poussière ; ta voix sortira de terre comme celle d'un spectre, et c'est de la poussière que tu murmureras tes discours » (Ésaïe 29 :1-4).
Ésaïe 29 :6 poursuit en déclarant que le Tout-Puissant punira Israël pour son incrédulité par une armée d’invasion : « C'est de l'Éternel des armées que viendra le châtiment, avec des tonnerres, des tremblements de terre et un bruit formidable, avec l'ouragan et la tempête, et avec la flamme d'un feu dévorant ». Dans le verset 13 ci-dessus, la raison de cette invasion est expliquée et le verset 14 continue : « C’est pourquoi je frapperai encore ce peuple par des prodiges et des miracles ; et la sagesse de ses sages périra, et l'intelligence de ses hommes intelligents disparaîtra ».
Bien que l'invasion assyrienne à l'époque d'Ésaïe fût le contexte immédiat de cette prophétie, Jésus l'utilise pour expliquer que cette prophétie a été réalisée par ceux qui l'ont rejetée. En conséquence, ils seraient les destinataires d’une autre invasion divinement ordonnée ; en effet, le Tout-Puissant ferait une œuvre merveilleuse parmi ce peuple.
Ésaïe 29 :17 nous ramène à la femme non-juive de grande foi dont Jésus avait guéri la fille en Marc 7 : « Encore un peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera considéré comme une forêt ». Le Liban était le lieu où Jésus avait guéri la fille de la femme cananéenne - Tyr et Sidon. C’était un pays rude, mais Ésaïe nous dit que ce pays rude deviendrait fécond. Et ici, Jésus a effectivement trouvé des fruits. Il a trouvé une femme qui l’a reconnu comme le Fils de David, une déclaration vraiment remarquable venant d’une femme Gentille. Jésus a témoigné de la foi de cette femme, et ainsi le Liban stérile était transformé en un champ fécond, et le champ fécond finirait par devenir une véritable forêt de croyants non-juifs. Ainsi, bien que ceux qui se considéraient comme l’élite religieuse en Israël rejetaient le Messie, de nombreux Gentils l’honoraient comme le fils de David.
Marc 7 et le début de Marc 8 abordent également la question des Gentils. Dans l’alimentation de la multitude des Gentils, la provision débordante de nourriture pour les Gentils est évidemment soulignée, et le miracle de guérison à la fin de Marc 7 qui a lieu à Décapole (pays des Gentils) a été prophétisé dans Ésaïe 29 :18-19.
« En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre ; et, délivrés de l'obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. Les malheureux se réjouiront de plus en plus en l'Éternel, et les pauvres feront du Saint d'Israël le sujet de leur allégresse ».
Ainsi dans Marc 7 et 8, Jésus nous met en garde contre la signification prophétique étonnante des paroles d'Ésaïe, dont le sens n'était pas terminé à l'époque de Jésus.
Nous, les non-juifs, avons goûté à la provision débordante faite pour les Gentils par Jésus, dans les paroles du livre. Notre surdité a été guérie et notre aveuglement a été tourné à la vue. Les Juifs à l’époque de Jésus, avaient transformé la simple vérité du Dieu d’Israël en un fardeau bien lourd. En raison de leurs actions, l'alliance de la loi avait été corrompue par les commandements des hommes qu’ils percevaient comme une preuve de leur justification.
L’apôtre des Hébreux, qui a écrit aux croyants juifs du premier siècle, fait un argument puissant. « Car cette bonne nouvelle nous a été annoncée aussi bien qu'à eux ; mais la parole qui leur fut annoncée ne leur servit de rien, parce qu'elle ne trouva pas de la foi chez ceux qui l'entendirent » (Hébreux 4 :2).
Lorsqu’elle s’est retrouvée face au Fils de Dieu, la femme cananéenne de Marc 7 a fait preuve d’une grande perception spirituelle, dans la mesure où Jésus lui a dit, « femme, ta foi est grande ». Quelle grande accolade de recevoir des lèvres de Jésus ! Notre justification, étant considérée comme juste, est basée sur ce même attribut de la foi. Nous prions pour que les mêmes paroles que Jésus a si souvent prononcées à ceux qu'il a rencontrés (et si souvent aux Gentils), nous soient accordées : « qu'il te soit fait comme tu veux ».
En nous rappelant maintenant Jésus dans le pain et le vin, nous sommes conscients du fait que nous qui étions « jadis éloignés avons été rapprochés par le sang de Christ » (Ephésiens 2 :13).
(Toutes les références sont tirées de la version Louis Segond sauf indication contraire)
Frère Alfred 11.02.24