09/02/2026
Homélie de Mgr Le Boulc’h pour le 2 février 2026.
Fête de la Vie Consacrée et Jubilé de l'Abbaye.
Un vieil homme et une vieille femme dans l’évangile.
Tous les deux vivent dans l’attente.
Avant de s’en aller dans la mort,
Syméon espérait voir le messie, la consolation d’Israël.
Anne se tenait dans le temple de jour et de nuit,
dans l’attente de la délivrance d’Israël.
Syméon et Anne incarnent la persévérance de l’attente.
Ils symbolisent la longue attente d’Israël d’un messie sauveur.
Au bout de l’attente,
les deux vieillards sont les témoins de la venue du messie en Jésus.
Ils chantent leur joie d’accueillir l’enfant.
« Mes yeux ont vu le salut que préparais à la face des peuples »
s’exclame Syméon.
Anne proclame les louanges de Dieu, et elle annonce
à « tous ceux qui attendaient la délivrance »
la naissance de l’enfant promis.
Luc mentionne aussi à trois reprises
que Syméon est habité par l’Esprit Saint.
C’est dans l’Esprit que le vieillard a su attendre
et reconnaître en Jésus la lumière du monde :
« l’Esprit Saint était sur lui.
Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort
avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple ».
Dans cette page d’évangile,
Syméon et Anne sont donc les témoins d’une existence vécue dans l’attente
et dans la reconnaissance de Dieu grâce au don de l’Esprit Saint.
Frères et sœurs,
en cette journée mondiale de la vie consacrée,
nous nous sommes rassemblés pour célébrer
200 ans de présence monastique au Mont des Cats.
Et, en méditant avec vous l’évangile de la présentation au temple,
je me suis demandé en quoi les belles figures de Syméon et Anne
pourraient-elle, aujourd’hui, vous inspirer
dans votre vie de religieux, religieuse ou consacrée.
Et je me suis dit alors, qu’à l’image de ces deux sages de l’évangile,
religieux, religieuses et consacrées,
vous étiez, au milieu du monde et de l’Église,
des signes de l’attente et de la reconnaissance de la venue du Christ
dans la clarté de l’Esprit-Saint.
Chers frères et sœurs,
votre vie est polarisée par l’attente de Dieu.
De jour et de nuit, et jusqu’à ce que vienne l’heure de la mort,
vous êtes des priants qui gardent la flamme de l’espérance en Dieu allumée.
Votre vocation est fondée sur votre confiance en la fidélité de Dieu.
Vous avez choisi de consacrer votre vie
à Celui qui, toujours fidèle, n’oublie jamais ses créatures.
La fidélité de l’amour de Dieu pour le monde est la cause première
de la persévérance de votre espérance en Lui.
Dans les moments d’épreuve ou de joie,
vous avez été choisis pour demeurer dans l’attente du Dieu qui vient.
Vous vous tenez dans l’éveil, à l’écoute des signes
de sa venue aujourd’hui dans la vie des hommes,
attentifs aux signes qu’il donne de sa présence.
Ainsi, de monastères en monastères, de couvents en couvents,
de communautés en communautés, d’ermitages en ermitages,
l’attente priante de la venue Dieu
continue sans interruption sur la terre.
Et le monde, par la vie religieuse et consacrée,
respire la joie d’espérer Dieu.
Chers religieux, religieuses et consacrées,
permettez-moi aujourd’hui de vous encourager
à cette attente persévérante de Dieu.
Demeurez fidèles à la prière personnelle et communautaire
qui fait grandir en vous le désir de chercher et de trouver Dieu.
Aidez les hommes et les femmes que vous rencontrez
à entrer dans cette quête incessante de Dieu.
Syméon et Anne, après avoir longtemps espéré
et attendu fidèlement la venue du Christ en Israël,
accueillent avec joie la venue de Jésus dans leurs vies.
A leur image, frères et sœurs,
la vie religieuse ou consacrée fait de vous des témoins
de la présence du Christ Sauveur dans notre monde.
Elle fait de vous des hommes et des femmes capables
de discerner et contempler la venue du Christ en notre temps.
Cette présence active du Seigneur qui vient,
vous la percevez dans vos vies personnelles,
au cœur de vos épreuves et de vos joies.
Peu à peu, à force de l’attendre et de la scruter dans la foi,
vous apprenez à reconnaître la venue du Christ,
quelques fois éclatante, mais, le plus souvent, si discrète, dans vos vies.
C’est aussi dans votre vie communautaire
que se donne à vous la présence du Christ Jésus.
Jésus, dans l’évangile, n’a-t-il pas fait cee promesse à ses disciples :
« Lorsque deux ou trois sont rassemblés en mon nom,
je suis là au milieu d’eux » ?
Cette présence intime de Jésus au milieu de vous
donne à chacun la grâce de s’avancer toujours plus loin
dans l’expérience de la foi, de l’espérance et de la charité.
La présence du Christ au milieu de vous vous porte
à l’humilité du témoignage du pardon et de la réconciliation entre vous.
Elle seule fait la force de votre communion,
et vous en rendez grâce à Dieu.
Frères et sœurs, vous le savez bien,
sans l’appui sur la présence offerte de Jésus Seigneur au milieu de vous,
la vie religieuse et consacrée perdrait
sa signification et sa possibilité même d’exister,
car elle oublierait Celui qui est à la fois sa source et sa finalité.
Ce regard contemplatif sur la venue active du Seigneur,
vous ne le portez pas seulement sur vos existences personnelles
et vos vies communautaires, vous le portez aussi sur le monde.
Religieux et religieuses apostoliques, au cœur de la société et de l’Église,
vous êtes invités à discerner dans la vie de ceux et celles que vous rencontrez
les signes de la présence aimante de Jésus.
Moines et moniales,
les confidences de vos hôtes font aussi de vous
des témoins privilégiés de l’œuvre de Dieu aujourd’hui.
Vous devenez alors pour tant d’hommes et de femmes
des annonciateurs de la Bonne Nouvelle de Jésus Sauveur,
Seigneur mort et ressuscité, « Lumière qui se révèle aux nations ».
Riches de cette grâce qui vous est faite,
comme Syméon, vous bénissez Dieu en disant :
« Maintenant, Ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta Parole ».
Comme Anne, vous proclamez les louanges de Dieu,
en parlant de l’enfant à tous ceux qui attendent la délivrance.
Cette action de grâce culmine dans la célébration de l’eucharistie,
sacrement au cœur de l’Église de la présence de Jésus sauveur du monde.
Ce matin, nous célébrons la présence du Christ mort et ressuscité
qui s’offre à nous déjà ici-bas, avant de s’épanouir pleinement
dans la rencontre éternelle de Dieu.
Chers religieux, religieuses et consacrées,
vous portez au milieu de nous le signe de la présence du Christ
déjà donnée et encore à venir.
Chers frères et sœurs,
votre vie religieuse et consacrée, façonnée par l’attente
et la reconnaissance quotidienne du Seigneur qui vient,
n’est possible que par le don de l’Esprit-Saint.
L’Esprit-Saint vous a donné d’entrer dans votre vocation.
Il a insufflé en vous le désir de consacrer radicalement votre vie
à la quête patiente et persévérante de Dieu,
et à la reconnaissance joyeuse des signes de sa présence
dans la fraternité du monde.
Frères et sœurs,
que l’action de l’Esprit-Saint vous donne aujourd’hui
de demeurer fidèles à l’appel reçu et confirmé par l’Église.
Qu’elle fasse de vous d’authentiques religieux, religieux et consacrées,
signes, au milieu de leurs frères et sœurs, de la Lumière de Jésus.
Et que, répondant à notre prière ce jour,
le souffle de l’Esprit-Saint éveille dans d’autres cœurs de baptisés
le désir de se consacrer radicalement
au signe de l’attente et de la contemplation de Jésus,
le Seigneur qui vient pour la joie de l’Église et le salut du monde.
Sainte Marie, Mère de Dieu, intercède pour nous
afin que l’Esprit Saint donne à la vie monastique
dans l’abbaye du Mont des Cats
de continuer longtemps son œuvre de grâce.
Amen.