11/05/2026
LES BÂTISSEURS FINISSENT TOUJOURS PAR AVOIR RAISON
Par Bruno François Bidjang
Dans ce pays, nous avons parfois un étrange rapport avec ceux qui essaient de construire quelque chose. Nous réclamons le changement chaque matin, mais lorsque quelqu’un ose poser une pierre, nous devenons les premiers à trouver la petite bête. Nous demandons des résultats immédiats dans un environnement où tout a souvent été laissé à l’abandon pendant des années. Et lorsqu’un homme décide malgré tout d’affronter le désordre, nous transformons chacune de ses initiatives en sujet de polémique. Et l’histoire du nouveau siège de la FECAFOOT illustre parfaitement cette réalité.
Pendant longtemps, ce bâtiment a symbolisé le doute, les retards et les promesses inachevées. Beaucoup avaient fini par croire qu’il ne verrait jamais le jour. Le chantier semblait éternel. Les Camerounais regardaient cette structure incomplète comme on regarde un rêve abandonné au milieu du chemin. Puis est arrivée une nouvelle direction à la tête de la fédération avec Samuel Eto’o et immédiatement, le tribunal populaire des réseaux sociaux s’est mis en marche.
On a commencé à se moquer du siège. Certains répétaient que le bâtiment n’avait même pas de peinture. D’autres comparaient systématiquement le Cameroun au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire pour ridiculiser le projet et surtout pour atteindre Samuel Eto’o. Chaque image du chantier devenait un prétexte pour tourner en dérision la fédération. Deux petits rigolos avaient pris du plaisir à souvent se filmer devant le bâtiment avec des poubelles autour. Beaucoup avaient déjà décidé d’avance que rien de bon ne pouvait sortir de cette aventure. Mais ce que les critiques oublient souvent, c’est qu’un bâtisseur ne travaille pas pour impressionner les commentateurs du joue, il travaille pour laisser une trace durable.
Les grandes institutions ne se construisent pas dans le vacarme des réseaux sociaux. Elles se construisent dans la patience, dans la vision et parfois même dans l’ingratitude. Ceux qui bâtissent savent qu’avant les applaudissements, il y a toujours les moqueries. Avant le respect, il y a toujours le doute. Avant les résultats visibles, il y a les années de travail silencieux. Aujourd’hui, le siège de la FECAFOOT est debout, réel, visible, moderne. Et comme cela arrive souvent lorsque les faits finissent par parler plus fort que les discours, beaucoup ont changé de stratégie. Hier, ils disaient que le siège ne serait jamais achevé, à ujourd’hui, ils demandent à quoi sert un beau bâtiment si les joueurs ne jouent pas encore dans les meilleures conditions.
Le problème avec certaines personnes, c’est qu’elles ne cherchent pas à comprendre une vision. Elles cherchent simplement un angle pour critiquer. Lorsque vous échouez, elles se moquent. Lorsque vous avancez, elles déplacent le débat. Lorsque vous réussissez, elles minimisent le résultat. Pourtant, toutes les grandes nations de football ont commencé par structurer leurs institutions. Un grand football ne repose pas uniquement sur le talent des joueurs. Il repose aussi sur des infrastructures solides, une administration forte, des outils modernes et une fédération capable d’inspirer le respect. Un siège n’est pas seulement un bâtiment, c’est un symbole de stabilité, d’ambition et de crédibilité.
Le Cameroun a trop souvent détruit moralement ceux qui essayaient d’innover. Nous avons parfois préféré les sarcasmes à l’encouragement, les polémiques à la construction, les querelles à la vision. Pourtant, aucun pays ne progresse lorsque chaque initiative devient un champ de bataille politique ou émotionnel. Cette inauguration doit donc être comprise au-delà des murs et du béton. Elle doit rappeler à notre jeunesse qu’il ne faut jamais abandonner un projet simplement parce qu’il est critiqué. Les moqueries ne sont pas la preuve de l’échec. Très souvent, elles sont le signe que quelque chose d’important est en train de naître.
Tous ceux qui ont un rêve doivent retenir cette leçon : les gens riront toujours au début. Ils douteront de vous quand vous commencerez. Ils parleront quand vous traverserez les difficultés. Ils essaieront de réduire vos efforts à néant. Mais si vous restez concentré sur votre vision, le jour arrive toujours où les résultats parlent à votre place.
Parce qu’au final, les critiques remplissent les réseaux sociaux pendant quelques heures. Mais les bâtisseurs, eux, écrivent l’histoire pour plusieurs générations.