24/08/2026
🇨🇮𝐂𝐨̂𝐭𝐞 𝐝’𝐈𝐯𝐨𝐢𝐫𝐞 : 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮 𝐝𝐫𝐚𝐦𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐠𝐫𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐚𝐫𝐮𝐬, 𝐥’𝐄́𝐠𝐥𝐢𝐬𝐞 𝐯𝐞𝐮𝐭 𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐜𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬
« Mourir d’espérance » : sous ce thème, la Communauté de Sant’Egidio de Côte d’Ivoire a organisé, mercredi 19 août 2026, à Abidjan-Treichville, une soirée de prière en mémoire des migrants morts ou portés disparus sur les routes de l’exil. Une initiative qui entend briser le silence autour d’un drame devenu récurrent et interpeller les jeunes, les familles ainsi que les dirigeants africains sur leurs responsabilités face à l’immigration irrégulière.
𝐔𝐧𝐞 𝐩𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐚𝐫𝐮𝐬
Dans la salle de conférence de la maison communautaire de Sant’Egidio, à Abidjan Treichville, ce mercredi 19 août 2026, l’atmosphère était chargée, l’heure était au recueillement. Autorités politiques et administratives, responsables ecclésiastiques et fidèles, y étaient pour honorer la mémoire de ces hommes et femmes qui ont perdu la vie en mer ou dans les déserts, en quête d’un avenir meilleur loin de leurs pays d’origine.
La soirée « Mourir d’espérance » a été ponctuée de prières, de prises de parole et de témoignages de migrants de retour. Au-delà du recueillement, cette initiative se veut un véritable plaidoyer pour une prise de conscience collective face à la persistance du phénomène migratoire. Pour George Adon, responsable national de la Communauté de Sant’Egidio en Côte d’Ivoire, il s’agit avant tout de ‘’réveiller les consciences’’. « Nous mettons l’accent parce qu’après plusieurs rencontres, nous avons constaté que nos frères et sœurs migrants, surtout de l’Afrique subsaharienne, qui meurent dans la mer, personne ne pense à eux », déplore-t-il.
𝐑𝐨𝐦𝐩𝐫𝐞 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥’𝐢𝐧𝐝𝐢𝐟𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞, 𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐜𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬
Selon lui, la Communauté de Sant’Egidio avait déjà lancé, à Lampedusa, un appel aux dirigeants africains afin qu’ils prennent davantage en considération le sort des migrants qui périssent sur les routes de l’exil. Un appel qui, regrette-t-il, n’aurait pas reçu la réponse escomptée. « Combien de chefs d’État africains vont à Lampedusa pour pleurer, je dirais, leurs enfants qui sont enterrés dans la Méditerranée, de même que dans le désert, dans un recueillement pour penser à tous ces fils qui meurent ? », interroge George Adon.
Pour le responsable de Sant’Egidio, l’enjeu est donc de rompre avec l’indifférence. « Nous avons voulu mettre une croix sur ce grand silence, c’est-à-dire ces disparus dans la mer, dans le désert. Alors, nous avons voulu réveiller les consciences », souligne-t-il.»
𝐌𝐠𝐫 𝐉𝐞𝐚𝐧-𝐏𝐢𝐞𝐫𝐫𝐞 𝐓𝐢𝐞́𝐦𝐞́𝐥𝐞́ 𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́
Cette édition 2026 de « Mourir d’espérance » a été présidée par Mgr Jean-Pierre Tiémélé, évêque d’Abengourou, président de la Commission épiscopale pour la pastorale sociale et du Service du développement humain intégral (CePAS-SDHI). Le prélat a appelé à une mobilisation collective pour enrayer le phénomène de l’immigration irrégulière en Afrique. Il a notamment invité les jeunes à ne pas céder aux illusions véhiculées autour d’une prétendue vie meilleure à l’étranger.
« Certains jeunes se laissent malheureusement prendre aux pièges des clichés d’une vie meilleure à l’extérieur et pourtant, ici dans nos pays, sur notre continent, si nous réfléchissons sérieusement, nous avons la possibilité de réaliser nos rêves ici », affirme l’évêque d’Abengourou.
Pour Mgr Jean-Pierre Tiémélé, la famille constitue également un maillon essentiel dans la prévention de l’immigration clandestine. L’éducation et l’accompagnement des jeunes doivent, selon lui, commencer au sein du cercle familial. « Les enfants qui prennent la route pour l’Europe émanent des familles. Donc, c’est au cœur des familles, les parents, qui doivent être ces personnes capables d’éduquer au mieux ces enfants-là. Si cette éducation est de mise, cela pourrait aussi freiner cette immigration irrégulière », conseille-t-il.
𝐋𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐫𝐢𝐠𝐞𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐚𝐟𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐩𝐞𝐥𝐥𝐞́𝐬
L’évêque d’Abengourou ne s’est pas limité à la responsabilité des jeunes et des familles. Il a également pointé du doigt les conditions sociales qui favorisent le désir d’émigrer. Il dénonce notamment l’injustice sociale et la mauvaise répartition des richesses dans plusieurs pays africains. « L’injustice sociale, qui a pour point d’appui la mauvaise répartition des richesses, mais après, ce sont nos enfants qui en pâtissent », dénonce Mgr Jean-Pierre Tiémélé.
Face à cette situation, il appelle les gouvernants à davantage de justice sociale et à une meilleure prise en compte des souffrances des populations.
« Il y a cette vertu capitale qui est la vérité, cette justice sociale qu’il faut mettre en exergue, ne pas rester indifférent aux maux, à la souffrance auxquels nous sommes confrontés », ajoute-t-il. Un appel qui invite les dirigeants africains à créer les conditions économiques et sociales permettant aux jeunes de construire leur avenir dans leurs propres pays.
𝐋’𝐄́𝐠𝐥𝐢𝐬𝐞 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐠𝐧𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐠𝐫𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫
En première ligne dans la lutte contre ce fléau, plusieurs structures de l’Église catholique multiplient les actions de sensibilisation, mais aussi d’accompagnement des migrants de retour. Le Secrétariat exécutif national de l’Apostolat de la mer, des migrants, des réfugiés, du tourisme et des personnes en déplacement œuvre notamment à la réintégration de ceux qui reviennent après une expérience migratoire souvent douloureuse.
Le père Emmanuel Aka Amon, responsable de cette pastorale, insiste sur l’importance d’un accueil empreint de dignité et de compassion. « Il faut les accueillir lorsqu’ils reviennent chez eux. Ils sont un peu déboussolés, dépourvus, et le fait que nous les accueillons, les accompagnons nous permet de les aider à restaurer leur dignité et surtout à les mettre en confiance quant à une certaine réintégration dans la société qu’ils ont laissée », explique-t-il.
Cette année, environ 120 migrants de retour ont bénéficié de cet accompagnement grâce au soutien de partenaires. Le dispositif comprend notamment un suivi psychologique, des activités génératrices de revenus et un appui financier, précise le père Emmanuel Aka Amon.
𝐏𝐥𝐮𝐬 𝐝𝐞 𝟏 𝟔𝟎𝟎 𝐦𝐨𝐫𝐭𝐬 𝐨𝐮 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐚𝐫𝐮𝐬 𝐞𝐧 𝐌𝐞́𝐝𝐢𝐭𝐞𝐫𝐫𝐚𝐧𝐞́𝐞
Le drame migratoire demeure particulièrement préoccupant. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, plus de 1 668 décès ou disparitions de migrants ont été recensés en mer Méditerranée au cours du premier semestre 2026, faisant de cette période l’un des débuts d’année les plus meurtriers de ces dernières années.