23/11/2024
CROYANTS EXEMPLAIRES, ÉPISODE 30 :
CÉCILE DE ROME (Sainte Cécile)
"Devant les hommes je m'appelle Cécile, mais chrétienne est mon plus beau nom."
Un beau jour de l'an 180 après Jésus-Christ, dans une villa de Rome, les pleurs d'un bébé se font entendre. Dans la famille des Cecilii, une lignée patricienne (noble) de l'Empire, vient de naître une fille toute rose et jolie. Étant issue de la descendance de l'aîné, elle est donc de la ligne principale de ladite famille et reçoit le nom de Cæcilia. Très vite, la petite devient le trésor de sa mère et la joie de son père, mais aussi la coqueluche des servants et servantes, car ces derniers se rendirent compte (et firent remarquer au maître et à la maitresse) que la petite Cæcilia, lorsqu'elle pleure, semble chanter des mélodies. Dominus et Domina Cecilii (maître et maîtresse - la tradition n'a pas retenu leurs noms) mirent les propos de leurs esclaves sur le compte de l'affection que ceux-ci avaient développée envers leur enfant.
Quoi qu'il en soit, force fut de constater au fil des années que la belle petite fille avait un penchant musical. Très intéressée par le bel art, elle écoutait souvent les musiciens qui animaient l'atrium (cour intérieure) de la villa de son père. Dotée naturellement d'une oreille musicale très fine, elle était capable à 5 ans déjà, de fredonner de mémoire les airs qu'ils jouaient, même après les avoir entendus une fois seulement. Ce qui ne manqua point d'attirer l'attention de son cher papa.
Celui-ci prit alors la décision, lorsque l'heure fut venue de faire l'éducation de la jeune Cæcilia afin qu'elle devienne une vraie dame patricienne de Rome, de lui donner parmi ses formateurs, un précepteur de musique : le très capable formateur et musicien grec Ternos. Cæcilia avait alors 6 ans. Pour l'encourager, son père, homme sévère mais très aimant envers elle, lui avait offert une magnifique petite lyre à 7 cordes incrustée d'ivoire. Cæcilia chérissait cet instrument, le premier qu'elle joua de sa vie. Et Ternos fut épaté par ses progrès. Lui l'enseignant très strict, connu pour ses crises de colère devant les erreurs de ses élèves, n'avait jamais vu un tel talent chez une personne aussi jeune. Cæcilia, semblait-il, était née pour apprendre la musique. En peu de temps ses prtits doigts couraient déjà sur les cordes de sa lyre et reproduisaient les notes que lui enseignait Ternos, et elle jouait même des mélodies élaborées. Et sa voix... d'une chaleur et d'une beauté particulière, elle chantait avec une justesse désarmante, remarquable pour son âge. On raconte que Ternos demanda aux parents de la petite Cécile la permission de diversifier ses cours à plusieurs instruments (ce qui était très précoce pour l'époque, vu que la méthode n'était utilisée que sur les adolescents). Sa raison ? "Ce serait perdre du temps que d'attendre. Votre fille est l'une des élèves les plus doués, sinon la plus douée, que j'aie jamais eu à former." Émus et fiers, les parents donneront leur accord. Rendez-vous fut donc pris pour le lendemain afin de commencer l'initiation musicale de la jeune musicienne en herbe à d'autres instruments.
Ce soir-là, en passant devant sa chambre, le père de Cécile l'entendait jouer une mélodie belle et complexe qui le fit s'arrêter de surprise. Était-ce vraiment elle qui produisait cet air si magnifique ? Il risqua un œil dans lembrasure de la porte... et la vit, les yeux fermés, concentrée mais souriante, en train de laisser courir ses doigts sur sa lyre. En fait, Cæcilia était en train de réviser l'un des exercices musicaux de Ternos, mais avait fini par improviser sur la mélodie originale au point de l'améliorer. Émerveillé et fier, le pater continua son chemin jusqu'à ses chambres et en parla à la mater. Ils avaient hâte de voir ce que leur fille deviendrait plus t**d. (S'ils savaient...)
Dès le lendemain et durant les 5 ans suivants, Cæcilia apprit successivement la flûte, le syrinx (flûte de Pan), la cithare, la harpe... tout en travaillant et en améliorant sa technique de chant. Elle ne fit pas mentir la promesse que Ternos avait vue en elle : c'était un talent né de la musique. Même quand elle ne faisait que s'exercer, elle produisait des mélodies parmi les plus remarquables. Inutile de dire que la jeune fille, en grandissant, gagnait en renommée. Et pour couronner le tout, c'était une belle personne aussi bien au-dehors qu'au-dedans, joviale, sincère, obéissante, intelligente et bien instruite. Mais Cæcilia avait un secret...
La jeune fille avait en effet entendu parler d'une certaine communauté pas très populaire à Rome, des individus qui étaient considérés en parias, car n'étant pas "de vrais citoyens Romains". En effet, ils ne vénéraient pas les dieux de l'Empire, mais un mystérieux Deus Pater Omnipotens, et Son Fils Iesu Christe, et Son Spiritus Sanctus -des gens bizarres quoi. Oui, Cæcilia avait commencé à manifester son intérêt pour les chrétiens. Surtout depuis qu'un jour, elle avait entendu un vieil homme parlant à un groupe de gens dans les rues de Rome, leur racontant les propos d'un certain Jean l’Apôtre sur le fameux Iesu Christe : "Et le Verbe s'est fait chair, et Il a habité parmi nous, et nous avons vu Sa gloire..." l'un des auditeurs demanda si ce fameux Verbe était donc un homme. Ce à quoi le vieil homme répondit : "Oui, un homme et aussi plus encore. Car vois-tu, mon jeune ami, Jésus était aussi le Fils de Dieu venu sur terre."
Sans le savoir, Cécile venait de voir Urbain Ier, le pape de l'époque, prêcher l'évangile. Cela n'empêcha pas son cœur de commencer à brûler d'un feu étrange. Et des scannées durant, en secret, elle écoutait les récits de la vie de Jésus, et le soir, dans le secret de sa chambre, elle priait Dieu et lui adressant des chants de sa propre composition. Son amour pour le Dieu des chrétiens devint si fort qu'elle fit de son mieux pour rencontrer Urbain et se faire baptiser en secret. Le soir du même jour, Cæcilia pria dans sa chambre et demanda à Jésus la force de Le servir toujours. En signe de son engagement, elle ajouta : "À Toi Iesu Christe, je me consacre tout entière. Je renonce au plaisir d'aimer un homme avec mon corps, plaisir que je n'ai point encore connu. Aucun homme ne me touchera en signe de mon amour pour Toi, et de gratitude pour ce que Tu fis pour moi." Aussitôt la chambre s'illumina, et Cæcilia sentit une présence rassurante à ses côtés. Elle entendit la voix du Seigneur lui dire : "Jeune fille, ta foi est belle à voir. Ta consécration et ton vœu Me touchent beaucoup. À compter de ce jour,Mon ange veillera sur toi. Suis-Moi avec assurance : Je te bénirai, et un jour, tu seras honorée dans les Cieux."
Quelle joie Cécile dut ressentir ce jour-là !
Malheureusement, cette joie fut courte.
Car son quinzième anniversaire approcha, la période où une jeune patricienne peut être donnée en mariage. Et les parents de Cécile, comme tous les parents des lignées patriciennes voulant préserver la puissance de leur famille, devaient la marier à un jeune homme d'une autre lignée noble. Leur choix se porta sur le fils d'une famille assez influente en politique et dans l'armée, qui avait un fils prometteur nommé Valerianus (Valérien). Ce dernier, faut-il l'avouer, avait tout pour plaire : beau gosse, riche, élégant et intelligent, il était promis à un bel avenir car doué dans les affaires et fin stratège (il avait à peine fini son service obligatoire dans l'armée impériale). N'importe quelle autre jeune Romaine promise en mariage soit à Valérien, soit à son petit frère Tiburce, se serait pâmée d'allégresse : c'étaient vraiment de bons (et beaux) partis !
Mais nous connaissons le secret de Cæcilia... les circonstances eussent-elles été différentes, elle aurait été ravie de devenir la femme de Valérien (car étant elle aussi femme, elle ne pouvait pas nier quel parti formidable elle avait en face d'elle). Seulement voilà, Cæcilia avait juré à Jésus qu'aucun homme ne la toucherait. Elle s'était consacrée à Jésus et à Lui seul, dans un acte d'amour au-delà même de celui unissant deux époux... alors, que faire ??
Pour ne rien arranger, ce cher Valerianus décida, accompagné de son frère, de rendre visite à sa promise. En le voyant, la jeune femme comprit que les choses allaient être compliquées pour elle : son cœur de femme ne put s'empêcher de penser : "C'est vrai qu'il est très beau... Mais voyons ! Que t'arrive-t-il Cæcilia ?? Reprends-toi ! Tu es la promise de Iesu Christe ! Tu ne peux PAS en épouser un autre !"
Quoi qu'il en soit, elle accepta de s'entretenir avec Valérien en privé dans les jardins de son père, selon la coutume.
-Je dois avouer que j'ai entendu parler de ta beauté, Cæcilia, commença Valérien... mais les rapports qui m'en ont été faits ne lui rendent aucunement justice. Tu n'es pas juste belle. Tu es ravissante, magnifique. J'ai été transfixé quand mes yeux ont vu les tiens.
-Oh... vraiment ? répondit la jeune femme, cherchant à calmer les battements fous de son cœur et la chaleur incompréhensible qui lui m***ait aux joues. Merci, Caïus Valerianus.
-Je t'en prie, pas de formalités entre nous. Appelle-moi Valérien.
-Mais... mais je n'en ai pas le droit. Je ne suis pas une dame, objecta Cécile.
-La tradition de l'Empire ne te l'autorise pas certes. Mais elle m'autorise à te le permettre. Alors, je t'en prie, appelle-moi juste par mon prénom.
C'est alors que Cécile comprit qu'elle avait affaire à quelqu'un d'assez rare dans les milieux patriciens : un jeune et ruche héritier qui n'était pas imbu de sa personne et de sa fortune. Quelqu'un qvev un bon fond, bien qu'étant un adorateur de Jupiter, Mars et Neptune.
-Bien... si tu le souhaites, Valérien.
Le jeune homme sourit. Avisant une harpe qui était là à quelques mètres d'eux (la tradition dit parfois "une cithare"), il dit :
-J'ai également ouï dire que tu es une musicienne très douée et d'un talent hors pair. Que tu joues de plusieurs instruments, et que ta voix est d'une magnificence à faire pleurer de joie. Serait-ce la vérité ?
-"Magnifique à faire pleurer de joie" ? Ma voix ? Je pense que cette rumeur est exagérée, dit Cæcilia en riant pour cacher son trouble. Je ne chante pas si bien que cela voyons ! Personne ne le peut.
-Mais je constate que tu n'as pas nié pour ce qui est des instruments, remarqua aussitôt Valerianus.
Après une courte hésitation, il ajouta :
-Puis-je écouter de ta musique ?
-Pardon ?
-Joue, je te prie, de cette harpe, dit le jeune patricien en allant se saisir de l'instrument et en le lui apportant. Fais-moi l'honneur d'entendre ta musique. Depuis qu'on me l'a vantée, je ne peux arrêter d'y penser. Laisse-moi t'écouter jouer, et peut-être chanter. Je t'en prie, Cæcilia.
La jeune femme, les joues rouges, regarda l'instrument, puis celui qui le lui tendait. Timidement elle prit la harpe. Valérien s'assit près d'elle et la regarda. Cécile, ayant pris un temps de concentration, se lança et joua l'un de ses plus beaux airs.
Hésitante au début, la mélodie gagna en légèreté et en fluidité. Comme elle en avait l'habitude, la jeune patricienne exerça ses phalanges et laissa courir ses doigts sur les cordes. La harpe, bien accordée, lui rendait bien les sons qu'elle lui demandait en toute intelligence. La mélodie m***a et Cécile, n'y tenant plus, laissa sa voix s'y mêler. Elle se mit à exalter la beauté de la nature et la puissance de Celui qui l'a créée... en prenant le soin de ne pas mentionner le Dieu des chrétiens. (Pas la peine de créer un scandale maintenant n'est-ce pas ?)
Valérien la regardait. Elle avait les yeux fermés, comme si elle cherchait au fond de son inspiration ou de son être, les paroles et notes qu'elle élevait dans les airs. Et il était clair pour les oreilles mélomanes de notre jeune homme que cette memodie était la plus belle qu'il ait jamaos entendue... Décidément, songea-t-il, cette jeune femme est pleine de surprises.
Le chant s'arrêta en toute délicatesse. Encore portée par ce qu'elle venait d'exprimer, Cæcilia gardait les yeux fermés et reprenait son souffle. Ému, Valérien ne songea même pas à applaudir. De toutes les façons, ce beau silence après une si magnifique mélodie ne méritait pas d'être pollué. Au contraire, il se contenta de dire ce qu'il en pensait.
-Par Phœbus... moi Caius Valerianus, je puis dire que j'ai été béni d'entendre quelque chose d'aussi beau. Jamais plus belle mélodie n'avait retenti à mes oreilles. Cæcilia, tu viens de m'offrir quelque chose de céleste. C'est... c'est comme si les dieux eux-mêmes avaient composé cet air et que tu les avais écoutés en cachette, apprenant la mélodie par cœur ! D'où te vient donc une si remarquable inspiration ?
La jeune femme revint à elle-même et sourit. Elle déposa la harpe à ses pieds et dit simplement :
-De mon cœur. La musique doit venir du cœur, sinon elle n'est pas authentique.
Leur conversation dura longtemps. Ils apprirent à se connaître et, quand Tiburce vint chercher son frère afin qu'ils rentrent au risque de s'att**der dans les rues de Rome, Valérien accepta à contrecœur de partir. A son grand étonnement, Cécile n'avait pas très envie de le voir partir... mais la promesse de le revoir dès le lendemain la rassura.
Et la fit paniquer aussitôt. Mais QUE SE PASSAIT-IL ?? Était-elle en train... de tomber... Amoureuse ?? Que nenni ! Elle s'est donnée à Jésus, voyons ! "Vœu de chasteté, Cæcilia, souviens-toi !"
Mais qu'allait-il advenir de ce vœu ? Leur mariage devait avoir lieu dans deux semaines. Lesquelles semaines furent à la fois une période d'anticipation (à cause des rencontres avec Valerien) et d'angoisse (à cause du jour fatidique qui approchait).
Deux jours avant le mariage, la mère de Cæcilia lui montrait les beaux cadeaux que Valerianus avait fait parvenir pour elle : des bijoux à la romaine, des colliers de Nubie, des coiffes persanes pour dame, des bracelets de perles nacrées,... mais surtout une magnifique cithare grecque toute neuve et rutilante, venue tout droit de Corinthe.
-On voit bien que tu lui plais énormément, filia mea (ma fille), lui dit la mater. Ton fiancé te gâte ! Je suis sûre que tu seras très belle dans l'une de ces robes, avec ces beaux châles et bijoux. Oh et regarde la magnifique cithare ! Quel bel instrument, n'est-ce pas ? Ne voudrais-tu pas l'essayer ?
-Plus t**d, mater, répondit Cæcilia d'une voix qui se voulait joyeuse, mais où sa mère pouvait percevoir une trace de mélancolie. Elle reposa la cithare et regarda sa fille.
-Que se passe-t-il, ma biche ? Tu m'as l'air un peu morose pour une demoiselle qui va se marier dans deux jours. Qu'as-tu donc qui te pèse au cœur ?
-Ce... ce n'est rien, sûrement la fatigue, se hâta de dire Cæcilia, peu désireuse de créer des problèmes à sa famille.
-Cæcilia, insista sa mère. Je te connais. Tu es inquiète. Et tu n'as jamais été bonne menteuse. Dis-moi ce qui ne va pas.
-Bien, mater, reprit-elle après une seconde d'hésitation. La vérité est que... Mater mea, je me sens mal de mentir à Valérianus. Car mon cœur appartient à un autre.
Sa mère la regarda, un peu surprise, puis soupira.
-Ah, le fameux premier amour... j'aurais dû m'en douter : si belle, brillante et talentueuse, forcément un autre s'est intéressé à toi avant Valerianus.
-Mater, ce...
-Ne t'en fais pas filia mea, je ne t'en veux pas. Nous passons tous par là tôt ou t**d après tout ! (Clairement la daronne n'a pas compris.) Mais tu n'as pas à t'inquiéter : aux côtés de Valerianus, tu apprendras à l'aimer. Votre amour et votre relation iront en s'améliorant, et tu finiras par oublier cet autre qui t'a fait battre le cœur avant lui. Crois-en ta vieille mère, j'ai connu cela aussi !
-Mater ! Tu n'es pas vieille ! Dit Cécile en riant enfin depuis le début de la soirée.
-Ah, un rire, enfin ! À te voir tout à l'heure on aurait dit que tu revenais d'une cérémonie funèbre ! Taquina sa mère. Puis reprenant son sérieux :
-Écoute ma biche, je comprends tes appréhensions, surtout au vu de te sentiments qui tanguent. Mais Valerianus fera un bon mari pour toi. Il t'aime, cela ne fait pas l'ombre du moindre doute. Et j'ai bien vu les doux regards que tu lui coules de temps à autre, ne me dis pas qu'il te laisse indifférente !
-Non mater, dit Cécile, bien sûr que non. Valérien... Il... me plaît beaucoup, ajouta-t-elle d'une voix timide. "Et c'est bien cela le problème !" pensa-t-elle.
-Eh bien voilà ! Je pense que tu devrais donner une chance à ce mariage. Vous erez heureux ensemble, si chacun de vous deux y met du sien. Allons, cesse de te torturer l'esprit ma chérie, et prépare-toi à devenir une Domina à ton tour.
Sur ce, sa mère se leva et sortit de la chambre, non sans s'arrêter un moment à la porte pour lui dire :
-Ma fille, Domina dans deux jours, et épouse du meilleur parti de cette ville à 15 ans seulement. Tu en as de la chance. Je savais depuis le jour de ta naissance que tu avais un destin spécial, Cécile.
La veille du mariage, Cécile était désemparée. Elle passa une bonne partie de la nuit à prier. Comment faire ? Elle n'allait tout de même pas devenir l'épouse d'un homme, elle qui avait jure se priver du plaisir des hommes ! Que penserait Iesu Christe à son égard ? Il fallait que le Seigneur l'aide !
Après une prière intense, la même douce voix qui l'a toujours apaisée lui parla : «Mon enfant, ne crains pas. Je suis avec toi. Et je demeurerai toujours avec toi.»
Dès cet instant, toute crainte, toute inquiétude quitta le cœur de Cæcilia. Elle savait dorénavant quoi faire. Elle regarda dans un coin de sa chambre et son regard croisa son angélique gardien (il lui arrivait parfois de voir l'ange) qui lui souriait d'un air rassurant : tout irait bien !
Le lendemain, dans le Temple de Jupiter, bien en évidence au Capitole romain, le mariage fut célébré. Dans le domaine de la famille de Valerianus ensuite, le banquet donné en l'honneur des époux fut mémorable. Il est dit qu'à l'arrivée des époux, des musiciens jouèrent un air si beau que Cæcilia ne put s'empêcher de chanter dessus. Les assistants eurent l'impression qu'un chœur invisible l'accompagnait alors qu'elle étonnait un hymne à l'amour improvisé. Elle soihaita dans cette hymne que son corps reste immaculé et réservé pour Celui qu'elle a choisi. Et tous crurent qu'elle chantait son amour pour son époux... (S'ils savaient !)
Ce soir-là, dans la chambre nuptiale, Valerianus s'avança calmement vers celle qui était désormais sa femme et lui prit la main. Mais...
-Valérien, je dois t'avouer une chose, dit Cécile en retirant sa main de la sienne. Je t'en prie, écoute-moi.
Un peu inquiet, le jeune homme l'invita à poursuivre.
-Je suis désolée de ne pas te l'avoir dit plus tôt mais... sache que mon cœur appartient à une autre.
Valérien n'en revenait pas. "Que dis-tu ??"
-Non, tu te méprends ! Se défendit la jeune femme en voyant le regard choqué et quelque peu furieux de son nouvel époux. Je ne t'ai pas trompé avec un autre. Je n'ai jamais été avec un homme.
-Mais alors, pourquoi dis-tu que ton cœur appartient à un autre ? Qui est cet "autre" que tu aimes ? demanda Valérien. Et après une douloureuse hésitation... "L'aimes-tu plus que moi ?"
Ne supportant pas la tristesse dans son regard, Cécile détourna les yeux, mais elle devait lui dire la vérité. "...Oui."
Valérien avala sa jalousie. "Qui est-il ?"
-Ceci me mène à mon second aveu, Valérien, dit Cécile à sa grande surprise. Je fais partie d'une communauté peu appréciée. Devant les hommes je m'appelle Cécile, mais chrétienne est mon plus beau nom. Cet autre que j'aime, c'est le Christ. Iesu Christe.
Valérien était foudroyé d'étonnement.
-Le Christ... tu es... chrétienne ?? Depuis quand ??
-Plusieurs années maintenant.
-Et qui d'autre est au courant ?
-Tu veux dire en dehors ds autres chrétiens ? Personne. C'est la première fois que j'en parle à quelqu'un qui n'est pas de notre assemblée, l'Ecclesia (Église). J'avoue que c'est un soulagement que de te le dire, Valérien !
Ce dernier comprenait mieux certaines choses dans l'attitude de sa nouvelle épouse. Oui, toit s'expliquent maintenant... à part un détail...
-Attends. J'ai vu des chrétiens mariés et ayant des enfants. Être au service de ce Jésus n'empêche pas une femme de se donner à son homme d'après ce que j'en ai compris. Alors pourquoi le fait que tu aimes Jésus t'empêcherait-il d'être intime avec moi ?
-Parce que je Lui ai fait une promesse, Valérien. La promesse de Lui être totalement consacrée. La promesse que jamais un homme ne me toucherait. Que je resterais pure jusqu'à la mort.
Valérien était estomaqué. Cécile poursuivit :
-Et depuis le jour de cette promesse, mon Seigneur a placé Son ange près de moi pour veiller sur moi. Et pour empêcher une homme de prendre ma pureté surtout sans mon consentement. S’il apprenait que, même légèrement, tu m’aies touché d’un amour impur, aussitôt il te frapperait et te ferait perdre la fleur de ta belle jeunesse. Mais si, au contraire, il apprend que tu m’aimes d’un amour pur, il t’aimera autant que moi et te montrera sa gloire.
Valérien prit un moment poir réfléchir à tout cela. Puis il dit :
-Cet ange dont tu parles, il est toujours près de toi ?
-Oui, Valérien. Toujours. Et si tu as bon cœur, si tu veux suivre Jésus et plonger dans les eaux du baptême, tu le verras.
-Alors montre-moi comment suivre Jésus et être baptisé, dit le nouvel époux sans hésiter.
Cécile était larmoyante de joie. Quelle grâce ! Elle avait tout avoué à son mari et, loin de s'en offusquer, il voulait comprendre mieux sa foi. Mieux encore,il voulait devenir CHRETIEN !!
Elle passa donc une partie de la nuit à lui raconter ce qu'elle savait de la Parole de Dieu, de Jésus, de Sa naissance, Sa vie et Son sacrifice sur la Croix, avabt d'arriver à la Résurrection et la Pentecôte.
Le lendemain, Cécile mena Valérien en secret auprès du pape Urbain, qui lui expliqua en profondeur la quintessence de la foi et, sur sa demande, le baptisa.
Plus t**d, ce fut au tour de Tiburce d'être baptisé. Et ces trois là devinrent inséparables. Toujours dans la cité à parler aux démunis et à leur venir en aide, à prêcher en secret pour répandre l'évangile, à encourager l'Ecclesia avec les compositions de Cécile...
Mais malheureusement les rumeurs les rattraperont : Valérien et Tiburce furent arrêtés et conduits devant le tribunal pour "appartenance à la secte dite des disciples de Jésus" et "complot contre les dieux de l'Empire Romain, le Sénat et le peuple".
Voyez-vous, Alexandre Severus (l'empereur de l'époque) n'avait pas vraiment de problème avec les chrétiens... mais le Sénat les percevait comme une menace et voulait s'en débarrasser. Alors ils persuadèrent l'empereur de publier des décrets anti-chrétiens afin que mes disciples du Christ soient vus comme des hors-la-loi, des criminels dangereux. "Pour le bien de l'Empire", disaient les Sénateurs. Donc, les chrétiens furent traqués, persécutés, jugés et exécutés.
Courageusement, Tiburce et Valérien affimèrent leur foi et, même quand il leur fut proposé de renoncer à leur foi pour vivre, refusèrent de le faire. Ils furent donc condamnés à mort par décapitation et exécutés. Le procès avait été rapide et impitoyable.
Quand Cæcilia apprit la nouvelle de la mort de son époux et de son beau-frère, elle fut très abattue. Mais les détails de la façon dont Valerianus et Tiburce avaient refusé de renoncer à Jésus lui servirent de réconfort : il y avait donc espoir qu'un jour, elle les revoie au Ciel ! Ils n'ont pas rejeté le Christ !
Malgré sa douleur, Cæcilia continua de faire de bonnes œuvres, de participer aux rassemblements de l'Ecclesia et de composer des hymnes. Bientôt cependant, ce fut à son tour d'être arrêtée et conduite devant le Préfet Almacio, le même homme qui avait fait exécuter Tiburce et Valerianus.
Face à lui cependant, elle ne se dém***a pas. Elle défendit sa foi avec assurance et, quand Almacio lui proposa de se dédire et de renier Jésus, elle répondit : "Mon amour pour Lui est trop grand pour que je Le rejette. Ma noblesse bient du fait que je suis la fille du Roi des rois. Mon talent me sert a glorifier Celui qui me l'a donné. Ce n'est pas une superstition que je suis, mais la vérité la plus pure". Almacio en avait assez entendu : il fit ramener Cæcilia chez elle et la codamna à être enfermée dans le caldarium (sauna/hammam) de sa propre demeure, pendant un jour et une nuit. En toute logique elle devrait être morte, n'est-ce pas ? Pourtant...
A la surprise générale et au choc d'Almacio, un jour et une nuit après, Cécile était non seulement vivante, mais intacte ! Elle sortit du caldarium joyeuse et glorifiant Dieu. Les témoins présent jureront plus t**d que l'air du caldarium était frais et sentait l'odeur des fleurs printanières.
Caecilia fut donc condamnée à la décapitation. Il fallut s'y prendre à trois fois pour lui infliger une blessure mortelle... et encore, elle tint bon après cela pendant tous jours, prêchant et encourageant ceux qui venaient la voir. Elle tint à parler à Urbain avant de rendre l'âme et lui confia sa maison, afin que celle-ci soit utile aux chrétiens.
Ainsi mourut Cæcilia Cecilii de Rome.
Des siècles après sa mort, son tombeau ouvert revela un corps intact toujours dans la même posture ouelle était morte : couchée sur le côté droit et les mains jointes.
La fameuse villa confiée à l'église devint la basilique Sainte Cécile de Tastevere.
Cécile de Rome est commémorée le 22 Novembre de chaque année.
Que Dieu te bénisse abondamment, toi qui me lis.